CHAPITRE IX
placer. Les lettres du sénat relatives aux résolutions prises à la diète cootiennent : 1° Tobligation commune de réprimer et de punir toute espèce de révolte et de défendre le gouvernement actuel contre tous ses ennemis intérieurs ou extérieurs; 2*" le droit du roi de s'emparer des chftteaux et des places fortes des évêques et de fixer leurs revenus* ainsi que ceux des cathédrales et des chanoines*, de. toucher les amendes (sak(h'en) qui appartenaient aux prélats ; de disposer même des couvens, <( qui depuis si longtemps étaient si misérablement administrés ; » 3<* le droit de la noblesse de reprendre les biens et les terres qu'elle possédait et qui étaient passés, après la réforme de Charles Knutsson, aux églises et aux couvens, pourvu que Théritier pût prouver au ting son droit héréditaire par le serment de douze hommes ; 4*" le droit des prédicateurs d'annoncer la parole de Dieu pure et simple , « sans avoir recours à des miracles incertains et à des fables inventées par les hommes *, » ajoute la noblesse. Mais les bourgeois et les mineurs pensaient que la nouvelle doctrine devait être examinée, a parce qu'elle était au-dessus de leur intelligence. » Les paysans furent à peu près du même avis, a parce qu'il est difficile de Juger au delà de la portée de l'esprit. » La réponse des derniers est encore empreinte d'une grande affection pour le clergé, à l'exception des moines mendians , dont ils se plaignent. Quant aux châteaux des évèques, ils permettent au roi de s'en saisir à titre d'emprunt jusqu'à ce que le royaume ait repris ses forces ; ils ne se croyaient pas compétens pour prononcer sur les rentes de l'Église , ils s'en référaient à cet égard au roi et au sénat.
Le supplément au décret de la diète, nommé OrdinatUia de FesUr&ê , prescrit la recherche des rentes des évèques, des chapitres et des chanoines. Le roi devait faire leur part et celle de la couronne. Aucuneplace, soit du haut, soit du bas
* Ou • avec combien de cavaliers ils devaieni aller à cheval, » car les revenus d'un seigneur, à ceUe époque, étaient évalués d'après le nombre d'hommes armés qui raccompagnaient. L'archevêque Jobannes Magnns était suivi de deux cents cavaliers lorsqu'il partit, l'année qu'il fut destitué, pour visiter le Norrland. Il était servi par les fils des plus nobles familles.
* On sait k quoi s'en tenir aujourd'hui sur de pareilles accusiitions portées contre renseignement de TÊglise par les moines défroqués et mariés qni se cbargeaiODl do rôle de reformater. (iVol# tft VidiHwr.)
clergé, ne pouvait être donnée sans l'autorisation du roi , de sorte que, quoique les évêques pussent nommer les prêtres des paroisses, ces nominations étaient soumises à la ratification du roi , qui pouvait destituer ceux qui étaient inhabiles à remplir leurs fonctions. Les clercs^ dans les causes qui n'avaient pas de rapports à l'Église, étaient Justiciables des tribunaux ordinaires, et À leur mort, aucune partie de leurs biens n'échéait à l'évèque. Ënfln FÉvangile de-* vait être lu dans toutes les écoles , a parce qu'elles sont écoles chrétiennes, u
Lorsqu'on fut d'accord sur ces points , le roi s'adressa immédiatement aux évêques et demanda à celui de Strengnâs le château de TynnelsO. Celui-ci déclara qu'il était prêt à le céder. L'évèque de Skara lit une réponse analogue et promit de restituer LeckO^ mais lorsque Gustave s'adressa à Brask en le priant de lui remettre le château de Munk<eboda y Tévêque ne répondit que par un profond silence entrecoupé de gémissemens. Thure JOnsson supplia pour son vieil ami et demanda comme une grâce qu'on lui laissât son château pour le reste de sa vie. Mais le roi reflisa nettement. Huit sénateurs furent obligés de se porter garans de l'obéissance de l'évèque. Quarante hommes de sa garde furent incorporés dans celle du roi et firent part de l'expédition qui fut chargée immédiatement de prendre possession du château et de ses canons avec tout leur attirail. Le roi envoya en même 'temps des personnes sûres aux principales cathédrales et aux principaux couvens pour recueillir les chartes et les documens qui contenaient l'évaluation de leurs biens et de leurs revenus *. Un commentairesur le Recessei les OrdinatUia de Vesterfts fut expédié, au nom du sénat , dans toutes les pron vinces. L'évèque Brask étant parvenu , par sa soumission forcée, â se faire décharger du cautionnement qu'il avait été obligé de donner , prit le prétexte de visiter GotUand, et il quitta le royaume pour n'y jamais rentrer ^ il alla rejoindrdâ Danizig l'archevêque qui y était exilé. BienKyt après, au commencement de 1528, Gustave signala l'époque de son couronnement par la punition de la révolte des Dalécarliens Les négociations se prolongèrent pendant la diète de Yesterâs par l'entremise de délégués réciproques^ mais le faux Sture, quoique per-
* C'est un point que Gustave ne négligeait pas. {Nou de Viditwr.)
