CHAPITRE a
OU eoD amour , quoiqu'elle lui en eût laissé respoir * ', elle pria le roi de lui choisir un nouvel époux. Gustave'prit le Jeune Niis Sture & sa cour, mais il le renvoya en 1527 au printemps. Nils mourut à Upsala dans Télé de la même année*. Le roi était mécontent delà conduite de ce jeune homme : des imposteurs effrontés firent courir le bruit qu'il s'était évadé pour sauver sa vie. Nous verrons bientôt un faux Sture se présenter sous le nom de Nils au fond de la Dalécarlie.
Des intérêts impossibles à concilier s'étaient heurtés dans celte circonstance : les manœuvres des mécontens tendaient à la fois & relever la maison des Sture et à rétablir le roi Christian. Norrby attendait ce résultat de ses combinaisons; c'est ce que prouve l'assertion écrite du roi Christian : u Que si Séverin Norrby, par son alliance avec Christine, devenait régent du pays, il serait maintenu dans le gouvernement comme lieutenant de Christian en payant une redevance annuelle'. » Ce malheureux prince lit publier des lettres patentes qui conféraient à Norrby tout son pouvoir royal Jusqu'à ce qu'il pût lui-même rentrer dans les trois royaumes. Norrby, qui se défendait encore à Gottland , fit une invasion en Scanie au printemps de l'année 1525^. Le plat pays et toutes les villes, h l'exception de Malmô, prêtèrent de nouveau serment à Christian. Les deux évêques se prononcèrent contre Gustave , qu'ils
enfans régnassent un Jour sur la Suéde» et qu'elle s'était laissée prendre àcepiége. (L. c, p. 32.) Une antre lettre, en date du 15 février 1525, à M&ns Bryntesson (UUehOk), commandant d'Elfsborg, dit que Christine et ses partisans pratiquent de dangereuses manœuvres. Il le prie jd*employer tons ses espions dans le royaume et hors des fronUères. ( Voyez les Archives du royaume,)
* Dans une lettre du 26 décembre 1526 ( citée par Hvilfeldt dans Thistoire du roi Frédéric 1«0, elle exprime le désir qu'on conseille à Norrby de ne plus lui parler de mariage. Elle lui écrivit que si elle voulait contracter de nouveaux liens, elle le préférerait A tout autre; qu'elle lui avait donné un anneau, mais qu'elle ne s'était encore engagée par aucune promesse. A Noél de 1526, le rot la fiança à Jean Thuresson (Roos) , fils de Thure Jônsson.
* Dans la lettre datée de Grip»holm du !•' avril 1527, Gustave exprime à Christine Gyllenstjerna son mécontentement sur la conduite du jeune Sture. ( Voyez les Archives du royaume, )
* Voyez les Archives de Christian IL
* On peut lire la lettre dans Hvitreld» Histoire <f# FréiérieP*.
regardaient comme ennemi de leur religion, et ils excitèrent les Dalécarliens à prendre les armes * en répandant par des lettres le bruit qu'ils étaient prêts è marcher.
Ces lettres , publiées dans le royaume^ aux Pftques de 1525, provoquaient tous les Sué* dois à la révolte. Ne trouvant pas la sympathie sur laquelle ils avaient compté , les agitateurs quittèrent la Balécarlie et se sauvèrent en Norvège. Gustave obtint leur extradition el leur accorda le sauf-conduit qu'il leur avait promis, mais il les avertit qu'ils répondraient aux Juges compétens et subiraient la peine À laquelle ils pourraient être condamnés. L'archevêque Olof, àTrondheim, dans sa lettre au roi prétendit que les accusés étant clercs, les seuls juges compétens étaient les prélats du royaume'; mais Gustave ferma Toreitte à ces réclamations. Malgré les protestations des prélats présens et du chapitre d'Upsala, il fit condamner Canut et Sunnan'^âder tous deux comme traîtres par le sénat : les prières' ne purent empêcher Texécution de l'arrêt. Avant de recevoir la mort , ils furent exposés à un traitement ignominieux et à des outrages qu'on ne saurait approuver, quoique la loi eût probablement en vue de montrer par là .que la dignité épiscopale n'était pas une sauvegarde contre la peine due à la révolte^. Les condamnés iùrent U'atnés dans les rues de Stockholm revêtus de chappes déchirées, assis à rebours sur des rosses, l'un avec une couronne de paille, l'autre avec une mttre d'écorce sur la tête. Bes hommes travestis en pasquins circulaient autour d'eux en criant : « Yoici le seigneur Pierre Sunnanv^ftder, le nouveau roi ! » Ils parcoururent ainsi toutes les rues, et on força les malheureux qu'on menait au supplice de boire à la santé du bourreau **.
» Confession de Pierre 6rim. (Voyez Troll, HasidHnr gar,ï,!i, p. 2S2.}
'LeUre de Tarchevéque au roi, datée de Nidaros, du 5]uilletl&26. (Voyez les Archives du royaume.)
'Voyez la réponse du roi. fTroll, t. 2, p. 269.)
* Il est vrai qu'il entrait dans le plan de décatholiser la Suéde, car ravilissement de Téplscopat par le souverain est un des moyens les plus efficaces pour préparer le peuple A écouler favorablement les apOtres des nouvelles doctrines. (I^ote de VédUeur,)
"Ce fait eut lieu dans l'automne de 1&26 au Jugement de Canut, et non é celui de Pierre Sunnanvader. Celui-^si ne fut mis sur la roue qu'an mois de fèvrier 1527. Le premier subit sa peine à Upsala ; Tautrc h Stockholm.
