‹ Histoire de timbre-poste françaisChapitre 12 sur 15 · LES COLLECTIONS ET LES COLLECTIONNEURS · texte numérisé non relu

LES COLLECTIONS ET LES COLLECTIONNEURS

Des collectionneurs en général.

Lecteur, êtes-vous collectionneur?

Supposons la négative. Faut-il vous en plaindre ou vous en féliciter?

D'une part, à combien de préoccupations, de soins, de recherches, d'envies, de jalousies, n'échappez-vous pas? Mais, d'un autre côté, que d'émotions, souvent renouvelées sans perdre de leur vivacité, vous sont inconnues : après les patientes investigations, la joie de la trouvaille, l'anxiété de négociations exigeant parfois des prodiges de diplomatie; finalement, la jouissance de

l'entrée en possession quand ce n'est pas une

amère déception.

L'attachement aux objets qui nous sont familiers est inné en nous; il a été de tous les temps et de tous les peuples; nous en trouvons le témoignage dans les plus antiques sépultures où, par une touchante coutume empreinte du respect porté aux morts, l'on enterrait le guerrier avec ses armes, la femme avec ses ornements primitifs, l'enfant avec ses jouets de prédilection. La préoccupation de collectionner des objets préférés est l'une des formes de la manifestation de ce sentiment; reconnaissons que ce goût est entaché d'égoïsme, car, pour le collectionneur, rien n'est de posséder un objet tout beau qu'il soit, si cet objet est commun. Mais quel prix il attache à une chose rare ! quel triomphe, s'il a mis la main sur un exemplaire qu'il est seul à posséder, que ce soit peinture, livre, autographe, monnaie..., ou timbreposte! La Bruyère, dont la critique vigoureuse et acérée a pris à partie, dans ron chapitre sur « La Mode », les curieux de divers genres, le curieux de médailles, le curieux d'estampes, de hvres, d'oiseaux, etc., dépeint ainsi ce sentiment :

<c La curiosité n'est pas un goût pour ce qui

est bon ou pour ce qui est beau, mais un goût pour ce qui est rare, unique, pour ce qu'on a et que les autres n'ont point. Ce n'est pas un attachement à ce qui est parfait, mais à ce qui est couru, à ce qui est à la mode. Ce n'est pas un amusement, mais une passion, et souvent si violente, qu'elle ne cède à Tamour et à l'ambition que par la petitesse de son objet; ce n'est pas une passion qu'on a généralement pour les choses rares et qui ont cours, mais qu'on a seulement pour une chose qui est rare, et pourtant à la mode. »

Des gens moroses ont, je le sais, qualifié de maniaques les collectionneurs. Tout beau, messieurs! Passe encore votre dédain quand il s'adresse à des originaux appliquant leurs recherches à des objets bizarres. Ceux-là, je le dis avec vous, sont des maniaques qui, sans but d'utilité, sans idée d'esthétique, passent leur temps à réunir des choses plus ou moins singulières. J'ai connu une personne collectionnant des bouteilles de toutes formes; elle en avait réuni plusieurs centaines; une autre, des boutons, ce qui serait tout au plus

admissible pour quelqu'un du métier; enfin, un original, passant sa vie sur les routes, examinant un à un les cailloux amoncelés, pour tâcher d'en découvrir de formes particulières, plus heureux qu'un roi, quand, l'imagination aidant, il en trouvait un ressemblant... plus ou moins, à un fruit, à un objet,, à un animal!

Mais, quand il s'agit de documents intéressants ou de raretés artistiques, il ne viendra pas à l'esprit d'une personne sensée de critiquer l'application de ceux qui, par leurs patientes et laborieuses recherches, ont sauvé de la destruction d'innombrables et inestimables merveilles. Allez à Saint- Germain voir revivre l'époque préhistorique dans les collections rassemblées par M. de Mortillet; voyez dans les galeries du Louvre les travaux géants, remontant à des milliers d'années, de l'Egypte et de l'Assyrie; regardez, au Musée de Cluny, les chefs-d'œuvre du Moyen Age et de la Renaissance. Pour l'histoire du siècle, à commencer par la Révolution française, visitez le Musée Carnavalet. Vous ne pourrez vous défendre d'un sentiment d'admiration pour ces raretés ins-

tructives, de reconnaissance pour ceux qui nous les ont conservées.

