CHAPITRE VIII
qu'on peut presque ranger dans la même classQ que ceux où Ton compare lo nombre des Da* lécarliens , dans ie combat de Brunbâck , aux sables de la mer, aux feuilles de la forôl, et leurs flèches à la grêle qui tombe du ciel. Le peuple a fait lui-même Thistoire de la déliyrance de la Suède par Gustave Wasa, et il n'a compté ni ses forces ni celles de ses ennemis. L'armée fut divisée en deux corps commandés par deux guerriers éprouvés, Laurent (Lars) Olofsson et Laurent Ériksson. Gustave publia alors sa déclaration de guerre contre Christian et dirigea ses troupes vers Testeras. Il espérait y rencontrer les paysans des districts des mines occidentales, de Lindesberg et de Nora, qui avaient promis leurs services à ses envoyés; mais il apprit bientôt que Pierre Ugla , Tun d'eux, à qui cette commission avait été confiée, s'était laissé surprendre à KOping et avait été massacré avec tous ses soldats*. Mais par compensation il reçut la nouvelle que les paysans dcWermdOn' s'étaient révoltés et s'étaient emparés des vaisseaux du roi après avoir tué dans réglise plusieurs de ses mercenaires. Gustave se hâta de communiquer à ses guerriers les lettres où ces avantages étaient hyperboliquement détaillés.
Didrik SlaghOk s'était lui-même chargé du commandement à Vesterâs-, il s'y fit remarquer par les traitemcns barbares dont il accabla les habitans et les excès de fureur auxquels il s'abandonna. 11 fit enlever les clôtures de tous les champs environnans pour faciliter les manœuvres de sa cavalerie contre l'armée des paysans, qui s'approcha de la ville le 29 avril : ils furent reçus par quelques troupes d'infanterie et de cavalerie qui traînaient des armes à feu après elles. Gustave avait ordonné d'éviter un engagement ( il voulait retarder l'attaque jusqu'au jour suivant). Il se trouvait encore à Balundsâs, à une lieue de Testeras, lorsqu'il apprit que ses jeunes soldais étaient déjà aux prises avec l'ennemi : il vola à leur secours. l^s Dalécarliens opposèrent leurs longues piques aux cavaliers danois , et cela avec tant
* Par le commandant danois Anders Persson. Celuici ouvrit peu de temps après les portes du ctiAteau d*Ôrebro à Gustave, qui lui pardonna : néanmoins les parens de ceux qui avaient péri le sacriûêrenl six ans plus tard.
> l^'ermdôn est une tle qui n*esl qu*à une lieue de distance de Stockholm.
d'ensemble que plus de quatre cents chevaux tombèrent du premier choc. La cavalerie fui refoulée sur l'infanterie, qu'elle entraîna dans sa fuite. Cependant Laurent Ériksson, qui par une marche détournée s'était indroduit dans la ville, s'empara des canons {skytt) placés sur le marché. Aussitôt la garnison du château incendia la ville , qui fut consumée en partie. Les paysans et les mineurs se dispersèrent pour éteindre le feu et se livrer au pillage^ ils se partagèrent les marchandises des boutiques d'épiceries ,~ s'emparèrent des pièces de vin qui étaient emmagasinées dans Téglise et à l'hôtel de ville, et formèrent le cercle autour des tonneaux en chantant et en buvant. Les Danois de leur côté se réunirent & la garnison du château, et la victoire allait sans doute se changer en défaite si Gustave n'eût envoyé dans la ville Laurent Olofsson avec les troupes qu'il avait gardées auprès de lui. Le combat recommença pour lors avec plus d'acharnement; mais à la fin les Danois furent repoussés. Beaucoup jetèrent leurs armes et, pour éviter d'une part les flammes, qui brûlaient encore, et de l'autre le fer de l'ennemi, se précipitèrent au milieu des flots. Gustave fit briser les tonneaux de liqueurs fortes et défonça de ses propres mains les futailles qui contenaient le vin. Le combat de Tester&s ne fut guère important que par l'influence qu'il exerça sur l'opinion publique. On avait peu gagné par la prise de la ville tant que le château resterait au pouvoir de l'ennemi , et Gustave devait éprouver en plus d'une occasion qu'il ne pouvait tirer que peu de ressources d'une armée composée uniquement de paysans. Mais partout où pénétrait la nouvelle de sa victoire, le peuple se soulevait ; il pouvait déjà diviser ses forces et assiéger les châteaux dans plusieurs provinces : ce fut ce qui arriva â Stegeborg, à Nykôping et à Ôrebro. Une partie des payans du Testmanland, réunis à ceux de Rekarne en Sudermanie, furent employés au siège du château de Testeras ; mais leurs exploits se réduisirent à tuer d'un coup de flèche le sénateur Canut 'Bengfsson Sparre, à qui Didrik Slaghôk avait remis la défense de la place , de sorte qu'il tomba, enveloppé de son manteau fourré de peau de loup, du haut des murs dans la rivière. Une autre troupe des soldats de Gustave s'empara de Ilôrningsholm en Sudermanie. Les inlendans de Christian dans le Yermland et