danttoaslesjoarsde ses partisans, depuis que Christine GyUenstJerna elle-môme rayait démasqué comme un imposteur , trouva encore en Norvège, où il s^était réfugié ', protection et appui de la part des Dalécarliens. La patience et la longanimité dont on usait depuis si longtemps envers eux leur avaient fait espérer rimpunité et Texemption de la contribution qu'ils avaient refusé de payer -, mais ayant reçu Tordre de se trouver au ting de Tuna, où serait le roi, et s'y étant rendus en effet, ils trouvèrent le roi à la tête de quatorze mille hommes, qui les enveloppèrent dans les champs de Tuna. On leur lut une lettre menaçante des populations au-dessous de la Daléearlie : ils y étaient traités de déserteurs de la confédération qui les unissait aux autres provinces du royaume. On s'empara des auteurs de la révolte, et ils reçurent immédiatement leur châtiment. On fit grâce aux autres. On attendait un acte de clémence , même pour les coupables, car le sauf-conduit du rot, qui n'excluait personne, les avait attirés tous. Le roi se rendit de laDalécariie dans la Helsingie et dans laGestricie, où l'obéissance fut égalchient rétablie, mais sans effusion de sang.
Les chroniques tracent le tableau suivant de l'opinion du peuple : « Quels que fussent les efforts du roi pour convaincre la nation de ses bonnes intentions, ils étaient infructueux : ce malheur résultait du petit nombre de serviteurs fidèles et capables de suivre ses plans avec volonté et intelligence, tt cet étal de choses devait durer tant que la zizanie régnerait dans le camp des papistes*. Les Dalécarliens,.les Visigolhs, les Smâlandais eussent-ils été si prompts à la révolte s'ils n'avaient été parsuadès que le roi voulait supprimer la religion chrétienne ? Les vieillards, surtout les vieux prêtres, faisaient entendre devant le peuple ces récriminations, et le roi ne pouvait jamais avoir raison , quel que fût son langage.
* n 86 rendit en Allemagne ; mais il fut arrêté à Rostock par les soins du roi et condamnée mort, non pour s'être révolté contre son souverain, mais pour un vol qnMI avait commis avant de se déclarer roi en Dalécarlie. Une lettre de Cannt Nilsson . secrétaire de Christian, datée de Schwerin , 20 novembre 1&38, lui annonce le sort du faux Sture, qui était en chemin pour Talier rejoindre.
