‹ Histoire de Théodose le GrandChapitre 5 sur 14 · LiVRE II · texte numérisé non relu

LiVRE II

Gratien partage l'empire avec Théodose. Théodose va à Thessalonique, et y reçoit les députations. 11 entreprend \< guerre contre les Goths. 11 les surprend, et les défait entièrement dans la Thrace. 11 leur accorde la paix et retourne à Thessalonique, où il apprend la victoire de Gratien. Il a dessein d'abattre les ariens. L'origine et les progrès de cette secte. Théodose tombe malade tt se fait baptiser par Ascole, évéque de Thessalonique. Maxime le Cynique usurpe le siège épiscopaJ de Constantinople; ses crimes et ses fourberies. Théodose rebute Maxime. Perfidie des Goths, qui attaquent l'empereur dans ses retranchements. Théodose reforme scn armée et reçoit le secours des Gaules. Épouvante des Goths. Avis différents touchant la paix ou la guerre. Théodose accorde la paix aux Goths. Théodose congédie les troupes des Gaules, et se rend à Constantinople. État de la religion dans Constantinople. Théodose se déclare pour les catholiques. Son entretien avec Grégoire de Nazianze. Il fait rendre toutes les églises de la ville aux catholiques. Il réprime les ariens, et va lui-même installer Grégoire de Nazianze. Politique de Théodose. Différend de Fravitas et d'Éiïulphe. Conspiration des ariens contre Grégoire de Nazianze. Édil nouveau de Théodose contre les ariens. Orgueil d'Athanaric, roi des Goths : sa haine contre Yalens et contre l'empire. ITitigerne s'unit avec les Grotungues; et, après plusieurs courses, il chasse Athanaric de ses États. Athanaric implore la protection de Théodose , qui lui donne retraite dans sa cour. Théodose fait voir Constantinople à Athanaric. Origine et grandeur de cette ville. Mort d'Athanaric. Théodose provoque la réunion du concile de Constantinople. Il y appelle les hérétiques macédoniens. Nombre des évêques du concile , et leurs différei les vues. P.espect de Théodose pour Mélèce, président du concile. Élection d'un archevêque de Constantinople. Grégoire de Nazianze est élu; il refuse cette dignité; on l'oblige de l'accepter. Points de foi réglés. Règlements pour la discipline. Mort de Mélèce,évéqued Antiocbej honneurs que loi rendit Théodose. Schisme d'Anthioche, son origine et ses progrès. On propose d'élire un successeur à Mélèce; divisions des Pères sur <<• sujet. Théodose appelle au concile les évéqu pte et de Macédoine. Protestation contre

l'élection de Grégoire do Nazianze. Grégoire se démet de l'archevêché, et sort de l'assemblée. Théodos< se plaint des contestations des évêques. ordre donné ponr le choix d'un nouvel archevêque, i. "empereur choisit Nectaire. Remontrance des évêques à Théodose. < » i<î i — nation de Nectaire. Conclusions dn concile. Translation dos reliques

de saint Paul , archevêque de Constantinople. Victoire de Théodose sur les Huns, les Syriens et les Carpodaques. Célèbre ambassade du roi de Perse à Théodose. Alliance de Théodose avec le roi des Perses. Députation du concile d'Aquilée à Théodose, Théodose ne consent pas h la convocation d'un concile général à Rome. Nouvelles intrigues de Maxime le Cynique. Théodose rassemble les évéques d'Orient à Constantinople; ils refusent d'aller à Rome. Les Gothsde la suite d'Athanaric louent la grandeur et la bonté de Théodose. Fritigerne recherche l'alliance de Théodose. Nouvelles instances des évêques d'Italie pour la convocation d'un concile à Rome.

