‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 51 sur 275 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

nome, Christer NiUson, qui appelait Charles son cher fils et s'honorait de recevoir de lui le nom de père , excita secrëtemenl à la révolte les paysans du Yermland et de la Dalécarlie, et il finit par se réunir à Nils Stensson, propre beaufrère de Charles Knutsson, pour rappeler le roi Érilr, qui avait élevé ce dernier à la dignité de marsk du royaume; mais cette sédition fut étouffée en 1438. L'année suivante, le drols fut attaqué à Fimproviste dans son château et transplanté à son fief de Wiborg en Finlande, et le nouveau marsk s'enfuit avec le roi on Gottland ^ Là Erik , s'abandonnant aux plaisirs et recherchant la société des pirates, se consola de la perte de trois royaumes.

Depuis 1434, époque où Engelbrekt leva rétendard de la révolte, jusqu'à la fin du règne du roi Erik, ce qui forme une période de cinq années, on compte dix ligues isolées, des assurances, des garanties et des capitulations (sans compter ce que le sénat suédois a Dsiit pour son compte), tantôt sous la médiation du Danemark, tantôt sous celle de la Norvège et des villes anséaliques, toutes relatives aux conditions du rétablissement du roi. C'est cette espèce de diplomatie équivoque qui remplit le temps de l'Union; ce sont des congrès tournés, différés, renouvelés, qui prouvent à la fois la faiblesse des liens de l'Union (quoiqu'elle ait été solennellement renouvelée â Kalmar en 1448), l'intérêt des grands de la soutenir et la politique de tous les chefs de partis suédois, depuis le temps de Charles Knutsson, de travailler pour leur propre compte tant qii'il n'y avait pas de danger, et lorsqu'il s'en présentait de cacher leurs projets derrière le manteau d'un roi de l'Union. Erik pouvait être aussi bon qu'un autre, et on ne l'abandonna que lorsqu'il désespéra lui-même de sa fbrtune. Le Danemark et la Suède rompirent en 1439 tous les liens d'obéissance qui les attachaient à lui, et les Norvégiens, après avoir tenté sans succès en sa faveur une invasion en Suède, ne s'en occupèrent plus. Erik vécut dix ans dans l'tle de Gottland. Son neveu, qui fut aussi son successeur, disait gatment à propos du métier qu'il faisait : « 11 faut bien que mon oncle vive.» Plus lard, il rentra dans sa patrie et mourut à

* Nils Stensson fat fait prisonnier dans nne aUaque qu'Erik dirigea contre la Snède et mourut de la peste qui exerça ses ravages en 1439, dit-on, per totam Svefiam et div9rsa loca christianiiaHs. {Diar. JVadst.)

Rugenwald en 1459, à Tftge de soixante-quatorze ans.

Christophe de Bavière, fils du duc Jean du haut Palatinat et de la princesse Calherine , sœur du roi Erik, avait été invité, en 1438, par le sénat danois à se rendre en Danemark. Cette invitation lui avait été faite après qu'Erik eut échoué dans sa première tentative pour assurer la succession au trône à son cousin le duc Bogislaus.de Poméranie. Pour y parvenir, il promit aux paysans des libertés et des privilèges qui occasionnèrent en Seeland et dans le Jutland une sédition meurtrière contre la noblesse, de sorte que les paysans danois prirent les armes pour ce roi quand il fut chassé par ceux de la Suède. Christophe , qui se fit d'abord nommer régent du Danemark, entra, sans perdre de temps , en négociations avec le sénat de Norvège et de Suède. Les partis dans ce dernier pays avaient pour ainsi dire un mouvement de flux et de reflux. Dans une entrevue qui eut lieu à lOnkOping entre les plénipotentiaires danois et «uédois pendant l'automne de 1439, il fut résolu qu'on maintiendrait l'Union de Kalmar, et les ecclésiastiques , toujours plus attachés que les autres aux intérêts de l'Union, se prononcèrent ouvertement pour Christophe. Mais il fut décidé, dans une seconde assemblée de seigneurs qui se tint à Arboga au commencement de l'année suivante, qu'on n'élèverait jamais un roi étranger sur le trône de Suède, et cependant i la diète d'élection, le 4 octobre de la même année , Christophe de Bavière fut proclamé , après que des négociations particulières entre lui et Charles Knutsson eurent assuré au dernier tout ce qu'il croyait pouvoir gagner pour le moment : il reçut la Finlande en fief et l'Oland à titre de garantie pour les avances qu'il avait faites, et il fut déchargé de toute responsabilité relative à son administration. C'était pour Charles un simple ajournement de sa prise en possession de la couronne. Le bruit courut généralement qu'une pieuse nonne lui avait révélé ses hautes destinées. Une jeune fille avait même vu une couronne rayonner sur sa tête dans l'église de Wadstena, et quand il fit son entrée solennelle dans la capitale, sa taille majestueuse effaçait tellement celle du roi, qui était court et gros et donnait le bras en marchant â son rival, que le peuple disait : a Le marsk est plus beau et plus digne de porter la couronne. Malheur

à ceux qui ont arrangé les affaires de cette manière*! )» La Norvège ne se rendit pas encore. Erik vint à bout de s'y faire reconnaître comme roi héréditaire , ce qu'il n'avait pu obtenir dans les deux autres royaumes, ce qui fUt cause que la Norvège prit les armes pour défendre ses intérêts quand les Suédois le destituèrent; mais en 1442, Christophe fut aussi élu et couronné en Norvège.

