CHAPITRE V
Yîr des expressions de la chronique : ci Le pays | se portait bien dans les premiers temps du règne du roi Christian; mais au bout de quelques années ce prince multiplia les impôts et força tous ceux qui avaient de Targcnt à lui prêter de fortes sommes , qu'il ne leur rendit pas. U acheta le Holstein au comte deSchaumberg et à son frère le comte Gerdt : pour cela il lira beaucoup d'argent de ses royaumes-, il s'attira la haine du peuple par ces contributions et les envois qu'il faisait hors du pays. Ses ennemis commençaient à l'appeler le gouffre où s'engloutissaient toutes les ressources du royaume, quoiqu'il fût religieux et d'un caractère très-modéré ■. » En 1^63, le bruit courut que le roi Charles , appuyé d'une grande armée, devait revenir pour faire valoir ses drpits ik la couronne; mais la suite prouva que cette nouvelle était sans fondement. Un marchand que l'archevêque fit arrêter et qu'on disait porteur de lettres pour les parens et les partisans de Charles fut mis avec plusieurs de ces derniers à la torture : les uns succombèrent aux douleurs, les autres restèrent estropiés. Ces cruautés soulevèrent une haine violente contre l'archevêque ; mais il avait un caractère si haineux et si vindicatif que celui sur qui tombait sa colère ou seulement un simple soupçon avait tout à craindre de lui.
Les périls qui menaçaient le trône amenèrent le roi Christian à Stockholm. Il ordonna de nouveaux impôts et chargea l'archevêque de les lever : il partit lui-même pour une expédition contre les Russes, en Finlande. Dans cette circonstance, il avait reçu la permission de toucher les impositions qu'un légat du pape levait dans le Nord pour soutenir la guerre contre les Turcs. Les paysans refusèrent de payer le nouvel impôt, disant qu'ils aimaient mieux mourir que de se soumettre à des contributions illégales ; il y eut une révolte, et l'archevêque promit de le faire abolir, d'autant plus que le roi n'en avait pas même exempté les paysans de l'Église. Mais à son retour, Christian accusa l'archevêque d'avoir lui-même fomenté les troubles , et 11 accumula contre lui plusieurs accusations qui auraient été plus plausibles de la part de Charles. Les adversaires de l'archevêque triomphèrent dans le sénat et -dans la bourgeoisie de Stockholm; on trouvait affichés dans toutes les rues des placards sur
• Olttus Pciri.
lesquels on lisait : « L'archevêque est un traître, » Le roi, malgré les menaces d'excommunication , fit arrêter ce prélat. Les paysans, ne voyant en lui qu'un martyr de la liberté, accoururent à Stockholm; mais ils furent repoussés et en partie massacrés dans un combat où le marsk Thure Thuresson (Bjelke) mérita le nom de boucher des paysans *. Avant de partir, le roi enleva du château de Stockholm tout ce qu'il contenait de précieux, depuis la (lèche dorée de la tour jusqu'aux fenêtres; les!" marmites et les chaudières ne furent pas oubliées. Il flt raser les remparts, fouiller la terre et même chercher dans la mer des trésors qu'il y supposait cachés, de sorte qu'on disait dans une lettre écrite à cette époque qu'il avait demandé de l'argent aux trois élèmens, à l'air, à l'eau et à la terre.
A peine le roi étaitril parti, accompagné de l'archevêque, qu'il emmenait prisonnier, que la sédition éclata de nouveau , excitée par un proche parent de ce prélat, l'évêque de linkôping , Ketlil Carl8son(Wase), qui se fil proclamer régent à YeslerSs au commencement de l'année 1464. Il était soutenu surtout par les Dalécarliens, u qui sont les habitans les plus sauvages et les plus belliqueux de la Suède, suivant les moines de Wadstena*. »0n publia, au nom des Dalécarliens et des paysans suédois , une lettre remplie d'accusations énergiqfues contre le gouvernement du roi*. Le roi Christian accourut à la défense de Stockholm au milieu des rigueurs de l'hiver ; mais les Dalécarliens feignirent une retraite et l'attirèrent dans une forêt épaisse, près de l'église de Haraker, dans le Yestmanland , où il essuya un grand désastre et courut des dangers personnels. Il fut obligé de fuir de Stockholm, que les Dalécarliens assiégèrent dans l'été. Alors ce fut un cri unanime parmi les paysans en faveur du roi Charles : a La Suède , disaient-ils , est un royaume et non pas une province ou une paroisse. » Les sénateurs cédèrent, et Charles fut invité à revenir ; mais ce fut pour être expulsé de nouveau six mois après par l'archevêque , qui avait été rendu à la liberté * et auquel s'était joint l'évêque Kettil.
• Chronique rimée,
■ • Maxime féroces et bellicosi. » ( Diar. TFadiUnen»e.) » Voyez HandIIngar, rihrande Skand, histor,, 5« vol.
* Olaus Pétri.
Dans respace de trois ans et demi, depuis janvier 1464 jusqu'à novembre 1467, quand le roi, déchu pour la seconde fois , séjournait au château de Raseborg en Finlande, dans un état de dénûment tel qu'il se plaint de ne pouvoir payer cinquante marcs d'argent qu'il devait, nous voyons d'abord Tévèque Ketlil , puis l'archevêque et peu de temps après lui le puissant Erik Axelsson (Toit), occuper la régence, de sorte que le partage du royaume sous plusieurs régens indigènes paraît s'être exécuté d'après le plan arrêté , dit-on , par les grands pendant ces temps de troubles *.
Le 13 novembre 1467, Charles Knutsson fut rappelé pour la troisième fois. Son ennemi le plus implacable , l'archevêque, mourut peu de temps après dans l'exil. Les dernières années du règne du vieux roi furent remplies par des troubles intérieurs et la guerre avec Christian, qui attaqua de nouveau la Suède, et avec Erik Carisson ( Wase ), qui se mit à la tête d'une troupe de révoltés. Ce fut alors que le nom de Sture commença de briller dans la Dalécarlie. Après les victoires de Nils et de Sien Sture d'abord sur les rebelles, puis sur les ennemis extérieurs, Charles put mourir en paix, il termina ses jours le 15 mai 1470 au château de Stockholm , à l'âge de soixante et un ans. Il laissa le gouvernement à Sien Sture en lui conseillant de ne jamais ceindre la couronne*.