‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 60 sur 275 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

d'Aland ou de les piller pour venger FiDcendie d'Àbo et les ravages que les Danois avaient faits en Finlande.

Le courageux Âke Johansson périt les armes à la main dans une invasion en Halland et en Scanie. IjC roi Hans accorda des lettres de noblesse pour récompense à celui qui Tavait tué. Le prince Christian, revenant de Norvège, porta la désolation dans la Yeslrogothie. Il fit rencontre du régent-, celui-ci, n'osant livrer bataille  son ennemi, tâcha de l'attirer dans les forêts et les montagnes de Tiweden; mais Christian se tourna vers TOstrogothie, d'où il fut repoussé par les paysans. Svante Sture mourut au milieu de ces discordes , le 2 janvier 1512 ; la mort le frappa subitement à Yeslerâs , où il assistait à une délibération relative à Texploitation d'une mine d'argent nouvellement découverte. Les mineurs rassemblés s^emparërent , sans perdre de temps , du château de Testeras et firent occuper celui de Stockholm avant que la nouvelle de la mort de leur chef fût répandue. Ils envoyèrent en son nom à tous les habilans du royaume une circulaire où il les invitait à reconnaître le Jeune Sten Sture pour régent.

Sten Sture , surnommé le Cadet , fils de Svante et de sa première femme* (c'était, de plusieurs enfans, le seul qui lui restait), fut le plus généreux et le plus chevaleresque des Sture , quoique les courtisans aient quelquefois abusé de l'inexpérience de sa jeunesse. Il était devenu l'objet de l'amour du peuple et avait employé souvent au soulagement de ses misères toute l'influence dont il jouissait auprès de son père. — II paraît que la jeune noblesse lui était aussi favorable^ mais les vieux sénateurs travaillèrent pour Erik Trolle , seigneur doué de grandes connaissances, de qui toutefois Gustave P' a dit qu'il était plus capable de porter la mttre d'un évèque que la couronne royale*. Les principaux seigneurs présens s'associèrent sous serment pour résister de tous leurs moyens à toute tentative qui aurait pour but d'enlever au sénat de Suède sa liberté, son influence et le droit qu'il possédait depuis si longtemps, d'après les lois du pays, de régler l'adminislration dans le cas où le trône était vacant ; ils convin-

« lliana (Gadda).

* Voyez les lettres de Gustave !«' à ses fils Erik et Jean au sujet de ia chronique d'Olaus Petrl ( Script, rerum svecic, t. 2, sect. post., p. 15S).

rent de rétablir l'union avec le Dan^nark, qui venait de faire la paix avec les villes anséatiques. Ces deux partis étaient près d'en venir aux mains ; le sénat fut enfin obligé de céder ; mais les esprits étaient tellement irrités que le sang coula à la fête où l'on célébra l'élection de Sten Sture, auchftteau de Stockholm*.

Le roi Hans mourut le 21 février 1513. C'était, suivant les traditions suédoises, un homme pieux et probe. Il se montra quelquefois violent et cruel , comme le prouvent le sort de son trésorier et le meurtre de son chancelier ; il fut pareillement sujet aux emportemens d'un esprit sombre et sauvage qui allait jusqu'à la frénésie et qu'il ne transmit que trop à son fils.

Christian II , surnommé en Suède le Cruel [Omildé) ou le Tyran, qui, à la tête du gouvernement en Norvège, avait déjà teint ses mains de sang et avait succédé à son père, demanda encore la couronne de Suède, que lui avait déjà assurée une fois l'élection. Il commença par des négociations qui prolongèrent l'armistice conclu plusieurs fois avec la Norvège. En 1516, la guerre s'annonça par des troubles intérieurs fomentés par le nouvel archevêque Gustave Trolle. Il était d'une famille qui, par les biens considérables qu'elle possédait en Danemark , était attachée aux intérêts de l'Union et depuis deux générations ennemie des Sture. Un parti avait déjà voulu opposer le grandpère du prélat, Arvid Trolle, à Sten Sture l'atné : Sten Sture le cadet s'était emparé du gouvernement au détriment du père de Gustave, et celui-ci était d'un caractère à n'oublier jamais une injustice , présumée ou réelle*, quoique le régent eût favorisé sa promotion à l'épiscopat pour tâcher de l'amener à une réconciliation. Leur inimitié engendra une guerre civile par suite de laquelle Gustave Trolle, après avoir reçu en vain le secours d'une flotte danoise, fut unanimement déclaré déchu de ses fonctions par les états tenus à Arboga; son château fortifié de Stàke fut détruit. L'année suivante, Christian fit une descente à Stockholm, mais il fut défait par Sten Sture à firânnkyrka le 22 juillet 1522. Dans cette rencontre, célébrée par une romance populaire, la. bannière de Suède était portée par le jeune Gustave Ériksson Wasa, qui depuis, envoyé

* Érilt Abrabamsson ( Leyonhufvud ) , qui appartenait au parti danois» plongea son ép^ dans le corps d'un autre noble.

comme olage sur la flotte danoise à l'occasioD d'une entrevue que le roi devait avoir avec le régent, fut arrêté contre les promesses jurées , ainsi que Uemmiog Gadd et quatre autres nobles, et transporté en Danemark. Chrisliany retourna aussi après avoir, par cet acte de perfidie, rompu les négociations entamées. Le pape donna Tordre d'établir une commission pour examiner les plaintes que Tarchevéque destitué articulait contre Sten Slure. Ce tribunal spirituel se coDstitua en Danemark. Le régent avec tous ses partisans fut frappé d'excommunication et tout le pays mis en interdit.

