CHAPITRE YII
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toutes les marchandises danoises qu'il trouva emmagasinées. Il fit distribuer à ses guerriers Targent provenant de la vente des marchandises et retourna bientôt dans la hante Dalëcarlie. Ses premiers étendards furent faits avec les tissus de soie qui se trouvèrent parmi le butin. Peu de temps après cet événement, un dimanche, lorsque la population était réunie à réglise de Kopperberg, il reparut à la tête de quinze cents Dalécarliens.
Les mineurs et les Dalécarliens écrivirent aux habltans de la Helsingie en les engageant à se montrer fldéles Suédois contre la tyrannie et les yexations des Danois : « La cruauté du roi Christian, dont les premiers seigneurs du royaume avaient été victimes , ne pouvait pas tarder à remplir de deuil et de désolation toutes les habitations de la Suède ; les plaintes des yeuves et des orphelins s^y feraient seules entendre. S'ils voulaient prendre les armes et sui* vre l'exemple de leurs ancêtres, ils avaient l'espérance fondée de la victoire, et le succès était |)resque assuré sous un chef tel que Gustave Eriksson , dernier rejeton du noble sang de la Suède, que le ciel leur avait conservé ; ils réclamaient leur aide et leur assistance au nom de la fraternité et de Falliance qui avaient toujours uni les habitans de ces deux provinces. » Dix ans après', les Dalécarliens rappelèrent aux Helsingiens que leurs plénipotentiaires avaient reçu d'eux une réponse favorable à leurs propositions dans une circonstance semblable et que les Helsingiens avaient l'intention de les soutenir et de se lever en masse, quoi qu'il dût arriver de la part des seigneurs suédois et étrangers. Quand Gustave commença le siège de Stockholm , il lui vint de la Helsingie pour renforcer son armée le tiers des hommes en état de porter les armes ^ mais aujourd'hui ils manquaient d'abord d'assurance, quoique Gustave fût venu d'abord au milieu d'eux et les eût harangués du haut d'un tumulus, près du domaine de Norrala. De la Helsingie il se dirigea vers la Geslricie , où des fugitifs de Stockholm avaient déjà préparé les esprits. Les bourgeois de Gefle et des députés de plusieurs paroisses lui jurèrent fidélité au nom de la province. Cependant des bruits sinistres vinrent frapper son oreille : on disait vaguement que les Dalécarliens avaient été
• Voyex Troll, I. e.
défaits. A cette nouvelle , il retourna sur ses pas en toute hâte ^ mais à mesure qu'il avançait, des bruits de victoire venaient ranimer ses espérances : ses partisans avaient été yainqueurs.
Didrik Slaghok * , comme il est appelé en Suède, principal moteur des cruautés commises à Stockholm, avait été nommé par le roi gouverneur de la capitale \ il avait reçu en même temps l'évêché de Skara , devenu vacant dans les sanglantes journées dont nous venons de parler. Jôns Beldenacke* avait été investi de celui de Strengnâs : a hommes bien dignes de telles fonctions , ainsi que le prouvent leurs actes, » dit Olaus Pétri. Du sein de la capitale ils gouvernèrent le pays avec ceux des sénateurs suédois que la hache avait épargnés ou qui n'avaient pas eu honte d'allier leurs noms à des noms aussi odieux. Le magistrat de Stockholm , sous l'influence de la garnison danoise et des Allemands qui fourmillaient dans la ville et dont la haine, dit-on, coûta la vie à beaucoup debourgeois*,montradanscettecirconstanceun grand zèle pour les intérêts de Christian. Holst et Claus Boye^, le premier acteur, le second presque victime des cruautés de Christian , maintenant rivalisaient d'ardeur dans leurs fonctions de bourgmestres de la ville par Factivité de leur correspondance avec le roi. Ils lui mandèrent, sous la date du 10 février 1521 , qu'une esj^ce de soulèvement venait d'avoir lieu & l'investigation de Gustave Eriksson, et qu'il y avait lieu de craindre que ce mouvement ne se communiquât à d'autres contrées. Des lettres émanées du magistrat de Stockholm et expédiées dans toutes les provinces du royaume recommandaient aux citoyens de se bien donner de garde de prendre part à la révolte. Des renforts furent demandés au roi , la capitale
* Son véritable nom est Slagheck. Il avait été garçon barbier. l\ était d'origine hollandaise et parent de Vé^ piclère Sigbritp qui, même après la mort de sa fllle Divika, conserva tout son empire sur Tesprit de Christian.
* Ainsi nommé parce quil était chauve. Il était aur paravant évéque d*Odensée.
