‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 59 sur 275 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sence de quelques sénateurs. Mais depuis ses revers, les grands de Suède avaient commencé à tourner le dos au roi et à se grouper autour de Sten Sture , qu'ils avaient récemment persécuté, se plaignant que le traité de Kalmar ne fût pas exécuté. Sien Christersson ( Oxenstjerna), à qui on avait retiré le droit de pèche du saumon à Elfkarleby, prit les armes et tua remployé du roi. D'autre part, Svante Sture marcha en personne contre le roi, parce qu'il avait été trop peu récompensé (c des services qu'il lui avait rendus quand, par son aide et contre la volonté du peupte, il lui avait fait regagner sa couronne ; » tels sont les termes de la déclaration de guerre.

Sten Sture fut de nouveau nommé régent à Wadstena le 29 Juillet lôOl. Les paysans se révoltèrent ^ l'archevêque lui-même fut obligé de céder à la volonlé générale. Il paraît que les autres prélats firent cause commune avec les Sture; et Hemming Gadd, récemment de retour d'un voyage à Rome et élu évèque de Linkôping, dirigea le siège de Stockholm , où le roi Hans avait laissé son épouse Christine de Saxe avec promesse de revenir bientôt et d'amener des secours. La ville ne tarda pas à ouvrir ses portes; mais le château se défendit avec opiniâtreté pendant huit mois , et quand la reine capitula à condition quelle conserverait sa vie et ses biens, de même que tous les officiers et soldats de la garnison , parmi lesquels se trouvaient plusieurs seigneurs suédois, de mille hommes dont celte garnison s'était composée, il n'en restaitque soixante et dix, sur lesquels dix â peine n'étaient pas malades. Trois Jours après cette capitulation , le roi arriva avec sa flotte au secours de la capitale et de la reine; mais voyant que le château s'était rendu, il retourna en Danemark. Des châteaux de Stockholm, d'Ôrebro et Kalmar, défendus par la garnison du roi *, il ne lui resta que le dernier. La Norvège l'abandonna aussi. Il paraît que Canut Alfsson, commandant de la citadelle d'Aggerhus, s'étant allié avec Sten Sture, fut assassiné dans une entrevue avec les Danois. Le prince Christian ne tarda pas à éteindre la révolte dans le sang de la noblesse nor-

* En 1499, le sénat avait consenti à ce que ces trois châteaux reçussent des coramandans danois. JOns Fa1&ter I qui commandait à Ôrebro, s'était fait remarquer par ses cruautés ; aussi les paysans le tuèrent par représailles.

véglenne. Des troupes auxiliaires envoyées en Norvège par le régent furent battues. Le prince fit une invasion en Yeslrogolhie, brûla Lôdôse et s'empara d'ôresten et d'Ëlfsborg, dont il fit passer les garnisons au fil de l'épée, quoiqu'elles eussent offert de capituler. Les paysans attribuèrent ce malheur à Erik Ériksson (Gyllenstjerna ), â qui la défense des châteaux était confiée , et le massacrèrent quoiqu'un des généraux de Sten Sture, Àke Johansson cherchât à le couvrir de son corps. Un an et demi s'était ainsi écoulé depuis la reddition du château de Stockholm; la reine de Danemark, qui avait pendant ce temps trouvé un asile dans le couvent de Wadstena, fut rendue â la liberté et conduite Jusqu'aux frontières par Sten Sture. A son retour, il tomba malade et expira près de J5nkôping le 13 décembre 1503. La Chronique rimée attribue sa mort au poison '. Hemming Gadd substitua une autre personne â Sten Sture et défendit sous peine de mort de faire connaître celle du régent jusqu'à ce que lui et Svante Sture se fussent assurés du château de Stockholm, où le dernier fut proclamé régent le 21 Janvier 1504.— Sten Sture fut enterré dans le couvent de Gripsholm, qu'il avait bâti. Son flis unique Mauritz était mort en 1493 ; sa fille Brigitte, religieuse au couvent de Wadstena, vivait encore en 1536.

Svante Sture était fils de Nils Sture, ancien frère d'armes de Sten Sture ] il était de la famille Naît ock Dag. Que son élection ait été ou non conforme aux anciennes coutumes et lois du royaume *, c'est ce qui importe peu, car le titre qu'il portait ne signifiait autre chose sinon qu'il était l'homme le plus puissant du pays. Aussi Olaus Pétri dit-il que Sten Sture l'ainé n'obtint les voix des paysans qu'au prix de quelques tonneaux de bière d'Allemagne ; mais cette assertion attira au chroniqueur de sévères réprimandes de la part de Gustave Wasa. Svante Sture était un brave guerrier, d'un esprit noble et ouvert. On dit que nul n'était admis â son service s'il ne pouvait regarder d'un œil ferme et sans sourciller la hache levée sur sa tète, et qu'il aurait vendu Jus-

* La chronique accuse de ce crime un nommé Charles, médecin de la reine de Danemarlc ; d'autres récits l'attribuent à Harta, femme du chevalier norvégien Canut Alfison : ç'éuit une personne mal famée, maltresse de Svante Sture, qui Tépousa en 1504.

