CHAPITRE V
LivooiepouratlaquerNovogorod, et il futdécidé que la Saëde ferait une irruption sur les frontières russes * ; une expédition fut en outre décidée contre Gottland , d'où les pirates du vieux roi Erik continuaient do sortir pour inquiéter le commerce et les côtes de la Suède. Mais les choses se bornèrent à une visite d'amitié que Christophe rendit & son oncle. On ne vit aucune utilité pour la Suède dans cette expédition, qui finit au retour par un naufrage où Ton perdit dans les flots tout le butin qu'on avait pu recueillir. On remarquait en général la tendance la plus prononcée à se procurer de l'argent par tous les moyens. Ainsi le roi en 1447 fit saisir plusieurs vaisseaux anglais et hollandais qui traversaient le Sund et dont il fit vendre les cargaisons. Il méditait quelque grand projet, car la même année il fit des levées considérables de troupes et se montra avec une flotte devant les villes anséatiques, demandant le libre passage pour lui et les siens , sous prétexte de faire un pèlerinage à Wilsnach , dans le Brandenbourg. Rostoch y consentit , mais Wismar et Straisund refusèrent. Le dessein réel du roi était d'attaquer à Timproviste Lubeck, où plusieurs princes, amis de Christophe, s'étaient rendus avec des armes qu'ils avaient fait passer dans des pièces de vin. Un incendie qui éclata dans la nuit fut pris par les coqjurés pour le signal de l'attaque. En courant aux armes avant le temps convenu, ils se trahh*ent eux-mêmes, et ils furent chassés de la ville. Ayant ainsi échoué , Christophe se rendit en Suède pour trouver le sénat suédois à lônkOping. Il tomba malade à Helsingebourg et mourut le 6 janvier 1448 des suites d'un abcès, suivant la Chronique rimée; mais son auteur ne connaissait pas plus que nos autres chroniqueurs le récit du Palatin, qui prétend que le roi mourut empoisonné. A ses derniers instans , il avoua qu'il n'avait rempli les coffres du trésor que dans le dessein de soumettre Lubeck au Danemark. 11 ne laissa pas d'héritiers et ne fut regretté de personne , disait-on en Suède , si ce n'est de l'archevêque Nils , qui pleura à la nouvelle de sa mort et quelques jours après le suivit dans la tombe.
Charles Knutsson , qui habitait toujours le château de Wiborg, retarda son retour de plus
* Ëo 14i8. (Raramsin.)
de quatre mois après la nouvelle de la mort du roi. Il se présenta bien armé et en force le 23 mai 1448 à Stockholm, où les évêques, le clergé , les chevaliers , la noblesse et les députés des campagnes et des villes avaient été convoqués à une diète*. On vit se renouveler les prophéties de saints personnages qui promettaient la couronne de Suède à Charles. La pluie qui tomba à son entrée dans la ville fut acceptée par le peuple comme un présage d'autant plus heureux que le pays depuis plusieurs années souffrait d'une sécheresse constante. Charles avec ses guerriers, se logea dans la ville. Le château était occupé par ses adversaires , les frères Benott et Nils JOnssOner (Oxenstjerna), qui , dans la précédente assemblée des seigneurs , avaient été nommés régens et avaient administré le royaume du vivant du roi Christophe concurremment avec l'archevêque défunt. Le jeune JOns Bengtsson (Oxenstjerna) avait été appelé au siège archiépiscopal, qui était vacant, et il n'était pas moins que son père et son oncle ( les deux ré-< gens) l'ennemi de Charles. On accuse cette puissante famille d'avoir aspiré au trône : si elle avait conçu le projet d'y monter, elle y renonça au bout de peu de temps pour oppo-< ser à Charles , qui était encore plus puissant qu'elle, la politique accoutumée de l'Union. I..es deux partis se provoquèrent par des paroles pleines de fiel, les uns du haut des remparts, les autres des- fenêtres des maisons, et une lutte sanglante était sur le point de s'engager lorsque enfin on convint d'élire un roi. Cette élection n'eut cependant pas lieu dans les formes prescrites par les lois du pays*. Sur soixante et dix votes secrets, soixante-deux furent en faveur de Charles. Les paysans manifestèrent leur approbation par des acclamalions. Le nouveau roi, après avoir reçu les hommages accoutumés auprès de Mora-Sten , fut sacré à Upsala le 29 juin^ et lorsque son épouse Catherine ' fut également couron-
* « Episoopi, pr»lati, milites, nobiles, rasUconim et clvitalum nunlii spéciales. » Ericus Olai.
* « Non secundam rormam. » Erieus Olai.
* Elle éUil très-belle , au rapport de la Chronique rimée. La première épouse du roi était Brite Thuresdotter ( Bjelkc }. Une fille issue de ce mariage fut unie é Erik Ériksson ( GylleDSijerDa ). Sa seconde épouse^ Catherine, mourut en 1460 ; elle était fille du sénateur Cari Ormsson, d'une famille norvégienne qui par son crédit contribua puissamment à l'élection de Charicii;
IJiSTOlRE DE SUEDE.
née quelques Jours après par le nouvel archevêque , celui-ci donna un lémoignage d'approbation public au nouvel ordre de choses , approbation dont Texpression s'était fait attendre et ne fut pas accordée sans peine.
