CHAPITRE X
cuivre, qui celle année n^est pas porté au nom* bre des articles d'exportation, le fut plus tard, ainsi que le goudron. Par une ordonnance de 1537^ le poisson, les planches, etc., ne pouvaient être introduits et vendus par les Finnois qu'à Stockholm. Le roi fonda Helsingfors en Finlande en 1550 ; il avait dessein d'en faire le centre du commerce avec la Russie, comme Revel et Riga Tavaicnt été jusqu'alors *. Il invita les Suédois à se livrer à ce commerce, qui avait toujours été exploité par des marchands étrangers. Ce projet n'eut pas plus de suite que la proposition que son ministre fit en 1556 à Elisabeth, reine d'Angleterre , d'empêcher les nouvelles courses entreprises depuis quelques années par ses sujets le long des côtes de la Norvège pour se rendre en Russie (à Arkangel) , et de les engager à toucher plutôt en Suède, surtout à la ville célèbre d'Elfsborg, qui est située sur les rivages de la mer du Nord et qui a un bon port'. Cette ville, aussi nommée Nylôdôse (Nouvelle-Lôdôse), était la seule que la Suéde eût dans le Calégat : elle avait été fondée par le roi et elle était l'objet tout particulier de ses soins; mais il s'est plaint avec amertume du caractère peu mercantile des Suédois'. Il avait ouvert dans l'intérieur du pays des foires où les marchands étrangers avaient la liberté d'établir leurs boutiques * : il avait pour principe que les villes devaient avoir le privilège exclusif du commerce , aussi était-il défendu aux nobles (qui souvent n'en tenaient pas compte), aux prêtres , aux intendans et aux paysans, à l'exceplion de ceux du Norrland ", où ils pouvaient , suivant les anciennes coutumes , faire le commerce dans chaque paroisse. Dans les villes , chacun devait , autant qu'il était possible , se renfermer dans un seul genre de commerce et se borner à un seul métier ; aussi voit-on sous le règne de Gustave les anciens statuts des corps et des métiers remis en vigueur. Son ordonnance
* Stjernmati, 1. c, 113.
* Arehivei du royatime, IS&fi.
* Voyez HaUenberg» Appréciation âei valeurs et du marchandisei pendant le règne de Gustave /«s p. 147.
* Ces foires étaient celles d'Upsala, de Strengnas, de Vesterls, d'Orebro, deTingwalla, dans le Vermlaod, et de LinkôpiDg. (Stjerninan, 1. c, p. 1.)
" Le roi se plaint de ce que les habitans da Norrland négligent la culture des champs et se livrent au commerce, qui demande moins de peine* (Ordonnance commerciale de 1 546.)
de l'an 1557, pour la ville de Stockholm, contient, sur l'ordre et la propreté, des mesures dont les plus grandes villes de l'Europe n'avaient pas même l'idée à cette époque. Aucune profession n'échappait à l'attention du roi : il attira en Suède des architectes, des tailleurs de pierres, des maçons, des menuisiers étrangers, et il plaça auprès d'eux de jeunes paysans pour apprendre leur art *, il créa à ses frais un chantier à Weslorwik. Un peintre, Anders Mftlare, qu'il employa à faire des dessins, reçut en récompense une partie des dtmes de Nykôping. Le roi envoya un élève à un autre peintre. Canut Mftlare. S'il existait dans quelque partie du royaume des ouvriers habiles dans un métier, comme il s'en trouvait pour celui de taillandier dans la Yestrogothie , il cherchait à répandre leurs procédés dans d'autres contrées. Il manda aux paysans de Lerback qu'ils eussent & se garder, sous peine de châtiment et de sa disgrâce, d'employer de mauvais fer rouge pour la fabrication de l'acier, ce qui ferait de» faux d'une qualité inférieure. Au reste il crut pouvoir faire marcher le commerce avec des prohibitions et des taxes oppressives, qui plu» d'une fois excitèrent des révoltes. Ce fut sa défense aux Smâlandais et aux Yisigoths de vendre leur bétail dans les provinces voisines , appartenant au Danemark , qui fit naître en grande partie les troubles de Dacke. L*histoire ne l'absoudra pas non plus de ses ordonnances si rigoureuses pour maintenir le cours des monnaies pendant qu'il en détériorait la valeur intrinsèque *.
A la diète de Yesterfts, on décida que toutes les grandes routes publiques seraient à la charge des paysans *. A cette époque, il n^exto-
*;Lorsqac le gouvernear du cbâteau d'Abo envoya une épreuve de monnaie d'argent fin , le roi lui écriTll : « On a prodigué ce qui coûte trop cher; il faut remet-» trc les pièces au creuset. Vous savez bien qu'on a ton* jours plus de choux que de lard; quand le lard do* mine, la soupe est malsaine. » Le roi appelait cela frapper une monnaie trop grasse. (Hallenberg, I. c.» p. 291.)
