CHAPITRE Vr
Waseélaii exiiè, ainsi que plusieurs seigneurs suédois. Ils appartenaient tous au parti de l'ancien archevêque , qui était revenu du Danemark avec des soldats et des vaisseaux pour disputer encore la possession de la couronne à Charles Knutsson mourant. Sten Sture les bat- Ut , et ils furent obligés de chercher leur salut dans la fuite. Mais les dissensions suivaient leur cours, et durant près d'un an le royaume n'eut pas d'autorité légalement reconnue. Les paysans , au nombre de douze par chaque province, se réunirent spontanément à Upsala et sommèrent le sénat de venir s'entendre avec eux, car ils ne voulaient pas souffrir, disaientils, de pareilles divisions dans leur patrie. Ce fut dans ces circonstances , mais non sans de nombreuses oppositions et de vives remontrances, que Sten Sture, au mois de mai 1471, fut proclamé régent à Arboga par les bourgeois et les paysans surtout, avec Fassentiment d'une grande partie du sénat. Ce qui contribua principalement à ce résultat, ce fut que le puissant Erik Axelsson tenait à la disposition de Sture les châteaux où il commandait et que le nouvel archevêque, Jacques Ulfsson, qui avait fait son éducation et avait été son ami , s'était déclaré pour lui.
Sur ces enli*efailes , Christian lui-même arriva dans le port de Stockholm avec une flotte de soixante et dix vaisseaux. On parlait de tous côtés de réconciliation. La querelle de Christian et de la Suéde, des fils d'Axel Tott (/ixelsonemé) et de leur roi légitime, des seigneurs suédois rebelles et du parti de Sten Sture dans le sénat devait se vider devant une commission tirée des sénats des trois royaumes. C'était assez pour tenir les Danois en haleine pendant tout un été, et il parait qu'on ne voulait que gagner du temps. Le jour décisif, Sien Sture et ses amis ne parurent pas. Le régent s'était rendu en Ostrogothie et Nils Sture dans la Dalécarlie pour tirer des troupes des provinces les plus éloignées , car dans les environs de la capitale les partisans du Danemark étaient plus actifs et plus nombreux. Erik Carlsson (Wase) et Trotte Carlsson (d'Éka) avaient déjà gagné une grande partie des populations à la cause du roi. Les paysans furent attirés au camp danois par le bas prix du sel, dont on avait arrêté les convois à dessein. Il en resta un grand nombre sous les drapeaux du roi. On n'entendait plus parler de Sten Sture , ce qui augmenta le courage des
Danois*. Christian le traitait de bambin qu'on devait fouetter pour s'être caché au fond des bois. Les soldats se vantèrent des traitemens qu'ils réservaient aux bourgeois de Stockholm et à leurs femmes. Cependant les deux Sture s'approchaient avec leurs forces réunies pour secourir la capitale, et le 11 octobre 1471 ils livrèrent bataille aux Danois à Brunkeberg. Christian avait fortifié par de nouveaux ouvrages ce monticule sablonneux, qui à celte époque se trouvait hors de la ville, qu'on a aplani depuis et couvert de maisons et qui a conservé son nom en mémoire du supplice qu'y subit le cruel firunke. On y avait élevé un bastion défendu par plusieurs pièces d'artillerie \ Christian , avec la bannière du Danemark , occupait le sommet de l'éminence \ il avait derrière lui le bastion : il avait pris cette précaution parce qu'il s'attendait à une sortie des habitans pendant la mêlée. Un autre corps d'armée était placé au pied de la montagne près du couvent de Santa-Clara. Le troisième resta pour défendre la flotte, qui avait mis à l'ancre sous Kâpplinge Holmen ( aujourd'hui filasû Holmen ) , alors séparé du faubourg du Nord {Normalm) par une pointe du lac Mftlaren, sur laquelle les Danois avaient jeté un pont pour communiquer avec leurs vaisseaux. Après avoir rompu l'armistice, Sten Sture partagea son armée en trois corps dont l'un fut envoyé par des chemins détournés contre les Danois stationnés près de la flotte. Nils Sture, qui conduisait le gros de l'armée ) trouva tant d'obstacles dans sa marche à travers les forêts et les marais que remplacent aujourd'hui les quartiers si populeux du faubourg du Nord , que le retard de son arrivée fut sur le point de faire perdre la bataille. — Quatre fois Sten Sture monta à l'assaut de Brunkeberg; il ne l'emporta qu'après avoir, par une attaque simulée, attiré les Danois qui occupaient le sommet de la montagne au milieu des troupes postées au couvent de Santa- Clara. Pendant cet engagement, les bourgeois de Stockholm, sortant de la ville, s'emparèrent du fort construit en bois et le livrèrent aux flammes. L'arrivée de Sten Sture décida la victoire. Christian lui-même fut blessé et ne gagna ses vaisseaux qu'avec peine.