Le premier acte du nouveau gouvernement Tnt une expédition contre Gottland et le vieux roi Erik, et ce qu'il y a d'étonnant c'est que le commandement en flil conûé à Magnus Gren, ancien ennemi , dont l'amitié récente et la fidélité étaient très-équivoques. L'exécution s'en ressentit : le plat pays fut occupé sans peine 5 mais le siège de Wisby tratna en longueur et conduisit à un armistice et à des négociations. Erik gagna ainsi du temps, etilput livrer le château aux Danois; Magnus Gren de son côté leur livra l'île et la flotte. Les Danois étaient commandés par le roi Christian en personne , qui surprit la garnison suédoise de Wisby ( par trahison , dit la chanson suédoise ) et mit le feu à la ville. Ainsi fut pris et perdu Gottland. Peu de temps après , la couronne de Norvège glissa non moins rapidement des mains de Charles, qui avait d'autant plus d'espoir de la conserver que les Norvégiens dès 1441 avaient conclu un traité particulier avec la Suède * pour la défense de la liberté réciproque des deux pays. Ils paraissaient peu disposés maintenant à s'allier aux Danois, qui avaient élevé Christian d'Oldenbourg* sur le trône. L'archevêque de Trondhem, avec plusieurs sénateurs norvégiens et la majorité des paysans *, se déclarèrent pour Charles, qui fut proclamé roi et couronné le 23 novem* bre 1449 dans la cathédrale de Trondhem. Tous les paysans au nord et au sud des Dofrines publièrent une lettre à Christian dans laquelle ils disaient qu'ils ne le reconnaîtraient jamais comme roi , ni aucun Danois ou Allemand qui ijourrait se présenter à l'avenir. Ils avaient élu Charles
comme roi de Norvège. Il eut de Catherine quatre fils et cinq fllles; les fils raourarcnt tous eo bas âge. A son lit de mort, le roi épousa Christlna, fille du commandant du château de Raseborg, afin de légitimer un fils qu'il avait eu d*elle; mais le sénat ne sanctionna pas cette union, et le fils vécut et mourut dans Toubli.
■Le 9 février et le 24 juin i441. (Voyez Hadorph dans les supplémens de la Chronique rimée.)
* Christian était né en 1435; son serment écrit est du l** septembre 1448. Il épousa Dorothée, veuve du roi Christophe. Tout porte à croire que Téiection de Charles Knutsson en Su^e eut lieu avant celle de Christian en Danemark.
> Voyez les lettres des paysans, datées de plusieurs lieux de la Norvège, dans Hadorph, c. 1 .
parce que la Suéde et la Norvège, qui formaient naturellement un continent, étaient liées de temps immémorial par une confiance et une amitié réciproques. Deux sénateurs norvégiens furent nommés à la présidence du gouvernement , et Charles s'en retourna par le lemtland.
Pour conserver les acquisitions qu'on avait faites, il aurait fallu de la force et de l'union. I^ parti de Christian prit bientôt le dessus en Norvège , quoique le peuple, surtout dans la partie septentrionale, restât longtemps encore fidèle à Charles. On ne voit pour défendre la couronne de Norvège qu'une vaine tentative d'assiéger Opslo , qui avait reçu une garnison danoise. A l'entrevue qui eut lieu à Halmstad, le 1'^ mai 1450, entre douze seigneurs suédois et danois, on résolut le maintien de l'Union et l'élection d'un roi commun. Les envoyés de Charles, à leurs propres périls et sous leur responsabilité personnelle, firent l'abandon de ses droits au royaume de Norvège. Un article secret conférait au sénat le droit d'investiture des fiefs ^ une proposition semblable devait être présentée au roi Charles dans une nouvelle entrevue à Kalmar, et en cas de refus, le sénat devait se déclarer pour Christian. Le secret fut éventé , et Charles retira à plusieurs sénateurs leurs fiefs et leurs fonctions. On s'étonna moins de cette conduite que de trouver parmi les plénipotentiaires réunis à Halmstad le même homme qui avait abandonné Gottland et qui embrassait ouvertement aujourd'hui le parti danois pendant que les autres ennemis de Charles se ralliaient à lui, du moins en apparence. La nouvelle assemblée de Kalmar, des décisions de laquelle Charles appela au pape , resta sans résultat. Il était clair qu'il n'y avait que les armes qui pussent décider entre lui et son rival. Des hostilités avaient déjà commencé au nom de Christian contre le Wermland et l'Oslrogothie.
Au commencement de Tannée 1452 , le roi Charles assembla une armée u telle que de mémoire d'homme on n'en avait vu une pareille sortir de la Suède % » dit la Chronique ritnée^ qui se complaît dans la description de la déclaralion de guerre, des étendards brillans et de l'habileté du roi à disposer ses troupes , talent
'On évalue à 40,000 le nombre des soldats; d'autres le portent é 80,0(K). L'avant-garde se composait des patineurs ( skyrënnar$).