‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 9 sur 275 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

tor, le plus ancien chroniqueur russe (1100 ans environ après J.-C.)) raconte qu'en 859, des conquérans audacieux et braves, appelés Varaigues, avaient passé la mer et rendu tributaires les Finnoiset les Slaves. Ces derniers, au bout de deux ans, chassèrent leurs oppresseurs ; mais fatigués de leurs discordes intestines, ils résolurent de reprendre leurs chaînes. Ilsenvoyèrentde Tautrecèté delà mer aux Yaraigues, qui sont nommée Rus, et ih leur dirent : a Notre pays est vaste, bon et fertile, mais il n'y a pas d'ordre ; venez, soyez nos princes et gouvernez-nous. » Trois frères furent élus : toute leur famille les accompagna et ils arrivèrent chez les Slaves avec une suite nombreuse. L'aîné , Rurik, fit sa résidence à Nowogorod. « C'est de ces Yaraigues nouvellement arrivés, dit Nestor, que la Russie a reçu le nom qu'elle a conservé depuis. Les habitans actuels de Nowogorod descendent des Yaraigues ; on les appelait autrefois Slaves. » Ce fait eut lieu en 862.

Les Yaraigues des Russes sont les Yarangues des Byzantins et les Yeringues ( Fàrin-gar) du Nord ; Tétymologie du mot, dans les langues septentrionales , signifie soldais qui servent d'après un traité * ; il est synonyme de fœderati , nom que la milice des Goths au service des Romains a porté depuis Constantin-le-Grand. Il n'est pas invraisemblable que les habitans de la Scandinavie aient fait de bonne heure partie de cette milice, d'autant plus qu'il ne manque pas de preuves historiques qu'il existait des rapports, dès le sixième siècle, entre la Scandinavie et l'Europe mëridionale.Unroi de Scandinavie visitaThéodoricle-Grand en Italie*. Rome reçut des pelleteries précieuses du peuple suethans dans la Scandinavie'. Procope, l'historien des guerres des Goths, parle d'un peuple des extrémités du pays septentrional, qu'il appelle Thulé, île im-

' De wara^ vœn, pactum,

* Jordanés, De rebu» geticù,

> Ibid. SuetKans est le Dom Suédois sous la plus ancienue forme gothique (conformément h Godant , Thiuthans), et Ton voit parlé que le radical est t, quoique les Islandais disent Sviar et les Anglo-Saions Sveon, qui sont les Suiones de Tacite. Mais comme les Anglo-Saxons écrivent Sveo-land et Sveodland, il parait que leur Sveon est une contraction de Sveodan. Ce mot pouvait dériver de Tislandais sveit ou de l'anglo-saxon sueot (lisez suit) qui slgnifleune troupe de guerriers, d'où *m'(Ato<i(peuple armé).

mense habitée par plusieurs peuplades, parmi lesquelles lesGautes, qui étaient les plus nom-* breux, et les Finnois patineurs {Skridfinnar\ les plus sauvages*. Ce qu'il y a de certain^ c'est que les auteurs byzantins postérieurs, en faisant mention de la garde impériale sous le nom de Yarangues (peuple qui depuis longtemps était au service des empereurs), ajou'tenl que ces Yarangues étaient des habitans du Nord, demeurant bien loin de Byzance, dans cette même Thulé, qui, dans Procope^ signifie certainement la Scandinavie '. Sans doute les Yaraigues Russes étaient aussi Suédois *\ mais il est peu probable que leur puissance ait pu se fonder tout d'un coup , comme on le prétend, puisque dès le temps de la fondation de l'empire russe par Rurik, ils étaient assez forts pour se présenter en ennemis devant Constantinople ^. Nestor, lui-même, dit que la

* Procope, De hello goth., Itb. II, cap. 15, édit. Haltret; Paris, 16G2. Dans la traducUon laUne de Grotius, le mot Gautes a disparu par une variante incorrecte. Paulus Warnefridi dit que les Finnois patineurs [Skridfinnar ) sont ainsi nommés à cause de leur habileté a courir (é glisser, paUner) sur un bois reeourbé, ce qui leur est d*un grand secours dans la chasse des bêtes féroces. Il peint, d'après le récit des voyageurs qui connaissaient le pays, le patinage et le renne. II avait vu lui- même une camisole de peau de renne telle que les Finnois remployaient : c'est ce que nous appelons pelisse de peau de renne {tappmudd).

^ Le nom de Jargani , Barangi était employé chez les Byzantins en 935. On dit que ce peuple servait depuis longtemps dans la garde. II vient en partie de Thulé, en partie de la Grande-Bretagne ; mais il paraît qae ces Anglais n'étaient que des Danois. Ordericus Vitalis dit que beaucoup d'entre eui, lorsque Guillaume-le-Conquérant s'empara de l'Angleterre, quittèrent ce pays et prirent du service à Constantinople. La première arme des Yaraigues fut celle qu'on appelait en Angleterre la hache de guerre danoise : c'est ce qui leur fit donner le nom de porteurs de hache (^«x-.. m^itr^i' (P^oyex Striller , P^arangica, Memoriœ populorum ex Script. Byzant,, t. 4.)

' C'était aussi l'opinion de SchlOzer, qui a publié les Annales de Nestor avec des observations, ainsi que celle de Raramsin. Au dix-septième siècle, on retrouva des traditions à Nowogorod. Lorsqu'il s'agit de l'élection du prince suédois Gharle8-Phiiippe,rarchimandrite Gyprian fit valoir, comme recommandation , que Rurili était déjà Suédois.(f^oyei Widekindi, 7^1 #wtftu*a » Rysland tijo ârs krigs-hisiorie. Slhm. 1071.)