Rendons alors justice aux collectionneurs, aux fureteurs éclairés; gardons-nous de les confondre avec les simples curieux, sacrifiant à la mode plutôt qu'au goût; mais ne méconnaissons pas, toutefois, que ceux-ci ont souvent aidé ceux-là.

L'inclination à collectionner remonte donc aux

époques les plus reculées, aussi loin que la

coquetterie féminine : nos premières mères, n'ayant pas à leur disposition les éblouissantes merveilles de la rue de la Paix, recherchaient certaines coquilles, qu'elles perforaient et réunissaient pour s'en faire des colUers, des bracelets; elles collectionnaient! Pour établir que ce sentiment, la jalousie de posséder les choses rares, se perd dans la nuit des temps, nous sommes bien obligés à une digression, le timbre-poste n'étant pas encore à son demi-siècle, et la mention, dans l'opérette de la Belle Hélène, d'une excursion d'Oreste à la petite bourse aux timbres, étant de la dernière fantaisie.

Nous ne traiterons cependant point ici des curiosités artistiques de haut goût, chefs-d'œuvre

de la peinture, de la sculpture, de la céramique, du meuble; cela nous mènerait trop loin. Après avoir rappelé que, dans les guerres de l'antiquité, la première chose qui suivait la victoire était le partage du butin, partage dans lequel les objets précieux étaient vivement disputés, témoin le vase de Soissons, limitons-nous aux collections en album et parlons un peu d'un genre qui nous est particulièrement cher : les autographes.

N'y a-t-il pas un sentiment d'exquise délicatesse à conserver, comme pieuses reliques, l'écriture d'une personne aimée, d'un homme illustre! Largius Lucinius offrit 400 000 sesterces des manuscrits de Pline l'Ancien, et le bon Montaigne s'exprime ainsi, parlant de ceux dont le souvenir lui est doux : « ]'en conserve l'escripture, le seing, les heures,... je les conserve pour l'amour d'eux. » Voilà pour le cœur. Quant à la curiosité, je vois, dans un autographe, le produit d'une partie de l'existence de celui dont il émane, et je suis heureux de songer que j'ai là, sous la main, quelques minutes de la vie de nos grands hommes, voire de célébrités des genres les plus

divers, les hasards du classement alphabétique amenant tantôt d'heureux rapprochements : Bérat faisant suite à Déranger; Tamburini à Talma; tantôt de singuHers contrastes : About coudoyant Abd-el-Kader; le spirituel et gai Labiche, auprès de..... Lacenaire; Rouget de Lisle avec Rouher; George Sand, terrifiée au voisinage de l'exécuteur Sanson! Et quand je parcours l'album de mes autographes, la mémoire suivant les yeux me rappelle à grandes lignes les chefs-d'œuvre, les actes glorieux ou la personnaUté originale de leurs auteurs; la pensée rapide voit défiler, comme dans une magique évocation, les célébrités du siècle : Hugo, Lamartine, Lesseps, Musset; les généraux des jours heureux, et aussi les grands hommes qui, par leur patriotisme et leur valeur, ont adouci nos plaies vives : Gambetta, Thiers, Mac-Mahon, Faidherbe, Chanzy.

Des collections de timbres-poste.

Les timbres-poste ont un côté commun avec les autographes : comme ceux-ci, ils rappellent à l'esprit toute une série de personnages, de lieux.

