CHAPITRE IX
ficelé et noirci au feu ( budkafle ) * J dès que le roi voulait réforio^ quelque abus, surtout dans ces montagnes de la Balécarlie , dont les paysans s'enorgueillissaient d'avoir élevé Gustave sur le pavois et qui n'en avaient pas moins déserté leurs rangs pour rentrer dans leurs foyers après la victoire de Yesterfts , qui n'était que le commencement et non la fin de la délivrance de la patrie. Maintenant, s^outa le chancelier, ils s'imaginent qu'ils ont tout fait, Us veulent renverser ou élever ceux qu'ils leur plaît; ils demandent plus de liberté que n'en ont les habitans du reste de la Suède, comme si ceux-ci n'étaient que des esclaves vis-Â-vis d'eux. Les envoyés de l'Allemagne sont là , ils demandent ce qui leur est dû ; les Dalécarliens se figurent sans doute que les Allemands recevront en paiement leur sédition ? On mettra tout sur le compte du roi, et la cherté des denrées ; à laqueûe il a remédié selon ses moyens , et Jes imp6ts sur les églises et sur les couvens, impôts qui trouvent leur Jusliflcation dans les embarras où s'est trouvé l'Etat; comme s'il n'était pas Juste que les biens que le peuple avait donnés si abondamment à l'Eglise fussent employés à le soulager quand les circonstances le commandent! Enfin on accuse le roi d'introduire une croyance nouvelle dans le pays , parce que lui et beaucoup d'autres ont commencé à réfléchir sur la manière dont ils ont été trompés et plus d'une fois opprimés par les gens d'Église , qui se croient sous la protection du pape *. Depuis longtemps les rois de ce pays ont été exposés à l'agression de cette association romaine; ils ont vu les évèques se présenter en armes et souvent se révolter contre eux, comme l'archevêque Gustave TroUe qui disait à Sten Sture qu'il avait reçu du pape une épée bien effilée et qu'il était décidé A porter dans la lutte d'autres armes que des cierges. Le régent ne pouvait entretenir que cinq cents hommes pendant la
* BAton dont on se servait autrefois pour avertir de qaelqiie danger. Il se transportait de hameau en hameau. Lorsqu'il était garni d'un cordon et noirci au feu par un hout , cela Indiquait qu'un soulèvement était devenu nécessaire pour faire face à un grand péril.
* L'exagération de ces plaintes est évidente; mais elle était nécessaire pour masquer adroitement les proJeU liberticldes et anti-catholiques de Gustave. Jamais usurpateur d'un pouvoir n'épargna la calomnie à ses adversaires. {IVotede Véditeur.)
guerre , parce que les moines , les prêtres , les églises, les couvens possédaient les deux tiers du territoire* Le roi convient qu'il a fait prêcher la parole de Dieu et TÉvargile ; il a fait prévenir lesjprédicateurs de venir expliquer leur doctrine en sa présence; plusieurs sont arrivés et se montrent prètb ^ en rendre compte; mais les prélats]' {de l'Église^s'en soucient peu, ils tiennent à leurs idées bonnes ou mauvaises. On fait courir sur Gustave des bruits infâmes: on dit qu'il ne veut plus de prêtres * , et pour* tant il veut vivre et mourir en chrétien ; il sait fort bien qu'il faut des hommes qui enseignent la religion , et il les soutiendra en toutes choses s'ils remplissent bien leurs fonctions; mais quant à ceux qui ne sont d'aucune utilité, ce sera aux états à décider de leur sort. Qu'on lui donne un fief dans le royaume, et il est prêt à déposer les insignes de sa puissance et à remercier le peuple de l'honneur qu'il en a reçu ; mais si on veut qu'il conserve le gouvernement ,[on doit lui fournir pour gouverner des moyens dont l'urgence se fait sentir plus que jamais.
» La manière dont on fait la guerre en pays étranger exige plus de frais ; les châteaux el les places fortes du royaume sont en ruine ou détruits, les revenus delà couronne ont été dilapidés è l'époque où chacun voulait être maître sur ses paysans ; cependant la noblesse est si affaiblie qu'elle ne peut remplir les devoirs que lui prescrit la défense de la patrie; les douanes n'existent plus, les mines de cuivre et d'argent sont en décadence, l'industrie des villes est morte , la rivalité des villes et des campagnes a anéanti le peu de commerce qu'il y avait ; les dépenses annuelles de la couronne excèdent les revenus de plus du triple : cet état de choses demande un prorop remède, quelque soit celui qui gouverne.»
Après la lecture de ce discours , le roi demanda la réponse de la noblesse et des évèques. ThureJOnsspn, doyen du sénatet élevé parGustave l'année précédente à la dignité de grand maître de la maison du roi (rikshofmàstare)^ demanda la parole au nom de l'évêque Brask. Il dit qu'il reconnaissait les devoirs qui le liaient au roi ; que cependant, malgré sa position, il devait avant tout obéissance au pape
I Nous ne voyons pas ce qu'il y avait d*infàmc A dire
la vérité ; c'est la récrimination d'un perflde dont on
(I «masque les projete trop réels. [Yotê de VélUe-Àr.) ,
dans |66 affaire! tpiritueUeSy et qu'il ne pouvait «aoft son assentiment approuver aucun cliangement dans la religion ni aucun retranchement dans les possessions et les privilèges de rÉgiise; que si quelques clercs et quelques moines dépravés avaient cherché à fonder leurs revenus sur des superstitions que les chefs de rÉglise eux-mêmes désapprouvent , il fallait réprimer ces scandales et punir les coupables.
