‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 86 sur 275 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ble$ contre le cierge en leur montrant les avantages qu'ils pouvaient tirer de la réduction ou de la reprise des terres appartenant è rÉglise*. Il éleva lui-même des prétentions sur le couvent de Gripsholm , comme héritier de Sten Sture ratné, qui en était fondateur \ suivant lui, Tautorisation que son père avait accordée à cette fondation n'avait pas été libre *, il prit donc ses mesures quelque temps après sans attendre la décision du sénat, mais en invoquant le libre consentement des moines à leur spoliation. Des lettres patentes furent expédiées dans toutes les provinces pour en instruire le peuple et prévenir les fausses interprétations, en présentant cet acte comme une sorte de faveur que le roi voulait bien accorder au monastère *. Ce fut vers celle époque que Gustave écrivit à Tévèque Brask', occupé à dresser Tinventaire des propriétés du couvent de Nydala, que « lui, le roi, voulait prendre cet inventaire luimême , » ce qu'il fit, de manière que les couvens Tun après Tautre restèrent è sa disposition. Les fiefs temporels des évêques furent supprimés ^ ; les amendes ^saftdren) [qui leur revenaient ftirent touchées par les employés du roi, et Ton n'eut aucun égard aux plaintes qui en résultèrent de la part des intéressés -, la juridiction qui appartenait auparavant au clergé fut tellement restreinte qu'elle devint à peu près nulle, et le roi prononça dans les affaires de rÉglise; des lettres de protection furent accordées aux moines et aux sœurs qui voulaient quitter leurs cloîtres ** , et la nullité des excommunications fut prononcée *. Gustave ne

* Les paysans eriërent qu'ils voulaienl conserver les moines, et quMIs aimaient mieux les nourrir que de les chasser. (VoyeiTégel.)

* Les lettre» des moines qui accompagnaient celles do roi portaient qu'ils avaient demandé à quiUer leur couvent; que le roi leur avait donné des habiU et de Targent, et que c'était comme garantie de ces avances qu'ils lui avalent remis tous leurs biens sans aucune prétention de sa part, etc. ( Voyez les archives du royaume. )

* Le 29 août 1S36.

* L'évéque Brask perdit les districts de Gullberg, de Boberget d'Aska.

" Voyei les Archives du royaume du 27 décembre ib26.

I ' Le roi déclara nulle l'cxeommunication lancée par l'éYéque Brask contre OlofTrysle, noble d'OsIrogothle, au sujet du mariage de celui-ci avec une Jeune 4emoiseHe que ses parens lui refusaient. Ils voulaienl l'enfermer dans le couvent A^ Vadstena pour la soustraire aai prétentions d'Olof.

s'arrêta pas là : il destitua et nomma des cjercs^ il se déclara, au préjudice des évèques, succès^ seur légal des clercs qui moui^aient intestats ; il lui arriva même de s'emjKirer de leur fartune, contrairement à leur dernière volonté *^ queK quefois il partagea les revenus avec les évêques, suivant son bon plaisir.

C'était au milieu d'un peuple révolté que le roi opérait ces réformes. Après avoir abandonné les prélats que nous venons de citer, les Daiécarliens, dés l'automne de 1525, s'étaient réconciliés avec Gustave sur le ting de Tuna; mais cette réconciliation fut de courte durée. L'année suivante ils refusèrent comme illégal le paiement de l'impôt qu'il avait décrété pour l'amortissement de la dette nationale''*, ils furent soutenus par tout le Norrland. Six mois après la mort du Jeune Nils Sture , un imposteur se i)résenta sous son nom dans les provinces les plus éloignées: il s'était échappé, disait-il, des mains d'un roi impie et hérétique, qui ne pouvait souffrir dans sa cour le véritable héritier de la couronne , qui portait la main à son épée chaque fois qu'il le voyait et qui en voulait évidemment à sa vie. Le faux Sture était un jeune paysan de la paroissedeBjOrksIa, dans le Yestmanland , fite naturel de la femme d'un pauvre laboureur et plus âgé que celui dont il empruntait le nom -, sa figure était belle ; il ne manquait ni d'astuce ni d'éloquence ( les Dalécarliens versèrent des larmes en l'entendant ). Il avait quelque expérience du monde, ayant servi à la cour des seigneurs^ Pierre Grim, ancien courtisan au service de Sten Sture le jeune et plus tard confident de Pierre Sunnanwftder, lui avait appris son rôle; de nombreux partisans s'attachèrent à lui dans la haute Dalécarlie, oà le nom des Sture était aimé et respecté ;

* Le curé de M unktorp, du diocèse de Vcster&s , tenait de mourir. Gustave ordonna è ses agens de lui ett^ voyer une partie de Fargenterie du déftint et de réserver son cheval pour le service du royaume, etc.