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de temps, de faits, constituant une véritable encyclopédie. Nous y trouvons, en effet :

En premier lieu, une galerie de souverains; les portraits d'une centaine de rois, de reines, de présidents de tous âges, depuis la reine Victoria, qui a inauguré le timbre-poste il y a tantôt cinquante ans, si gracieusement représentée sur les timbres des colonies anglaises de 1857 à 1860, Grenade, Natal, Queensland, etc., jusqu'au bébé royal d'Espagne; de tous pays, depuis nos souverains européens jusqu'aux types étranges des contrées lointaines, radjahs de l'Inde, rois et reines d'Hawaï. Nous avons même, articles de fantaisie, des timbres-poste à l'effigie de prétendants; des timbres-poste d'un prétendu royaume, les Sedangs.

Les armes de certaines nations : Allemagne, Danemark, Russie, etc.. et des allégories : France, Suisse et certaines colonies anglaises notamment.

Pour d'autres pays, un simple chiffre indicatif de la valeur; cette forme, simple entre toutes, est plutôt adoptée pour les chiffres-taxes.

Des paysages : Libéria, Nouvelle -Galles du Sud, Paraguay.

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l3l

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Fig. 2(3.

Nouvelle-Galle? du Sud.

Fig. 27. — Duché de Brunswick.

Fi.çr. 28. — Canada.

Fig. 29. — Etats-Unis.

Fig. 31. — Nouveau- Fig. 32.— Nouvelle- Fig. 30. — Tasmanie. Brunswick. Galles, Sydney.

l32 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

Fier. 33. — Samoa.

Fig, 3-i. — Orange. Fig. 35. — Nicaragua.

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Fig. 36, — Australie occidentale.

Fig. 37. — Egypte.

Fig. 38. — Nouveau- Brunswick.

Fie.39. — Gualemala. Fig. iO. — Japon.

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l33

Fig. 41. — Panama.

Fig. 42. — Nouvelle-Galles du Sud.

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Fig. 43. — Terre-Neuve.

Fig. 44, — Terre-Neuve.

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Fis. 45. — Etats-Unis.

Fig. 46. — Étals-Unis.

l34 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

Les accidents naturels : la Bolivie, le Nicaragua, San Salvador, avec leurs volcans.

Les grands travaux de l'antiquité : les pyramides, les sphinx et les obélisques égyptiens.

Des pays ont fait entrer dans la composition de leurs timbres-poste les animaux ou les plantes qui les distinguent ou constituent des éléments de prospérité; dans le premier de ces genres, le cygne de l'Australie, le castor du Canada, le quetzal du Guatemala, le lama du Pérou, Tornithorynque de la Tasmanie, le kanguroo et l'émou de la Nouvelle-Galles du Sud, le chien et le phoque de Terre- Neuve; dans le second, le chrysanthème du Japon, le palmier de Samoa, Toranger d'... Orange, la fleur du Rigi. Les animaux qui sont les chefs de leur race sont pris dans le sens allégorique : le lion, l'aigle, l'ours.

Les astres ont leur part : le soleil et les étoiles, ces dernières venant dans plusieurs États en représentation des pays confédérés, et en nombre égal : 13 sur d'anciens timbres des États-Unis d'Amérique, 9 pour la Colombie, 21 pour la nouvelle République Brésilienne, 22 (nombre des cantons) sur le chiiïre-taxe de la Suisse.

Nous y rencontrons encore l'image des divers modes de transport des correspondances ; un piéton à la course sur le timbre d'exprès des États- Unis; le cheval, libre dans le Brunswick, monté par un courrier, dans les États-Unis; la locomotive, aux États-Unis et au Nouveau-Brunswick; le navire : à voiles pour Buenos-Ayres, la Guyane anglaise, Terre-Neuve; à vapeur pour le Nouveau- Brunswick, le Paraguay, le Pérou, Saint-Thomas.

Les timbres-poste de Flnde, de la Chine, du Japon, nous offrent de curieux spécimens d'écriture et d'animaux fantastiques.

