CHAPITRE I
couvert de forèU et de déserts de plusieurs jours de marche. Le roi Anund employa tous ses efforts et de grandes sommes d'argent pour défricher les forêts et peupler les terres, qu'il livra ainsi à la culture. Il fit tracer des routes à travers les déserts. Des plaines s'ouvrirent au sein des forêts -, de grands districts se formèrent ( hàrader ) ; Tagriculture prit du développeluentpar Faccroissement de la population . Dans toutes les provinces du Suithiod, Braut Anund fit bâtir des hameaux , qu'il visitait lui-même. Il fut appelé Braut Anund à cause des chemins qu'il fit percer dans les rochers du Suithiod. Dans un automne il se rendait accompagné de sa cour à une de ses maisons, quand un rocher se détacha d'une montagne et l'écrasa avec toute sa suite.
Ce fut alors qu'Ingiald , fils d'Anund , prit les rênes du gouvernement. Depuis Odin, les rois d'Upsala avaient le pouvoir suprême dans le Suithiod ; mais plus tard beaucoup de districts eurent leurs rois particuliers. Ceux de Suède résidèrent â Upsala jusqu'à la mort d'Agne; alors le royaume fut partagé entre les frères et le pouvoir se subdivisa ainsi que le territoire à mesure que les branches de la famille s'étendirent. Le royaume était très-borné à Tavénement d'Ingiald au trône. A la prise en possession de l'héritage de son père, ce prince donna un grand banquet pour lequel il fit construire une nouvelle salle f aussi grande et aussi splendide que la salle royale * : il la nomma la salle des sept rois. U envoya dans tout le Suithiod des messages aux rois, aux jarls et aux autres hommes de distinction. Six rois se rendirent à son invitation ^ ils occupèrent les places d'honneur (hôgstàten) dans la nouvelle salle, où leur suite fut aussi admise. Il était alors d'usage, dans des repas de ce genre, que l'amphitryon prît la première place sur un tabouret, jusqu'à ce que les convives eussent bu à sa santé dans la coupe de Brage (Bragebëgaren). Puis il devait se lever, s'incliner vers la coupe et la vider après avoir fait une promesse. Il était ensuite conduit à la place qu'occupait son père, et il était alors pleinement investi du pouvoir. Il arriva dans cette circonstance que, lorsque la coupe lui fut remise, le roi Ingiald se leva et fit le serment solennel de
' On trouve Sci uppsdlr comme nom de la salle du roi. — Le mot upsaia, employé anjoard'hul, est génitif pluriel de ce mot.
reculer une fois plus loin les bornes de son royaume vers les quatre points cardinaux ou de périr; puis il vida sa coupe. Il tint parole, car le soir même il étouffa les six rois au milieu des flammes.
Ce fut Vincendie d'Upsala. Ingiald ne se conduisit pas mieux envers d'autres princes : il les remplaça par des gouverneurs. On dit qu'il se défit ainsi par trahison de douze rois : c'est pourquoi il fut appelé Ingiald lllrada. On dit que dans son enfance il avait mangé le cœur d'un loup, ce qui l'avait rendu cruel. Sa fille Asa mérita de partager son surnom : elle hérita de tous ses mauvais penchans. Il Tavail donnée en mariage a Gudrod , roi de Scanie. Gudrod, à son instigation, tua son frère Halfdan, mais il fut lui-même assassiné par sa femme, qui se réfugia auprès de son père. Ivar Widfamne assembla alors une armée et marcha contre Ingiald, qui, haï de tous, ne se sentait pas assez fort pour résister à ce redoutable ennemi. A l'approche d'Ivar^ Ingiald et Asa enivrèrent toute leur cour et mirent le feu à la salle royale : ils y furent consumés avec tous leurs convives. On montre encore aujourd'hui l'emplacement que cette salle occupait sur une hauteur couverte d'arbres sur les bords du M&laren*.
La mort d'Ingiald Illrada. poursuit la Saga d'Vnglinga , arracha le pouvoir suprême A la famille d'Ynglinga. Car tous les paysans suédois se révoltèrentcontre cette famille etiesamis d'Ingiald. Son fils Olof trouva un asile dans les déserts de Wermiand, où il abattit et incendia les forêts , d'où son nom de Trâiàlja. Sa postérité se rendit en Norvège, dont Harald Hirfager , descendant de la famille suédoise d'Ynglinga, fit plus tard un royaume.
Les Sagas des rois diffèrent dans deux circonstances du récit que nous venons d'esquisser. Nous avons admis un Odln historique au lieu d'un mythique, etla fondation du royaume de Suède par une invasion au lieu de la célèbre migration desGoths.
Quand on eut puisé dans les sources d'Islande une connaissance plus certaine de l'antiquité du Nord, nos historiens oublièrent tout à coup la migration et les exploits des Goths,
• On dit que ce fait g'est passé A fianninge, hameau construit sur le Fogdôn, près du Malaren, où une grande muraille circulaire porte encore le noie de Ranninçêborg.
dont les chroniques de noire moyen âge font mention, pour construire, principalement sur la Saga d'Ynglinga, toute Thistoire ancienne de Suède, d'autant plus qu'une chronique des rois, faite au quatorzième siècle, était d'accord avec cette saga*. On voulait voir dans Odin et les ases les types primitifs des dieux du Nord, quoique la «aga elle-même les offrit comme des prêtres et des représenlans des divinités déjà reconnues. C'est pourquoi Ton raconte que les ases, que le roi de Suède, Gylfe, lui-même reçut après avoir examiné leur sagesse, prirent le nom d'anciens ases*. Des traditions parlent de plusieurs Odin ^ il y en eut même un faux qui s'attribua l'autorité et la puissance du véritable'.