* Il devançait son siècle dans set projets de canaux et de roulage poar favoriser le commeKe intérieur* Le canal de YaddO , qu'on a achevé sons le règne ao* tnel» a été commencé par Gustave en 1553. Il avait ordonné l'établissement de voitures pour accélérer let communications entre Falun et Yesterls et entre Ste* gebourg et Vadstena ; mais ses ordres n'ont pas été exécutés, et Jusqu'ici il n'y a eu que deux ou trois voitures en activité. (Voyei Archives du royaume,)
lait point de routes praticables pour les voitures, entre la Suède proprement dite et la Gothie, à travers le Tiweden. Ce fut aussi sous le point de vue militaire que cette ordonnance fût publiée. Car le roi décida qu'à côté de ces grands chemins * il y aurait des places d'armes fortifiées * où les troupes se rassembleraient à la première apparence du moindre danger. La noblesse et les villes eurent ordre de présenter Fétat numérique des hommes qu'elles pouvaient mettre sur pied. En cas d'invasion, un homme sur cinq ou six devait «prendre les armes , et au besoin la population tout entière devait se lever en masse pour marcher contre Tennemi. Le roi faisait le moins possible de ces levées sur les paysans ^ aussi leur rappelait -il souvent la sécurité qu'ils lui devaient et l'avantage qu'il leur pro* tvtvM en entretenant des troupes permanentes , tandis que , pendant les temps orageux de rUnion , ils étaient & chaque instant obligés de prendre leur havre-sac sur le dos et de quit^ ter leurs foyers. L'armée soldée et cantonnée chez les paysans se composait de 12,934 fan* tassins et 1 ,370 cavaliers indigènes, et de 549 fantassins et 296 cavaliers allemands *. D'après un règlement donné par le roi aux troupes stationnées aux frontières de la Russie, en date du 9 octobre 1555, la solde d'un capitaine suédois était de six marcs (10 francs) par mois ; celle d'un lieutenant de cinqmarcs, et celle d'un soldat de quatre marcs. Un chasseur à cheval , ayant arme à feu , recevait huit marcs , à la charge par lui de se nourrir à SCS frais, sans rien exiger des sujets du roi.
* Les chemins qnl conduisent des frontières danoises en Suéde furent énumérés dans le décret de Vadstena en 1550. (Voyez Tégel, p. 360.)
* Les principales étaient Elfsborg , lônkôping et Yadstena. Les châteaux de Gripsholm» de Swart^ô , de Vesleris , de StrOmsholm , de Yadstena , de Kronoborg , d'Upula et de Stegebourg ont été en grande partie bâtis par Gustave. Il avait le projet de fortifier iipsala et de construire un chAteau dans la Dalécarlie. Les forUfications du château de Stockholm ont été aussi agrandies sous son règne.
. * En 1657; (Voyes ffitt, viU. œh, jint^ akademi^nt handHngar, t. 3 , page 307.) Les cantonnemens des troupes chei les paysans furent une des causes des troubles de Dacke : « J'avais un pressentiment que la distribution des soldats sur les terres des nobles et des prêtres soulèverait de nombreux mécontentemens. » (Voyei les Atchivu du royaume du U^^ mars 1541.)
Les cavaliers se plaignirent de Tinsaflisaiice de leur solde. Ce qui frappe surtout, c'est le peu de différence qui se trouve entre la solde de l'officier et celle du soldat. Le premier avait probablement plusieurs moyens d'augmenter set appointemens. Les défenses du roi nous révèlent l'usage déjà existant des congés illégaux. Les mercenaires étrangers étaient mieux soldéa. La noblesse , qui servait à cheval , n'était pas comprise dans cette évaluation des forces militaires. Le service auquel elle était soumise fui mieux déterminé par le roi, qui Pallégea un peu vers la fin de sa vie. Malgré celle concession , la noblesse ne remplit jamais tous set engagemens envers la couronne. La force navale de la Suède date de Gustave : avant lui on n'avait, suivant ses expressions, que quelques cabotiers qui ne pouvaient être d'aucun secours ni imposer A l'ennemi*. Des ouvriers vénitiens, qu'il appela au service de la Suède et qu'il paya largement, construisirent des vaisseaux ) et l'babilelé que les Finnois et les Norrlandals acquirent dans les constructions navales fui le fruit de la sollicitude de ce prince. Ses vaisseaux étaient presque tous de grande dimension) l'un d'eux portait mille soldats et trois cents marins*; le vaisseau l'ÉUphanl;^ dont on fit usage dans la guerre de Lubeck, était le plus grand qu'on eût encore vu sur la Baltique. Ces navires portaient plus de canons que ceux do nos Jours ; mais ces canons étaient plus petita que les nôtres. Dans la guerre de Russie, le roi employa quelques petits bâtimens qui servaient  la navigation des côtes et des Iles qui avoisinent la Suède , ainsi que des chaloupea canonières de dix ou douie rangs de rames.
Les anciens élablissemens d'enseignement étaient liés trop étroitement & l'Église catholique pour ne pas être entraînés dans sa chute. Hvitfeld et Messénius disent, il est vrai» que Gustave restaura en 1540 l'université d'Upsala, qui n'existait plus depuis quelques aon^s » et que deux ans avant son rétablissement, le roi exprimait le regret que les circonstances ne lui eussent pas permis d'accomplir ce vœu. Nous n'avons trouvé dans les actes du gouvernement aucun indice de ce projet , et moins qnc ore de l'exécution qu'il aurait reçue; mais ils contiennent la preuve de la sollicitude du roi pour les
• Tégel, t. 2, p. 168,
' OiausMagnus, livre X» c. 3.