On commençait à voir par qui la Suéde était gouvernée. On ne se rendrait pas facilement compte de toute la hardiesse que Gustave développa dans chaque circonstance où il se trouva engagé, non plus que de la rigueur qu'il mit d'abord dans Texereice du pouvoir sous Tapparence du calme et tout en ayant Tair de faire des concessions. Toutes les fois qu'il n'était pas [brcé d'user de tempérament , il agissait comme il le fil en cette occasion, poussant toujours les choses plus loin que ses adversaires ne pouvaient s'y attendre. Ce caractère indique une de ces âmes qui nourrissent le désir ou la volonté de changer l'avenir. Celui qui voudra étudier la conduite de Gustave dès son origine pourra consulter sa correspondance avec l'évèque Brask ^ elle renferme les documens les plus précieux sur les premières années de ce règne. Ce prélat était sans contredit le plus puissant , le plus instruit ' de la Suède dans les temps anciens. Il était dans un sens patriote sincère ; il avait sur la culture et l'industrie des idées que Gustave lui-même et d'autres hommes éminens du pays* adoptèrent plus tard. Il aimait aussi la liberté suédoise; il la définit ainsi dans ses lettres à son ami Thure JOnsson : <c La liberté du royaume, dit-il , est appuyée sur rÉgtise et sur la noblesse *. » Celait là ce qui l'avait rendu l'adversaire et le censeur du gouvernement des Sture *. Il avait montré d'abord pour le jeune roi une affection Yraiment paternelle ^ il l'appelait son cher Gustave lorsqu'il était régent ; il en recevait en retour le titre de monsei^ineurei^ après son avènement au trône, la confirmation de tous les privilèges de son diocèse et de son église >*. Mais il devait bientôt éprouver lui-même la vérité des pa-
* Brask pria Petrus Benedictf , qni en f 524 se rendait k Télranger, de lui esToyer des fabricans de papier et de verre , de s'instruire dans l'exploitation des mines de fer et de cuivre et d'apprendre par la pratique Tari des pharmaciens ( laborare in apathêca), Braslt avait dessein d'établir une pharmacie, etc. {Skand. handl., t. 13, p. 114.)
'L'évâqae Brask, dans une lettre à Tbure JOdssor, de l'année 1526. (Voyez Link&ping, BibHoi. kandl, t. 1, p. 191.)
' Voyez ScandinavUka handlingar , I. 13, p. 120.
* Il attribua à Sien Sture l'ainé les trotthle» auxquels le royaume avait été exposé pendant plusieurs années. (L. c, t. 14, p. 47.) Il avait porté des pkiintes contre Sien Sture le cadet; la veuve de celui-ci le réconcilia.
" « Conflrmatio D. Gostavi régis electi privilegiorum Domini Lincopensis et ecclesi», ibidem du 18 octobre 1523. »{L. c, t. 17, p. 190.}
rôles du roi au dernier archevêque catholique, Johannes Magnus : « Votre émînence et notre éminence ne peuvent se trouver sous le même toit*. » La résistance du prélat commença avec les empiétemens de Gustave sur les privil^es du clergé, et à chaque obstacle que le roi rencontrait , il faisait un pas de plus , comme pour pousser à bout son plus puissant adversaire , en sorte que celui-ci se disposa à quitter le royaume, à Texemple de Johannes Magnus; mais avant de pouvoir exè^ enter son dessein, il lui était réservé de voir la puissance du clergé abattue en Suède : des symptômes , qui devenaient de jour en jour plus alarmans, annonçaient de loin cette catastrophe.
Ôlaus Pétri, quoique prêtre, se maria à Stockholm en 1526: «Il veut prendre la défense du mariage la loi de Dieu à la main , » dit le roi dans sa lettre à Tévêque Brask. Celte défense en effet ne tarda pas à paraître" , et l'auteur eut bientôt de nombreux imitateurs. L'usage du latin dans la célébration de Toffice divin fut supprimé, par un arrêté du magistrat, dans la capitale ; Gustave lui-même , à cheval au milieu de toute la population des environs, réunie sur Tune des collines d'Upsala pour la fête de Saint-Erik, parla contre les abus des prières latines et de la vie monastique. Bans une visite au chapitre, il demanda de <jui TËglise tenait son pouvoir temporel, et si l'Ecriture le lui conférait». En revanche, il confirma les privilèges de la noblesse, dans rassemblée des seigneurs, à Yadstena. Il s*appuyait sur les no-
* On dit que Gustaye répondit ainsi à la santé de Tar^ cbevèqueldans un fesUnà Upsala : • Notre grâce porte la grâce a votre grâce. > (Chronique des archevêques, de Rbyzelius.) Le faible Jobannes Magnus éUik arrivé en Suède comme légat du pape $ ii avait été reçu en cette qualité avec respect par le roi; mais l'espoir d'obtenir le siège archiépiscopal , vacant par la desUtutlon de Canut, fit quMI traita les nouvelles doctrines avec beaucoup de ménagement. A rinstigatlon de Brask , il voulut montrer de l'indépendance ; mais 11 s'y prit maladroitement: il fut destitué et obligé de fuir du royaume, dans l'automne de 1526, et de gagner la Po> logne sous prétexte d'une mission. Il parait Que l'èvèque Brask voulait . dans le même temps , quitter le pays, car il demanda deui fois sans l'obtenir la permission de visiter Gottland. Ce fut sons ce prétexte qu'il abandonna la Suède l'année suivante.
» Voyez Y Histoire de Hvitfeld.
» On aurait pu lui faire la même quesUon relativement au sien , et surtout à celui qu'il s'attribuait de prêcher l'erreur au peuple suédois. {Ifotede Védiieur.)