CHAPITRE VI
s'observaient mutuellement, traversa pendant Télé de 1496 le golfe de Finlande et arriva à Narva, d'où il alla prendre el détruire Ivanogorod. Une nouvelle armée fut levée en Suède ; ces nouvelles troupes furent conduites en Finlande dans l'automne de la même année^ mais des différends ayant éclaté entre les deux Sture, ces armemens restèrent sans résultat. Svante Sture, qui se disait victime de nombreuses Injustices et qu'on avait récemment laissé sans secours dans la Finlande, abandonna l'armée sans permission. Ce fut le régent lut-môme qui, plein de ressentiment, le remplaça et s'enferma plus tard dans le château de Stockholm , d'où il négocia avec le sénat ; mais celui-ci lui refusa obéissance et fidélité. Il fut accusé de s'être mêlé sans nécessité des affaires de la Livonie' pendant que la Finlande avait été laissée sans défense ; d'avoir privé Svante Sture de son héritage , d'avoir déserté l'armée , d'avoir voulu introduire les paysans dans le gouvernement du royaume, d^avoir affaibli le sénat en ne remplaçant jamais les membres que la mort avait enlevés, et enfin d'avoir empêché la mise à exécution des résolutions récemment prises à Kalmar, quoiqu'il eût en 1494 solennellement promis d'exécuter ces articles. Les dernières années du règne de Sten Sture ne furent pas heureuses*, tous les fléaux paraissaient réunis, une grande sécheresse qui anéantit les récoltes , des tempêtes furieuses, l'incendie de Stockholm et les attaques sans cesse renouvelées de la peste. La négligence du régent à payer à la reine douairière de Danemark* les revenus de sa dot lui attira l'excommunication du pape et par suite de nouvelles tracasseries de la part de ses ennemis *, les prétentions de plusieurs princes étrangers à la couronne* augmentèrent encore le désordre. Le sénat invita le roi Hans à venir en Suède. Sten Sture se rendit dans la Dalécarlie, menaçant le pays d'un nouvel Engelbrekt. Les Dalècarliens firent passer ses lettres aux habitans de Vestmanland et d'Upland, ainsi qu'aux
* Il prèU secours à Térèque de Riga en USS dans la dispute que ce dernier eut avec le grand inaUre de Tordre teutonique.
* Dorothée de Brandenbourg, mariée d*abord au roi Christophe, puis à Christian I«'. Elle mourut en 1495.
* Le frère du roi Hans, ainsi que Maximillen fils de Tempereur, qui, d'après Olaus Pétri, avaiteoToyé beaucoup de présens à Sten Sture.
paysans de tout le Norrland avec prière 4e' s'unir à eux par tous les Iiens]d'une inlime coi^ • fraternité pour éviter la perte de la patrie, celle de leur chef bien-aimé et leur propre ruine. Ils protestèrent unanimement contre le pouvoir du roi Hans et jurèrent de ne s'y jamais soumettre. Les villes anséatiques, maintenant réunies au régent , Tomentërent le mécontentement contre le roi^ les Suédois ne pouvaient lui pardonner son alliance avec le tzar de Russie au moment même où la Finlande était ravagée, incendiée et ensanglantée par les Russes.
Sten Stuœ,  la tête d.es< paysans, attaqua l'archevêque , qui avait autant que possible joué le rôle de médiateur. Il fut assiégé avec une partie du sénat dans son château de Stâket. L'armée des paysansmarcha sur Stockholm pendant que celle du roi de Danemark, formée presque exclusivement de mercenaires ', se] présentait aussi sur la flotte danoise aux environs de la capitale et posait son camp comme quatorze ans auparavant sur le Brunkeberg. C'était sur ce point que les Dalécarliens devaient diriger leurs forces , d'après le plan de Sten Sture ^ lui-même se proposait de tomber sur les derrières des Danois en faisant., une sortie de la ville, dont il avait fait brûler les faubourgs. Son plan fut découvert. Les paysans, au nombre de trente niille, s'il en faut croire leurs .adversaires, furent attaqués à l'improviste et complètement défaits à Rotebro. L'armée danoise se retirait avec les étendards enlevés aux Suédois lorsque Sten Sture, la prenant pour la sienne, vint à sa rencontre. Il eût été pris s'il ne se fût jeté avec son cheval dans le fleuve du Nord {NorrstrlHn) el s'il ne fût parvenu à rentrer au château par une porte secrète : c'était le 28 octobre 1497. Il se réconcilia avec le roi Plans, qui lui donnait le bras en faisant son entrée solennelle dans Stockholm. Les conditions de cette réconciliation étaient de la part du régent d'être délivré de toute responsabilité relative à son administration et d'être assuré d'un grand fief, le plus considérable qu'aucun Suédois eût possédé depuis Bo Jônsson. En arrivant au
*Le roi était accompagné de la grande garde ou garde saxonne, dont se servaient les rois à cette époque ; elle était forte de trois mille hommes, d'autres disent de six mille.
château, le roi lui demanda en plaisantant s'il avait tout pré(>aré pour le bien recevoir. Sture répondit au roi en lui montrant les seigneurs suédois qui le suivaient : « Ces messieurs doivent le savoir : ce sont eux-mêmes qui ont fait la bière et le pain. » Le roi répliqua : « Yous m'avez laissé, seigneur Sture , un mauvais testament en Suède : les paysans que Dieu a fait esclaves ) vous les avez émancipés et vous avez voulu asservir ceux qui devaient commander*.» L'acharnement des grands contre Sture devint alors si violent que beaucoup d'entre eux , qui ne furent pas même approuvés par les Danois, demandèrent sa vie et l'auraient peut-être obtenue si Tévêque de Stragn&s, Cordt, ne s'y était opposé*.