L'armée, qui était alors en quartier aux environs de Sirmium, eut ordre de s'assembler; et, le seizième jour de janvier, Gratien s'y rendit accompagné de Théodose et des autres seigneurs de la cour. Il fut conduit au milieu du camp, et les troupes s'étant rangées autour de lui, il leur exposa le déplorable état de l'empire, la misère des peuples, l'affaiblissement des armées, l'irruption des Allemands dans les Gaules, et le ravage qu'avaient fait tant de nations barbares dans les provinces de l'Orient. Il leur représenta qu'un seul homme ne pouvait soutenir tant de guerres à la fois, ni remédier à tant de désordres; que pour Jui il préférait le plaisir d'avoir un collègue fidèle à l'ambition de régner seul ; et que , dans le dessein de faire un choix qui fût avantageux à l'État et qui pût leur plaire, il avait jeté les yeux sur Théodose.

A ce nom les troupes l'interrompirent, et témoignèrent leur joie par de longs applaudissements. Gratien reprit son discours, et après avoir fait l'éloge de Théodose, il lui donna la pourpre et la couronne. Alors les soldats, qui l'avaient autrefois estimé digne de l'empire, redoublèrent leurs acclamations ; et les officiers vinrent en foule saluer le nouvel empereur, qui n'étant âgé que de trente-trois ans, et joignant à la force et à la vigueur de l'âge une grande expérience et une sagesse consommée, faisait espérer le rétablissement, entier des affaires,

Gratien lui donna en partage la Thrace et toutes les provinces que Valens avait possédées. 11 y ajouta cette partie orientale de l'Illyrie, dont Thessalonique était la capitale, détachant de l'empire d'Occident cette province qui était exposée aux courses des barbares, et que. ni lui à cause de son éloignement, ni Valentinien son frère, à cause de son bas âge, n'auraient pu défendre. Peu de jours après cette élection, les deux empereurs se séparèrent. Gratien prit la route des Gaules pour aller chasser les Allemands qui les ravageaient; et Théodose marcha vers Thessalonique pour y assembler son armée , et recommencer la guerre contre une multitude formidable d'Alains, de Goths et de Huns, qui depuis sa dernière victoire s'étaient rejetés dans la Thrace, après avoir couru la Mœsie et la Pannonie.

Le bruit se répandit bientôt que Théodose était empereur , et qu'il s'avançait avec une partie de l'armée d'Occident, que Gratien lui avait laissée. Les peuples, que le malheur des dernières guerres et la rigueur du règne passé avaient abattus , commencèrent à respirer. Les troupes que les ennemis tenaient resserrées dans leurs garnisons reprirent courage, et firent des courses dans la campagne ; et les officiers qui s'étaient sauvés de la dernière défaite, et qui s'étaient jetés dans les places fortes, étaient prêts à sortir an premier ordre, et à ramasser les restes épars des légions romaines pour les emmener à Théodose. Toutes les villes disposaient leurs députalions, et Constantinople, que Valens avait, juré de ruiner a son retour de la guerre, se réjouissait d'être son« la domination d'un prince qui méritait d'être aimé, et qui ('tait capable de la protéger.

Théodose arriva néanmoins à Thessalonique, où se rendirent incontinent, de toutes les provinces de l'empire, ceux que leur rang ou leur devoir appelait à la cour, et cpii\ qui venaient rendre compte des affaires publiques, ou solliciter des affaires particulières. Là il

commença à faire toutes les fonctions d'un grand empereur, envoyant ses ordres partout, recevant les personnes de qualité et de mérite avec honneur, et les autres avec bonté ; donnant ses audiences à toute heure, et rendant la justice indifféremment à tous ses sujets ; ne refusant rien de ce qu'if pouvait raisonnablement accorder ; ajoutant aux grâces qu'il faisait la manière obligeante de les faire, et adoucissant les refus par des marques de bienveillance. Ainsi ceux qui avaient obtenu ce qu'ils demandaient, étaient satisfaits ; et ceux qui n'avaient pu l'obtenir, s'en retournaient au moins consolés.

