CHAPITRE IX
altendail : le clergé y disait-on , avait eu soin d'en détourner une partie*. La dîme devait être employée à Facquiltement de la dette nationale : telle était Tobjetde la subvention que payèrent la noblesse et le clergé en lôi6. Les villes furent taxées, et dans toute l'étendue du royaume on établit une contribution en denrées que les paysans pouvaient acquitter plus facilement, vu la rareté du numéraire à cette époque'. Des circonstances particulières rendirent les impôts encore plus lourds -, la monnaie d'urgence appelée klippingar^y qui avait circulé à un taux quatre fois au-dessus de sa valeur réelle, fut tout à coup supprimée en 1524. Les différends avec les villes anséatiques et la piraterie de Norrby interrompirent toute communication, circonstance qui fit monter le sel à un prix si exhorbitant que les pauvres furent obligés de s'en procurer en faisant évaporer de l'eau de la mer ^ -, et quand on eut remédié à celte calamité, à la suite du traité de commerce que le roi avait conclu avec les Néerlandais , il survint de grandes disettes en 1527 et 1528 ; il y eut même l'année suivante une maladie pestilentielle nommée sueur anglaise ou sueur froide. Les chroniques parlent ainsi de la disette : « Le peuple n'avait d'autre pain que celui qu'il faisait avec de l'écorce , et ceux qui pouvaient se procurer des balles s'estimaient très-heureux^ grand nombre de personnes et d'animaux périrent de faim dans le Roslagen et sur les côtes. Le roi fit venir de Livonie quelques milliers de lastes de blé qu'il fît vendre par districts et par paroisses , à un marc le tonneau ^, en faisant veiller sévèrement à ce qu^on ne renchérit pas pour les pauvres ^
* C'est ainsi que se plaignent tous les spoliateurs. {JVote de V éditeur.)
* Voyez Sljernman, Rikiâagan oeh m9tenê beêlut, t. 1.
* Le klippingét Gustave équivalait à 18 pewningart qui répondeot à 8 schilUngs (6 nmdst); la véritable valeur n'était que de 9 rundstyciên. L'Égiise avait été obligée de donner en échange des kHppingar.
* Voyei les lettres du roi datées du 20 a>ril 1526 et publiées dans tout le royaume. Elles annonçaient que des vaisseaux hollandais étaient arrivés à Stockholm avec du sel , des draps , du Tin et d*aulres objets de commerce. 11 prie le peuple d'avoir bon courage et d'é- Ire persuadé que la dureté des temps cessera bientôt. (AreMvei du royaume.)
* Après 1527, la monnaie était tellement dépréciée que 3 roarcfteorrespondaient à 1 tbaler d*argeot. [ffah iênèêrg, p. 112.)
mais le peuple avait tant d'ingratitude et de malignité qu'il n'en sut aucun gré au roi et qu'il le surnomma m de famine et d'écorce. » Les dércs représentaient la disette comme un effet de la colère céleste, qui châtiait un roi hérétique. Gustave avait doublement à faire pour réprimer en même temps leur mécontentement et l'exagération des apôtres de la nouvelle doctrine. La bour^oisie allemande de la capitale avait adopté avec ardeur les idées réformatrices de cette époque , et quand le roi rentra dans Stockholm^ dans l'automne de 1524, après Fentrevue de Malmô, il trouva cette ville en combustion par l'arrivée de deux anabaptistes, KnipperdoUing (qui fut plus tard un des chefs des fanatiques de Munster, où ses os ont été conservés dans une cage de fer placée sur la tour)etMelkiorRink. Ils avaient trouvé des partisans, s'étaient emparés de Féglise Saint- Jean , prêchèrent sur l'Apocalypse , enfoncèrent des églises et des couvens , traînèrent par les rues et les places publiques les images des sain! s et les omemens sacrés. Olaus Pétri luimême autorisa ces scènes de désordre par son silence. Le roi blâma fortement cette condescendance et bannit du pays ces hommes iurbu-lens. Cette conduite des anabaptistes excila une indignation générale, qui futportéeâson comble dans les campagnes par laconduitedes nouveaux prédicateurs. Lorsque le roi entreprit sa tournée autour du royaume , il leur fit de vifs reproches , disant qu'ils mettaient trop de violence dans leurs paroles, qu'ils n'employaient pas la meilleure manière d'enseigner au peuple le vrai sens de la parole de Dieu ; il leur fit sentir en outre la honte de la vie corrompue que menaient la plupart d'entre eux. Il chercha surtout â tranquilliser le peuple par rassiirance que son dessein n'était pas d'introduire une nouvelle doctrine * , mais seulement de faire disparaître des abu^.
* On ToH par la lettre de Gustave aui habltans Ût la Helsingie (1S36) sous quel jour il présenu aux paysans l'affaire de la religion. « Quelques moines et clers nous ont accusés de mauvaises Intentions parce qne nons ne permettons pas qu'ils agissent contre les préceptes de la religion. » Voici quelques-uns des griefs du roi ooBire le clergé t < Les ecclésiatiques refusent de donner le sacrement à leurs débiteurs au lieu de se conformer é la loi à cet égard ; si un pauvre prend un oiseau ou pèche le dimanche , l*Église le condamne h payer une amende è l'évéque et au curé, sous préteite de la profanailoa du sabbat ; le clergé possède beaucoup de
Plus d'un roi de lUnlon avait èlë déposé pour de moindres causes. Ce ne Ait pas sans étonnemenl que les Suédois s^aperçurent qu'ils n'avaient pas seulement dans Gustave un lii)érâleur, mais qu'ils avaient encore accepté un roatlre. Mais on était si habitué au changement ! « L'esprit du peuple est inconstant chez nous*,» écrit confidentiellement le prudent prélat Brask À un collègue de la dièted'élection de StrengnAs, en 1523; en conséquence il s'abstint de s'y rendre lui-même, au grand mécontentement du peuple et du roi , et il envoya à sa place son chancelier, avec recommandation de bien peser ce qu'il signerait. Gustave ne devait pas tarder à Justifier les prévisions de l'évêque. La première révolte contre lui avait pour objet de relever la maison de Sture, qui était aimée et estimée dans tout le royaume.
