‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 7 sur 275 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de même race, il n'est pas impossible que des communicalions se soient établies dans un sens opposé entre eux et le Nord, et que ces communications aient fait naître ou revivre en Scandinavie la saga de Torigine orientale. Cet exemple n'est pas unique dans l'histoire. Une Iroope d'Hérules, autre peuple goth qui se ût r^narquer vers la mer Noire, quittèrent les bords du Danube sur la fin du cinquième siècle et s'avancèrent du côté de la Scandinavie , où ceux qui étaient restés dans le sud envoyèrent des députés pour se procurer un prince du sang royal. Ce fait est rapporté par un témoin conlemporain'.

Mais la Saga d'Yhglingane s'occupe que de l'apparilion des Suéones et non de celle des Gotbs dans la Scandinavie. Ces tribus, confondues aujourd'hui , avaient été longtemps distinctes*, mais elles avaient été de bonne heure réunies sous un gouvernement théocialique. Le centre du culte s'était maintenu ciiez les Suéo* nés, et ils devaient cet avantage à Odin et aux grands sacrifices qu'il avait institués A TJpsala. Ils en Jouissaient dès le temps de Tacite, parce qu'ils étaient comme les représentans de toute la nalion. Si l'on considère le temps qu'il a fallu pour fonder celte puissance, Odin doit avoir Yécu bien avant l'ère chrétienne. Les généalogies des Anglo-Saxons ne contredisent pas cette supposition : elles sont si peu d'accord qu'elles font descendre leurs princes, qui firent invasion en Bretagne dans la seconde moitié du cinquième siècle, du même Odin, tantôt k la quatrième, tantôt à la dixième, douzième et même treizième génération*. Parmi les ancêtres de celui-ci , ils comptaient un dieu du nom de Goth*, ce qui permettrait de supposer Odin bien plus ancien. L'arrivée des Suéones dans la Scandinavie a , vraisemblablement, déterminé la migration des Goths. Cette migration ne remonte cependant pas à une époque aussi reculée que celle que lui assigne Jordanès, qui confond les Goths avec les Gètes et les Scythes : elle eut lieu plutôt au commencement de l'ère chrétienne*. D'après notre opinion, les Goths

• Procopiufl, De bello goth. (I. lî, chap. 14, 15, etc.) > Voyez les généalogies des Anglo-Stions dans les Tablettes de Suhm , qui font partie de VHUtoire critique du Danemark.

* Geat , quem pagani Jamdudùm pro deo venerati sunt. (cVr., Langt)ek, SeHpt. rer. dan. 1, 8.)

« Annalee de Suède , par Gcycr, p. 3.

qui ont dpnné leur nom à la partie méridionale de la presqu'île, la plus anciennement cultivée, (tirent les premiers habitans de la Scandinavie. On croyait Jadis en Suède que ce royaume élait plus moderne que celui des Goths*, et on voit dans VEdda que le nom de Gottand est plus ancien que ceux de Dana et de Suea (Danois et Suédois). Au delà et plus au centre du pays, fut fondé le royaume des Suéones dans le Suithiod proprement dit , car ce nom a eu une signification plus étendue et plus restreinte à la fois*. En remontant du côté du nord, on rencontrait lotunhem, refuge de tribus nomades et plus sauvages. Les bardes les appellent lotunes (lotuner), géans, fils des rochers, peuple des cavernes. Ennemis des ases, ils se rassemblèrent autour des autels du vieux Fornjoler, qui furent renversés , dit-on , par Thor. Leur chef porte le nom de FinnehOfdingen (chef des Finnois)*. Cette contrée est appelée Finmark et comprend la partie septentrionale de la presqu'île. Les montagnes et les forêts de Rfilmèrden et de Tiveden séparaient le royaume des Suéones de celui des Goths, comme aujourd'hui le Suéaland {la Suède proprement dite) du Gôtaland (la Golhie) qu'on appelait aussi jadis le pays des forêts du Nord (Nordanskogs) et le pays des forêts du Sud (Sunnanskogs). La différence entre ces deux peuples s'est principalement révélée lors de l'introduction du christianisme. Une grande partie de notre histoire du moyen âge est remplie de récits de combats entre les Suéones et les Goths au sujet de la réunion des deux royaumes sous un même roi. Encore aujourd'hui , les dialectes des provinces gothiques se distinguent par des formes plus larges, plus développées et par un usage plus fréquent des diphtongues, de ceux de la haute Suède, dont les mots sont plus courts et les sons plus brefs, quoique cette règle ne soit pas sans exception. La langue du Barlécarlien d'un côté, celle du Scanien ou du Smolandais de l'autre, sont les deux points extrêmes de cette opposition.

La Saga d'Ynglinga ne compte pas Gôtaland

* Chroniea Erici Olai, decanl Upsalfensls.

> Il est désigné dans les Saga* des rois sous le nom de «S'fitMt'odnS't'a//' (le véritable Suithiod).