Il se mit en campagne, et s'avança vers la Thrace à grandes journées. Les barbares étaient divisés en plusieurs corps, et sans s'attacher au siège d'aucune place, où ils n'avaient jamais réussi, ils ravageaient impunément toute la campagne. Ils étaient armés à la romaine depuis la défaite de Valens : Fritigerne leur avait appris à se rallier, et à observer quelque discipline ; leur armée grossissait tous les jours d'un nombre infini de leurs compagnons, que le bruit de leur victoire et l'espérance d'un grand butin attiraient de tous côtés. Ainsi ils étaient à craindre ; mais ils n'avaient presque point de chefs. Fritigerne, à qui ils avaient refusé d'obéir, les avait abandonnés.

Théodose entra dans la Thrace. 11 défit d'abord quelques partis des ennemis qui s'étaient éloignés du gros de l'armée; et ayant appris des prisonniers l'endroit où était campée la plus grande partie de ces barbares, il crut qu'il les vaincrait aisément, s'il pouvait les surprendre avant qu'ils fussent avertis de sa marche. Il commanda à Modaire, prince du sang royal des Scythes, qui s'était mis au service des empereurs, et qui, par sa fidélité et par sa valeur, avait mérité les premiers emplois dans leurs armées, <le s'avancer avec quelque cavalerie pour reconnaître les ennemis. Cependant il marchait lui-même en grande diligence.

Peu de jours après. Modaire revint, et rapporta à Théodose que les ennemis n'étaient pas loin ; qu'ils étaient campés dans des plaines dominées par des hauteurs qu'il ne serait pas difficile d'occuper; que leur camp n'était fermé que d'un retranchement de quelques chariots mal rangés, et qu'on forcerait sans aucune peine; et qu'enfin, ne se défiant de rien, et croyant l'empereur encore assez loin d'eux, ils pouvaient être opprimés avant d'être en état de se défendre.

L'empereur apprit ces nouvelles avec beaucoup de joie, et renvoya Modaire à la tête d'un fort détachement, pour se saisir des postes qu'il jugerait nécessaires, soit pour empêcher les Goths d'être avert s, soit pour les combattre avec avantage, s'ils étaient disposés à donner bataille. Assez proche du cnmp et presque à la vue des ennemis, s'élevait une colline étendue en long, et qui, vers le milieu de sa pente, laissait un espace de terrain assez uni et assez grand pour y loger un nombre raisonnable de troupes. Modaire y mit les siennes pendant la nuit sans avoir été découvert. Il se saisit de tous les passages ; et sachant que ies Goths sans crainte et sans précaution étaient endormis dans la plaine, il attentait avec impatience l'arrivée de l'empereur pour les charger. A la pointe du jour Théodose étant arrivé reconnu» lui-même les lieux, et se disposa promptement à l'attaque. Il commanda aux soldats de quitter le9 armes pesantes, et de ne retenir que l'épée et le bouclier. Il donna ordre aux capitaines d'étendre les rangs, pour ne rien laisser derrière eux, et pour faire paraître l'armée plu- d >m 'îeuse.

Les Goths cependant él aient dans une grande tranquillité ; ies uns rentraient dans le camp chargés du butin qu'ils venaient de faire; les autres en sortaiefifl pour aller courir la campagne. Plusieurs, fatigués des Ci urses qu'ils avaient faites pendant la nuit, étaient couchés ça et là ; et la plupart, ensevelis dans le vin.

dormaient au milieu des provisions qu'ils avaient amassées. Leurs chefs, gens de peu d'expérience et de peu d'autorité, quelques avis qu'ils eussent reçus qu'il paraissait des troupes romaines, n'avaient pu se persuader qu'elles vinssent pour les attaquer. Ceux mêmes qui les avaient vues ne les prenaient pas pour l'armée entière, mais pour un parti sorti des places voisines, qui ne méritait pas qu'on prit les armes, et qui se renfermerait bientôt dans les garnisons.