Le régent était encore à craindre par l'amour que les paysans lui portaient. Il fut obligé d'apaiser lui-même les Dalécarliens , qui , malgré leur défaite, ne voulaient pas quitter les environs de Stockholm et qui ne se soumirent au roi qu'après avoir obtenu que le gouvernement du Yestmanland et de la Dalécarlie fût laissé à Sture, ce qui ne fit qu'accroître sa puissance ; mais plus tard il en fit Fabandoo volontaire au roi. La reconnaissance de Hans par Sien Sture semblait au peuple une chose si incroyable que le sénat expédia de» lettres dans toutes les provinces avec des copies de la convention X^^cess) conclue en 1483 pour prouver qu'il y avait déjà quatorze ans qu'il l'avait signée. Lé roi créa beaucoup de nobles et de chevaliers le jour de son couronnement, qui eut lieu le 25 novembre 1497. La Chraniqw rimée dit que le désir des dames suédoises de voir leurs maris qualifiés de seigneur (herre) contribua beaucoup à préparer au roi Hans le chemin du trône, car le» chevaliers portaient seuls le nom de seigneur et leurs femmes celui de madame (fru), et le régent, quoique chevalier lui-même, ne pouvait conférer cette dignité dont le signe était une chaîne d'or >. Il fallait être roi pour faire des chevaliers. Svante Sture devint marsk, 'et Sien Sture fut même
* Une tradilion danoise dit que le roi Hans, en tW, au lanlhing de Fionie, fit entendre contre Sien Sture des témoins qui Taccusaicnt de vouloir rétablir le servage parmi les paysans. li ne fut pas introduit en Fionie, mais en Seeland.
* Olaus Pétri.
' Hvitfeld se plaint de ce qu*on prodigua la chaîne d*or depuis Tannée 1500.
l'un des quatre sénateurs à qui le roi confia le gouvernement lorsqu'il partit pour le Danemark, au mois de janvier 1498. U revint au commencement de l'année suivante accompagné de la reine Christine et de son fils atnè Christian , qui était alors dans sa dix-huitième année et qui , dés 1497, avait été reconnu par le sénat comme héritier du trdne et qui avait reçu dans celte circonstance les hommages solennels des sénateurs et des douze hommes de chaque sénéchaussée. L'acharnement des ennemis de Sien Sture à rintérieur ne lui laissa point de relâche. Quoiqu'il ne fût soumis à aucune resix>nsabililé, quant aux actes de son administration, l'archevêque, armé d'une bulle du pape, voulait lui faire tenir compte de tous les dommages que l'archevêché avait soufferts dans les dernières dissensions. Le» autres évêques et Svante Sture , ainsi que le sénat., formulèrent également des plaintes, et il ne manquait pas de preuves que le régent dans ces temps de troubles avait ordonné ou toléré quelques exactions. Le roi essaya d'apaiser ces querelles , il offrit même de l'argent '. Une lettre de réconciliation, contenant une sorte d'aveu de la vérité des accusations , fut signée par Sien Sture, qui fut obligé de céder une grande partie delaFinlande et de jurer sur son honneur qu'il n'exciterait pas les paysans à la révolte. Mais les malheurs du roi, dans la guerre qu'il avait entreprise sous les plus heureux auspices, en 1500, pour soumettre le Dilmarschen et dans laqueUe la fleur de la noblesse danoise et de Holstein péril par la main des paysans révoltés, bien qu'en petit nombre, firent revivre en Suède de dangereux souvenirs. Lorsque le roi revint dans le royaume en 1501, sans cortège comme on l'avait exigé, la défiance était devenue si grande qu'il s'enfuit devant Sien Sture, qui était venu à sa rencontre, et il s'enferma dans le château de Stockholm. Plusieurs entrevues furent ménagées entre lui et l'ancien régent, qui s'était aussi rendu dans la capitale \ la négociation eut lieu en pré-
'Entre autres accusations portées contre Sten Sture» était la dérense de l'exportation des grains , eiporta- Ifon qu'il faisait lui-même. — Vers la fin de son gouvernement , la bourgeoisie commença à devenir hostile à Sten et à s'attacher au sénat; il fut obligé de promettre d'indemniser ceux qui avalent souffert de l'incendie des faubourgs de la capitale en 1497, et huit ans après sa mort le magistrat fit séquestrer ses biens pour payer ses dettes»