>Tous ces traits sont tirés des anciens poCmes païens : le IlUstlànga et le Thorsdrapa.

comme Taisant partie du royaume des ïdglinga' ^ elle cite uoe famille de rois goths indépeodans, tirant son origine de Gati^(un des noms d'Odin ) j c'est de ce géant que le Gôtaland a reçu le sien *. Mais , en général, les Islandais savent bien peu de chose de ces rois golhs, quoique le nom des contrées et des traditions isolées indiquent un plus grand nombre de familles royales dans le Gôlaland que dans la Suéde proprement dite. Toutes n'ont pas disparu sans laisi^er des traces dans l'histoire, et un grand nombre de rois de Suéde nous rappellent des noms doni Saxo fait Ténumération , mais qui étaient inconnus aux Islandais. Là , tout ne peut pas être fabuleux , et le peu d'intervalle qui séparait la Gothie du Danemark donnait à ce dernier pays les moyens faciles de bien connaître les rois de cette première contrée. Un poème anglo-saxon chrétien qui nous est parvenu sans nom d'auteur, plus ancien que les sagas islandaises, mais ayant des rapports avec elles dans les singularités de la poésie, dans les applications des mythes de YEdda et la peinture des mœurs du Nord, atteste ces anciennes relations entre les Suéones et les Goths. La scène du poëme est partie en Danemark , partie dans la Gothie , dans la Suède proprement dite et même quelquefois à Jotunhem , dont le roi est appelé Finn. Le principal personnage est un Goth, Beowuif, parent de HIgelac (Hugleik) , roi des Goths. Le premier exploit de ce héros ftit une expédition en Danemark, dans le but de sauver son roi Hrodgar d'un danger imminent. Ce Hrodgar est le seul dont le nom se retrouve dans les anciennes généalogies des rois de Danemark, où il est appelé Hroar : dans la Saga angUhS€UCimne , comme dans celle du Nord, il est frère de Helge, flis de Halfdan, descendant de Skold. De là vient le nom de Skoldungar , que les rois de Danemark portent dans ces deux sagas. Dans celle d'Ynglinga, Helge, frère de Hroar, est contemporain d'Adil, roi d'Upsala. On peut conclure de là que les personnages et les événemens du poème doivent appartenir au temps d'Ynglinga en Suéde , quoique la Saga islandaise ne parle d'aucun des rois de Suède que nous avons mentionnés. Cependant il faut observer qu'ils s'appellent Skilfingar^ et

* Saga â^Ynglinga, c. 29, 43« « /d., c. 38.

Skilfing est dans VEdda un des noms d'Odtn. Ils sont en guerre perpétuelle avec les rois des Goths et les rapports presque toujours hostiles entre ceux-ci et les Suéones démontrent qu'une communauté d'origine et de culte chez ces deux tribus n'avait pas détruit leur indépendance et leur inimitié réciproque *.

Ivar Widfamne, dit Snorre Sturleson, subjugua toute la Suéde. Il occupa aussi le royaume de Danemark, une grande partie du Saxiand (pays des Saxons), le pays à l'est et la cinquième partie de TAnglelerre. Les rois suédois et danois sont sortis de sa race. La famille royale qui régnait en Suède était celle d'Ivar, quoiqu'elle ne descendît d'Ivar Widfamne que par les femmes. Quelques-uns lui donnent le nom de famille de Sigurd (Sigurdska JUen) , parce qu'ils regardent Sigurd Ring comme en étant la tige; d'autres enfin l'appellent Lodbrok {Lodbroka Jiten) ^ à cause de Ragnar Lodbrok. Son histoire est obscure -, la succession des rois ne peut même pas être précisée. Nous n'avons des premiers temps que des traditions incomplètes qui , bientôt même , se perdent au milieu des sanglans désordres produits par les expéditions normandes. Ces récits s'étendent surtout sur la bataille de Brâwalla, si célèbre Jadis dans le Nord et sur les exploits de Ragnar Lodbrok et de ses fils. Nous avons un fragment d'une saga islandaise de la bataille de Brâwalla. Il représente Ivar Widfamne comme roi de toute la Suéde, occupé du projet de soumettre aussi Seland en portant la discorde et le meurtre dans la famille royale. Sa fille Aud , reine de Danemark, prévoyant les malheurs qu'entraînerait pour elle les projets d'Ivar, s'enfuit avec son jeune fils Harald et chercha un asile auprès du roi du Garda rti^ (Russie) Radbart, qu'elle épousa. Pour la punir de sa fuite et de son second mariage , Ivar rassembla une grande armée de Suédois et de Danois. Il était déjà vieux : parvenu par le golfe de Carélie aux confins des états du roi Radbart, il eut un songe pour l'explication duquel il fit appeler Hordr, son père adoptif. Celui-ci, dès son arrivée* gravit au sommet d'un rocher d'où il refusa obstinément de descendre, de sorte que le roi fût forcé de lui adresser

* NoQg suivoDi la tradacUon de ce poëme anglosaion , par Gruntwig , Èjaurfê Drape t Copenhague , 1S30.

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