‹ Histoire de Théodose le GrandChapitre 4 sur 14 · G HISTOIRE · texte numérisé non relu

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que plusieurs compagnies d'Alains, de Huns et deTaifalés les avaient joints depuis leur dernière victoire, et qu'ils croyaient avoir réduit l'empereur à n'oser plus paraître en campagne. Mais il apprit en même temps que leurs meilleurs soldats s'étaient débandés ; que les chefs s'étaient divisés entre eux ; que Fritigerne n'en était plus maître ; et qu'il n'y avait ni ordre ni discipline parmi tant de barbares ramassés, qui étaient venus pour leur aidera piller, et non pas à combattre.

Alors ils'avançaavecbeaucoup de confiance, et, ayant rencontré les ennemis , il leur donna bataille , en tua la plus grande partie, obligea le reste à repasser le Danube, et alla porter lui-même à la cour la nouvelle de cette défaite. Théodoret raconte que Théodose laissa un si grand nombre de morts sur la place, fit tant de prisonniers, et remporta tant de dépouilles, qu'étant venu avec une extrême diligence donner avis à l'empereur de cette victoire, elle parut d'abord incroyable.

Ses envieux osèrent l'accuser d'avoir été défait, et de s'être enfui lui-même ; et Gratien, étonné, ne savait ce qu'il en devait croire. Théodose le supplia d'envoyer sur les lieux ses accusateurs , afin qu'ils reconnussent la vérité, et qu'ils en rendissent témoignage eux-mêmes. L'empereur, pour satisfaire à ses pressantes sollicitations, chargea des personnes de condition et de créance d'aller promptement s'informer du détail de cette action, et de venir lui en rendre compte.

Le même historien rapporte que ce fut en ce temps que Théodose vit en songe un évêque qui lui mettait la couronne sur la tête, et le revêtait des ornements impériaux ; et qu'un de ses intimes amis, à qui il communiqua retle vision, l'assura que c'était un présage certain de la grandeur où Dieu l'appelait.

On reconnut depuis que c'avait été Mélèce, évêque d'Antioche, qui lui était apparu. Ce saint prélat, en vertu du dernier édit de Gratien , retournait alors dans

son église, après un bannissement de plusieurs années. On voyait par tout l'empire passer des confesseurs de Jésus -Christ, les uns suivis d'une troupe d'infidèles qu'ils avaient convertis, les autres délivrés de leurs chaînes et portant encore sur leurs corps les glorieuses marques des tourments qu'ils avaient soufferts. On transférait même avec honneur les reliques de ceux qui étaient morts dans leur exil.

La plupart furent reçus avec beaucoup de joie des peuples dont ils venaient reprendre la conduite. Mais comme l'empereur, quelque piété qu'il eût, n'avait pas encore assez d'autorité pour se faire obéir , il y en eut qui, parles cabales des hérétiques, souffrirent plus de maux en ce temps de paix, qu'ils n'en avaient enduré pendant la persécution. 11 s'en trouva plusieurs qui, voyant leurs sièges remplis par des ariens, s'offrirent de partager avec eux le gouvernement de leur troupeau, pourvu qu'ils se réunissent à la foi et à la communion catholique. Quelques-uns même étaient près de céder leur dignité tout entière pour rétablir la paix et l'unité de l'Église.

Parmi tant de saints évêques, il sembla que Dieu avait choisi le plus célèbre, pour donner à Théodose les premières espérances de la gloire à laquelle il le destinait. On vit bientôt ce présage accompli; car Gralien résolut d'associer Théodose à l'empire. Il pensa ([d'il ne pourrait lui seul résister à tant d'ennemis; qu'un lieutenant ne le déchargerait que d'une partie de ces soins; qu'il lui fallait un collègue qui eût ses guerres à part et qui défendît l'État comme son bien propre; qu'il y aurait plus de gloire pour lui à donner <lc bonne grâce un de ses empires, qu'à le retenir avec peine ; et qu'il était heureux d'avoir de quoi récompenser un grand mérite, en établissant son propre repos. L'amitié et l'estime qu'il avait eues dès son enfance pour Tbép4o8€ le déterminèrent encore davantage,

Ce choix fut d'autant plus glorieux à Théodose, que de sa part il ne l'avait pas recherché. Il eut même assez de modestie pour refuser cet honneur, lorsque Gratien le lui offrit ; et ce refus fut accompagné de tant de marques de modération et de bonne foi, qu'il fut aisé de juger que ce n'était pas une vaine cérémonie, mais une véritable sagesse , qui lui faisait regarder comme une charge difficile et dangereuse cette dignité où l'on ne cherche ordinairement que le repos et le plaisir de commander.

Ce fut en ce temps qu'Ausone fut nommé consul, quoiqu'il fût absent, et qu'il n'eût pas brigué cet honneur. Gratien, après avoir profité de ses instructions, ne perdit aucune occasion de lui témoigner sa reconnaissance. Il l'éleva à la charge de questeur, et peu de temps après à celle de préfet du prétoire; enfin il le déclara consul, et n'oublia rien de ce qu'il put imaginer de plus obligeant et de plus honnête. Il lui donna pour collègue Olibrius Gallus, jeune homme d'une très-noble et très -ancienne maison : et comme on voulut savoir lequel des deux il nommait le premier , pour favoriser Ausone, sans offenser l'autre, il répondit qu'il prétendait régler leur rang non par la naissance, mais par l'âge, et par l'ancienneté de leur préfecture.

Peu de jours après, ceux qu'il avait envoyés à l'armée arrivèrent, et rapportèrent que la défaite des Goths avait été très -considérable ; que le nombre des morts et des prisonniers, et la quantité des dépouilles allaient encore au delà de ce que Théodose avait dit. Alors ses ennemis mêmes furent obligés de louer sa valeur et sa modestie , et l'empereur crut qu'il était temps de partager l'empire avec lui.

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