Trois mois s'étaient à peine écoulés depuis l'élection de Gustave lorsqu'il fit la triste expérience de cette versatilité : deuxévéques, qui lui devaient leur nomination, étaient à la tête des mécoBtens. Ce fut sans doute une circonstance heureuse pendant la lutte avec l'Église que la vacance de tous les évêchés du royaume, à l'exception de deux, à l'avènement du roi*; mais il se trompait s'il comptait sur l'aflTeclion de ces nouveaux prélats, qui lui devaient leur élévation : ils devinrent tous ses ennemis, les uns plus tôt, les autres plus tard. Petnis Jacobi, plus connu sous le nom de Pierre (Peder) Sunnanwfider, ex-chancelier du régent Sten Sture le Jeune, fut nommé évêqne de Testeras. L'élection avait eu lieu avec le consentement biennotivé des Dalécarliens >, comme il le dit
terres qui appariienDcnt à U eonronne et s'aUribne le part da roi dans les amendes*, etc. > (Voyez les AreldfMâ au royaume, )
* «SententiaTQlgl Bostri facile soletvariari.Hsc fldueialiter Tobts serlblmos. • Lettre de Téréque Brask à eelai de Skara. ( Voyez Ska$id. handl., 1. 17, p. 131. ) Ce ne tni que snr la fin de Tannée que Brask rompit toute relatton avee l'archevêque exilé, Gustate Trolle, 4 qui il s'était recommandé avant son départ : « Rébus regnl tuiMs in eo statu existentibus, utdîfficillimum vlderetnr regem CbrisUanum dejicl posse. » (Brask à Gustave TroUe, 18 octobre 1623. — L. c, p. 171.)
* Upsala, Strengn&s, Vesler&s , Skara et Abo. Il ne restait des anciens évèques qu'Ingemar , prélat d'un caractère accommodant et afllilbli par Tàge, à VexiO, et
Hans Brask.
> « Maturo Vallenslum consilio. » (Lettre à Tévéque Brask. — Skand. handl., t. 17, p. 133. ) Cétatt un privilège que les Dalécarliens s'attribuaient.
* bc«u motif pour en&rafiier un peuple dans ion apoitaste :
lui-même ; mais dès |la première année il Tut convaincu de les avoir excités à la révolte , et ses propres lettres furent présentées comme preuves par Gustave au chapitre de Testeras, n fut destitué, et le même sort frappa le doyen Ganuty nouvellement élu archevêque, qui s'était constitué défenseur du premier. Ils se sauvèrent en Dalécarlie, où ils cherchèrent à soulever les paysans. Ceux-ci écrivirent à Gustave qu^ils ne voulaient pas souffrir plus longtemps les imp6ts en argent sur les églises , les couvens, les clercs, les moines, les villes et les paysans ; ils lui déclarèrent qu'ils lui refuseraient obéissance sMl ne faisait pas baisser le prix élevé de toutes les denrées , s'il ne chassait les étrangers de son sénat* et s'il ne se purgeait de Faccusation d'avoir emprisonné Christine Gyllenstjernaet empoisonné ouexilè son fils Nils Sture. Ce fut vers cette époque que, sur la demande de. Gustave, s'ouvrit la prison où la veuve de Sture gémissait en Danemark. Christine Gyllenstjerna trouva à Kalmar son fils aîné, Nils Sture, &gé de douze ans, récemment revenu de Dantzig, où il avait été envoyé en 1520 pour échapper aux poursuites de Christian. Bernhard de Melcn chercha , en retenant le jeune Sture, À colorer sa propre défection : il laissa en son absence le commandement du ch&teaa de Kalmar à un ancien serviteur de la cour de Sture*. Le bruit se répandit bientôt dans le pays et à l'étranger» que Séverin Norrby recherchait la main de Christine Gyllensljerna pour arriver par cette alliance au trône de Suède. Gustave réfuta officiellement ces bruits propagés par la malveillance * : il soupçonnait Christine d'avoir alimenté ces trames ^ Elle nia que Norrby eût Jamais reçu ses promesses
> Voyez les plaintes et lettres des Dalécarliens . Archives du royaume de Tannée 1&34.
* L*évèque Brask écrivit A Thure Jônsson que Bernhard de Melen avait nommé Henri Jute commandant de Kalmar, et que celui-ci a?ait Nils Sture chez lui, ce qui éveilla des soupçons sur la conduite de sa mère. {Skand. handL, L 14, pages 63, 64.)
* Dans une lettre de Mecklenbourg, mais qui n'est pas signée ( Arehivei de ChrUtian i/ ) , il est fait menUon du mariage de Norrby avec CbrisUne Gyllensljema , qui lui apportait en dot le royaume de
Suède.
« Lettre A la neblesse et aoi paysans de Smiland en date du 25 mars 1S35. ( Skand, handl, t. i4, p. 44.)
" Gustave écrit à Tévéque Brask que Séverin Norrby avait envoyé des émissaires auprès de ChrisUne Gyllensljerna pour conclure le mariage • sfin qu'elle et ses