» Voyez Chronique rimie^
* Gorius Holst donna un bal somptueux au roi pendant que le sang coulait encore dans les rues de la capitale. ( Voyez HUt. et witt, ont handl, , t. IV. p. 86). Claus Boye dut son salut à son obésité : les soldats ne purent le tirer du cachot aussi vite que le por-
, talent leurs ordres..
fut mise en meilleur état de dérense, des yachts furent armés : on assurait que c'était pour ôter à Gustave Ériksson et à sa bande toute possibilité d'échapper au châtiment qui leur était réservé ^ mais le véritable but était de tenir la mer ouverte aux approvisionnemens venant de l'étranger, lesquels n'arrivaient pas sans obstacles depuis que les pécheurs et les paysans des côtes avaient pris les armes pour comba Itre sous les ordres de G uslave. Des lettres particulières d'avertissement furent dirigées vers la Hclsingie et la Dalécarlie : elles étaient signées de Gustave Trolle, de son père Erik Trolle et de Canut Bengtsson (Sparre), seigneur d'EngsO, qui s'intitulaient sénateurs du royaume de Suéde ] mais au lieu de servir les intérêts du roi, elles ne firent que les compromettre davantage , au dire des chroniques : (( Car lorsque les Dalécarliens et les mineurs entendirent les noms des signataires, ils dirent que c'était un bien chélif et bien pauvre sénat que celui de Suéde, lequel n'avait que trois membres , qui ne valaient pas grand'chose. »
Gustave Trolle, les évéques danois Canut Bengtsson et Henri de Melcn, gouverneur du roi à Testeras, où ces seigneurs avaient récemment tenu des conférences chez Vévéque Othon avec les députés du magistrat de Stockholm , s'avancèrent avec six mille cavaliers et fantassins vers le fleuve de Dala et posèrent leur camp prés le bacdeBrunbâck. Mais les Dalécarliens veillaient sur leurs frontières ^ ils étaient commandés par Pierre Svensson , de Viderboda : c'était un mineur très-considéré, que Gustave avait mis à leur tête pendant son absence. Lorsqu'on vit dans lo camp danois les Dalécarliens lancer leurs flèches par delà le fleuve , l'évéque Beldenacke demanda aux seigneurs suédois qui étaient présens (ainsi le rapporte la chronique) combien de gens armés pouvait mettre sur pied la contrée au delà de Lângheden (la partie limitrophe entre le Yestmanland et la Dalécarlie). On lui répondit qu'elle pou*vait en lever plus de vingt mille , et comme il demandait en outre comment tant de gens pouvaient vivre , on lui répondit que ce peuple n'était pas habitué aux délices de la vie ^ qu'il ne buvait généralement que de l'eau, et qu'en cas d'urgence, il se contentait même de pain d'écorcc : « Ceux qui peuvent vivre d'éçorce et d'eau, poursuivit alors Beldenacke,
ne peuvent être vaincus ni par le démon ni par qui que ce soit : frères, nous n'avons qu'A nous retirer. )> Suivant la tradition , les Danois se disposèrent à la retraite. Mais, que ce fait soit vrai ou faux, toujours est-il que Pierre Svensson, avec ses Dalécarliens, fit un détour, passa le fleuve sur le bac d'Ulsund, attaqua le camp et mit l'ennemi en déroute.
Gustave avait traité lui-même avec les habilans de la Helsingie et de la Gestrieie pour s'assurer qu'il ne laissait pas d'ennemis sur ses derrières. De retour dans la Dalécarlie , it se prépara à marcher sur la capitale : il rassembla ses bandes à Hedemora et fit un choix de ceux qui étaient habitués à la manœuvre et à l'ordre. Les Dalécarliens manquaient d'armes à feu , et ils avaient à peine l'idée de la discipline militaire ; leurs armes étaient la hache , la flèche, la pique et la fronde, avec laquelle ils lançaient jusqu'à des morceaux de fer rouge * . Gustave apprit à ses gens à mieux fabriquer leurs flèches ; il fit faire des javelots plus longs de trois à quatre pieds pour amortir le choc de la cavalerie ennemie*', il fit aussi battre une monnaie de nécessité : cette monnaie avait été souvent employée en Suéde -, on s'était servi même autrefois de monnaie de cuir >. Celle qu'on fit alors à Hedemora portait d'un côté l'effigie d'un homme armé et des flèches en croix, et de l'autre les trois couronnes : c'était un alliage de cuivre et d'une petite quantité d'argent, ressemblant à des pièces de bas aloi que Christian avait mises en circulation et qui furent appelées hlippingar de Christian.
Gustave leva son camp, et passant le Lânghedcn , il s'établit dans le Yestmanland. L'ennemi avait laissé des traces de son passage dans toutes ces contrées. Partout où se présentait le jeune héros , les paysans prenaient les armes. Le 23 avril, jour de Saint-Georges, il passa en revue son armée à l'église de Romfertuna. Les chroniqueurs disent qu'il avait déjà réuni de quinze à vingt mille combattans*; mais il ne faut pas ajouter une foi entière à leurs récits ,
■Olaiis Magnus, 1. VII, c. 16.
« Ibi'K, 6.
' « Coriaria pccunia cerliB argenteis punclls, quibas yalor in pondère et numéro pcnsaretur, variata. » (/6id., C.M2).
* Le sénat, dans son tableau du règne* tyrannique de Christian en Suède, en date du 6 juin 1523, évalue l*armée de Gustave à quelques milliers. Les Danois étaient au nombre de 5,00(K (Hvilfcid.]