*n semble qu'il faudrait /e camp des protestons, car la zizanie parmi les catholiques favorisait Gustave. UYote de Véditeur:)
Leur adressait-il des paroles de conciUatioD, il voulait les séduire ^ ses expressions étaientelles sévères, ils n'avaient à attendre de lui, disaient-ils, que les traitemens les plus durs pour les anéantir eux et tout le royaume. Il ne pouvait pas compter davantage sur les provinces qui étaient restées tranquilles : l'hypocrisie et la peur les avaient maintenues quand elles avalent appris le châtiment sévère qui avait atteint les Dalécarliens et les provinces du Nord. » Il fallait soixante et dix ans pour mûrir lea fruits de la diète de Yesterâs. Ainsi l'on ne doit pas s'étonner des opinions acrimonieuses qui marquèrent les temps les plus rapprochés de cette diète, non plus que des désordres qui en furent la suite. Les couvens, n'ayant plus de revenus depuis qu'ils étaient inféodés à la noblesse à la charge d'entretenir des soldats pour la couronne, tombaient en ruines. Lorsque lea dominicains de Stockholm se plaignirent de n'avoir pas de quoi vivre , on leur répondit qu'ils n'avaient qu'à chercher du pain ailleurs, <( car la faim forçait à livrer des châteaux et des villes et surtout des couvens*. » On n'entendait dans le pays que les plaintes des habitans les plus âgés de ces établissemens religieux ^ les plus jeunes se marièrent : les moines choisirent communément des nonnes pour femmes, ce qui, suivant l'opinion de ces temps, ne causait pas moins de scandale que si les vierges des cloîtres se fussent livrées à la prostitution publique*. Beaucoup de personnes se crurent dispensées de toute redevance envers le clergé : le roi fut obligé, en 1628, de leur' rappeler que la dtme légale et les revenus des curés devaient leur être acquittées suivant la coutume de chaque province. Il recueillit au surplus peu de reconnaissance du respect qu'il montrait encore pour les anciens rites religieux : la plupart furent maintenus par le concile de 1520-, on convint seulement qu'on devait expliquer au peuple leur usage. C'est pour cela qu'Olaus Pelri dit dans son rituel « qu'il avait conservé presque toutes les cérémonies qui n'étaient pas en contradiction avec la parole de Dieu '. » Les Allemands de
* Voyez Troil, Handlingar, t. 2, p. 283.
* Cela est encore vrai de nos Jours. ( JVote de ViditeuT, )
'Interprétée à sa manière. Un pareil attentat suppo* sait une mission divine, et Pétri ne la prouva pas plus que ses confrères en réfcrmaUon. [Notû de l'éditeur, }
CHAIHTRE IX-
Stockholnoi, plus violens que les autres, irrités de la condescendance de Gustave, le traitèrent d'apostat et de déserteur de rÉvangile. Le roi leur fit de durs reproches pour tâcher de les contenir^ il termina en les engageant à se conduire sagement*. On a des lettres du roi à ses employés , dans lesquelles il bl&me leur ardeur intempestive à imposer au peuple la messe en suédois , (c car, dit-il, ceci ne peut améliorer le peuple tant qu'il n'aura pas reçu plus d'instruction*. » On adopta, dans le concile d'Ûrebro, l'usage d'une lecture Journalière de la sainte Écriture dans les temples et l'admission exclusive d'hommes sa vans aux cures des villes afin que les prêtres des campagnes pussent venir leur emprunter l'instruction dont ils manquaient. Mais les hommes en état d'enseigner étaient rares ; les écoles d'Upsala et de Stockholm étaient Jusqu'alors les seules qui n'en manquassent pas : la première était sous la surveillance de Laurenlius et la seconde sous celle d'Olaus Pétri. Le roi s'assura par lui-même du mérite de ces deux prédicateurs , qui furent envoyés , en vertu du décret d'Ôrebro , dans toutes les cathédrales du royaume. Us ne trouvèrent pas partout une réception satisraisante. De deux qui furent envoyés à Skara, l'un fut chassé de la chaire, l'autre le fut, à coup de pierres , de l'école où il voulait faire une lecture de l'évangile de saint Mathieu. On reçut bientôt la nouvelle que la Yestrogothie et le Smâland étaient en révolte ouverte.
Le grand mattre de la cour , Thure JOnsson (Rocs), « qui était la véritable cause de ce soulèvement', » était aussi le magnat de province le plus puissant qui restAt du temps de l'Union : comme les anciens seigneurs , il possédait des biens dans les trois royaumes. Cette situation élail si commune alors qu'elle donna lieu à un arlicle spécial dans la convention (recess) de Malmô en 1524. Thure était doyen du sénat et sénéchal de Yestrogothie , dignité qui avait déjà appartenu à son grand-père. Son influence était si grande sur les nobles de cette province qu'ils croyaient Justifier leur infidélité en la couvrant de son nom. Il se donnait habituellement à lui-même la qualification de chef de
* Voyej T^el.
tous les Visigoths '. Le roi, pour lequel il gouvernait la province , avait cherché à le gagner en lui accordant de grands fiefs *, mais Thure JOnsson rendit peu de services à la couronne , comme on peut le voir par les lettres du roi. Le rappel à ses devoirs adressé par Gustave à ce seigneur démontre qu'on n'avait pas encore gagné la noblesse par les avantages qu'on lui avait faits aux dépens de l'Église et que les liens qui unissaient Jadis la noblesse et le clergé n'étaient pas encore rompus.
