‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 71 sur 275 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

par le$ marchands de Slockholm et d'autres villes de Suède et de Finlande ■. A Toméft surtout on voyait accourir à Tépoque de la Saint-Jean une foule d'étrangers, Russes, Norvégiens, etc. La pêche du hareng sur les côtes de Scaoie était généralement faite pour le compte des villes anséatiques ; à Bohuslftn elle était peu importante dans les anciens lemps , mais elle devint très-productive dans la dernière moilié du seizième siècle , à la même époque où cette industrie cessa d'être exploitée dans les eaux de la Scanie. Parmi les établissemens que le moyen âge a vus naître dans les villes, il faut compter celui des guilde {gilden) *. Dans les quatorzième et quinzième siècles, on en comptait plus de cent en Suède , non-seulement dans les villes, mais encore dans les campagnes : c'étaient d'abord des sociétés fondées sous l'invocation d'un saint ; les personnes des deux sexes y étaient admises en se «oumettant à certains réglemens , à certaines obligations ^ des exercices de religion et des œuvres de charité se mêlaient aux repas qui réunissaient les confrères à des époques déterminées'. Les principales confréries avaient des maisons et quelquefois des revenus considérables qui leur venaient de legs et de donations qui leur étaient faits principalement pour les œuvres pies et les messes offertes au ciel en faveur des Âmes des donateurs décédés ; aussi ces sociétés comptaient toutes des ecclésiastiques dans leur sein. Les repas commençaient par des cérémonies religieuses et se terminaient par des hymnes à la louange des saints en l'honneur desquels on vidait les coupes. Les convives mangeaient ce qu'ils avaient apporté ou fait préparer, au plus deux ou trois plats ^ pour la bière double, qui devait être.dégustée et approuvée avant le festin (car bl&mer la qualité de cette boisson pendant le repas , c'était s'exposer à l'amende), tous , frères et sœurs , se cotisaient pour l'acheter. La salle du festin était ornée de feuillage et de branches de sapin ; le plancher était jonché de feuiiles , d'herbe et de fleurs, qui répandaient un agréable parfum -, de grands rameaux ombrageaient

* Charles Knutsson publia sur ces pêcheries une ordonnance appelée Hamneskrâ.

* Confrérie.

s Voyez Mnhrberg dans WiUerbels , Hist. et Antiq, acad,, Handiingar, t. 2, etFant, Dissertât, ds conviviis saeHs {suetice gilden) in Suecia,

la porte. Les musiciens du gilde (lekare)^ guidés par l'organiste, faisaient entendre différentes mélodies pendant le repas. Il est (ait mention de joueurs de flûle, de trompettes, de timbaliers , de tambours et de chanteurs au convivium corparis Chrisii de Stoclcholm. La confrérie avait à sa tête un doyen et des frères et sœurs de La Chaise (Stolhrôder) ; ses statuts étaient appelés sir£% et quoique des princes et des seigneurs en fissent partie , les corps de métiers ont la même origine que ces guildes. Le principal but de ces associations était de veillera la défense commune; aussi voit-on qu'elles ont souvent vengé le meurtre de leurs membres ou seulement les injustices exercées contre eux et qu'elles se sont attribué pareillement le droit de juger leurs membres, droit qui fut exercé avec l'autorisation du roi, même dans les affaires capitales, par les guildes les plus puissans 9 comme celui de saint Canut, en Scanie . et en Danemark.

La violence des temps» et la férocité des esprits engendrèrent des crimes épouvantables , surtout chez ceux qui avaient le pouvoir. Nous avons dit à quels excès pouvait se porter impunément la vengeance des grands. La contagion du crime gagna l'Église elle-même : l'évêque Olof Gunarsson mourut empoisonné dans le synode tenu à Westerfts en 1461, pour s'être élevé avec force contre les excès du clergé^. Les religieux dans leurs couvens, dont le nombre à la fin s'élevait à soixante, étaient loin de donner l'exemple d'une vie régulière : c'est pour cela que sainte Brigitte, dans son ardeur de réforme, compare ces couvens k des lieux infâmes, et ce[)endant ceux qui s'établirentd'après les règles qu'elle avait posées ne tardèrent pas à mériter le même reproche. Les documens qui nous restent prouvent que les désordres scandaleux des moines et des nonnes dans les couvens de sainte Brigitte occasionnèrent des recours à Rome et au concile de Bâle sans qu'il fût possible de les faire disparaître'. Le sénat, en 1491, dit, de l'ordre des chartreux nouvellement établi dans le royaume, qu'il espère que son exemple et son intercession à la mère de

' Corps de méUers, corporaUon.

*IHarium Fadstmense {Script, rerum svecie., 1. 1, p. 178).

* Appendix V da Diarium Vadstenense (qui traite des mœurs du couvent de sainte Brigitte , à Dantzig). {Script, rerum svecic, 1. 1.)

Dieu enlratDeroDt les frères des autres ordres religieux à réformer leurs mœurs et à suivre leur règle mieux qu'ils ne rayaient fait jus* qu'alors.