Ils étaient en cet état, lorsqu'ils ouïrent le bruit des trompettes et les cris des soldats, qui fut le signal de l'attaque. Modaire descendit de la colline avec l'infanterie qu'il commandait, élargissant ses bataillons à mesure qu'il s'avançait dans la plaine, et marcha droit à la tête du camp. Promote, un des lieutenants généraux de l'empereur , prit à gauche avec une partie de la cavalerie; et l'empereur avec le reste, côtoyant la colline à droite, s'approcha des ennemis pour les prendre en flanc. Les Goths, qui virent fondre tout à coup sur eux cette armée que la frayeur leur faisait paraître innombrable, jugèrent bien que leur perte était assurée. Leurs chefs reconnurentleur faute, lorsqu'il n'était plus temps de la réparer : la terreur et la confusion se répandirent par tout le camp. Ceux-ci, courant aux armes, perdaient la vie avant qu'ils fussent en état de la disputer ; ceuxlà, pour éviter le péril qu'ils voyaient, allaient chercher celui qu'ils ne voyaient pas, et rencontraient partout l'ennemi. Le nombre des fuyards les empêchait de pouvoir fuir. En peu d'heures tous ces barbares furent ou tués ou faits prisonniers. On prit leurs femmes et leurs enfants, et quatre mille chariots qui servaient à les porter dans leurs marches. Ainsi toute la Thrace fut encore une fois délivrée de la désolation où ces nations étrangères l'avaient réduite.

Le bruit de cette défaite s'étant répandu, les Alains et les Goths, qui ravageaient les autres provinces, s'ar-<

rêlèrent et firent des propositions de paix. Ils auraient bien voulu venger la mort de leurs compagnons : mais comme ils surent que l'empereur allait à eux, ils se soumirent à tout ce qu'il voulut, et signèrent un traité qu'ils n'avaient dessein d'observer que jusqu'à la première occasion de le rompre. Théodose, de son côté, leur accorda plus qu'ils ne demandaient ; car il préférait une paix honnête à une guerre glorieuse, et ne jugeait pas à propos d'exposer le peu de trot;pes qu'il avait à des combats douteux, contre des ennemis qui vainquaient quelquefois les Romains, et qui ne se laissaient pas toujours surprendre.

Tout étant ainsi réglé , Théodose visita les places , renforça les garnisons et donna ses ordres pour la sûreté et pour le soulagement des provinces que la guerre avait ruinées ; puis il reprit le chemin de Thessalonique, pour y passer l'hiver, et pourvoir de là aux plus pressantes nécessités de l'État. La joie que lui donnaient ces premiers succès de son règne, fut encore augmentée par les nouvelles qu'il reçut que Gratien n'avait pas été moins heureux que lui; qu'ayant joint à ses troupes celles que commandait Merebaude, roi des Français, il avait attaqué les Allemands, et lesavait vaincus et chassés des Gaules. Théodose fit rendre à Dieu de solen- P'1 les actions de grâces pour ses victoires, et pour celles d'un prince dont la gloire le touchait autant que la sienne propre.

Aussitôt qu'il fut déchargé des soins de la guerre, il crut qu'il serait indigne des grâces qu'il avait reçues du Ciel, et de la protection qu'il en espérait, s'il ne s'appliquait de tout son pouvoir au rétablissement de la foi et de la religion catholique, dont il avait fait profession toute sa vie. Pour cela il résolut d'abattre les ariens, que ses prédécesseurs avaient élevés, et qui remplissaient alors tout l'Orient de confusion et de desordre.

