CHAPITRE VI
Les loisirs de la paix furenl ailles aux sciences et aux établissemens où on les cuUivail. Le siège de Tarchevôque d'Upsala possédait depuis de longues années une école fondée par Birger- Jarl; les frais d'entretien étaient prélevés sur les dtmes des pauvres , d'après une lettre du pape de 1250, et Ton voit que des élèves des écoles des évêchés s'y rendaient pour continuer leurs éludes*^ aussi les envoyés suédois au concile de Gostnilz étaient-ils chargés d'amener des savans de TAIIemagne pour communiquer leurs lumières à la Jeunesse qui fréquentait récole d'Upsala et dissiper Tignorance du clergé, de laquelle on se plaignait de toutes parts*. En conséquence on commença par établir à Upsala, en 1438, une chaire académique^ Le pape avait déjà accordé au roi Erik de Poméranie le droit d'établir dans le Nord une université ^ une permission semblable pour le Danemark fut donnée h Christian lors de son voyage à Rome , en 1 474. Dans le courant de la môme année, Tarchevêque Jacques Ulfsson traita de cette affaire avec le clergé de Suède au synode d'Arboga \ on envoya à Rome un délégué , qui rapporta des lettres du pape Sixte ly^ contenant Tautorisation d'établir à Upsala un siudium générale pour la théologie, la loi canonique et civile, la médecine et la philosophie , avec le droit de distribuer des grades ; Farchevêque était autorisé à exercer les fonctions de chancelier. Ce fut alors (21 septembre 1477) que l'université d'Upsala fut solennellement inaugurée^ un an avant celle de Copenhague. Le régent et les États lui accordèrent les mêmes droits que possédait celle de Paris.
Christian I«' mourut le 22 mai 1481. Il était, au dire des chroniqueurs , d'une taille élevée , d'une constitution robuste et si bien fait qu'aucun de ses descendans ne peut lui être comparé. Il avait l'âme pieuse-, il était généreux, doux et sobre-, il peut être mis au nombre des meilleurs rois que le Danemark ait eus. C'est ainsi qu'il a été jugé par les écrivains danois"^ mais en Suède il a par-
* Voyez Script, rer. svecic, L 1, p. 83.
* CelM , Apparatus ad Mstor, sv90 goth. , p. 2, bibliotbéqoe d'Upsala.
* YoyezSamIingari Swenska, historien. Upsala, 1708, ] beft.
* Du 28 février 1470.
•Voyeillvitreid.
tagé la haine que le peuple portait h l'Union ; cette haine s'accrut à mesure que le Danemark fut regardé comme un ennemi dangereux de la liberté du Nord à cause de la maison d'Oldenbourg, qui fut bientôt incorporée pour ainsi dire avec ce royaume par ses possessions et ses opinions , tandis que les autres rois étrangers de l'Union éteient également odieux aux trois royaumes. Aussi la Norvège , quoique plus tranquille que la Suède , parce qu'elle avait épuisé ses forces dans les luttes du moyen âge, commença de sentir plus que jamais le danger de la prépondérance des Danois dans l'Union. Après la mort de Christian, le sénat de Norvège envoya à celui de Suède des plaintes détaillées, qu'il t^minait en disant que : « Des étrangers, pendant le règne de ce prince , avaient exercé une influence toujours croissante en Norvège ; qu^on devait donner une autre direction à l'union des trois couronnes, puisque jusqu'alors elle n'avait pas produit les résultats qu'on avait droit d en attendre ^ qu'une union intime entre la Norvège et la Suède était seule capable de leur procurer le bien-être et la jouissance de leurs libertés et de leurs droits '. » Cependant si les actives négociations qui avaient eu lieu entre le Danemark et la Suède étaient restées sans effet depuis la bataille de firunkeberg jusqu'à la mort de Christian, il n'en fût pas de même au renouvellement de l'Union, en I4d3, et les conditions auxquelles le fils de Christian, Jean ou llans (ainsi qu'il est généralement appelé), fut élu roi de Suède, prouvent en faveur de quels intérêts on soutenait l'Union. Après avoir reconnu solennellement tous les privilèges de l'Église, les plénipotentiaires des trois couronnes convinrent entre autres choses que le roi, qui presque toujours avait les mains liées par le sénat et qui devait séjourner alternativement une année dans chaque royaume, ne devait accorder les emplois qu'à des indigènes bons et nobles et ne pas les confier à des hommes de basse extraction. Dans l'investiture des châteaux et des fiefs, il devait avoir égard à Topinion des sénateurs qui habitaient les contrées où ces fiefs étaient situés. Dans le sénat, qui devait être composé de membres de la noblesse et d'un nombre indéterminé de clercs , selon l'urgence, aucun sénateur ne pouvait être admis sans le consentement des autres, et celui
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qui M séparait de ses collègues devait être igoomioieusement exclu des conseils du roi ; quatre sénateurs devaient seuls avoir les clés des . archives du royaume avec la direction des finances, à charge d'en rendre compte et d'être responsables de leur gestion. Le roi ne pouvait ni acheter ni retenir en gage aucune charge seigneuriale. La noblesse au contraire pouvait posséder par hypothèque des biens de la couronne sans que les impôts fussent à sa charge non plus |que le service militaire. La noblesse avait en outre la faculté de fortifier ses châteaux ^ elle pouvait en refuser rentrée au roi et y donner asile à ceux qui étaient tombés dans sa disgrâce. Enfin il est dit que chaque noble, clerc ou laïc, est le maître des paysans qui vivent sur sa terre, excepté dans les causes où le roi était partie. Et quoique les articles que nous venons de rapporter fussent d^une observation difficile, le roi Hans promit d'y être fidèle; il en donna l'assurance par son nom, son sceau et son serment.