dans leDalsland furent yiclimes de rîrritalion générale. Les Vermlandais s'armérenl sous la conduite de leur sénéchal pour attaquer le sénateur Thure Jônsson, gouTerneur de Christian en Yestrogothie : ils traversèrent le lac Wenern. Quinze cents hommes prirent les armes dans le Dalsland ^ plusieurs milliers de paysans de la Néricie vinrent au travers de la forêt de Tiweden pour offrir leurs services à Gustave '. Il avait été obligé de renvoyer les Dalécarliens dans leurs foyers pour ensemencer les terres ^ il appela à leur place sous ses drapeaux les habilans de plusieurs districts de rUpland : ils devaient se rassembler dans la forèl de Rymningen , prés d'Oresundsbro. De là les deux généraux de Gustave dirigèrent avant son arrivée une attaque contre le château de l'archevêque à Upsala : c'était le 18 mai, Jour de Saint-Érik, au moment où une foule immense venait assister à la foire. Les gens de Tarchevêque s'attendaient à cette visite, car une députation de quatre clercs et de deux bourgeois d'Upsala, envoyés à Tarmée qui campait dans la forêt, avaient reçu des chefs pour toute réponse que des Suédois et non des étrangers devaient porter le reliquaire de saint Erik, et qu'ils voulaient assister à cette fête. Benoît Bjugg, commandant de l'archevêque, lit par bravade préparer un repas en plein air entre le grand et le petit bâtiment de l'archevêché, et là, en présence du peuple, il s'amusa avec ses mercenaires à chanter et à boire bien avant dans la nuit. L'attaque des portes de cette maison fortifiée , qui fut en un instant cernée d'ennemis, vint troubler sa joie et celle de ses convives. Ils cherchèrent à s'échapper par un passage couvert qui à cette époque communiquait de l'habitation de l'archevêque à la cathédrale ; mats les paysans mirent le feu à ce passage, construit en bois ^ en même temps ils tirèrent sur le toit du palais archiépiscopal des flèches rougies au feu , de sorte qu'il ne tarda pas à s'embraser : il fut presque entièrement consumé. Le lendemain , quand l'incendie eut cessé, on vit sortir du fond des caves les femmes de la maison et quelques bourgeois qui s'y étaient réfugiés. La garnison , à quelques hommes près, trouva la mort dans cette affaire, l^e commandant s'enfuit à Stockholm-, mais il était à peine arrivé auprès de son mattre
* Voyez les annotations mannscrileft de Laurent Stflgessan Sparre à la b ibliolhèipie d'Upsala.
qu'il mourut d'une blessure qu'il avait reçue. L'archevêque Gustave Trolle revenait d'un voyage de Helsingie , qu'il avait entrepris dans le dessein de maintenir cette partie de son diocèse dans l'obéissance au roi *, il reçut peu de temps après des lettres et des messages de Gustave, qui était arrivé à Upsala pour célébrer la fête de la Pentecôte : il était prié d'embrasser la cause de la patrie, et soa chapitre avait cru devoir lui adresser un écrit dans le même sens. L'archevêque retint l'envoyé, disant qu'il voulait porter sa réponse en personne. 11 se mit donc sans retard en marche avec cinq cents cavaliers allemands et troi& mille fantassins de la garnison de Stockholm. Il arriva à une lieue d'Upsala avant que Gustave en fût informé. Celui-ci ne voulait même pas croire à la nouvelle qu'on lui apporta de la marche du prélat; il attendait encore une réponse à sa lettre lorsque, étant monté à cheval à six heures du matin et s'étant arrêté sur Téminence sablonneuse où plus tard il fit bâtir le château , il aperçut l'archevêque qui s'avançait vers la ville à travers les prairies du roi. 11 n'avait avec lui qu'une centaine de cavaliers et deux cents fantassins, car les paysans avaient regagné chacun ses foyers. U précipita sa retraite -, mais il fut atteint au gué de Lftby par les cavaliers de Trolle. Le danger était Imminent. Un jeune noble finnois, saisi de terreur, abattit en le heurtant le cheval de Gustave; à ce moment ses compagnons firent volte-face et se tinrent si ferme contre l'ennemi que celui-ci cessa de les poursuivre.
Gustave gagna la forêt de Rymningen -, il convoqua les liabitans du voisinage et fit partir les Jeunes gens sous la conduite des chefs les plus habiles pour tomber à l'improviste sur l'archevêque. Les restes d'un repas découvrirent au prélat les pièges qu'on lui tendait. Il quitta la grande route et prit un autre chemin, ce qui ne l'empêcha pas d'être rencontré et attaqué. Il n'évita le javelot de Laurent Olsson qu'en inclinant la tête sur son cheval : le coup atteignit l'homme qui était derrière lui. Il se sauva après avoir p^rdu les cinq sixièmes de ses gens. Gustave se mit à sa poursuite avec toutes les troupes qu'il avait pu rassembler et posa son camp sur le Brunkeberg. Quatre potences chargées de cadavres de Suédois témoignaient de la nature du gouvernement qui i régissait Stockholm.