‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 8 sur 275 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ses questions du bord de son yaisseau. Hordr répondit que son grand âge ne lui permettait plus d'interpréter les songes , qu'il croyait Yoir néanmoins que le temps n'était pas éloigné où les royaumes de Danemark et de Suéde seraient séparés et qu Ivar, de toutes ses vastes conquêtes, ne pourrait rien laisser en mourant à ses descendans. Le roi le questionne encore sur les dispositions où ses ancêtres se trouvent pour lui chez les Ases. Hordr lui répond que les premiers ainsi que les derniers lui sont hostiles et le compare au serpent de Midgfird. Ivar, irrité, s'écrie que Hordr est luimêmele plus mauvais des démons et l'appelle au combat contre le serpent de Midgârd. Les deux vieillards se précipitent à la mer pourse ballre cl ne reparaissent plus. La mort d'Ivar Widfamne laissa sans résultat l'expédition qu'il s'était proposée. Harald, flis d'Aud, reçut de son beau-pére des guerriers et des vaisseaux , se rendit à Seland et y fut proclamé roi. Il trouva du secours dans la Scanie, que les parens de sa mère avaient jadis possédée , et il s'avança vers le Suilbiod^ il soumit la Suède et ajouta à ses conquêtes le Jutland. qui, ditoo, avait aussi appartenu à Ivar. Harald n'avaitalors que quinze ans. Il employa les conjurations qu'on appelle setW pour se rendre invulnérable, et il devint grand guerrier, ce qui lui valut le nom de Harald Hildetand (de hilldur^ guerre).

Aud , mère de Harald , eut de son second mariage un flIs nommé Randver, qui épousa une princesse de Norvège \ Sigurd Ring naquît de celte union. Dans sa vieillesse, Harald Ilildetand nomma son neveu roi d'Cpsala en lui donnant tout le Suilhiod et laYeslrogothie ; il se réserva le Danemarck et l'Ostrogo- Chie. Le fragment de la S<iga islandaise de la bataille de Br&walla est d'accord avec Saxo sur tout ce qui regarde la guerre entre ces deux rois.

Saxo indique des stances qui n'étaient pas encore oubliées de son temps comme la source où il a puisé ^ elles étaient attribuées à un vieux barde guerrier, Starkother, qui avait luimême partagé les dangers de ces combats : tout dans le récit annonce son origine poétique. Odin parait sous la forme de Brune, conseiller qui possédait la confiance de Harald et celle de Sigurd et qui excita ces deux princes, liés par la parenté, à se faire la guerre. Ses sol-

licitations eurent d'autant plus de prise sur Harald que son ftge lui rendait l'existence à charge et lui aliénait l'esprit de ses sujets. Il aima mieux tomber sur un champ de bataille et arriver au milieu d'un grand cortège à Walhall que mourir dans son lit. Dans cette intention, il députa auprès du roi Sigurd Ring pour l'engager à venir à sa rencontre et le provoquer au combat. De grands armemens se préparèrent. Sigurd réunit toutes les forces qu'il possédait dans le Suithiod et la Weslrogolhie. Des troupes nombreuses, venues même de la Norvège, se rangèrent sous ses drapeaux-, de sorte que lorsque les Suéones et les Norvégiens passèrent avec leurs flottes par Slockfund (l'endroit où Stockholm a été bàli), on compta qu'ils avaient 2,500 navires. Le rot Sigurd se dirigea par terre vers le sud à travers la forêt de Kolmorker, qui sépare le Suithiod de rOstrogothie -, après être sorti de ce bois, il arriva à Bràv^iken, où il trouva sa flotte : il Iraça son camp entre la forêt et le golfe. L'armée du roi Harald avait été rassemblée dans le Danemark et dans l'Ostrogothie. Grand nombre de guerriers saxons et des pays à l'est de la Baliique se réunirent à lui, et ses forces étaient si imposantes que ses bâtimens formaient comme un pontsurleSund, entre la Scanie et Seland. Les deux armées en vinrent aux mains dans les champs de Brftwalla. Les guerriers les plus fameux s'y trouvaient, et parmi eux des bardes et des vierges aux boucliers (skoldmôr). Les noms placés par Saxo dans un ordre déterminé par le mode de versification qu'il a suivi sont presque les mêmes que dans la Saga islandaise ; on y trouve beaucoup d'autres traits de ressemblance. Le vieux et aveugle Harald, qu'on mène au combat dans une voilure, demande quel est l'ordre de bataille de Sigurd. On lui répond que le front des troupes ne présente que des angles saillans el renlrans (l'expression est mgge): «Je croyais, dit-il , qu'Odin et moi avions seuls ce secret*. » Enfin lorsque la victoire parut pen* cher du côté de son neveu , il fit lancer ses chevaux au grand galop, saisit une épée de chaque main el se prècipila au milieu des ennemis, où il combattit jusqu'à ce qu'un coup de massue l'eût renversé de sa voiture. C'était

■ Tacile parle de oel ordre de bslaUle des Germains :