Cette secte s'éleva sous le règne du grand Constantin, et suscita contre l'Église une espèce de persécution plus dangereuse que celle des tyrans dont elle venait d'être délivrée. Arius en fut l'auteur. 11 était né dans cette partie de la Libye qui est voisine de l'Egypte, et il avait passé à Alexandrie , dans l'espérance de s'y faire connaître , et de se pousser aux premières charges de l'Église. Comme il avait de l'esprit , du savoir et de l'éloquence, avec quelque apparence de vertu, les patriarches de cette ville crurent qu'ils pourraient se servir de lui, et relevèrent les uns aux ordres, les autres aux ministères ecclésiastiques. Mais ils reconnurent bientôt que c'était un esprit inquiet, présomptueux, indocile, prêta prendre le bon ou le mauvais parti, selon qu'il convenait à sa fortune ou à son orgueil. Dès ses premières années, il se jeta dans le schisme de Mélèce, évêque de Lycopolis dans la Thébaïde. Il en sortit, et il y rentra. Enfin il se réconcilia avec le patriarche Achillas, et feignit d'être son ami, pour devenir son successeur. Alors, couvrant son ambition du voile d'une modestie affectée, gagnant les uns par un entretien doux et flatteur, trompant les autres par un extérieur grave et composé, il aspirait secrètement à Tépiscopat.

Mais ses espérances furent trompées. Le siège vint à vaquer, et le mérite de saint Alexandre l'emporta sur les intrigues d' Arius. 11 en fut piqué, et l'envie qui le possédait lui fit regarder comme son ennemi celui qu'il devait respecter comme son père. Il résolut de le perdre, et ne pouvant décrier sa vie , qui était très-innocente et très -exemplaire, il entreprit d'attaquer sa doctrine, quoiqu'elle fûl très-pure ettrès-sainte. 11 l'accusa conime d'un crime de soutenir que Jésus-Christ était égala son Père, éternel et immuable comme lui, et qu'ils n avaient qu'une même essence. Après lui avoir reproché cette vérité comme une hérésie, il proposa lui-même son hérésie comme une vérité, et commença de publier que le

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Fils n'était qu'une créature; que le Verbe avait été fait et tiré du néant; qu'il était wunble et çharxji de sa nature ; qu'il n était Fils de Dira que par adoption ; et que s'il était appelé Dieu, il ne fallait pas entendre qu'il le fût par nature , mais seulement par participation.

Le patriarche essaya de le ramener par ses avertissements, ses raisons, ses menaces ; mais connaissant que ces voies de douceur et d'exhortation ne servaient qu'à lui donner plus e courage et plus de moyens de communiquer son impiété, il l'excommunia dans un concile de cent évêques qu'il avait convoqués pour cela de l'Egypte et delà Lioye.

Ce coup Tétonna, mais ne l'abattit pas. Il se relira dans la Palestine, d'où il écrivit à l'empereur : il alla même le trouver, et en peu de temps il acquit quelques protecteurs , et un grand nombre de disciples qui s'attachaient à lui, les uns par le seul amour de la nouveauté, les autres par cette fausse pitié qu'on a pour un homme qu'on croit opprimé, plusieurs gagnés par ses persuasions et par ses caresses. Constantin, averti que les peuples et les évêques commençaientit se partager, el qu'il s'assemblait d( es de part et d'autre, crai-

gnit les suites de cette division. Décrivit de Nicomédie, qui était alors le séjour ordinaire des empereurs de l'Orient, une lettre commune à saint Alexandre et à Arius, pour les exhorter à se réunir. Osius. évoque de Cordoue en Espagne, qui se rencontra par hasard près de l'empereur, eut l'ordre d'aller en Egypte pour travailler à cet accommodement, et s'acquitta de -ion avec beaucoup de fidélité, mais avec peu de succès.