* SchlOzer dit sans raison que cette attaque de 866, dont parlent les Byzantins, s'est faite par un autre peuple du nom de Ros et qui a disparu. Mais Nestor déclare que c'est le même, ce qui est évident par le nom du chef , qui était Askold. Un Byzantin dit que ces Ros étaient d'origine frangue- c'e«t-à-dire qu'ils sor-

roule qu'il a indiquée du pays des Varatgues jusqu'en Grèce était plus ancienne *. C'est de celte roule que fait mention un empereur grec, au dixième siècle, et le premier historien chrétien du Nord dans le onzième *. Après la fondation de Tempire russe , les Suédois, pour leur commerce eldans lesguerres, prirent sou- Tent leur route par le Dnieper jusqu'à la mer Noire, où ils passaient plus à l'est, en suivant loYolga jusqu'à la mer Caspienne. C'est ce qu'attestent de nombreux monumens runiques élevés en Suède à la mémoire de ceux qui par* tirent pour la Grèce, ainsi que la grande quantité de monnaies arabes qu'on trouve enfouies dans la terre et qui élaient en circulation, surtout au sud-est de la mer Caspienne, dans le neuvième et le dixième siècle. L'histoire rapporte aussi que ce même peuple Ros, dont les flottes exerçaient la piraterie sur la mer Noire, menaça plusieurs fois Constantinople. Des noms Scandinaves figurent dans toutes les conventions avec les empereurs grecs, et à peine en voit-on un seul slave. Ce peuple a aussi guerroyé avec les Arabes sur les côtes de la mer Caspienne >. Un évêque italien, légat auprès de la cour grecque et contemporain de l'expédition qu'Igor, fils de Rurik,ou Ingor (Ingwar) ainsi que l'appellent ce prélat et les Byzantins, entreprit en 941 contre Constantinople, cet évêque affirme que ceux que les Grecs nommaient Russes étaient les Normands, nom générique par lequel on désignait alors les peuples Scandinaves *.

Ce que nous venons de dire peut aussi servir à éclaircir la question de savoir si les écrits ou le silence des Islandais doivent seuls décider de ce qui appartient ou non à l'ancienne histoire de Suède. Ils ne connaissent rien de

talent en général de la souche des Germains. (Stritter, RuisieaX c. t. 2» p. 967.)

* SchlOzefi Nestor, p. 88.

* Constantin Porphyrogénète, De adminiâtratione. (Imp. chez Stritler, I. c, p. 982. Adam de Brème.)

* Dm peuple» du Caucaee, d'aprèe le» auteur» aror be»f par M. C. d'Ohsson; Paris, 1828. Dans cette expédition qui eut lieu du temps d'Igor, les vaisseaux furent tirés du Don dans le Volga an point où ces deux fleuves sont le plus rapprochés. Nous trouvons souvent

des récits de même genre dans les expéditions des Normands.

*Luitprand%, epUeopi Cremonenei» hUtoria, lib. V, cap. 6. Muratori, t. 2.^11 fut deux fois renvoyé de Constantinople, les années 940 et 968.

tout cela ; cequUls nous ont fourni est précieux, mais nous ne devons Téludier et remployer que conjointement avec les autres renseignemens que nous possédons. Ainsi avons -nous fait Texamen de leur mythologie et de leur Saga d'Ynglinga. On n'a que ces bases historiques pour asseoir la présomption que les Scandinaves et les Suédois, surtout, par leur situation, ont eu de grands rapports avec TOrienl. C'est la partie la plus obscure de la vie héroïque du Nord: Téloignement où elle est de nous en a beaucoup affaibli les traits ; mais ils ne sont pas entièrement perdus pour Thisloire. Ce que nous connaissons le mieux, ce sont les entreprises des Scandinaves dans rOccident^ où les invasions des Normands seront ù jamais célèbres \ mais ici le grand nombre des guerres et des combats a produit la confusion : nous eu avons la preuve dans les exploits de Ragnar Lodbrok et de ses fils, consignés nonseulementdans la Saga islandaise eidd^n^ Saxo, chroniqueur danois qui écrivit en latin, mais encore dans les annales des autres pays.

T^diïi%\d^ Saga de Ragnar Lodhrok, son père SIgurd Ring est représenté comme roi de Danemark seulement : Ragnar fut son successeur. D'après la Saga d'Hervara, le roi Eisten ou Oslen, fils de Harâld Hildetand,à Upsala, gouverna la Suède. Il estdépeintcomme un prince puissant, d'un caractère peu trailable et amateur des sacrifices. Le principal objet de son culte était une vache, dont les mugissemens avaient inspiré la terreur  ses ennemis. Il était d'abord lié d'amitié avec Ragnar, qui, par une victoire remportée sur un serpent, avait mérité la main de Thora, fille de Herraud, nommé jarl par les uns et rot de Golhie par d'autres. Les habits de peau, garnie de son poil, que Ragnar portait dans cette occasion le firent surnommer Lodbrok. Après la mort deThora, Ragnar résolut de ne jamais avoir d'autre femme ^ il adjoignit plusieurs personnes à ses fils pour gouverner le royaume, reprit son ancien métier de pirate et alla courir ies aventures et les dangers. Étant entré un jour dans un port près de Spangarhed, en Norvège, il envoya ses garçons de cuisine à terre pour y faire du pain. Ceux-ci rapportèrent du pain brûlé et donnèrent pour excuse qu'ils avaient rencontré une fille si belle qu'elle leur avait fait oublier le motif qui les avait amenés au rivage. Elle s'appelait Kraka : c'était la plus

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