* Johannes Magnus.

qu'éi set vètemens pintôt que de laisser sans récompense les seryices d'un soldat. Son règne ne fut qu'une longue guerre. Le peuple n'accusait de ses malheurs que la force des choses. €e même peuple n'oubliait pas que chaque fois que le régent entrait dans la maison d'un paysan, il complimentait mari, femme, enfans, leur serrait amicalement la main , mangeait à leur table et s'informait avec des paroles pleines de bienveillance et de franchise de l'état de leurs affaires. Il trouva dans Hemming Gadd * un ferme appui pour les affaires du gouvernement. C'était un clerc remarquable par ses connaissances, mais dont les mœurs et les opinionss'accordaientpeuàson état-, il reçut la ïntire, mais il ne la parla jamais. On le voyait plus souvent à la tête des armées et des flottes qu'au pied des autels. Il avait du reste une grande expérience et était animé d'une haine ardenle contre les Danois : leur gouvernement, car on peut dire qu'ils Texerçaienl en commun, était une guerre continuelle contre le Danemark -, l'année se passait en expéditions dont le pillage était le but et le résultat. Ces temps sont signalés par de nombreuses négociations et des congrès qui , s'ils ne répandent pas une grande lumière, nous font connaître du moins, par l'échange des noms des négociateurs suédois, quels personnages étaient à la tèle du parti de la paix dans ce pays.

Nous voyons parmi eux Erik Trollc, avec une grande partie du sénat et tous les èvêques à l'exception de Hemming Gadd-, aussi reprocha-t-il publiquement à ses confrères de cacher des sentimens danois sous leur chappe suédoise. Il était toujours question de reconnaître de nouveau le roi Hans , qui en appela à l'empereur et obtint un décret de bannissement contre ses ennemis de Suède : Sien Sture lui-même, mort depuis plusieurs années , y

* Il avait été prés de trente ans agent de Sten Store à Rorae. Le pape Ateiandre YI, dans une bnlîe de 1499, rappelle : « Cubieularium nostrutn et vice régit et reffni Sveciœ apud nos oraiorem constitutum, » En 1501 , il fut élu par le chapilre évcque de Linkôping, mais contre la volonté du pape, qui avait déjà donné les revenus du diocèse à un cardinal espagnol. Ce fut pour avoir favorisé l'élection qu'en 1506 , non-seulement Hemming Gadd lui-même, mais les deui Sture furent excommuniés, quoique Slure fût mort. En 1512, Hemming Gadd résigna volontairement, et Tévêque Brask fut élu Tannée suivante et reçut la sanction du pape en assurant une pension annuelle au cardinal.

était compris. Les plénipotentiaires du sénat de Suède, réunis à Stockholm en 1509, stipulèrent pour ce royaume le paiement de 13,000 marc» de Stockholm (il en fallait 12 1/2 pour un marc d'argent ) jusqu'à ce que ce roi ou son fils eût pris en main l'autorité^ mais Svante Sture et Hemming Gadd avec leurs partisans protestèrent conlre une telle transaction , « parce que les paysans ayant consenti par leur vote à la déchéance du roi Hans et à l'exclusion de ses dcscendans , ils ne sont pas disposés à envoyer des sommes d'argent en reconnaissance de leur fmite. » Ils alléguèrent en même temps que rien n'avait été déterminé au sujet du Gottland, et ils reprochèrent au roi de se joindre aux Russes, ses alliés^ dans toutcequMIs entreprenaient de nuisible aux intérêts de la Suède. L'année suivante des plénipotentiaire» russes se présentèrent à Stockholm et conclurent une paix qui devait durer soixante ans* Les villes anséatiques avaient pris dans cette lutte la part la pfns active. D'abord alliées à Sten Sture, elles se réconcilièrent ensuite avec le roi ^ maintenant qu'il persistait à leur refuser toute communication avec la Suède et que ses corsaires parcouraient la Baltique, elles renouvelèrent leur alliance avec Svante Sture et déclarèrent la guerre au Danemark, en 1510. Hemming Gadd reçut dans le sénat suédois la légation de Lubeck. Le discours qu'il prononça à cette occasion était empreint de toute la haine qu'il portait aux Danois ; il dit que les Danois sont des brigands , qui ont toujours des juremens sur les lèvres, qui sont aux aguets des naufrages sur les dunes du Jutland pour s'emparer des débris des vaisseaux , qui pillent les navires marchands qu'ils rencontrent sur le Sund, qui recueillent dans leurs fies la lie de toutes les nations et n'ont que la piraterie pour tout moyen d'existence*. Avec le secours de Lubeck, il lui devint possible de bk)quer et de prendre à la fin le château de Kalmar, qui avait soutenu un siège de six ans et que les Danois appelaient la clé de la Suède; il reprit aussi Ôland et Borkholm. Ses soixante et dix ans ne l'empêchèrent pas d'assister à la croisière de la flotte combinée des villes anséatiques et des Suédois contre les fies danoises, et sa qualité de clerc ne l'empêcha pas de lever des contributions sur les couveos

* Johannes Magnus.

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