Citons comme séries particulièrement intéressantes et variées, deux émissions des États-Unis d'Amérique :

1° Celle de 1869, composée : des bustes de Franklin (i cent), de Washington (6 cents) et de Lincoln (90 cents); des Armes surmontées d'un aigle (10 et 30 cents); d'un coursier à cheval lancé au grand galop dans la steppe (2 cents); d'une locomotive (3 cents); d'un steamer, véritable marine en miniature (12 cents), et de deux grandes scènes de l'histoire américaine : le débarquement de Christophe Colomb (15 cents) et

r36 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

la séance de la déclaration de l'Indépendance (24 cents); en somme, autant de chefs-d'œuvre de gravure. L'artiste qui a exécuté le prototype de ce dernier timbre y a passé plusieurs années; aussi, quelle merveilleuse finesse dans les moindres détails! C'est, à notre avis, le plus beau de tous les timbres-poste.

2° Les 24 timbres imprimés de l'émission de 1875; ces figurines ont été employées surtout comme papier-monnaie. Elles représentent : de I à 10 cents, la statue de l'Amérique, placée sur le dôme du Capitole national ; de 12 a 96 cents, Astrée (la Justice); celles de i dollar 92 cents, Cérès (l'Agriculture) ; de 3 dollars, la Victoire; de 6, Clio (l'Histoire); de 9, Minerve (la Sagesse et la Guerre); de 12, Vesta (le bonheur domestique); de 24, la Paix; de 36, le Commerce; de 48, Hébé (la Jeunesse et la Beauté); enfin, de 60 dollars (300 fi'ancs) , Minnehaha, héroïne du poète national Longfellovvr. Très jolie collection, dont le seul tort est de coûter

I 200 francs Je me hâte d'ajouter qu'on se la

procure en fac-similé de belle imitation pour

moins d'un franc.

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS I Sj

L'émission du centenaire (1889) de la fondation de la Colonie anglaise de la Nouvelle-Galles du Sud mérite aussi une mention spéciale. Au concours institué à cet effet ont pris part de 200 à 300 artistes qui ont déposé un millier de projets. Les types adoptés nous donnent : le i penny, le paysage de Sydney; le 2 pence, un émou; le 4 pence, le capitaine Cook avec armes et, en petit, un émou et un kanguroo; le 6 pence, la reine Victoria et des armes; le 8 pence, un oiseaulyre; le I shilling, un kanguroo; le 5 shillings, une carte de l'Australie, et le 20 shillings, deux gouverneurs généraux : Carrington, celui de la fondation (1788), et Philip (1888). Chacun de ces limbres'poste porte, outre l'indication, en toutes lettres, du pays et de la valeur, l'inscription « one hundred Years » : un siècle.

Les timbres ne sont pas moins variés dans la forme que dans le sujet. Ils sont rectangulaires pour la très grande majorité; mais nous en trouvons aussi des triangulaires au Cap de Bonne- Espérance, à Terre-Neuve, dans la Colombie; un circulaire à la Nouvelle-Galles du Sud; dés hexagonaux (Nouvelle -Galles du Sud, Belgique et

l38 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

Pays-Bas — Télégraphe); des octogones (Victoria). Il en est de grandes dimensions, en Perse notamment, sans parler des timbres d'imprimés des États- Unis i86'6; les plus étroits, ayant à peine un centimètre en ce sens, se rencontrent dans Victoria et l'Australie du Sud. Deux timbres, d'Espagne et de Mecklembourg, se subdivisent par quarts de leur valeur.

Nous avons des timbres-poste lithographies et des typographies; le Portugal et Héligoland dans leurs timbres-poste et, dans leurs enveloppes, un grand nombre de pays, nous donnent des reliefs parfois d'un charmant effet; à citer les enveloppes du Guatemala.

Voilà pour le timbre-poste en lui-même. Parlons maintenant des différentes formes sous lesquelles, au hasard de la trouvaille, il prend place dans nos collections: neuf intact; en spécimen; réimprimé; oblitéré; surchargé; transformé; provisoire; en fac-similé.

