‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 63 sur 275 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

par les grands, par le roi de district comme par ie grand roi de touà^ Jusqu'à ce que les petits rois disparussent dans ie pays (on le retrouve sur la mer et dans les guerres) et fissent place aux sénéchaux, aux juges par élection et aux orateurs des différentes associations des provinces , paysans eux-mêmes , sous le nom de tignar * et défenseurs du peuple contre ceux qui le portaient. Le pouvoir des juges est aussi ancien que la société, et chez les Germains, ie droit de rendre la justice semble avoir été exercé en commun par les juges et le districts^ mais la dignité de juge, conférée aux sénéchaux comme une sorte de tribunat opposé à la noblesse, est une institution propre au Nord et probablement un moyen de défense pour le peuple contre les prétentions toujours croissantes des courtisans et des guerriers engagés à un service personnel auprès des rois , avec qui ils partageaient les dangers des combats et Tautorité dans le pays. La dépendance personnelle d'un homme du roi devenait ainsi un honneur et donnait même pendant la paix une autorité qui devenait facilement dangereuse pour les droits de Thomme libre. Ainsi se forma au sein de la cour, par la confraternité des armes avec le roi, la première noblesse de service, comme la noblesse de naissance tirait son origine de la parenté avec les rois (car toute la noblesse est sortie de la famille des rois). Chez les peuples germains, qui ont fondé leurs établissemens sur le droit de conquête, la maison guerrière des rois devint la souche d'où est sortie, avec Thérédité des fiefs, la puissance féodale, qui s'est étendue sur toute l'Europe. La Scandinavie seule ne fut pas envahie, et dans le Nord on ne vit que le Danemark sous l'influence étrangère , où se formèrent des fiefs héréditaires ou quelque chose d'approchant, avec toutes les conséquences de ces institutions pour le roi et pour le peuple. La péninsule conserva ses anciennes mœurs ; mais l'introduction du christianisme fut pour

* Ting signifie â la lettre honneur, dignité royale on princière, on, ce qui était d*at>ord la même chose, une dignité noble. Jusqu'à ce que le nom de ting Tût appliqué aux principales fonctions de la cour. (Voyez chap. 2.)

'Nous sommes disposés, d'après les idées du Nord, à appliquer a un ting de district {kundaris ting) ce que Tacite dit des Juges des Germains : « Centeni singuUs ex plèbe comités, eonsiUum simul et auctoritas adsunt, » ( Germ.f cap. 12.)

ce pays une source de dissensions. Là les puissantes familles, qui n'avaient pas la noblesse de fief en partage et ne voulaient pas s'abaisser & acquérir celle de service , se souvinrent plus longtemps que l'ancienne royauté était un pouvoir oligarchique. En effet nous voyons encore l'antique et indomptable noblesse des rois, repoussée des mers, épuiser ses forces dans les guerres civiles, surtout en Norvège, dont la nature a tracé les divisions qu'Harald Hârfager a fait disparaître par la force de ses armes : toute son histoire contient le récit de ces luttes et finit avec elles , comme tout devient silencieux sur un champ de bataille après que les chefs ont péri.

La lutte du moyen âge en Suède, dans son commencement et dans sa fin, se distingue par une plus grande influence du peuple, quoique manifestée différemment. L'ancienne constitution de la confédération avait son point d'appui sur le culte fondé par Odin et la domination des rois d'Upsala qui en dérivait , et la Suède y puisa un germe d'unité politique qui ne se perdit jamais complètement. Cette unité se fait remarquer de si bonne heure qu'aux yeux des observateurs étrangers, le royaume peut paraître obéir à un gouvernement absolu , quoiqu'il fût, d'après les plus anciens récits (Tacite), un composé de plusieurs sociétés^ mais une observation approfondie démontre que le peuple avait autant de pouvoir que le roi : c'est pour cela que les premiers mii^sionnaires chrétiens trouvèrent dans ces contrées des institutions démocratiques qui , vues à distance , paraissaient monarchiques. Avec l'ancienne religion se brisa le lien d'union qui rapprochait les différentes provinces. Les peuplades se firent la guerre après l'extinction de l'ancienne famille d'Upsala^ chacune avait la prétention d'imposer un chef au royaume : les Visigotlis d'abord comme premiers chrétiens , puis les Ostrogoths. Pendant que ces deux peuplades royales se disputaient cette prérogative , elles avaient contre elles les Suédois du haut pays {Uppsvear)^ qui devinrent chrétiens eux-mêmes et à ce titre en état de faire valoir les droits dont ils jouissaient dans l'ancienne confédération. Ce droit fut de nouveau écrit dans la loi ,mais il avait perdu sa force par l'influence de la noblesse, du clergé et du pouvoir royal, qui reposait sur ces deux ordres, et fut à la fin détruit par eux. Quand l'aristocratie eût pris

pied dans TUnion , la crainte de Poppression étrangère ne stimula plus seulement des prorinces et des peuplades rivales, mais le peuple suédois tout entier : le malheur Punit d'abord pour combattre sous les étendards d'Engelbrekt et des Sture, puis pour vaincre sous Gustave Wasa.

