‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 89 sur 275 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

rances, tandis que la crainte pénétra de nouveau dans la Suéde et le Danemark. ])e magnifiques promesses et le désir de s'enrichir firent acccmrir sous les étendards de Christian une foule de ces aventuriers qui infestaient alors l'Europe. Cette armée s'accrut bientôt Jusqu'à 12,000 combattans. Leurs premiers exploits furent le pillage des lieux où ils campèrent. L'empereur ne mettait pas beaucoup d'ardeur à soutenir les intérêts de sou beau-frère ; à la fin il paya le reste de la dot de sa sœur, que la mort avait déjà frappée. Les Hollandais fournirent des vaisseaux et des armes pour être délivrés de la visite de ces hôtos incommodes. On envoya de Norvège, où s'était rendu Gustave TroUe, au roi de l'or et de l'argenterie des églises. A la fin du mois d'octobre 1^31, Christian mit à la voile avec vingt-cinq vaisseaux ; il aborda à Opslo, en Norvège, après avoir perdu une partie de sa flotte par la tempête. Les Norvégiens, depuis longtemps mécontens du gouvernement danois, virent dans l'arrivée de Christian une occasion de regagner leur indépendance. Quoique déjù imbu des principes de la réforme ( son épouse était morte luthérienne ^ Christian luimême le fit savoir à Luther ), le roi se présenta comme le défenseur du catholicisme dans le Nord. L'archevêque Œof de Drontheim, tous le» évêques de Norvège, à l'exception de celui do Bergen, les clercs, les nobles, presque tout le pays , se déclarèrent pour lui.

Le 30 novembre 1531, le sénat de Norvège annonça au roi Frédéric de Danemark que le peuple norvégien venait de se soustraire à son obéissance-, il engageait le peuple danois à suivre cet exemple. Christian fut de nouveau reconnu roi de Norvège. En même temps les seigneurs suédois exilés qui se trouvaient de sa suite intriguèrent pour lui dans leur patrie ; ils écrivirent aux Dalécarliens exaltés et annoncèrent aux Visigoths et à d'autres provinces que Christian avait bien changé, qu'il était devenu juste et modéré, et qu'il revenait pour faire triompher les vrais principes du catholicisme. Mais toutes les intrigues de Christian échouèrent en Suède, quoique Thure JOnsson lui en eût fait entrevoir la conquête comme très-facile*. Lorsqu'il envahit le Bohuslân , il y trouva une résistance si courageuse qu'il fît

* Thare Jônsson disait souvent que sMI pouvait disposer de 2 à 3,000 hommes, il soumettrait toute la Suède, grâce à ses partisans. (Hyitfeld.)

punir de mort celui qui l'avait flatté de trompeuses espérances : un jour on trouva le corps de Thure Jônsson sans tète et teignant de son sang une petite rue de Kongcif.

Le danger commun fit taire les divisions qui agitaient la Suède et le Danemark. Le Bohuslân , que Gustave avait possédé pendant dix ans, fut restitué au roi Frédéric au mois de mai 1532. On ajourna la décision des prétentions réciproques sur Gotlland. Les deux rois signèrent une alliance défensive, et des troupes suédoises entrèrent dans la Norvège supérieure. Le sort de Christian fut bientôt décidé. Une flotte danoise, réunie à celle de Lubeck, brûla ses vaisseaux. D'un côté, il était menacé par l'escadre ennemie, de l'autre la citadelle d'Aggerhus, encore occupée par les Danois, l'inquiétait^ la famine et les besoins de toute espèce enfantèrent la sédition dans ses troupes. II se rendit le !«' juillet 1532 à l'amiral danois , l'évèque Canut Gyllenstjerna , à condition qu'on lui donnerait un sauf-conduit pour le Danemark : il y voulait traiter en personne avec son oncle, le roi Frédéric, disant qu'il allait à lui comme un enfant perdu. Il demandait la liberté de quitter le royaume dans le cas où ils ne pourraient pas s'entendre. On lui objecta que l'évèque avait outre-passé ses pouvoirs. Celui-ci répondit, pour se justifier, que la fidélité à sa parole n'était pas obligatoire. La haine des grands contre Christian était si ardente , que Frédéric fut obligé d'assurer par écrit à la noblesse du Holstein et du Danemark qu'il le tiendrait en prison lerestede ses jours. Quatre seigneurs danois et quatre holsteinois gardèrent cette promesse comme une garan> tie de son exécution. L'infortuné fut incarcéré dans la tour est du château de Sonderborg^ on le mit dans une chambre voûtée dont toutes les ouvertures furent murées, à l'exception d'une fenêtre par laquelle on introduisait sa nourriture. Dans cette horrible demeure, où il n'avait d'autre société qu'un nain norvégien , Christian passa dix-sept années de sa vie, les douze premières sans le moindre adoucissement à ce traitement rigoureux •. Une guerre entreprise en son nom conduisit encore le Danemark au bord du précipice et exposa la Suède à d'immenses dan-

* Holberg, Hist. du Dan,, t. 2, p. 2G6.