En grande majorité, les collectionneurs préfèrent le timbre neuf; il est toujours plus net, d'un meilleur effet; ceux qui font exception recher-

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l3g

client dans roblitération une garantie d'authenticité.

Les spécimens sont des timbres neufs frappés d'un mot, le plus souvent le mot «■ spécimen » même. Cette disposition, prise à l'égard de figurines échano^ées entre administrations ou vendues au rabais à destination des collections, a pour objet d'en empêcher l'emploi en affranchissement; elle s'explique lorsqu'elle porte sur des timbres qui valent jusqu'à 20 shillings (25 francs), jusqu'à 60 dollars {300 francs).

Les réimpressions sont le produit du tirage de figurines qui ont cessé d'avoir cours; elles présentent généralement quelque différence sur les originaux, soit dans la nuance du timbre, soit dans la nature du papier.

Rappelons ici que l'oblitération consiste dans l'apposition d'un timbre d'annulation.

Les surcharges ont pour objet, soit de modifier la valeur nominale des timbres lorsque certaines catégories font momentanément défaut, notamment dans les colonies éloignées de leur métropole, soit de leur donner une affectation spéciale en les réservant pour la correspondance de service.

En cas de pénurie, des timbres fiscaux, des timbres de chemin de fer, des chiffres-taxes ont été, à l'aide de surcharges, transformés en timbresposte par mesures temporaires.

Les timbres provisoires sont des figurines improvisées pour remplacer, par expédient, les timbres normaux manquants.

Enfin, les fac-similé sont des imitations

avouées.

Dans les premiers mois de 1889, on a dû recourir, au Gabon, à toute une série de dispositions exceptionnelles assez curieuses, résumant les circonstances dans lesquelles il est recouru aux surcharges, aux transformations, aux timbres provisoires.

Un approvisionnement des timbres-poste communs à toutes les Colonies françaises, envoyé de la métropole, était tombé à la mer, lors du déchargement du navire le Brave. Un second envoi, fait par la Violette, fut volé par un nègre et, vraisemblablement, détruit par lui, sous le coup du désappointement qu'il éprouva en constatant le contenu de la caisse dérobée. Trois envois successifs dans notre colonie sud-afri-

Cciine demandent beaucoup de temps et, dans l'intervalle, se produisit une extrême pénurie. Le gouvernement local s'en tira par les mesures administratives suivantes, prises sur la proposition du directeur de l'Intérieur :

« Un arrêté du 28 décembre 1888, visant la perte, par cas de force majeure, des envois faits par le Brave et la Violette, autorise la transformation, par surcharge, de 4 000 timbres à 5 centimes en timbres à 25 centimes. » On prévoit la spéculation sur ces raretés et l'arrêté spécifie que les affranchissements pour l'extérieur seront opérés exclusivement au guichet, la vente de figurines qui ne seraient pas employées séance tenante étant prohibée; cette précaution devient illusoire pour certaines personnes, qui déposent en même temps de nombreuses enveloppes à l'adresse d'un même destinataire. En outre, et pour ménager les réserves, les affranchissements pour l'intérieur du pays sont opérés en numéraire et • constatés par la simple apposition dun timbre humide.

Les 4 000 timbres sont bientôt épuisés et il faut recourir successivement à de nouvelles surcharges :

Arrêté du 7 février 1889 : surcharge, en 25 centimes de 1 000 timbres à 75 centimes, et, en 15 centimes, de i 200 timbres à i franc.

Arrêté du 8 mars suivant : surcharge, en 25 centimes de 800 timbres à 10 centimes, et, en 15 centimes, de 400 timbres à 10 centimes.

Les timbres-poste sont épuisés; les surcharges ont donné tout ce qu'on pouvait en retirer; on recourt alors aux chiffres-taxes, que l'on transforme, par l'inscription, en caractères d'imprimerie, du mot Gabon dans la partie supérieure du mot Timbre au miUeu de la figurine, et du chiffre indicatif de la valeur 2j ou //, dans le bas. Sont transformés dans ces conditions :

Par arrêté du 27 mars 1889, i 500 chiffrestaxes de 20 centimes en timbres à 25 centimes et I 500 chiffres-taxes de 5 centimes en timbres à 15 centimes.