Pour réduire cette secte opiniâtre, et régler le point de doc' té, il fallut en venir a un concile uni-

versel, qui établît la vérité el cond imnâl l'erreur par un jugement décisif. Nicée, une des principales villes de la

Bithynie, fut choisie pour le lieu de cette assemblée: les évêquçs de toutes les parties du monde furent invités de s'y trouver : ils y arrivèrent dans le temps marqué, au nombre de trois cent dix-huit. Constantin s'y rendit lui-même, pour être le témoin et comme le médiateur de la paix et de la réunion de l'Église. Arius et ses partisans y furent appelés; on les ouït, on les convainquit, on les condamna. La divinité de Jésus-Christ fut reconnue; et, pour ôter aux ariens tout prétexte de déguiser leur erreur sous des termes équivoques , on les obligea de se servir du mot de con substantiel dans leur profession de foi, et de signer la consubstantialité du Verbe. Cette expression, depuis ce temps-là, fut cumme une marque certaine qui distinguait les. catholiques d'avec ceux qui ne l'étaient pas, ou qui l'étaient de mauvaise foi, et les Pères du concile l'insérèrent dans leur symbole.

Arius, et lesévêques qui le protégeaient, après plusieurs difficultés, feignirent de se soumettre aux décisions du concile, et, pour éviter les peines dont ils étaient menacés, abjurèrent publiquement leur hérésie. Mais ils n'abandonnèrent pas leur entreprise, et ils attendirent le temps favorable pour répandre encore au dehors le venin qu'on les avait forcés de resserrer dans leur cœur. Cependant ils attiraient à leur parti ceux qui pouvaient les assister de leur crédit ou de leur faveur. Ils faisaient valoir à l'empereur leur soumission, afin d'abuser plus facilement de sa bonté. Arius, mené comme en triomphe par ses amis, allait être reçu à la communion de l'Église dans Constantinople, s'il n'eût fini subitement une vie inquiète et criminelle par une mort terrible et honteuse.

Le règne de Valens fut favorable à ces hérétiques. Ils exercèrent en son nom leurs violences accoutumées. Ils obtinrent de lui des lettres aux gouverneurs des provinces pour tyranniser les catholiques. Ils allèrent jus-

qu'au fond des déserts de la Thébaïde, pour en chasser les solitaires qui menaient une vie toute céleste. La persécution fut sanglante; et sous un prince chrétien il se fit presque autant de martyrs que sous les tyrans infidèles. Tels furent les commencements et les progrès de cette hérésie.

Quoiqu'il fût non-seulement difficile, mais encore dangereux dans un nouveau règne d'attaquer une secte puissante, et accoutumée depuis longtemps à dominer, néanmoins Théodose forma le dessein de les ramener avec douceur, ou de les réprimer avec autorité. L'impératrice Flaccile, sa femme, qu'il aimait tendrement, Therrnancie etSerène, ses nièces, qu'il avait adoptées depuis la mort de son frère Honorius, y étaient nouvellement arrivées. On y voyait tous les jours aborder quelques-uns de ses amis, surtout ceux qui l'avaient assisté dans le temps de sa disgrâce. Il les avait invités de venir d'Espagne en Orient, afin de les récompenser, et de les élever dans les charges. Sa reconnaissance s'accrut avec son pouvoir ; et dès qu il fut empereur, il se souvint de tous les services qu'on lui avait rendus quand il était encore particulier, et n'oublia que les injures qu'on lui avait faites.

La joie qu'il eut de revoir des personnes qui lui étaient si chères fut bientôt troublée ; car à peine était- il arrivé àThessalonique qu'il tomba dangereusement malade. Il se mit d'abord en état de recevoir le baptême, et se disposa à mourir chrétiennement. Comme il a\ait une grande affection pour la foi orthodoxe de la Trinité, avant de faire appeler Ascole, évoque de cette ville, il s'informa de ses mœurs, et de la foi qu'il professait. Il apprit que c'était un prélat dune vertu consommée; que sur la réputation de sa sainteté les peuples de la Macédoine l'avaient tiré de sa solitude pour le faire leur archevêque; qu'il avait toujours été infiolablement attaché à la doctrine de l'Église ; que saint Basile l'avait

honoré de son amitié, et que le pape Damase avait pour lui une estime toute particulière.