« Acies per cuneos disponitur. ■

Odin lui-même qui , sous la forme de Brune, avait donné la mort à Harald. Sa voiture vide indiqua à Sigurd que le vieux roi n'était plus : il fit aussitôt cesser le carnage et chercher le corps de son parent, qu'on trouva sur un monceau de cadavres. Il fit construire un bûcher et ordonna aux Danois û'j placer la poupe dorée de Harald ; il lui sacrifia un cheval richement caparaçonné, fit des prières aux dieux et des VŒUX pour que Harald Hildetand ftt son entrée dans leWalhall k la tète des morts et préparât dans la salle d'Odinune réception de bienvenue pour ses amis et ses ennemis. Quand le corps eut été placé sur le bûcher, qu'on fut prêt à y mettre le feu et que tous les assistant en faisaient le tour en laissant éclater leurs regrets , le roi Sigurd leur recommanda d'entretenir avec leur or et leurs armes les plus précieuses les flammes qui allaient consumer les restes d'un roi si grand et si respecté : ces ordres furent exécutés. Sigurd Ring régna sur le Suithiod et sur le Danemark après Harald Hildetand, et il éleva sous ses yeux son fils Rognar, qui devint bientôt le plus grand et le plus beau de tous les guerriers. Ragnar Lodbrok est le héros le plus fameux des expéditions des Normands ; mais avant d'entamer le récit lies exploits qu'on lui attribue ainsi qu'à ses fils, nous allons jeter un coup d'œil sur les entreprises moins connues de nos ancêtres sur un autre point.

Les plus anciennes expéditions guerrières des Suédois ont été dirigées vers l'est. Un roi , Yngvar, delà famille d^Ynglinga, YvarWidfamne, Harald Hildetand, Ragnar Lodbrok, ont guerroyé et fait des conquêtes de ce côté ou dans le royaume oriental (Ôstertoàg ou Osierrike)y nom par lequel on désignait alors les pays situés de l'autre côté de la Baltique. La Saga d'Fn^Knf^a ramène les Suédois aux contrées déjà connues d'eux et d'où Odin était venu. Svegder , roi d'Upsala , doit y avoir visité ses parens et avoir choisi une épouse dans le pays de Tanes.

LesYanes sont, comme les Jotunes, la désignation mystique des nations étrangères qu'on oppose au peuple de >ran^<^, c'est-à-dire aux hommes; car la mythologie du Nord, ainsi que toutes les my thologies, commence par représen»ter sa nation comme la souche des autres peuples. C'est pourquoi les noms indigènes de tant de nations signifient peuple ou hommes en géné-

ral *. Mais comme Manhem a aussi um) signification plus limitée et s'appelle Suiihiod, les deux peuplades que nous venons de nommer, quoique originaires du même territoire, d'après la mythologie, qui du reste ne nous les montre que sous des formes fantastiques, peuvent être pourtant appréciées avec quelque justesse sous un point de vue historique. Nous avons vu 11dentité de Jotiun et de Finnois, et il y a présomption que les Vanes n'étaient autres qu'une tribu slave; de sorte que ces deux dénominations mystiques représentaient les deux peuples étrangers avec lesquels nos ancêtres eurent certainement des relations intimes. Les Finnois donnent encore aux Russes le nom de YAnes (Yenâlaises ) , et ce nom est probablement une modification de l'ancien mot slave venidij vendes, vanadis; le nomde Freya devait aussi signifier la déesse des Ycndes ; et il est à remarquer que les Slaves de la Dalmalic adoraient la bonne Frichia et que les Morlaches l'invoquent encore aujourd'hui dans les noces*. Les Suédois, dans la langue des Finnois , sont appelés Russes (Ruolsolaiset), probablement de Roslagen, Rodeslagen, Roden, nom que porte depuis les temps les plus reculés la côte suédoise la plus voisine de la Finlande méridionale. Celte dénomination du peuple suédois a une signification historique remarquable.

LesannalesdesFrancsrapportent qu'en 839, des envoyés de Théophile, empereur de Constantinople, arrivèrent à la cour de Louis-le-Débonnaire. Ils avaientparmi les gens de leur suite plusieurs individus qui prétendaient appartenir à la nation des Rhos. Ceux-ci s'étaient rendus en Grèce en qualité de ministres de leur roi Chakanos (tiakon), et ils prenaient ce chemin pour regagner leur patrie. Louis-le-Débonnaire découvrit, après des informations plus précises, que ces hommes étaient Suédois ^. Nes-

* Ainsi les Germains prélendaient Ifrer leur orig.no de Man (Mannus), fils da dieu Tuîsco, qui était né de la Terre (Tacite, Germ.)\ le dernier mot cache sans doute celui de TMod, JMud, Teul (peuple) d'où vient l'ancienne dénomination Teutones , et celui fplus moderne» Teutich. Tuisco est du premier allemand.

* Karamsin, Geichicte des Hussischen Reichs, i , 69, 71. Dans la langue de Bohême , la déesse de Tamour s'appelle Freg, [Ployez Halienberg, ObienxUions sur l'histoire de Lagerbring, II, 233.)

* « Comperit eos esse gentls Sueonum, » ( Annales Berliniani.)

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