Par arrêté du 16 avril 1889, i 200 chiffres-taxes de 20 centimes en timbres à 25 centimes, et par arrêté du i^^^'mai suivant, i 500 nouveaux chiffres-taxes de 20 centimes en timbres à 25 centimes et 250 chiffres-taxes de 30 centimes en timbres à 15 centimes.

On a fait flèche de tout bois... et le bois est épuisé. Au cours du mois de mai, on crée un timbreposte provisoire. C'est un rectangle oblong encadré par une simple ligne, de 25 millimètres de largeur sur 21 de hauteur; en diagonale, entre deux lignes de l'angle gauche supérieur, à l'angle droit inférieur : République Française', dans le triangle supérieur limité par la diagonale Gabon-Congo et audessous Pc?^/^^ ; dans le triangle inférieur, la valeur 2j ou i^. Ce timbre provisoire est imprimé en noir sur papier : vert pour les timbres à 25 centimes, rose pour les timbres à 15 centimes.

Enfin, les timbres-poste coloniaux, tant attendus, arrivent, et les choses rentrent dans Tordre normal.

Voyons quelles sont, pour les collectionneurs, les conséquences de semblables événements : ces timbres accidentels acquièrent une valeur inversement proportionnée aux quantités émises, résultat de la rareté relative. Il a été émis, au total, au Gabon :

4000 timbres à 5 centimes surchargés 25 ; ils se vendaient d'abord 5 francs pièce.

I 000 timbres de 75 centimes surchargés 25 ; catalogués 12 francs.

800 de 10 centimes surchargés 25, catalogués jusqu'à 20 francs.

Les chiffres-taxes de 20 centimes transformés en timbrés à 25, ainsi que les timbres provisoires vendus librement et employés en assez grand nombre, ont valu jusqu'à 5 francs pièce.

Les valeurs transformées en 1 5 centimes presque exclusivement apposées sur des correspondances qui ne sont pas sorties du pays, sont forcément plus rares et plus recherchées encore ; les timbres à 10 centimes au nombre de 400, et les chiffres-taxes (250 seulement), surchargés les uns et les autres 15 centimes, sont presque introuvables.

Mais les prix de début n'ont pas tenu, tant s'en faut; on trouve de ces figurines, beaucoup plus qu'on n'en a fait, authentiques... et autres parfaitement imitées.

La vogue des collections de timbres-poste, véritable passion, qui compte dans tous les pays du monde des miUiers d'adeptes, a donné naissance, par voie de suffixes, à des expressions nou-

velles auxquelles il ne manque que la consécration académique : nous avons les sociétés de Timbrologie et les Timbrophiles ; la Philatélie et les Philatélistes ; les profanes disent sans ménagement Timhromanie et Timbromanes; ils affirment que La Bruyère aurait eu beau jeu avec le Curieux de timbres-poste, surtout avec les collectionneurs qui établissent des distinctions basées sur une ligne, sur la nature du papier, sur la nuance, variant toujours un peu, pour qui a la rétine suffisamment délicate, d'un tirage à l'autre selon le dosage des couleurs, sur la nature du pointillé et le nombre des perforations qui le forment. C'est véritablement un peu de chinoiserie que de trouver que votre collection de cartes postales françaises est incomplète si, à côté de celle qui présente la mention : ce côté est réservé exclusivement à Fadresse, vous n'en avez une autre identique, à cette seule différence près, qu'elle porte : ce côté est exclusivement réservé à l'adresse. Et si le typographe, par une légère erreur, a employé. un e pour un é.», bon, encore une variété !

Il existe, en France, plusieurs sociétés d'amateurs de timbres-poste.