Il n'y a presque rien à dire des sciences et des arts. De tout temps le Nord eut le priyilége d'avoir des ftmes d'élite qui se sentirent attirées des ténèbres de la terre vers cette lumière que le paganisme regardait déjà comme un monde supérieur. Sainte Brigitte est l'apôtre de la Suède catholique, comme Suedenborg peut être considéré dans les temps modernes comme Tapôlre de la Suède protestante : tous deux, distingués par des mœurs pures et une intelligence supérieure , eurent des révélations et des visions qui peuvent tenir une place remarquable dans l'histoire de T&me humaine. Nous nous contenterons de dire que leur comparaison nous montre que la substance immatérielle a revêtu l'enveloppe , la forme et le caractère des différentes époques : elle se fait entendre chez ces natures privilégiées comme un retentissement de leur propre cœur confondu avec les révélations et les préjugés qui les entourent. Les révélations de sainte Brigitte, révoquées en doute par le con* cile de BÀle, n'ont pas été rejetées par l'Église de Rome, qui Ta canonisée en 1361 *.

Le savoir s'était réfugié dans le clergé. C'était un fait exceptionnel que l'apparition hors de son sein d'hommes tels que Charles Ulfsson (Sparre) , que la Chronique rimèe cite comme versé dans sept arts savans et dans la jurisprudence , et Erik Trolle, renommé pour retendue de ses connaissances. La nouvelle université d'Upsala n'a'aucun nom célèbre ou connu à montrer, si ce n'est celui d'Érikus Olai, professeur de théologie, qui écrivit avec quelques détails la

< Brfgilte était fille du sénéchal d^TIpland, Birger Pehrsson , seigneur du Flnsla , de la même famille qui plus tard fut connue sous le nom de Brahe. Elle épousa le sénéchal de Néricie, Ulf Gudmarsson, à qui elle donna huit enfans, dont une fille, Catherine, fut aussi canonisée. Brigitte, Agée de 70 ans, mourut A Bome en 1 373. Son fils Israël fut sur le point de monter sur le trône après Magnus Ériksson. Les règles qu'elle posa pour sa communauté furent confirmées par le pape en 1370, et le premier couvent fut fondé à Wadftena. Ses révélations furent écrites par ses confesseurs. Elle a elle-même composé des prières; c'est le seul livre suédois qui ait été traduit en arabe. Les oraisons de sainte Brigitte en arabe et en italien furent imprimées à Bome en 1677.

première histoire de sa patrie dq[)uis les temps les plus anciens jusqu'à 1464. Dans les écoles des couvens et des cathédrales, la jeunesse qui se destinait à l'état ecclésiastique recevait l'instruction convenable \ les cnfans des nobles y venaient aussi commencer leurs études jusqu'à ce qu'ils allassent compléter leur éducation dans la cour des rois ou des grands. L'art de l'imprimerie fut connu de bonne heure en Suède : le premier livre qui y fut imprimé date de 1483'. Ce nouvel art fut encouragé par Ingeborg Tott, épouse de Sten Sture l'aîné ^ elle fit publier des ouvrages à ses propres frais et forma une bibliothèque dans le couvent des chartreux de Mariefred ', fondé par son mari. Wadstena possédait une imprimerie qui fut détruite par un Incendie en 1495. Malheureusement on manquait de papier ; on y suppléait par des tablettes et par des écorces de bouleau. Des traditions populaires rappellent encore d'anciens jugemens écrits sur l'écorce de cet arbre.

Le peuple était irréprochable en ce qui concernait le respect à la vieillesse et la sainteté du mariage, ces deux bases de toute morale chez une nation; les circonstances le rendaient souvent turbulent et dur, surtout vers les frontières -, il était généralement attaché à ses anciennes mœurs. Les habitans des campagnes ont conservé dans leurs noces les usages qu'ils avaient il y a trois cents ans et dont Olaus Magnus nous fait un tableau si intéressant ; celui d'éclairer les noces aux flambeaux est le seul qui soit tombé en désuétude. La couronne ornait jadis comme aujourd'hui la fiancée, qui montait sans tache à l'autel \ cette couronne ainsi que le voile tombant et la riche ceinture étaient les ornemens ordinaires des ûlles des grands. Un javelot faisait partie de la dot de la fiancée dans les maisons des nobles *, le jour des noces, on le jetait par la fenêtre. Nous ne savons si c'était pour montrer que les femmes devaient prendre part à la défense de la maison *, ce qu'il y a de certain , c'est qu'elles

*« Dialogus creaturarum optimi moralizatus. • Et é la fin : « Impressusper Johannem Snel artis impressoTxœ magistrum, in Stockholm inceptus et hnmere Ihii finitus est anno Domini MCCCCLXXXIII , mensis decembris in vigilia Thomœ, »

* La bibliothèque d'Upsala possède des livres de celte époque intitulés : Frowe Ingeborg quondam uxor Sten Sture.

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