Après 4a convention de Kalmar, en 1483, Farislocratie suédoise, parvenue à l'apogée de sa puissance, révéla ainsi le but qu'elle s'était ' proposé d'atteindre. Sten Sture ne se pressait pas de tenir sa parole ; « Car (nous laissons parler Olaus Pétri) quoique la Suéde eût été donnée au roi Hans , quatorze ans s'écoulèrent avant quUl en prit possession, tant parce que la dette du roi Christian n'avait pas été acquittée que parce que les Suédois n'étaient pas disposés à la soumission. Il y eut pendant ce temps beaucoup d'assemblées des seigneurs des trois royaumes ; on y prit des mesures pour que la paix ne fût pas troublée et que le roi Hans pût faire enfin son entrée en Suède; mais ces négociations éprouvèrent des retards : le départ du roi fut ajourné d'un Jour à l'autre, ce qui fit croire que les Suédois ne voulaient pas de lui ; sans cette crainte, il fût venu bien vite. »
L'fle de Gottland était une des principales causes des querelles toujours renaissantes entre la Suède et le Danemark. Elle avait été donnée en gage par Christian à Olof Axelsson (Toit), et elle était tombée après sa mort entre les mains de son frère ïvar, à qui Charles Rnutsson avait donné sa fille en mariage dans l'espoir que cette alliance procurerait à la couronne de Suède la possession de l'tle. «Mais cette puissante famille danoise, qui, par i
espritd'opposition contre Christian, s'éCaitaHiée à Sten Sture, lit voir qu'on ne pouvait pas compter sur sa fidélité. Erik Axelsson, qui avait en fief la Finlande, laissa les châteaux avant de mourir, non au régent, qui était son beau-frère, mais â ses deux frères, Laurent (Lars) et Ivar. Ceux-ci prirent possession du pays pour leur propre compte. Il en résulta entre Sien Sture et Ivar Axelsson une guerre qui ne se termina que lorsque le dernier eut livré Gottland à Hans, en 1487, et qu'il fut allé lui-même chercher un asile en Danemark. Ces divisions intestines mirent à nu le ressentiment des grands contre le régent. Dès 1484 il était question de lui retirer son autorité, et il ofTrit plus d'une fois de s'en dessaisir. Au fond ce pouvoir était très-borné, et celui qui l'exerçait pouvait difllcilcinent se soustraire â l'influence de sa position équivoque.
Cet inconvénient se fit sentir surtout dans la guerre avec la Russie : bornée d'abord â quelques incursions, elle devint terrible par Tiavasion des Russes dans la Finlande, en 1495. Pendant que Canut Posse , av«c un rare et brillant courage , défendait Wiborg^ que les Russes tenaient en vain assiégée depuis trois mois*, Sten Sture rassembla la plus grande armée que la Suède eût vue sous son règne : on comptait plus de quarante mille combattans. Il se mit lui-même â la tête de cette masse de guerriers sous la bannière de saint Erik% qui fut emportée en grande pompe de la cathédrale d'Upsala, où elle était déposée. Mais comme on entrait dans l'automne, on dilTéra si longtemps le départ des troupes qu'une grande partie périt par l'eau et par le froid. Enfin arrivé â Âbo, le régent parut donner plus d'attention aux ennemist(]u'il avait laissés en Suède qu'à ceux qui ravageaient impunément la Finlande \ bientôt après il conféra le commandement des troupes â Svante Sture, fils de Nils Sture, qui , pendant que le régent et le sénat
* Aucun témoin oculaire ne parle de l'eiplosion de Wlborg {WiboTtka Smailen), où Canut Posse est censé avoir fait sauter seize mille Russes; mais on dit au contraire que les Russes ont fait usage de canons d'une longueur démesurée ( bombardas et mathinaM mc^na* et mirabiles aliquas in longitudine, XXIV) ; ils se reUrërent ein-ayés par des signes qu'ils avaient observés dans le ciel.
*Elle fut perdue dans celte campagne; ce fut un des point! d'accusation dirigés contre Sien Sture.