A la diète de 1527, Thure Jônsson avait été le défenseur le plus zélé des évêques. De retour dans sa province, il négligea d'y faire publier les décrets et les ordonnances de Yesterâs. Un Jugement rendu par le sénat dans un procès entre lui et le roi*, et qui lui était défavorable, fit éclater l'inimitié qu'il nourrissait secrètement depuis longtemps envers son souverain. Il se ligua avec l'évêque Magnus de Skara et les premiers seigneurs de Yestrogothie contre Gustave ^ il commença au printemps de 1529 à soulever les paysans. Deux ans auparavant, les Smâlandais avaient déjà refusé le paiement de l'impôt destiné à acquitter la dette nationale : ils s'étaient mis en embuscade dans le bois, et ils accueillirent à coups de flèches Ture Trolle, qui venait pour traiter avec eux au nom du roi, dont ils tuèrent le prévôt et plusieurs subordonnés : le premier avait reçu en fief le couvent de Nydala \ ils firent prisonnière la propre sœur de Gustave, la veuve de Joachim Brahe, fiancée au comte de Hoya. Ils envoyèrent des lettres aux Visigoths et aux Ostrogoths en les exhortant, dans les termes les plus énergiques (ces lettres paraissaient tracées par la plume d'un clerc ) , à se venger de la dureté du roi et de ses partisans luthériens. Thure Jônsson et ses amis écrivhrent dans le même sens aux Dalécarliens. Son fils George (Jôran), doyen d'Upsala, se rendit dans le Norrland pour soulever les Helsingiens ; mille hommes, rassemblés en Yestrogothie sous les ordres du curé de Hvalstad, gardèrent le chemin qui conduit à la haute Suède.
De toutes les révoltes qui eurent lieu sous le règne de Gustave, celle des seigneurs de Yestrogothie fut la seule où la noblesse et le clergé se réunirent pour enflammer les esprits^ ce-
• Dans son discours aux VisigoUis. (Voyex Tégel.)
* Il avait épousé Anne Wase, belle-sour de GusUve.
pendant les seigneurs se cachèrent derrière les paysans , ce qui prouTe quMls n'étaient plus aussi audacieux qu'ils rayaient été. La démocratie ne fut Jamais plus forte en Suède qu'après que les cruelles journées de Stockholm eurent détruit l'autorité des grands et la diète de Yeslerts celle des évêques. Gustave se trouvait pour ainsi dire pressé par les flots de l'effervescence populaire qui débordaient de toutes parts. Le peuple, qui l'avait élevé sur le pavois, employa pendant vingt ans tous les moyens de le précipiter de la hauteur où il l'avait porté. Sa manière de se laisser aller au courant quand II ne pouvait pas y résister, jusqu'à ce qu'il pût prendre pied , lui était imposée par la nécessité , et il faut avouer que cette méthode lui réussit bien.
« Si les bonnes paroles étaient de quelque secours, nous ne les avons pas épargnées, écrivait Gustave au comte de Hoya \ mais l'esprit de trahison est tel et si général que nous ne savons à qui nous fler : amenez-nous toutes les forces que vous pourrez réunir. Nous pouvons avoir pleine confiance en notre ville et en la noblesse d'Upland, qui nous a renouvelé son serment de fidélité. Les paysans de l'Ostrogothie, de la Dalécarlie et de l'Upland nous ont promis de rester tranquilles. Nos agens auprès des séditieux ne sont pas encore de retour *. )) Les Smâlandais révoltés reçurent aussi du roi, à leur grand étonnement , la lettre suivante : c( Nous savons que vous avez retenu notre sœur sur le faux bruit que l'Upland était en révolte et Stockholm bloqué^ nous vous adressons nos remerctmens à ce sujet et nous vous prions de nous renvoyer notre sœur. Nous avons appris que notre prévôt, Godfried Sure, avait été massacré dans vos contrées *, nous ne savons pourquoi : peut-être l'avait-il mérité en agissant contre nos ordres ; on aurait pu cependant s'y opposer sans empk>yer des moyens criminels. Nous ne voulons que votre bonheur, et pour vous le donner, nous n'épargnerions pas même notre vie. » Des lettres du roi et du sénat furent expédiées dans toutes les provinces ^ elles annonçaient l'intention du roi d'améliorer la marche de l'administration : « Au sujet de la religion et de l'Église, y étaitil dit, il n'avait rien entrepris que de l'avis du sénat et des états -, il se proposait de suivre la
* Le 39 avril 1539. [ÂrehiV€S du rtf^^tume.)