Beaucoup de fuyards trouvèrent la mort dans les flols, parce que les bourgeois avaient fait
* Chronique rimée.
scier le pont avant le combat. Les chansons ' dans lesquelles les paysans ont célébré pendant longtemps cette bataille offrent beaucoup de traits saillans des anciennes mœurs. Sien Sture fit ses prières et communia avec toute Tarroée le malin de cette sanglante Journée. Tous ses soldats mirent des signes à leurs chapeaux ou à leurs casques, les uns de la paille, les autres des feuilles, pour se faire reconnaître par leurs compatriotes ou leurs frères qui combattaient dans les rangs ennemis. En marchant à l'attaque, ils entonnèrent le chant '4e Saint-George , c'était celui du combat, et après la victoire, Sten Sture voua à ce saint Timage qu'on voit encore dans la cathédrale de Stockholm. Dans les deux armées, c'était autour des bannières que le combat était le plus acharné. Christian blessa de sa main Canut Posse , qui dirigeait la sortie de la ville. Sien Sture se vit plusieurs fois entouré à'ennemis : un pauvre paysan , nommé BjOrn-le-Fort (Stark Bjôm\ marchait devant son cheval pendant la bataille et lui ouvrait le chemin à grands coups d'épée. L'épouse du régent et les plus nobles dames de Stockholm considéraient ce spectacle du haut du rempart; elles firent distribuer des vivres et des aumônes aux pauvres de la ville. La bataille de Brunkeberg fut plus importante par ses résultats que par les forces qui y furent mises en mouvement. On dit que l'armée de Sten Sture comptait environ dix mille hommes -, il faut y ajouter les treize cents cavaliers bien armés de la ville de Stockholm. L'infanterie n'était guère composée que de paysans : leurs armes familières étaient l'arc et la hache de combat du Nord, si connue depuis les temps les plus reculés*. Christian n'avait réuni que cinq mille combattans à son camp, dans le faubourg du Nord, mais ils étaient bien armés et pourvus d'une artillerie formidable pour ces temps-là. Sans compter le corps de troupes qui gardait la flotte ni celui qu'avaient réuni les seigneurs suédois appartenant au parti du Danemark, les forces du roi étaient à peu près égales à celles de Sten Sture; mais les soldats de celui-ci étaient bien inférieurs aux autres sous le rapport de l'adresse et de la discipline. Beaucoup de Suédois dans celte Journée trouvèrent la mort en combattant contre leur patrie. De ce nombre fut le
* L*ane d'elles estparrenoe Jasqn'à nous. *0n l'appelle la besaiguë suédoise.
brave Trotte Carlsson, dont le bouclier de bois recouvert de cuir resta exposé dans la cathédrale d'Upsala Jusqu'à l'incendie de 1702. Les débris du corps suédois qui se trouvait dans i*armée danoise gagnèrent les vaisseaux ; mais les Danois étaient si irrités qu'ils voulaient les massacrer et les précipiter dans la mer. Il faut dire à l'honneur du roi Christian quMl s'opposa à cet acte de barbarie et les fit mettre en liberté. Il quitta la Suède pour n'y jamais rentrer, et II ne troubla plus la tranquillité de ce royaume pendant les dix années qu'il survécut à sa défaite.
Depuis longtemps on n'avait joui de jours plus paisibles que ceux qui suivirent. Les principaux chefs de parti se réconcilièrent avec le régent, qui put désormais consacrer tout son temps aux soins de l'administration. Jusqu'alors la moitié des magistrats des villes avaient été choisis parmi les Allemands ; les bourgeois et les paysans , après la bataille de Bninkeberg, voulurent réformer cet abus dans les institutions municipales : ils déclarèrent que si on refusait de les satisfaire, ils ne prêteraient Jamais leur appui au sénat et aux seigneurs suédois. Aussi cet usage fut-il supprimé par une ordonnance du régent et du sénat *. Grand nombre de terres étaient devenues incultes et désertes par suite des guerres*; elles commencèrent à se repeupler, c'est ce qu'attestent les ordonnances relatives à cet objet*. Pour arrêter la division des métairies, il Ait décidé que celui qui avait le plus longtemps cultivé et possédé une terre aurait le droit de racheter les parties échues à d'autres héritiers. Sten Sture veilla de près sur la conduite de ses inlendans, et il fit droit aux plaintes portées contre eux quand elles étaient fondées en les faisant poursuivre conformément aux lois. Le peuple suédois garda longtemps le souvenir de sa justice , il en fit même le sujet d'un provtrbe : (( Sien exposerait plutôt sa vie que de souffrir qu'on enlevât un mouton à un paysan *. » La Chronique rimée exalte la fertilité de la terre , le bas prix des subsistances , l'abondance du sel, du houblon et des productions étrangères, car dans ce temps les ports de Suède recevaient des vaisseaux chargés de fortes cargaisons.
<Daf4 octobre 1470.
■ Ôdeshemman ( Termes devenues désertes).
* Voyez Càlmar-Recess , de Tannée 1474,
* SchetDer, Memorabil. suet, gentis.