‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 61 sur 275 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

qu'un instrument \ il voulait, autant qu'on peut en juger par les récils contemporains* , que la question de la peine et de Tindemnilé fût soumise à la décision de la cour de Rome ^ mais le roi s'y refusa en déclarant que tout sérail jugé sur-le-champ. Comme les plaintes du prélat étaient dirigées principalement contre Sien Slure, ChrislinaGyllenstjerna s'éleva en présenlanl le décret des états qui contenait la destitution de Gustave Trolle , prononcée & Tunanimité^ ce décret était signé des principaux seigneurs clercs et laïques, qui s'étaient personnellement engagés à en assurer Fexéculion. Tous ceux qui étaient présens ( il se trouvait parmi eux deux évêques) furent à Tinstant arrêtés et jetés dans des cachots *. On enferma les autres pendant la nuit dans le château ^ ceux qui appartenaient au clergé furent mis dans une chambre à part. Le jour suivant on leur posa cette question : « S'il n'y avait pas hérésie à s'unir pour ourdir des conspirations contre le saint-siége. » Us convinrent que cela était vrai. On crut qu'il n'en fallait pas davantage pour le jugement. Le même jour on avait publié des défenses aux habilans de Stockholm de sortir de leur logis avant d'en avoir reçu le signal , c'était le 8 novembre 1520. A midi, les bourgeois se rendirent sur la place du grand marché {stor Torgel). On y amena les prisonniers: c'étaient l'évêque Mathias de Strengn^s , qui avait, plus que tout autre en Suéde, travaillé aux intérêts de Christian ^ Vincent, évêque de Skara -, douze seigneurs laïques , presque tous les sénateurs, le bourgmestre et les principaux personnages de la magistrature de la capitale et plusieurs bourgeois. Le chevalier danois Mils Lycke harangua le peuple ^ il l'exhorta à rester spectateur impassible de ce qui allait arriver. Gustave Trolle , disait-il, avait supplié le roi jusqu'à trois fois, en se jetant à ses genoux, de punir les criminels. A ces mots, l'évêque Vincent de Skara éleva la voix , disant que tout ce qu'on venait d'entendre était faux. Le roi était coupable de trahison envers les Suédois. Plusieurs des autres victimes parièrent dans le

' Handlingar , RQrande ikandinaviens historia , Stockh., 1817, 3 del., p. 6.

*L*évcque Brusk de Linkôping fut mis en liberl6 parce qu*i\ avait mis une réserve à l'acte dont nous venons de faire nienUon. Il en fut de même de Tévéque Othoo ( Svinhufvund) de Vester&s : ce dernier se Joignit à l'archevêque comme accusateur.

même sens *, mais les boiu*reaux leur imposèrent silence. Tous eurent la tête tranchée *, on leur refusa même les dernières consolations de la religion. Des artisans furent arrachés à leurs travaux pour être conduils à l'échafaud^ on alla jusqu'à livrer aux supplices des spectateurs compatissans qui avaient imprudemment laissé couler leurs larmes. Les frères Olaus et Laurenlius Pétri furent sur le point de subir le même sort: ils ne durent leur salut qu'à un Allemand qui les avait connus à Vittenberg et assura qu'ils n'étaient pas Suédois. Olaus Magnus vit exécuter quatre-vingt-quatorze personnes '. D'autres furent pendus ou périrent dans les tortures et dans les tourmens. La nuit qui suivit cette horrible journée , les femmes des suppliciés furent livrées à la lubricité et au fer des bourreaux dans leurs propres maisons. Les meurtres continuèrent le second et le troisième jour , lorsqu'une amnistie publiquement annoncée avait attiré de nouvelles victimes. Les cadavres restèrent (rois jours sur la grande place , après quoi ils furent traînés et brûlés dans le faubourg du Sud*. Les restes de Sten Sture et ceux de son enfant furent arrachés de leurs tombeaux et jetés dans les flammes. — ^Pendant cette boucherie^, le roi expédia ses lettres à toutes les provinces. 11 annonçait que, d'après l'avis des évêques, des prélats et des hommes les plus sages de la Suède, il avait fait punir les partisans les plus ardens de Sten Sture comme des hérétiques reconnus et excommuniés par l'Église, et qu'il voulait à l'avenir gouverner le royaume conformément à la Loi de saint Erik. Cependant le glaive se promena aussi, d'après ses ordres , sur les rivages de la Finlande *, le grand âge et l'état de faiblesse d'Hemming Gadd ne le sauvèrent pas du coup mortel. Sur toute la route qu'il parcourut en quittant Stockholm , le roi sema la terreur par des actes semblables de cruauté. Dès le commencement de l'année et avant qu'il eût quitté les frontières de la Suède , plus de six cents personnes avaient perdu la vie , en 1521*.

Pendant le cours de ces sanglantes proscriptions , un jeune héros errait dans les forêts de la Dalécarlie, fuyant les bourreaux du tyran et

• « Mevident9 ac trépidante », dit-il lui même.

* La place où fut construite l'église Sainte-Catherine.

> 1^9 novembre 1520.

« Olaus retri.

te cachant aux regards de ses persécuteurs , tantôt dans une voiture chargée de paille, tantôt sous des abatis d'arbres, tantôt dans les cayes ou les fossés : protégé par la Providence et doué d'une Âme forte et généreuse, il rêvait dés lors le salut de la patrie, et il la sauva avec l'aide de Dieu et des paysans suédois '.

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