CHAPITRE V
qu'il ayail acquis dans les pays étrangers. Yingt canons transportés sur des traîneaux ' raccompagnaient : ce sont les premiers dont il soit fait mention dans Thistoire des guerres de la Suéde. La Scanie fut impitoyablement ravagée; les villages et les villes furent livrés aux flammes pendant les rigueurs de Thiver , mais pas une seule place forte ne fut enlevée : ce Tut là tout le résultat de cet immense armement. Le roi quitta son armée en lui laissant Tordre de traiter de la m6me manière la Hollande et le Bleking. A cet effet Tarmée fut partagée en deux corps, qui ne devaient pas tarder à se disperser, car le printemps venu, lorsque le roi Christian commença la campagne par l'invasion de la Yestrogothie , il trouva le pays ouvert, et dans le cours de Télé les châteaux tombèrent en son pouvoir. Charles devait marcher à la rencontre de Tennemi sur la lisière du Tiweden pour Tempècher d'envahir la haute Suéde ; mais il fit volte-face à la nouvelle qu'une flotte danoise avait attaqué la capitale , qui n'était défendue que par les paysans. La flotte suédoise, que le roi avait d'abord réunie prés de Stockholm et qu'il avait ensuite éloignée, étant revenue, on échangea quelques bordées et tout fut fini. 11 n'y a pas lieu de s'en étonner s'il est vrai, comme on le rapporte, que la flotte était commandée par des Danois d'origine *, qui laissèrent impunément dévaster les côtes de Suède par leurs compatriotes. Christian put môme dans l'automne gagner l'intérieur du pays sans être poursuivi et sans autre perle que celle que lui fit éprouver le peuple exaspéré dans la forêt de Ilolweden. Seulement le brave Thord Bonde , neveu du roi et nommé marsk par lui, défendit avec autant de succès que de valeur la frontière occidentale du royaume.
Les années qui suivirent s'écoulèrent comme les précédentes au milieu des troubles ; elles furent même plus malheureuses. La peste éclata de nouveau en Suède en 1455; elle n'avait presque pas interrompu ses ravages depuis 1450. Dans la seule ville de Stockholm,
* Vingt arquebuses {kàrrabyssor) avec de la poudre et des pierres ; on avait déjà des canons dans les forteresses. Dans la guerre conduite par Engelbrekt, on fait mention d'arquebuses placées au cbAlean de Stockholm. Cette ville avait des arquebusiers et des fondeurs de canons dés 1431.
* Erîrus Olaî.
le fléau moissonna neuf mille personnes. La récolle manqua trois années de suite-, il en résulta la disette la plus cruelle qu'on eût jamais ressentie*. Les opérations militaires se suivaient sans combinaison, sans plan arrêté, au milieu des propositions de paix qui n'avaient pas de suite et d'entrevues consécutives entre les sénats des royaumes. Ces entrevues se distinguèrent quelquefois par des fêtes brillantes dans lesquelles Charles étalait sa magnificence, ses richesses et sa piété, comme en 1455, où sa fille, âgée de huit ans, embrassa la vie monastique dans le couvent de Wadstena. Le rui, revêtu de tous les insignes de sa dignité royale, chanta l'Evangile devant l'autel. Au mariage de Thord Bonde, les convives furent servis dans quatorze cents plais d'argent. L'année suivante , le brave Thord Bonde fut perfidement assassiné par un Danois qui avait gagné sa confiance par ses services. L'impression que fit ce meurtre sur le peuple suédois a été exprimée dans une romance populaire qui est parvenue jusqu'à nous.
Il n'était pas extraordinaire de trouver à cette époque des Danois au service de Charles, comme des Suédois à celui de Christian *, les uns et les autres avaient quelquefois des possessions et souvent des relations de famille dans les trois royaumes, oà ils cherchaient la fortune par le métier des armes , peu importait sous quel matlre, de sorte qu'à la fin le peuple seul sut ce que c'était que patrie et souffrir pour elle. Charles lui-même n'avait pas l'âme élevée au niveau de son rang : ses vues étroites ne dépassaient pas ses intérêts particuliers , et le chef de parti distingué ne fut plus qu'un prince faible. Il nourrissait contre les grands une défiance fondée , qu'il dissimulait souvent par crainte, et il fournissait ainsi à ses ennemis secrets l'occasion de lui nuire à visage découvert : rusé, accommodant en tout, excepté dans les questions d'argent ', il tira de la plus basse classe des employés qui lui ressemblaient par leurs défauts et qui finissaient par le trahir. Ses inlendans pouvaient être assimilés aux étrangers pour leur avarice
* Diar, JVadttenente» En J4G4 la peste sévit de nouveau i 7.000 individus en moururent; elle se Jeta aussi sur la Russie. Suivant Karamsin , à IVovogorod , 48,000 personnes succombèrent sous la violence du
I mal.