Le roi demanda au sénat et à la noblesse si la réponse leur paraissait satisfaisante. Thure Jônsson répliqua qu'U n'y avait rien de mieux à dire : h Alors, dit Gustave, il m'est impossible d'être plus loogtemps votre roi. J'attendais de vous une autre réponse, je ne m'étonne plus que les paysans montrent tant de désobéissance et m'opposent tant d'entraves quand ils ont de pareils conseillers. Ils ne reçoivent pas une goutte de pluie, un nuage n'obscurcit pas le soleil qu'ils ne m'en accusent : les temps sontils durs, la famine et la peste viennent-elles fondre sur eux, c'est encore moi qui en suis cause. Tout le monde se mêle de censurer mon administration : Je vois au-dessus de moi des moines, des clercs, des créatures du pape, et pour les soins que je vous prodigue, je n'ai d'autre récompense à attendre que la hache que vous voudriez voir brandir sur ma tète , quoique aucun de vous n'ose en tenir le manche^ mais Je saurai me soustraire à une telle récompense. Qui voudrait être votre roi à celte condition ? Le démon dans l'enfer ne le voudrait pas-, à plus forte raison un homme
Je vous prie donc de penser à me rembourser tout ce que j'ai dépensé pour vous, afin que je puisse fuir une patrie ingrate que je ne veux revoir jamais. » Après ces mots, des larmes mouillèrent les yeux du roi et il quitta la salle.
La consternation était à son comble ^ personne n'osait parier, encore moins conseiller. Thure Jônsson seul voulut faire preuve décourage \ il fit battre le lambouren retournant chez lui, disant ; h Personne cette année ne me fera païen, luthérien ou hérétique. » Mais le jour suivant, les nobles se montrant toujours irrésolus, les paysans comniencérentà s'impatienter : «Tout bien considéré, disaient-ils, Gustave ne nous a jamais fait de mal ; il faut que les nobles prennent une résolution, autrement nous agirons nous-mêmes. » Les bourgeois tenaient le même langage ; ceux de Stockholm déclarèrent qu'ils garderaient du moins la capitale pour le
roi. Magmis Sommar, évêque de Skara, dit à la fin que les serviteurs de l'Église ne voulaient pas sacrifier tout un royaume è leurs intérêts. Il reçut de nombreuses félicitations pour ces paroles : on engagea les prélats à résoudre les points douteux de la doctrine en présence des états, puisque ce serait un moyen d'éclairer en même temps les laïques. Olaus Pétri et Pierre Galle employèrent toute une journée à disputer. Le dernier argumentait eo latin; mais les menaces des paysans le forcèrent à employer sa langue maternelle. Le troisième jour, Thure JOnsson et ses partisans furent vaincus par le nombre; les paysans et les bourgeois s'écrièrent avec véhémence qu'il fallait aller chercher Gustave pour les chfttier s'ils ne se soumettaient pas. Un message fut envoyé au roi, qui pendant ce temps s'amusait au chftteau avec ses frères d'armes. Le chancdier et Olaus Pétri vinrent hri annoncer, au nom des états, qu'ils lui promettaient obéissance et le prlaîenl de vouloîr bien conserver le gouvernement. Gustave refusa durement.Trois foisde nouveaux envoyés lui firent la même prière ; il se laissa fléchir à la fin par leurs larmes et leurs gémissemens. Lorsqu'il se présenta de nouveau au milieu des étals — c'était le quatrième jour, — «il s'en fallut peu, disent les chroniques que le peuple ne lui baisât les pieds *; mais une grande partie de ceux qui étaient présens eurent bftentèt oublié cette S4;ène touchante et ils se conduisirent comme auparavant, n
On consentit à tout ce qu'il demanda. Ia noblesse j les bourgeois, les mineurs et les paysans répondirent séparément aux propositions du roi (comme on dit aujourd'hui; c'est ce qu'où appelait autrefois framsâitningarj lorsqu'on avait des noms suédois pour les affaires suédoises ), quoiqu'il soit probable que tous étaient réunis pour délibérer. Le décret des états connu sous le nom de i^esteràs- Recess, daté du jour de Saint-Jean 1527, fut promulgué au nom du sénat ; la noblesse, quelques députés de la bourgeoisie et quelques mi-» neurs pour les paysans , y mirent leur sceau. Les évêques, exclus depuis ce temps du sénat^ publièrent un écrit où ils déclaraient qu'ils se-^ raient satisfaits quelle que fût la position heu-^ reuse ou fâcheuse où il plairait au roi de les
* Si Gustave, dans eette seèDS â efllet, parat un habile comédien, le peaple H montra panablement soi.
^ (iVblt ds réêitwr,)