même marche, m Les Smftiandais fivent flatlés par la promesse qu'on leur fit de conserver deux couvens' ; le clergé se réjouissait de la dispense qu'il- avait obtenue de loger et de nourrir les sokiats du roi s'il voulait concourir à tranquilliser le peuple ; les Dalécarliens, de la remise des contributions qui avaient soulevé tant de querelles, et les mineurs, de l'abandon qu'on leur fit de quelques dettes qu'ils avaient contractées envers la couronne. Ce n'était pas assez pour le roi de prodiguer de belles paroles, il en exigeait encore des autres. Il était d'usage quand une province était en révolta d'appeler le secours des autres pour la réduire en invoquant l'ancienne confédération : ainsi la ville de Stockholm écrivit aux Dalécarliens de ne pas prendre part à ce soulèvement. Deux ans plus tard, les Dalécariiens et les mineurs , quoique sur le point de se révolter, écrivirent aux Visigoths et aux Smâlandais pour les en* gager à rentrer dans l'ordre *, les voisins de ces derniers surtout se portèrent comme médiateurs. Des envoyés de TOstrogothie et de l'Upland se Joignirent à ceux du roi pour aller dans le Smâland et la Yestrogothie offrir un pardon générai si ces provinces voulaient revenir À l'obéissance.
Aussi lorsque Thure JOnsson, ayant convoqué les Visigoths aux champs de Larf , le 17 avril 1529, les exhorta , monté sur une pierre, à élire un autre roi , et que Magnus , évèque de Skara, leur annonça que le pape les déliait de leur serment, les paysans répondirent qu'un changement de mattre portait rarement de bons fruits, et qu'il leur semblait plus sûr de rester fidèles au serment qu'ils avaient pr^ au roi Gustave. Non-seulement les Visigoths , mais aussi les Sm&landais , qui avaient répondu aux émissaires du roi qu'ils régleraient leur conduite d'après la décision que prendraient les paysans dans l'assemblée dont nous venons de parler, déposèrent les armes. La lettre de réconciliation contenait la promesse d'un oubli absolu pour tout ce qui s'était passé. Aucune hérésie ne devait être introduite dans le royaume : « Cependant , ajouta le roi, tout sera réglé d'après les conventions du Recess de Vesterts. » Les médiateurs dans cette circonstance paraissent avoir partagé avec le roi l'autorité suprême, car il fut
• A Kalmâr et à Kronoback.
CIUWTRE IX.
dil que les bons eHoyens de l'Upland et de rOslrogothie auraient le droit d'appliquer la peine de mort et celle de la confiscation des biens à ceux qui dorénavant attenteraient aux droits du roi, soit en paroles, soit de fait. Ce fut ainsi que cette révolte fat étouffée. Le prévôt du diapitre (domprost) JOran Thuresson, qui avait été chargé de soulever les Helsingiens, fut à la fin pris par eux et livré au roi, qui se contenta de le destituer '. Son père, le vieux grand maître de la cour , et Tévèque Magnus échappèrent au ch&timent par la fuite et se réfugièrent en Danemark. Sept seigneurs, qui tous se qualifient de sénateurs de Yestrogothie*, avant qu'on pût connaître la résolution des paysans visigotks, étaient entrés dans la conjuration des plaines de Larf avec Tintention de changer le gouvernement de la Suède, et ils avaient annoncé par écrit  Gustave quMls secouaient le Joug de son autorité \ mais leur lettre n'était point partie, et le prêtre Nils de Hvalstad les rassura en leur disant que tous les écrits qui pouvaient les compromettre avaient été brûlés. (Comptant que le roi ne connaissait pas ou ne voulait pas connaître leur participation à la révolte (ils avaient reçu de lui des lettres de gr&ce pendant les troubles) , les principaux d'entre eux, Mftns Bryntesson (IJljehOk), Jeune homme rempli de qualités aimables, que les conjurés voulaient porter au irôoe , Nils Olsson (Yinge) et Tbure Ériksson (Bielke), osèrent accuser Thure Jônsson et révêque d'avoir été les principaux instigateurs des troubles, et demandèrent que leur conduite fût soumise à l'examen et au Jugement du sénat et des états, que le roi avait convoqués à Sireognâs et devant lesquels il avait préaeoté une justification très-détaiUée de toutes les accusations dont l'accablaient ses ennemis*, il fit en même temps publier par Olaus Pétri rapologie du traité de Testeras. Le procès ' instruit contre les seigneurs dont nous venons de parier leur fut fatal ; ils furent reconnus
> Ses frères Jean et Laurent , tous deux sénateurs, restèreot fidèles au roi.
