CHAPITRE VHI
ear les Suédob étaient frappés d^irn aveuglemeni si insensé qu'en beaucoup de cas ils aidaient leurs oppresseurs et leurs ennemis, et ce qui causait le plus de plaisir à ceux-ci , c'était de voir que les Suédois se calomniaient, se dilTamaient et se perdaient mutuellement. Les Smftlandais semblaient ne penser qu'à eux. Ils avaient fait avec leurs voisins , les habitans du Bieking, qui alors appartenait au Danemarlt, un traité de bonne amitié; ils se promirent assistance mutuelle contre tout acte de violence que pourraient tenter contre eux les parties belligérantes. Ils n'en jurèrent pas moins fidélité aux envoyés de Christian pendant que ceux-ci visitaient les provinces et donnaient de la publicité aux lettres d'assurance du roi. Des lettres pareilles furent adressées, non-seulement aux principaux nobles, mais encore aux paysans de ditrérens endroits , de sorte qu'elles firent plus que l'épée'. Gustave se montrait quelquefois dans les rassemblemens des paysans; il les avertissait des dangers qui les menaçaient. Ils répondaient presque toujours que le roi Christian ne laisserait pas manquer le pays de hareng et de sel ; quelques-uns le poursuivirent à ooups de flèches. Un soulèvement chez les Ostrogoths était déjà [étouffé. Les Yisigoths et les Yermlandais , ainsi que les Smftlandais , avaient fait leur soumission*. Dans la haute Suède seulement, le mécontentement était eneore menaçanL Gustave avait l'intention de se rendre dans la Dalécarlie , comme le prouve la proposition qu'il fit à un noble smâlandais de l'y suivre*. Poursuivi , déguisé, errant la plupart du temps par des chemins isolés (sa tète était déjà mise à prix*), on ne sait où il passa une grande partie de l'été , car ce ne fut que vers la fin du mois de septembre qu'il arriva , dépourvu d'argent et de vêtemens, à la maison seigneuriale de Târna en Sudermanie. Il y trouva son beau-ft*ère,Joachim Brahe, déjà invité au couronnement"; il le conjura en vain d'éviter le guet-apcns qu'on avait tendu à la noblesse.
* Olaus Pclrî.
* Messenius, Seondia, part. IV, p. 85.
* BenoU Értksson. 11 trouva aussi la mort dans la sanglante Journée de Stockholm.
* Récit de Clemens Rensel. ( Voyez Uandlingar un Skandinaviens hUt., 2« v. )
« Cette invitation n'avait été faite qu'après la eapitulation de Stockholm. La diète était convoquée pour le 1" novembre.
C'est le fils de Joachim Brahe qui nous a rapporté, dans sa chronique sur le roi Gustave, la réponse de son père : « Je suis invité instamment, dit-il, à assister au couronnement^ si je m'abstiens , sais-je quel sort je prépare à ma femme et à mes enfans ? Les parens de ma femme, votre propre mère et votre père pourraient être Inquiétés à cause de mon refus : pour vous, c'est autre chose, il y a peu de personnes qui sachent où vous êtes. Il ne peut m'arriver pis qu'aux autres seigneurs suMois qui sont dans ce moment rassemblés autour du roi. » C'est avec cette prudence que Joachim Brahe allait sans s'en douter, avec la fleur de la noblesse suédoise, au-devant d'une mort certaine.
Après avoir visité son beau-frère et sa sœur Marguerite, Gustave se rendit à la terre de son père à R&fsnfts et y resta caché quelque temps. Il se découvrit à l'archevêque, le vieux Jacques Ulfsson , qui avait cherché un asile dans le couvent de Mariefred : il en recueillit de grands détails sur l'état des affaires dans cette partie du royaume , où l'ennemi , à son aivparition , avait trouvé une forte résistance , quoique les paysans fussent sans chefs. L'armée du roi avait beaucoup souffert dans le combat livré aux paysans à Balundsâs ' et dans l'action plus sanglante encore d'Upsala, d'où les paysans seraient facilement sortis vainqueurs s'ik n'avaient commencé par se livrer au pillage *. Les Dalécarliens avaient pris part à cette révolte; c'est pourquoi leur première réponse à Gustave fut : « Qu'ils n'avaient pas oublié le vendredi saint à Upsala *. » L'animosité contre les évêques ( tous du parti danois, à l'exception de l'archevêque Arwid d'Âbo ) et contre les seigneurs qui avaient joué le rôle de médiateurs au nom du roi avait occasionné , dans beaucoup d'endroits , des révoltes et des
' A un demi-mille k Test de Vesler&s. La place s'appelle encore le Marais-Danois (Jutê-Kàrret). On donnait auircfoîs aux Danois le surnom de Jutes, expression de mépris.
" Parce qu'ils manquaient de chefs. (Olaus Pétri.] Il porte à plusieurs centaines le nombre des paysans tués dans cette circonstance. Hvitfeld , qui le suit presque pas à pas, en compte 10,000; d'autres le double, tant diflércnt les récits relatifs à celte guerre et écrits d'après les traditions orales.
