‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 96 sur 275 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

retour de la mission qu'il venait de remplir en France au nom du roi, il fut accusé de bigamie et de soustraction de grandes sommes d'argent^ il perdit louU^s ses places et finit ses jours en prison à Testeras.

Il est d'autant moins probable que Gustave ait voulu asseoir son autorité dans les provinces sur une administration compliquée ( le mode collégial était encore inconnu en Suéde ), qu'il aimait dans ces sortes de choses les voies les plus courtes avec la faculté de pouvoir décider tout par lui-même. La position immédiate où il se plaçait prés de ses prévôts ne laissait qu'une autorité limitée même aux possesseurs des grands fiefs, qui étaient en même temps gouverneurs pour le roi ] il borna leur pouvoir sur les paysans de ses terres * , et ses domaines privés s'étaient grandement multipliés dans toutes les parties du royaume. Comme allié aux premières familles, il pouvait personnellement exercer le droit qu'il avait conféré à la noblesse,* d'exiger la restitution des terres que l'Église avait reçues antérieurement , et il en avait donné l'exemple. Plus tard beaucoup de prétentions furent obligées de se taire devant celles du roi , et on l'a vu soutenir sa parenté avec des familles dont les ancêtres n'ont jamais figuré dans la généalogie des Wasa * ^ c'est pourquoi les terres héréditaires gusta-viennes y qui encore sous Charles IX embrassaient plus de deux mille cinq cents hameaux*, non compris la part dont jouissait le duc Jean d'Ostrogothie, donnèrent lieu à des procès en restitution cinquante ans après la mort de Gustave. L'accroissement numérique de ces hameaux ne résultait pas uniquement de ces moyens : les actes de ce règne offrent partout la preuve que le roi obtenait des terres de leurs propriétaires en leur promettant des indemnités qui ne leur étaient jamais payées^ d'autres fois ces terres lui étaient abandonnées par des personnes a qui elles n'appartenaient pas^, ou bien il s'en emparait sans aucune formalité et seulement j>arce qu'elles étaient à sa convenance***, souvent même on employa des mesu-

« Voyez la lettre d'IJpsala du 14 avril 1541.

• Voyez Ornhjelm, État des biens de l'Église (manuscrit).

' Voyez les Archives du royaume de 1610.

* Voyez Ornhjelm.

" Voyez les Archive» du royawng de Tannée 15ôO.

! res de rigueur contre ceux qui ne voulaient pas entrer en arrangement'.

Le roi était en querelle et en procès avec tous ses parens. Il se considérait comme héritier exclusif de l'argent et du mobilier des églises, des couvens et des fondations religieuses; on n'oubliait pas même dans les inventaires les ustensiles de cuivre et de zinc*. Il se substitua aux évêques dans le droit exercé par ceuxci de succéder aux prêtres , et il ne s'arrêtait que lorsqu'il avait pris la plus forte part'. Quand il survenait des vacances , il touchait longtemps les revenus des plus grandes paroisses en payant celui qui remplissait les fonctions i)cndant ces mêmes vacances : il veillait à la culture de ses champs, à l'exploitation de ses mines ^ il trafiquait de toutes les productions du sol plus que personne dû son royaume, et il amassa ainsi d'immenses trésors. Ses inlendans le redoutaient , bien qu'ils fussent aussi peu scrupuleux que leur maître quand il s'agissait de revenus. La montagne de Sala offrait , comme toutes les mines d'alors, un asile ouvert à tous, excepté aux grands criminels \ les femmes publiques qui y vivaient du prix de leurs charmes payaient au roi une redevance de deux Gre par semaine. £n revanche, il n'était pas avare de ses propres deniers lorsque le service de l'État exigeait un surcrott de dépenses. La guerre avec Lubeck avait épuisé toutes les ressources; l'incendie du ch&leau de Stockholm était encore venu augmenter la détresse : « Nous avons tout perdu dans ce désastre , dit-il ; il ne nous reste qu'un habit et un petit vase d'argent pourboire. » En 1537 il commença de nouveau d'amasser de l'argent ; il se plaignait que la révolte de Dacke lui eût coûté sept ans d'économies. Au surplus, il répara largement ses pertes, et à sa mort, malgré les dépenses occasionnées par les guerres des dernières années, les mariages des membres de la maison royale et le voyage d'Erik en Angleterre, il laissa quatre grandes caves voûtées, <iu'on appela, du nom de l'intendant Eskil, les chambres d'Ëskil (herr E^kils Getnak) , toutes remplies d'argent et des magasins abondamment pourvus de marchandises précieuses. Dans la dernière moitié de son règne, il fit bâtir dans tou-

* Voyez les Archives du royaume, 1559.

>/6t(l. pour 1548.