* Le ret pavait avoir quelques doute» sur la l^galil^ de celle contribution lorsquMl s'en explique avec les employés des provinces : il leur dit que c*est le sénat qui Ta ordonnée^ et il le» prie de faire tous leurs efforts pour eonvainece les paysans que cette eontribulion est nécessaire. Il est asaea éiflSoiie en général de distinguer les prières de Gustave de ses ^ordres, car il finit toujours par ordonner, bjen qu'il commence par prier. Il se plaint , surtout dan» une letjlre à l'évéque de Skara (1527), des accusations et des calomnies don il est l'objet de la part des paysans de la Daléearlie cl de laHt1»in|is au sujet de ces cenlribnUeBs^

rarchevfique de Drontheim épousa sa cause. Fiancé en Norvège avec une femme de haute naissance, il s'enloura d'une cour et d'une garde ( un moine, Olof, était son chancelier ) , prit le titre de seigneur ou roi de Dalécarlie iDaljunkaren ou Dalekungm) et fit aussi frapper des monnaies à son effigie.

A celte époque plusieurs provinces se constituèrent en révolte ouverte contre Tautorité supérieure : c'était pour ainsi dire une affaire d'habitude; aussi s'en mit-on peu en peine, car il arrivait souvent que ces mouvemens n'avaient pour but que d'obtenir des conditions è la soumission, et Gustave ne se montrait pas difficile dans ces sortes d'arrangement. Il n'est pas de rebelles avec qui Gustave n'ait traité , mais il n'en est point qu'il n'ait punis. Les négociations avec les Dalécarliens durèrent plus d'une année : ils se plaignaient de ce qu'il souffrait dans sa cour des habits de forme nouvelle ; ils exigeaient aussi, dît-on, qu'il fît brûler tous ceux qui mangeaient de la viande le vendredi , et il écouta toutes ces plaintes avec patience. On discuta sur l'impôt, qu'ils refusaient unanimement de payer * ; il fut encore question du faux Sture, qui avait des partisans dans les paroisses supérieures où Gustave avait d'abord planté l'étendard de l'insurrection, tandis que le district des mines et le midi de la province étaient restés fidèles à leur roi. Sur ces entrefaites, Gustave convoqua à Yesterâs , pour le 16 juin suivant, la diète qui devait devenir si remarquable.

Il avait déjà annoncé dans les premiers jours de 1527 qu'il voulait, de concert avec son sénat et les hommes les plu^ instruits de son royaume, examiner les disputes qui avaient éclaté en matières religieuses. Depuis son avènement au trône, on avait tenu une ou deux fois par an des diètes et des assemblées de seigneurs *, ces convocations étaient nécessaires dans la position où se trouvait le roi , à cause des plaintes nombreuses dirigées contre lui. Il paraît que ces assemblées ne se composaient le plus souvent que des seigneurs et des sénateurs c|ui demeuraient dans le voisinage du lieu où elles se tenaient -, quelquefois le roi et le sénat seuls prenaient une décision. A Yesterâs , l'as-

* Ixltre du roi (2 mars 1527} aux populations de la Dalécarlie. ( Voyez les Archive* du royaume pour

semblée fut nombreuse ; il s'y trouva A évéques ^, 4 chanoines , 1 5 sénateurs, 129 nobles , 32 bourgeois*, 14 mineurs et 105 paysans de toutes les provinces du royaume, la Dalécarlie exceptée * : personne ne se prèsenta^au nom de cette dernière, non plus qu'au nom de la Finlande , dont il paraît qu'on n'avait pas convoqué les députés, quoique le décret de l'assemblée des états jT eût élé promulgué. La noblesse avait reçu Tordre de s'y rendre en armes : le roi comptait sur son appui pour le coup décisif qu'il se proposait de porter au clergé. On avati déjà remarqué avec étonnement, dans un banquet qu'il donna aux états , que les évéques , qui dans toutes les occasions avaient jusqu'alors occupé les premières places, qui même précédaient le régent en cas de vacance du trône, étaient placés au-dessous du sénat. Les prélats se réunirent le jour suivant, portes closes, dans l'église de Sainte-digide : là, encouragés par l'évêque Brask, ils signèrent une protestation contre tout acte attentatoire aux privilèges de l'Église -, ils cachèrent l'écrit sous le pavé , où on le retrouva quinze ans après. — Les états tinrent leurs séances dans la salle du couvent des dominicains, à Yesterâs. Le discours d'ouverture fut prononcé par le chancelier Laurentius Andreœ, qui traça le tableau de l'état du royaume ; il rappela ce que le roi avait fait pour la Suède et dans quelles circonstances il s'était chargé du fardeau du gouvernement: «Le roi, dit-il, aurait eu raison de s'y refuser, dans la crainte qu'on ne voulût se conduire envers lui comme on l'avait fait avec plusieurs de ses prédécesseurs^, qui avaient si souvent éprouvé l'inconstance des Suédois et le peu d'intérêt qu'ils portaient aux affaires du gouvernement et à celui qui en était le chef. S'il avait accepté, c'était pour ainsi dire par inexpérience, et il s'en repentait, car II lui était impossible de conduire un peuple qui prenait la hache et menaçait du bâton

*C*étaient l'évêque Brask, de Llnkôplng; Hagnus Haraldi, de Skara; Magnns Sommar» deSlrengnas, et Pelras Magni, de Yesler&s.

' I^s députés de la ville de Stockholm, qui exercèrent une grande influence, n'étaieni pas compris dans ce nombre.

* I^ roi s'en plaignit. ( Voyez les Archives du royaume du 14 février IS27.) Il y avait des députés du Kopparbcrget. Les négociatears dalécarliens arrivèreni aussi plus tard.

•VoyciTégcl.

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