* La bataille eut lieu le vendredi saint 5 ayril 1520. (Voyez l'ancien cbant des Dalécarliens dans Svenska. folkvitor, 2dra Delen.)
actes de violence. Jacques Uifsson lui-même avait été attaqué sur sa terre d'Arnô , Tévêque Othoti arrêté dans la cathédrale de Vesterâs , révêque Brask , assiégé à Liukôping par les Oslrogoths, Erik Abrahamson Leyonhufvud, qui avait indiqué aux ennemis le chemin de Tiweden , emprisonné par les paysans de la Kéricie, et Hemming Gadd sur le point d'être massacré lorsqu'il osa parler de la capitulalion de Stockholm.
Depuis la résolution prise par Sien Sture le cadet, de concert avec les élals, à la diète d'Arboga, ea 1517, a de mourir plutôt Tépée à la main, que de se soumettre à Christian , » on avait travaillé avec ardeur à préparer la défense de Stockholm : les anciennes fortifications avaient été réparées, on en avait élevé de nouvelles ^ la ville était bien approvisionnée, et le roi, qui la tint assiégée pendant tout Télé, se regardait comme perdu si elle ne se rendait avant Thi ver *. Les seigneurs qui étaient dans son camp ne négligèrent rien pour amener ce résuliat : en effet, Stockholm capitula , grâce ik la noblesse de la ville , « mais contre la volonté du peuple. »
Le clergé, prévoyant mieux que personne que le sort de F Union allait être irrévocablement décidé , voulut amortir la colère du roi par sa soumission : a Si Ton recherche, dit Tévêque Mats de Strengnâs au peuple de Néricie, la véritable cause des troubles qui ont été si longtemps funestes au bonheur du pays, on la trouve dans les discordes qui divisent les grands' du royaume : quelques-uns ont voulu atteindre à la puissance royale ou à celle de régent^ ils ont enlevé au sénat son autorité légale^ ils ont tenu des discours fallacieux aux paysans Suédois ; ils ont abusé do leur simplicilé et de leur franchise pour les faire servir à leurs projets ambitieux *, » Beaucoup de personnes partageaient Fopinion des évêques sur les Sture. Le roi répondait aux soumissions par les assurances les plus gracieuses , tandis que les châtimens les plus rigoureux, tombant sur ceux qui s'étaient mis à la tête des paysans, faisaient juger jusqu'à quel point pouvait se porter sa vengeance. Le plus grand nombre, quels que
* Olaus Pelri. —La capitulation de'Stockholm est signée de l'archevêque Gustave Trol le, des évcqucs Mathias de Slrcngnas, Olbon de Vesler&s et de douze se nateurs, du nombre desquels était le père de Gusta\e.
' Hadorpb, Chronique rimée.
fussent leur rang ou leur puissance, pensérenl qu'il était temps de mettre fin à une si longue incertitude et de sortir de cet état de confusion ; le père de Gustave lui-même avec les autres seigneurs du royaume signèrent l'acte par lequel Christian', le 30 octobre , avant son couronnement, fut déclaré roi héréditaire de Suéde*.
Le vieil archevêque conseilla à Gustave de se soumettre au nouvel ordre de choses -, il lui confia qu'il était compris dans l'amnistie ac* cordée comme condition à la capitulation de Stockholm, et lui offrit sa médiation auprès du roi. C'est après une de ces conversations, où Jacques Ulfsson employait en vain toutes les ressources de la persuasion, qu'un vieux serviteur de Joachim Brahe arriva à Gripsholm apportant la nouvelle des exécutions qui ensanglantaient Stockholm et dont il avait été témoin : ses gestes et ses sanglots en disaient plus que ses paroles. Cette terrible nouvelle ne tarda pas à se confirmer; l'archevêque fut anéanti et Gustave se prépara à la fuite. 11 n'était accompagné que d'un seul domestique , qui l'abandonna après l'avoir volé au bac de Kolsund. Gustave poursuivit sa route vers la Dalécarlie et arriva à la fin du mois à Kopperborget V montagne de cuivre). Il était habillé en paysan et il travailla comme manœuvre dans ces contrées, dont les populations, se rappelant avec orgueil que Gustave Wasa a manié au milieu d'elles la hache et le fléau, conservent religieusement le souvenir des dangers et des aventures du jeune héros. Le grenier où Gustave a battu le grain est entretenu comme un monument national *, ainsi que celui du village d'Isala *, qui est remarquable sous le même rapport. L'édifice d'Omâs, où sa vie ( ce qui lui arriva plus d'une fois) fut sauvée par la présence d'esprit d'une femme ) l'endroit
■ Comme on appuyait celte décision sur la naissance de Christian, qui descendait d*Érik-le-Saint, que la Loi du pays portait que les flls de roi devaient être choisis de préférence, et que Christian était flls unique, c'était par droit d'hérédité et non par élection qu'il devait monter sur le trône : tel est le sens que donnèrent à la loi de Suède devant les états le légat de l'empereur, le docteur Suekot, et Tévêque danois Jens Baldenacke. ( Voyez Hvitfeld.)
* Lettre du roi du 26 avril 16G8.
s Charles XI le visita e i 1684. Gustave III y fit élever un monument en porphyre. Le grenier apparlioet aujourd'hui é la famille de Sven Elfsson.