* Ces seigneurs étaient Nils Olsson, Thure ériksson, Mans BrynteiBon, Aiel Posse, Thord Bond, RilsClas- SOD et Matts Kafie.
* Le roi fit dans cette circonstance , comme antrefois dans le procès des évêques Canut et Snnnanwder, Tofflce d'accusateur public et se porta parUe plaiipiante à la diète. — Gomme le reosi « de Yesteris était le motif de la réTolte, il IM de nouttav ceoirraé.
coupables d'avoir abusé du droit de pardon A eux accordé par les lettres de grAce du roi , d'autant plus que trois fois sollicités de reconnaître leur crime et d'implorer la clémence royale, ils s'y étaient refusés. Ils furent condamnés à mort au vu de leur propre lettre, et ils la reçurent, à l'exception du Uroisième, qui fut épargné par égard pour sa mère ; mais il fut obligé de payer une amende de 2,000 florins, et les autres seigneurs, qui avaient pris une part plus ou moins directe à la conspiration, ne purent rentrer dans les bonnes grâces de leur maître qu'à force d'argent et de présens. La dette de Lubeck n'était pas encore liquidée. Le règlement fait entre le comte de Hoya, beau-frère du roi, et la ville, en 1529, établit que le capital n'avait pas varié depuis 1523 *, quoique le peuple eût payé des impôts destinés à l'acquitter : cette circonstance était une des causes principales de la révolte. It est vrai qu'on était convenu que les grands avantages dont Jouissait Lubeck se borneraient à cette ville : elle avait déclaré qu'elle se trouverait satisfaite si le remboursement s'opérait dans le cours de quatre années ; mais pour atteindre ce but, il fallait avoir recours à des moyens extraordinaires. A l'instar du Danemark *, on résolut, dans une assemblée de seigneurs con^ voquéedanslescommencemensderannéel530, de demander à chaque église des villes une cloche, dont la valeur serait employée à l'ex-' tinction de la dette de Lubeck. L'année suivante, cette demande fut également adressée aux églises de la campagne. Les cloches pouvaient être rachetées à prix d'argent. Des envoyés particuliers délégués par le sénat négocièrent dans les provinces avec les paysans, à qui l'on promit expressément de la part du roi d'emptoyer l'entier montant de cette contribution indirecte h l'acquittement de la dette v une commission spéciale serait chargée d'en rendre compte. On réclama aussi des églises une année de leurs dîmes et l'argent dont elles pouvaient disposer : de cette manière la dette de Lubeck se trouva acquitté, mais une nouvelle révolte fût le résultat de ces mesures. Le» Dalécarliens se soulevèrent et reprirent sous les yeux du roi les cloches qu'ils avaient déjà livrées. Ils firent publier dans tout le royaume
* Voyez Tègel, p. 220.
* Lettre à Christian II, datée de Schwerin , le 28 no- ▼enbre 1528* (Voyelles jértkivM ds Chriêtian IL)
des lettres où ils rappelaient rancienne confédération et convoquaient douze hommes de chaque district h une diète générale, à Arboga, le jour de Saint-Êrik (18 mai 1531), à TelTet de délibérer sur plusieurs affaires importantes touchant les intérêts des paysans suédois et en particulier sur les querelles religieuses. Les paysans de la Gestride, d'une partie du Yestmanland et de la Néricic reprirent également leurs cloches. Ce ne fut pas sans peine que le roi vint à bout d'apaiser la rébellion des habilans de TUpland, avec lesquels il eut une entrevue : U les employa, ainsi que le magistrat de Stockholm, à négocier avec les Dalécarliens. Parmi ces derniers, nous trouvons à la tète de la révolte celui qui avait donné à Gustave le plus de preuves de fidélité. Les Dalécarliens firent entendre qu'ils ne se laisseraient pas cerner de troupes, comme cela leur était arrivé peu de temps auparavant sur les champs deTuna \ qu'aucun grand seigneur, pas pkis que le roi, ne passerait le fleuve à Braunsbftck sans leur permission, et que Gustave n'entrerait dans leur pays qu'avec un sauf-conduit et avec telle suite qu'ils détermineraient. Us ne voulurent au milieu d'eux d'autres employés que ceux en qui ils avaient confiance et qui étaient nés en Dalécarlie ' : ils invoquaient l'ancienne coutume de leur pays, et ils gardèrent leurs frontières les armes à la main. Quand cette nouvelle vint aux oreilles du roi, il dit que si c'était pour les Dalécarliens le moment d'agir , le sien ne tarderait pas à arriver. Au grand étonnement de tout le monde, il nomma âu gouvernement de la Dalécarlie un des chelis de la sédition.