1 * « Obligeant, mais avare », dit un ancien récit.
cl leur rapacilé ; mais ils volaient sous le voile de la loi*. Le peuple, qui n'avait pas oublié Engetbrekt, s'éloignait de Charles, et lorsqu'il voulut entraver la liberté de donner à TÉglise et attaquer la fortune et les privilèges du clergé*, sa situation devint d'autant plus périlleuse qu'il ne possédait pas les qualités militaires nécessaires pour résister à des hommes qui tenaient Tépée d'une main et la crosse épiscopale de l'autre. Les manœuvres de l'archevêque Jôns Bengtsson n'étaient pas ignorées du roi. Ce prélat et l'évèque Sigge de Strengnâs avaient déjà été une fois convaincus de haute trahison, et ils avaient perdu les fiefs dont ils étaient investis -, mais ils étaient rentrés en grâce auprès du roi par l'entremise du sénat. Ils ne laissèrent pas de tenir un langage hautain , et dans une assemblée de seigneurs , ils manifestèrent leur mécontentement contre le gouvernement de Charles et leur prédilection pour Christian. Le roi, se reposant sur ses trésors et ses mercenaires, fit trop peu d'attention à ces graves circonstances*.
Au commencement de 1457, l'archevêque était l'hôte du roi au château de Stockholm lorsque de nouvelles querelles s'élevèrent entre eux. Des ordres furent donnés pour une de ces expéditions insignifiantes que signalèrent annuellement le règne de Charles : il s'agissait alors d'ôland, dont les Danois s'étaient emparés, et quand Charles partit pour les provinces méridionales, l'archevêque reçut mission d'accélérer l'armement dans le haut pays. Jôns Bengtsson serenditàlacathédraled'Upsala, déposa sur l'autel ses ornemens épiscopaux, prit le casque, endossa la cuirasse et ceignit Tépée^ puis il fit afficher sur la porte de l'église sa déclaration de guerre contre le roi et commença immédialement les hostilités. Charles revient en toute hâte. Ses troupes n'étaient pas
* Voyez Caractère de Charles KnuUêon , parEricus Olai, son contemporain.
Olaos Magnus, qui loue la justice des employés de Sten Sture l'aîné et qui attaque avec amertume ceux de Charles et leur conduite envers leur maître, prouve suffisamment leur mauvaise conduite envers le peuple.
* En 1 454, les ecclésiastiques protestèrent énergiquement. Charles ne voulait pas seulement mettre des bornes aux donations en faveur des églises , Il revendiquait encore une partie de ses propriétés ; il avait encore dessein d*empéchcr les nobles d'embrasser Tétât ecclésiastique sans l'abandon préalable de toute leur fortune à leur famille.
' Chronique rimée.
nombreuses, mais elles se composaient de réltte des mercenaires, et il aurait facilement dispersé des bandes rassemblées sans ordre et peu accoutumées à la discipline s'il ne s'était laissé surprendre à Strengnâs, d'où il s'enfuit à Stockholm après un court combat dans lequel il fut atteint d'une flèche. Les habitans ne se décidèrent que difficilement à lui ouvrir les portes: «Et comme il vit, dit OlausPelri, que Tarchevêque et ses partisans avaient pris leurs mesures, et qu'il craignait, vu l'état d'hostilité dans lequel il avait trouvé le pays , que les habitans de Stockholm ne lui demeurassent pas fidèles , il réunit tous ses trésors et se rendit secrètement pendant la nuit sur un vaisseau qui le transporta en trois jours à Dantzig, où il demeura sept ans, à la faveur d'un sauf-conduit. »
Alors on vit revenir les seigneurs que la crainte de Charles avait éloignés. La ville de Stockholm, qui avait soutenu un siège de sept ans sous le règne d'Albrekt, se rendit dans un mois à l'archevêque, qui se fît nommer prince et régent de Suède. Le commandant du château de Stockholm se rendit aussi sans résistance et livra les enfans du roi, que celui-ci avait confiés à sa fidélité, À condition qu'on ne lui demanderait aucun compte des sommes d'argent dont il avait eu le maniement. Ses collègues, les intendans royaux, à l'exception de Gustave Carlsson ' , commandant de Kalmar, qui portait avec honneur son nom de chevalier, suivirent son exemple avec tant d'empressement qu'à la Pentecôte, lorsque le roi Christian arriva à Stockholm avec sa flotte, les Danois se plaignirent qu'il ne leur restait rien à faire et comblèrent les Suédois, les ecclésiastiques surtout , d'éloges ironiques ; mais les mots ne firent pas oublier les faits, et le clergé fut pleinement rassuré par la confirmation de tous ses privilèges.
Christian d'Oldenbourg fut alors élu roi de Suède et couronné à Upsala le 29 juin 1457. Il obtint des sénats des trois royaumes, qui se réunirent à Skara, que son fils lui succéderait. Les paysans, contre la volonté desquels il avait été appelé dans leroyaume,quoiqueayantembra$sé le parti de l'archevêque contre Charles, se contentèrent de ce qui était fait , et, pour nous ser-
* Fils de Charles Ormsson, beau-père du roi; cepen> dantà la fln il rendit aussi hommage à Christian.