Le règne des Foikunga , que nous avons déjà caractérisé en représentant son alliance avec PÉglise et la noblesse, forme une époque transitoire entre le premier de ces états et le second : c'est le type de la monarchie de la Suède au moyen âge. Il avait emprunté tout ce qu'il avait pu à la monarchie féodale ^ en effet il détermina Pépoque de la domination de Parislocratie en Suède, et cependant on en aperçoit peu de traces dans la législation de ces emps.

D'après la loi, la royauté était élective, quoiqu'elle fût primitivement héréditaire et que plus tard ces deux modes aient été combinés. En général la couronne se transmettait par ordre de primogéniture , et quand des familles rivales élevaient des prétentions égales, comme celles d'Erik et de Sverker, chacun faisait valoir ses droits. Dans les anciens temps, il était aussi d'usage que les deux frères partageassent les soins du gouvernement ; le droit d'hérédité paraît généralement plutôt attaché à la famille qu'à la personne. A mesure que le système d'élection prévaul, on voit que les rois prennent l'usage de faire proclamer leurs fils de leur vivant. Le droit d'élection appartenait dès les plus anciens temps au pays du peuple ou aux habitans de PUpland, et ce ne fut que bien avant dans la période de la domination des Foikunga que ce droit s'élendit aux députés des autres provinces dans une diète d'élection générale. Mais laissons parler les lois elles-mêmes.

Celle d'Upland , modifiée et sanctionnée par le roi Birger en 1296, contient les trois premiers chapitres de la section qui traite du pou-toir royal :

« Chapitre !•'. — Quand le pouvoir veut nommer un roi, son élection appartient aux trois pays du peuple. Ces pays sont le Tiundaland, PAttundaland et le Fiàdhundraland. Le sénéchal d'Upland à Upsala doit dabord donner sa voix ; puis, chacun à leur tour, voent les sénéchaux de Sudermanie, d'Ostrogo-

Ihie, de Tiohftrad *, ceux des Visigoths, des habitans de la Néricie et du Yestmanland. Ces électeurs donnent pouvoir au roi de gouverner les provinces, de faire exécuter les lois et de maintenir la paix. Alors on lui assigne Upsala- Ôde. »

c( Chapitre 2. -—Le roi doit faire sa tournée dans les provinces accompagné des sénéchaux après avoir donné le serment de fidélité et des otages. On doit le suivre depuis Upsala, Paccompagner Jusqu'à Strengnàs *, où les Sudermaniens le reçoivent*, après lui avoir donné des otages, ceux-ci l'escortent jusqu'à Svintuna'. là les Ostrogoths l'attendent avec leurs otages et l'amènent dans leurs pays jusqu'au milieu de la forêt de Holawich ^. Ici les Smâlandais viennent à sa rencontre et le suivent à lunebdck ". Les Visigoths l'attendent en cet endroit, et après lui avoir donné les mêmes garanties pour sa sûreté, ils 1« conduisent jusqu'à Romundaboda '. Les Nériciens lui font traverser leur pays et le suivent jusqu'à Uphoga Bro '. Là il trouve les habitans du Yestmanland, et il se rend avec eux à Ôstensbro ', où il est reçu par les Uplandais, qui l'accompagneront jusqu'à Upsala. Quand il a ainsi terminé la tournée prescrite (eriksgata)^ la loi le considère comme roi reconnu par les Suédois du haut pays, par les habitans de Sudermanie, par lesGoths, la population de Gk)ttland et par tous les Smâlandais. »

« Chapitre 3. — Alors il peut demander son couronnement, dans Péglise d'Upsala, des mains de l'archevêque et des évêques, et dès ce moment il a le droit de porter la couronne.

* Od donnait autrefois ce nom i la partie snd-esl du Sm&land.

* Celait une ancienne place de sacrifice des Sudermaniens ( loeu9 dolorutn, — Légende de saint Erik); c^est aujourd'hui la ville de Strengnas.

* Aujourd'hui Kroket, au milieu de la forêt de Kolmlrden.

* Holvèden est la chaîne de montagnes boisées qui séparent l*Ostrogothie duSmâland. Les Sm&landais recevaient probablement le roi i Hesler, relais de poste iur la côte la plus septentrionale du lac Sommen.

^ Rivière qui tombe dans le lac Wettem à Idnkd> ping.

* Dans la foret de Tiweden; elle est aujourd'hui nommée Bodarne. Au milieu de ce bois on voyait au* trefois un couvent catholique.

' La rivière d'Opiga, aussi nommée d'Arboga, aux limites de l'est de la forêt de Kaglan.

■Sagftn', rivière qui coule par Nyqutm , frontière de rupland et du Yestmanland.

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