Théodose eut, beaucoup de joie de tomber entre les mains d'un si saint homme. 11 le fit appeler; et, ayant encore su de lui-même qu'il professait la foi apostolique, confirmée par le concile de Nicée, il lui demanda avec respect le sacrement de la régénération. Aussitôt il le reçut avec une piété exemplaire, et s'estima plus glorieux d'être devenu enfant de l'Église, que d'avoir été fait maître d'une partie du monde. Alors il se crut engagé à rétablir la religion dans tout l'empire ; et Dieu, bénissant ses intentions, lui rendit en peu dejoursune parfaite santé.

Après avoir ainsi examiné toutes choses, il crut qu'il était de sa prudence de ramener les esprits peu à peu, et de commencer par des lois qui leur fissent connaître ses volontés, et craindre sa justice. 11 fit donc un édit datédeThessalonique, par lequel il ordonne aux peuples de son obéissance de suivre la foi que l'Église romaine avait reçue de saint Pierre, et qui était enseignée parle pape Damase, et par Pierre d'Alexandrie, prélat d'une sainteté apostolique, et leur enjoint de confesser et de reconnaître une même divinité dans la trinité des personnes du Père , du Fils et du Saint-Esprit, suivant la doctrine de l'Évangile, et l'ancienne tradiiion del'Église. Il déclare ensuite que ceux-là seulement qui professeront cette foi, seront tenus pour catholiques; et que ceux qui la rejetteront, seront traités comme des hérétiques infâmes et insensés, qui, outre les peines qu'ils méritent de la justice divine, doivent encore attendre de lui des châtiments proportionnés à l'énormité de leur crime.

Il adressa cet édit au peuple de Constantinople , afin qu'il fût d'abord exécuté dans cette ville impériale, qui était comme le théâtre 'Je l'hérésie, et que de là il passât pks promptement dans toutes les autres villes de

l'empire. Ce fut eu ce même temps que Maxime vint se jeter aux pieds de Théodose, le suppliant de le maintenir dans le siège de Constanlinople qu'il venait d'usurper. Maxime était d'Alexandrie, philosophe cynique de profession, d'un savoir médiocre, d'une vie déréglée, et d'une profonde dissimulation. Se voyant sans honneur et sans ressources, animé par son ambition et par sa misère , il vint à Gonstantinople avec le téméraire dessein de s'en faire évêque. Il publia d'abord qu'il était d'une maison illustre par sa noblesse, et plus encore par sa piété ; que son père était mort pour la défense de la foi ; que ses sœurs étaient l'exemple des vierges chrétiennes dans Alexandrie. Il se vantait d'avoir soufiert lui-même un long exil pour Jésus-Christ, se faisant un honneur de religion de ce qui avait été la punition de ses crimes. La fable de ses martyres prétendus, soutenue de plusieurs circonstances étudiées et de quelques ap] arences de piété qu'il affectait, lui acquit l'estime et l'amitié de tout ce qu'il y avait de catholiques dans Gonstantinople.

Grégoire de Nazianze avait le soin de l'église de Constantinople. Il y avait été envoyé un an auparavant par le concile d'Antioclie selon quelques-uns, ou appelé par les peuples et par les evêques de Thrace , comme il semble le marquer lui-même. 11 exerça d'abord par commission les foi étions pastorales dans celte église, où il fit rc\ ivre la foi presque éteinte; joignant l'exem] le de sa vie à la force de son éloquence, et réunissant, par ses soins, les restes d'un troupeau que les ten

iées avaient dispersé. Mais Le nombre des catholiques s'étant eu peu de temps notablement augmenté, il> l'élurent pour leur pasteur. Pierre, patriarche d'Alexandrie, confirma ce choix . lettres < t ; ar son suffrage , et lui envoya les marques de g té. Les hérétiques, ne pouvant résiste) itèrent plusieurs fois contre sa personne; mais comme il I

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