Des païens méprisèrent Odin et rendirent un culte à Thor \ on éleva des temples à Odin en Suède, mais il n'y en eut ni en Norvège ni en Islande, presque peuplée de Norvégiens, quoique, dans les repas des sacriûces, la santé d'Odin fût portée la première, d'où il nous paraît résulter la preuve que l'Odin historique n'a pas Joui partout et complètement de la vénération que la religion plus ancienne répandait sur le père des dieux.
Des savans modernes ont refusé au commencement de la .^a^a d^Vnglinga toute valeur historique et n'ont considéré la migration que comme une fable, d'autant plus que la préface de la Nouvelle Edda fait descendre les Scandinaves des héros de Troie. On s'est efforcé de
représenter Odin comme un dieu fabuleux , et l'on n'a pas cru que ce fût la peine de lui chercher une existence historique. On s'est mis ainsi en contradiction avec la mythologie dans laquelle Odin est un héros et un prophète parmi les peuples, opinion qu'on trouve émise ailleurs et qui, dans la Saga dTnglingaj n'est pas la seule qui indique son origine orientale. Tacite avait ouï dire qu'on adorait de temps immémorial , dans le nord de l'Allemagne, un héros qui visitait les peuples. Mais, suivant la coutume de ce temps, il lui donne un nom romain*. Paulus Warnefridi raconte qu'avant de
' Catal. reg. II. Seripu rerum sueeie, m&d. OEvi, tome 1.
• Voyez VEdda.
> Saxo.
* Ulysses : interprelaiioM ramana, comme II le dit lui-même dans un autre endroit au sujet de la dénominatlon des dieux de la Germanie. On dit que cet Uysfics fonda Asciburg sur les bords du Rbin. Ce nom
venir en Allemagne, le même Wodan, que les Lombards et autres Germains adoraient , avait visité la Grèce. (Ce nom, pour le Nord, était commun à plusieurs contrées de l'Est. ) Les Anglo-Saxons parlent d'une Troja au lieu de l'Asgard mentionné dans les sagas. Saxo l'appelle Bysantium ; et, d'après une ancienne chronique, il existait chez les Francs une tradition populaire, rapportant que les Normands qui ravageaient les côtes de France se disaient eux-mêmes d'origine troyenne *.
Le nom d'Ases est, au contraire, historique en Orient. Strabon parle d'un petit pays, Asia, sur la côte orientale du M<Botis et du peuple des Aspurgians qui l'habite ( littéralement habitans d'Asburg ou d'Asgard). Les Alanes étaient un peuple sorti de la même souche que les Goths, qui se réunirent à eux sur les bords de la mer Noire et qui se flattaient de descendre des dieux. Des géographes arabes, dans le dixième siècle, font mention de ce peuple au nord du Caucase , sous le nom d'Alanes ou Ases*. Ils étendaient jadis leurs frontières du côté du Tanaïs , où les restes de leur peuple , mêlés aux Goths, sont encore cités par les voyageurs du quinzième siècle, lesquels ajoutent qu'ils se donnent à eux-mêmes le nom d'Ases et qu'ils étaient, dans leur opinion, plus anciens dans ces contrées que les Goths, qui ne s'y étaient établis qu'en conquèrans '.
Si les Goths, comme il est démontré, ont autrefois occupé les deux côtés de la Baltique, si une partie se retira dans la direction du sudest et fut amalgamée aux anciennes populations
se trouve aussi dans Plolémée sur le bas Rhin , et Ton croie qu'Asburg, hameau dans le voisinage de Xanten, sur la rive gauche de ce fleuve , occupe le même emplacement, là où Frédégairemetla TroJaFrancorum dans l'extrait de la Chronique de Grégoire de Tours, c. 2. Si Ton préfère donner pour élymologie à Asciburg le mot ask (frêne), celui-ci était Tarbre d*Odin.
* Dudo, che^ Duchesne , Hist. norm. script, p. 63.
* Histoire des Mongols depuis TschingwiX'Kan jusqu'à TimourLane. Paris, 1824, t. 1, pp. C93, 696; l'auteur est M. d'Ohsson.
' f^iaggi fatii da rineiia alla P^inegia, 1545, par le Vénitien Josephus Barbara qui , depuis 1436 , a sejonrné seize ans dans ces contrées. Dans la relation du voyage du franciscain Jean Duplan Carpin, qui , en 1248 fut envoyé par le pape Innocent IV au kan des Mongols , ce peuple est aussi nommé Alanes ou Ases (AlaiBS ou Asses). [ f^oy. en Asie, la Haye, 1735, 1. 1, p. 58. ] Procope , dans le slilème siècle , désigne ces Alanes comme un peuple goth, et Jordanès luimême, d'origine alano, se dit Goth.