L'orage qui grondait d'un autre côté rendait cette prudence nécessaire. Christian II , depuis sa chute , s'occupait constamment des moyens de remonter sur son trône. Plusieurs fois , il avait trouvé des soldats ; mais il ne pouvait Jamais venir à bout de les retenir sous les drapeaux. Une armée de 26,000 hommes que lui et son beau-frère, l'électeur de firan-
* Voyei le registre des archives du royaume, où Ton trouve une lellre de GusUve aux Dalécarliens (1&26) pendant la révolte de Sunnanwader. Il y parle de la nomlnaUon d*un nouveau prévôt de la Dalécarlie, mais qui doit être nommé avec le eanseniement de laprooinee, comme le veulent les privilèges. On remarque cependant que cette lettre n'a jamais été expédiée.
denbourg, conduisaient contre le Holstein, en 1523, se dispersa, parce que les soldats ne recevaient pas de solder Christian fut même . obligé de se cacher pour échapper à leur fureur. En 1526, une lettre du sénat de Danemark annonça à Gustave qu'on avait vu de nouveau Christian s'avancer vers le Holstein à la tète de 10,000 hommes. Cet armement avait été convenu avec Séverin Norrby à l'époque où celui-ci se préparait pour agir contre la Suéde *-, mais la fuite de Norrby rendit cette expédition aussi malheureuse que les précédentes. Pendant ce temps , Christian habitait les Pays- Bas , sous la protection de l'empereur. Là se rassemblèrent tous les mécontens, tous les exilés du Nord et particulièrement de la Suéde \ là aussi vivait l'archevêque Gusta ve Tro 1 e , qui avait pris avec lui tous les anciens actes et archives du royaume*. Là se trouvaient encore Thure JOnsson, Tévêque deSkara, Magnus, et le prévôt du chapitre d'Upsala , Jon Ériksson : ils se mirent en relations avec l'évêque Hans Brask, qui aimait mieux passer sa vieiliesse dans un exil volontaire que de voir tout ce qui se faisait contre TÉglise de sa patrie ; ils s'engagèrent par un acte particulier (1530) > à employer le secours de leurs partisans pour remettre Christian en possession de la couronne de Suède et à coi^urer l'empereur, dans l'inlérèt du christianisme, de déUvrer la Suède « d'un tyran, ennemi de Dieu et des hommes , qui avait forfait à sessermenset à l'honneur.* » Le retour de Charles Vdans les Pays -Bas A cette même époque, Ot renaître dans le cœur du malheiu^ux monarque de nouvelles espé-
* Voyez Tégel, 1. 1 , p. I24.^n se sauva en Russie, c ù on le retint prisonnier Jusqu'en 1&29, lorsqu'U entra au service de Charles V. U fut tué Tannée suivante au siège de Florence. Il était né en Norvège.
* Lettre de Gustave Trolle à Christian , en date du 12 mars 1530. ( Voyez les archivée de Chrisiian II, ) On ne sait où les actes du royaume ont été cachée.
>Cet acte est daté d'Anvers, le 27 septembre l&dO. Brasit , quoique vivant souvent en Prusse , l'avait signé.
* C'est ainsi que Gustave est traité dans la lettre écrite à l'empereur, leUre remplie des accusations les plusgraves. On y dit, entre autrescboses, que les vieiges cloîtrées étaient devenues en Suède des femmes publiques, et que le roi , dans le pillage des églises , allait an point de fouiller les cimetières pour retirer du salpêtre des ossemens des morts. Il est impossible de peindre plus vivement l'avarice de Gustave et l'immoralité de sa prétendue réforme.