' Voyez la lettre à son intendant de Stcgebourg, en date du 21 mars 1544.

tes les' provinces du royaume des hameaux où Ton élevait les bestiaux ( afveUgârder). Dans le Norrland on offrit d'ajouter à l'impôt annuel, à condition que le pays serait délivré de ces établissemens qui Teffrayaient tant*. C'étaient des terres dont le roi avait prisTadministration et où il entretenait des cavaliers et des fantassins pour le service de TËlat -, dans plusieurs de ces terres on traitait en grand Tagriculture et l'éducation des bestiaux. La reine Marguerite [avait à Gripsholm 'une vacherie qu'elle surveillait elle-même et si considérable qu'il fallait vingtdeux femmes pour la desservir. Le roi séjourna souvent dans ces hameaux, et les paysans des environs y travaillaient par corvées : les prévôts avaient reçu l'ordre de prendre avec eux à cet égard des arrangemens à l'amiable. Nous avons de Gustave des préceptes d'économie jusque dans les détails les plus insignifians, et les actes de son gouvernement ressemblent souvent au journal d'un grand ménage. Lorsqu'il avança en âge , ses hameaux furent ses lieux de délices : c'était en quelque sorte le faible de sa vieillesse. Il visita la Finlande pendant la guerre de 1556 -, ce fut dans ce voyage qu'il choisit des terres pour des établissemens du même genre-, il y employa des fonds considérables. On découvrit après sa mort que les revenus ne couvraient pas les frais d'entretien. Les belles pêcheries et les emplacemens favorables à des travaux hydrauliques, dans de magnifiques cours d'eau , n'échappèrent pas à son attention. Il fit faire l'inventaire de tous ses meubles et immeubles, et expédia en 1558 dans les différentes provinces des commissaires chargés d'appliquer certaines mesures d'économie suivant toute apparence inexécutables*-, mais ces mesures mêmes prouvent qu'il regardait le pays comme sa propriété.

On ne voit pas que le roi ait hésité à agir comme il l'a fait ni qu'il ait éprouvé des scrupules sur la violation fréquente des droits des particuliers-, il croyait que le mal était racheté par le bien-être général, qu'il ne cesse jamais d'exalter en l'opposant aux temps passés, souvent avec des couleurs qui révèlent le sentiment profond du bonheur d'une vie domestique bien réglée : «Maintenant, écrivait-il aux pay-

* Voyez les archives du royaume de 1 550 et 1558.

" Jôran Pehrsson , devenu si malheureusement célèbre sous le régne d*Érik XIV, était on de ceux é qui le roi avait confié celte mission.

sans de TUpland , les hommes et les bestiaux peuvent se lever de bonne heure ; la paix les protège , et l'on peut en toute sécurité se rendre joyeux à son travail. Vos troupeaux couvrent les montagnes, les prairies et les champs ; cependant vous êtes si ingrats et si durs de cœur que vous ne regardez pas comme une bénédiction de Dieu une telle paix et un si bon temps. Vous voyez comment les princes et les villes qui nous avoisinent imposent aux habitans jusqu'à deux et trois nouvelles contributions chaque année. Nous qui avons épuisé pour vous presque toute notre fortune , qui n'avons jusqu'à présent presque rien levé sur vous, nous espérions que la reconnaissance vous porterait à nous offrir ce que nous ne demandions pas , d'autant plus que les enfans du tyran Christian vivent encore et nous menacent*, mais vous vous inquiétez fort peu de nos embarras, parce que vous comptez maintenir par vous-mêmes les choses en leur état. » Il termine sa lettre en les engageant à payer volontairement la dtme. Il paraît que le peuple ne mettait pas beaucoup d'exactitude à acquitter cette contribution ; ce n'était plus l'Église mais la couronne qui la levait. Le roi , voyant ses revenus baisser d'année en année , s'en plaignit et donna ordre de cultiver des houblonnières , de labourer les champs, de dessécher les prairies et de châtrer les cochons. Plusieurs circulaires du roi contiennent ces conseils d'une sage économie : on les expédia à toutes les paroisses ; l'autorité de celui qui en était l'auteur en faisait des ordres.

Mais à la fin le peuple embrassa les idées du roi, et longtemps après sa mort on se rappelait encore la dernière moitié de son règne comme le temps le plus heureux de la Suède. Ce ne fut que dans ses derniers jours que le peuple s'éloigna sans retour d'un souverain qui empiétait constamment sur ses droits. Chacun s'était habitué depuis longtemps à se faire sa part de liberté : la nation, sortant des troubles de TUnion, se révoltait plus contre la loi elle-même que contre la violation de la loi, et beaucoup de gens qui avaient combattu avec acharnement le retour des anciens droits de la couronne, presque tombés en désuétude, baissaient la tête sous les ordres du roi. On ne voyait que lui en tout : aussi la position de Gustave vis-à-vis du peuple était-elle tout à fait exceptionnelle.

Gustave I*''' créa les finances en Suède. A

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