C'est en grande partie aux évéques que ce prince dut la couronne de Suède. C'est pourquoi le journal de Wadstena dit au sujet de son élection : « Elle a eu lieu par la volonté des prélats, plût à Dieu qu'elle fût également selon celle du ciel ! » Aussi à son couronnement et dans sa tournée dans le royaume, il se montra si favorable pour le clergé que celui-ci adhéra à ce qui avait été l'objet de ses protestations depuis un siècle, l'adoption de la loi générale du pays. Le roi la sanctionna le 2 mai 1 442 , avec maintien des privilèges du clergé et de la noblesse.L'archev6quéd'Upsala,NilsRagwaldsson , ancien représentant de la Suéde au concile de BAle en 1424, reçut en propriété perpétuelle le château de Stake , qu'il avait construit et fortifié. Ce château acquit plus tard une célébrité malheureuse dans les guerres civiles. En visitant le couvent de Wadstena, le roi se fit admettre au nombre des religieux de cet ordre, quoique la piété ne fût guère en harmonie avec la légèreté de son caractère et la licence de ses mœurs. A la même époque, la Suède offrit le premier exemple d'un procès fait â un hérétique. Un simple paysan, qui se disait envoyé de la sainte Vierge, présenta aux moines une sorte de réforme et une critique de leurs mœurs; on instruisit pour ce fait contre lui, et il fut mis en prison jusqu'à ce que, aiïaibli par un long jeûne, il eût fait une rétractation. Son abjuration fut publique et célébrée par une procession solennelle dans laquelle le pécheur, nu jusqu'à la ceinture, portait un cierge allumé à la main et un fagot de bois sur le dos, se reconnaissant ainsi digne du bûcher s'il retombait dans ses erreurs.

Charles Knutsson, pour qui le roi avait montré d'abord les sentimens d'un fils, que ce prince avait élevé à la dignité de chevalier ainsi qu'à celle de drots ' de Suède avec la confirmation

* Voyez la Chronique rimée,

* Il fut nommé drou du rojâume par lo roi , mais

et l'extension de ses fiefs ^ fui bienlM mal vu à la cour. Parmi ses nombreux et puissans ennemis, l'ancien drots Christer Niisson fut le premier qui commença l'attaque : à peine revenu de son exil , il se plaignit de^ l'injustice dont il avait été victime. Charles fut obligé de lui céder ainsi qu'à ses héritiers une partie de la Finlande. Peu de temps après, le roi le manda à Stockholm, et quoiqu'il se présentât avec dix vaisseaux et cinq cents cavaliers , on osa lui redemander Àbo, Ta vastehus, rOiand etSvartsiO. Il fut en effet obligé de restituer Àbo , mais il conserva Wiborg, fief vacant par la mort de Christer Niisson. Charles Knutsson s'y réfugia pour se soustraire à toutes les accusations qui s'élevèrent contre lui. Use vit exclu de la régence que le roi établit en quittant la Suède; elle fut donnée aux seigneurs suédois, la plupart ennemis de Charles. On n'entendit plus parler de gouverneurs ni de commandans étrangers, et dans une circonstance où il était question d'en employer quelques-uns, le roi, diton, abandonna ce projet sur les remontrances du sénat*. Mais les seigneurs Suédois que le roi employait pour se créer des revenus n'en devinrent que plus ardens à se disputer ces gouvernemens. Des inimitiés germèrent profondément au milieu d'eux quand les gouvernemens des provinces furent vendus dans la chancellerie au plus offrant; souvent même ces gouvernemens furent donnésàplusieurs personnes à la fois *, Eu même temps la disette affligea le pays. Lorsque le roi avec sa jeune épouse , Dorothée de Brandenbourg% visita la Suède en 1446, des plaintes se firent entendre sur leur passage : on disait que les écuries de la cour absorbaient cinq charges (làster) de blé , tandis que les paysans se nourrissaient d'écorce. C'est pour cela que ces mêmes paysans l'appelèrent le roi d'écorce {Barkekùnung)\ ils regrettaient les bonnes années qui rendaient, au moins sous ce rapport , le règne de Charles Knutsson supportable.

Dans une assemblée de seigneurs à Stockholm , où Charles fut appelé de Finlande, on conclut une alliance avec les chevaliers de

les chroniques contiouent de lui donner le nom de marsk,

• Hvitfeld.

* Ericus Olal.

> Fille du margrave Jean Alcbymista , mariée à Copenhague en 1445.

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