« Les Suédois , dit Olaus Pelri, méprisèrent Texcommunicalion et Finlerdit. » Mais Christian se fit charger de Texécution de Tarrèt de vengeance. Toute Tannée 1519 fut employée aux armemens; on fit de nouvelles levées d'impôts et d'hommes dans plusieurs pays , et au commencement de 1520 Tarmée danoise envahit la Suéde sous les ordres du général Othon Krumpe, qui, en traversant les provinces, affichait aux portes de toutes les églises la bulle d'excommunication. Sten Sture rencontra Tennemi sur les glaces du lac Âsunden , prés de Bogesund en Yeslrogothie -, il fut blessé dés les premiers instans du combat, dont Tissuc fut déterminée par ce malheur. Transporté à Streng- «nàs, ilyreçut la nouvelleque lesDanois,à qui un noble suédois avait indiqué le chemin, avaient tourné les taillis et s'avançaient à marches forcées vers TUpland. Il recueillit le peu de forces qui lui restaient pour courir à la défense de Stockholm, mais il mourut dans son traîneau sur le Màlaren le 3 février 1520. La Suéde se trouvait sans régent. Les seigneurs s'assemblèrent, mais aucun d'eux n'osa prendre le commandement et personne ne voulait obéir. Les paysans accoururent en masse pour tenir tête à Tennemi ; mais privés de chefs, ils furent bientôt dispersés par les mercenaires étrangers, qui annonçaient leur approche et signalaient leur passage par le meurtre et l'incendie. Ces misérables disaient insolemment qu'ils se moquaient des paysans, dût-il en pleuvoir. L'héroïque Christine Gyllenstjerna , veuve de Sten Slure et mère de quatre enfans en bas âge , fut la seule personne qui ne perdit pas courage ; elle défendit Stockholm et refusa plus tard de souiller son nom en l'attachant à la capitulation qui avait été arrêtée entre les nobles réunis à Upsala et les généraux danois. Christian fut re-

connu roi & condition qu'il gouvernerait suivant la teneur des lois de Suède et de Tacte d'Union de Kalmar avec oubli du passé. Ces promesses furent confirmées par le roi en personne lorsqu'il arriva sur la flotte à Stockholm; il fut pareillement déclaré que tout ce qui s'était fait conlre Gustave Trolle, qu'on réintégra dans son archevêché , serait oublié et pardonné. Des lettres du roi, expédiées daus toutes les provinces, renfermaient les mêmes assurances ^ ces lettres , soutenues des efTorls des évêques et de la noblesse, prévinrent la résistance que le peuple aurait pu opposer. L'engagement en fut encore pris lorsque Hemming Gadd, après avoir consumé de longues années dans une lutte continuelle conlre le Danemark, se fit dans sa vieillesse le médiateur de cette puissance auprès de Christine Gyllenstjerna. Ce fut lui qui engagea celte dernière par sa puissante influence à rendre Stockholm, contre Tavis des bourgeois. Le roi Jura encore de remplir les obligations qu'il avait contractées quand il retourna en Suéde pendant l'automne pour être couronné dans la capitale; mais il avait Tinlention secrète de répandre le sang des principaux Suédois , « quoiqu'il se montrât bienveillant et gai : il recevait les uns en les embrassant, les autres en leur serrant la main; il riait, et toute sa conduite annonçait des dispositions rassurantes *. » Didrek Slaghôk lui avait donné ce conseil. Cet homme, haut placé dans la confiance du roi, avait été garçon barbier ; il était parent de la revendeuse hollandaise Sigbrit, qui, par la beauté de sa fille, avait acquis sur l'esprit du roi un ascendant qu'elle conserva pendant tout ce règne.

Le troisième jour des solennités qui suivirent le couronnement, les portes duchâteaudeStockholm furent tout à coup fermées et l'archevêque Gustave Trolle se présenta devant le roi et lui demanda réparation des violences que le feu régent avait exercées contre sa personne ainsi que des dommages qu'il avait causés à l'archevêché d'Upsala. Il est probable qu'il n'attribua pas de desseins cruels à celui qui n'était

* Voyez SljernmaD , Biks dags och mOtens beslut, , 1*' vol. — CbrisUan avait coutume de cacher ainsi ses desseins: « Tyrannusesi staturajustay corporeamplOf truci vultUf sed quemincongressibusprœcipua comitate contegat , » dit de lui Jean Ziegier. Cet auteur , dans le supplément de sa ScoruHa, fait le tableau des sanglantes journées de Stockholm d'après les récils contemporains.

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