* Holberg, iàid. 378.

gers. Sa caplivité dura vingt-sept ans et ne finit qu'avec sa vie. Après 1544, elle fût mitigée par rinlervention de Fempereur. Après qu'il eut renoncé À toutes ses prétentions, enl549, on le transféra au châleau de Kalundborg , où il fut traité selon sa dignité ; on lui laissa même la faculté de jouir quelquefois des plaisirs de la chasse. Mais le malheur avait brisé les forces de son âme^ les accès de mélancolie qui le tourmentaient même dans les jours de sa puissance redoublèrent d'intensité et se changèrent dans ses dernières années, par Tabus des vins d'Italie, en une démence complète. Son fils Jean, qui avait été élevé à la cour de l'emp(*reur, mourut h Ratisbonne en 1532, le jour môme où son père fut fait prisonnier. Dorothée, l'une de ses filles, fut fiancée à Frédéric II, électeur palatin ^ l'autre, Christine, le fut d'abord à François Sforce et ensuite au duc de Lorraine. Ceux-ci et leurs enfans élevèrent plus tard des prétentions qui plus d'une fois troublèrent la tranquillité du Nord.

Après cette expédition sans résultat de Christian, Gustave pensa aux afTaires de la Dalécarlie. Tout y était tranquille : les habilans, ennuyés de se promener farme au bras dans leurs forêts, avaient offert dès la fin de 1531 de racheter leurs cloches moyennant 2,000 marcs, lis furent d'autant plus satisfaits de la promesse de pardon qui leur fut faite' qu'ils l'interprétèrent comme une confirmation tacite de leurs privilèges. Us célébrèrent par des banquets les vieilles libertés deia Dalécarlie, disent les chroniques. Mais la secrète intention du roi était d'anéantir à jamais leurs privilèges en tout ce qui excéderait ceux des autres provinces. Les mineurs avaient mis le comble à son mécontentement en refusant de prendre les armes contre Christian et en négociant avec les réfugiés suédois *. Le roi attribua toutes ces menées à Mftns Nilsson et à son parti : c'était le principal moteur de l'insurrection , qui avait les cloches pour prétexte, et le plus riche mineur du Kopparberg, de sorte que le peuple en parlant de lui disait qu*il ferrait ses chevaux en argent. Les premiers jours de 1532, le roi ordonna à ses gens d'armes et à ceux de la noblesse de venir le joindre ù Yesterâs. Personne

■ Réponse à la lettre des Dalécarliens. ( Voyez les archives du royaume,) « Voyez Trgcl.t, 1, p. 322.

ne savait contre qui cet armement se préparait : on parlait de nouvelles tentatives du parti de Christian ] le roi disait seulement à ses généraux : tt Où vous me verrez marcher, h&tezvous de me suivre. » On s'avança vers la Dalécarlie. Cette province avait envoyé récemment ses députés à Vester&s, et le roi les retint près de lui , mais il écrivit aux Dalécarliens : qu'il savait bien que les paysans n'avaient pas pris part à ce qui s'était passé -, qu'il ne venait que pour informer contre les coupables, dont ils devaient se séparer sur-le-«hamp. 11 les priait de venir à sa rencontre au Kopparberg ; mais il arriva aussitôt que sa lettre. Les paysans se rassemblèrent , les uns de leur propre consentement, les autres par contrainte; les soldats entourèrent le peuple comme la première fois. Plusieurs sénateurs et le roi après eux haranguèrent les paysans. Gustave leur demanda s'ils se rappelaient ce qu'ils avaient promis six ans auparavant lorsqu'il leur avait pardonné leur insurrectiqn ? s'ils croyaient pouvoir ainsi se jouer de lui impunément chaque année ? Mais il fallait que cette révolte fût la dernière. Il ne voulait pas de province ennemie dans son royaume; la Dalécarlie serait désormais soumise ou elle resterait déserte, car tous ses habi tans périraient ? Où voulaient-ils donc établir ces frontières que leur roi ne pourrait dépasser ? leur convenait-il , à eux^ sujets , de faire la loi à leur souverain ? pourquoi les Slure, quoique régens du royaume , n'avaient-ils jamais osé passer le Brunnbâck sans le consentement des mineurs? quant à lui, il ne se soumettrait pas à de si orgueilleuses prétentions. — Le roi leur parla longtemps sur ce ton, et pendant tout son discours, les paysans se tenaient agenouillés. Il leur ordonna de lui désigner les auteurs de la dernière révolte : ils le firent. Cinq d'entre eux furent sur-le-champ jugés et exécutés ; les autres furent transportés à Stockholm chargés de fers. Un an après , trois de ces derniers furent mis en jugement par le sénat, et ils subirent la peine capitale. De ce nombre était AndersPehrsson, deRankhyttan , dans la grange duquel Gustave avait autrefois travaillé, quand il était poursuivi. Les biens des criminels, confisqués au profit de la couronne, furent plus tard restitués à leurs femmes et & leurs enfans «. — Ainsi finit

• Voyez les j4rch\vei du royaume.

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