Mentionnons tout particulièrement la Société française de Timbrologie, qui, en 1878, a organisé un congrès international \ dont le Président est M. Donatis et le Secrétaire, M. le D"" A. Legrand. Elle a une sainte horreur des faux timbres et de ceux qui en font commerce. Ses réunions ont lieu mensuellement. Elle publie un bulletin depuis 1875. Citons, parmi ses membres, MM. de Ferrari, de Bosredon, Mirabaud, Le Roy d'Étiolles, Langlois, de Rosny, Berger- Levrault.

Les journaux sont nombreux.

A Paris :

L'Ami des Timbres, de M. Roussin, publie, depuis dix-huit ans, le catalogue le plus complet;

Le Collectionneur de Timbres-poste, de M. Maury, dont la réputation n'est plus à faire ;

LEcho de la Timbrologie^ dirigé par MM. Frémy et Hoffmann ;

La Revue Philatélique (organe de la Société du

i. Mémoires du Congrès international des Timbrophiles^ Paris, in-S" carré.

même nom), de MM. Victor Robert et Vervelle;

La Carte postale, de M. Schœller.

A Bruxelles, le Timbre- Poste, de M. J.-B. Moens, qui est l'éditeur de nombreuses publications spéciales très estimées des érudits.

A notre merveilleuse Exposition universelle de 1889, l'Administration des Postes et des Télégraphes de France avait consacré, dans son pavillon, une vitrine aux timbres-poste et à leur fabrication ; prototypes, clichés,... etc. Un certain nombre de nations avaient exposé leurs timbres ou des documents s'y rapportant : Bolivie, Haïti, Hawaï, Luxembourg, Mexique, Nicaragua, Portugal, Salvador, TransM^aal. Mais notre figurine est d'importance à comporter des expositions spéciales : il s'en est tenu une à Anvers, la première, du i^"" au 15 mai 1887; on y trouvait de riches collections, des éditions d'albums, des tapisseries et des tableaux dont les couleurs étaient exclusivement composées de timbres-poste et de fragments de timbres; des meubles recouverts en entier de figurines,... etc. Une autre, qui vient de se tenir à Vienne, a été close le 4 mai 1890. Enfin l'Angleterre, berceau du timbre-poste, a eu son expo-

sition postale pour célébrer le cinquantenaire de la petite estampe.

En 1867, M. Pierre Zaccone estimait à 2 000 le nombre de timbres-poste parus jusque-là; ce nombre est bien aujourd'hui de 3 à 4 fois plus considérable, en ne parlant que des timbres-poste proprement dits, des chiffres-taxes et des timbrestélégraphe , non compris les cartes postales, les enveloppes timbrées,... etc. Pour le collectionneur débutant, la tâche est facile et peu coûteuse jusqu'à I 200 ou I 500 variétés; mais alors, difficulté et dépense deviennent plus sérieuses pour aller toujours en s'accroissant.

Le roi des collectionneurs est... un collectionneur impérial, Sa Majesté l'Empereur de Russie; il faut remarquer que cet auguste souverain a, à sa disposition, des moyens d'action qui ne sont pas à la portée du vulgaire.

A citer particulièrement, pour la France, la collection de M. de Ferrari (estimée à 2 millions 1/2), celle de M. de Rothschild et celle de M. le D"" Legrand qui compte 200 000 timbres postaux ou fiscaux. Le premier de ces Messieurs, un docte professeur, occupe plusieurs personnes à l'admi-

nistration de sa collection, qui a Timportance d'une bibliothèque. Dans certains cas, ce n'est point par exemplaires, mais par feuilles entières que pro- . cèdent ces fastueux amateurs.

Le champ principal de l'approvisionnement du commun des collectionneurs est le magasin des marchands spéciaux. Quantité de succursales sont érabHes, au moyen de dépôts, chez des débitants de tabac et des papetiers; la vérité nous force à dire que, dans ces dépôts, les timbres faux sont nombreux.

Mais comment les marchands s'approvisionnent-ils eux-mêmes? Par l'achat de collections, et principalement au moyen des relations entretenues dans tous les pays du monde, oii chacun d'eux a ses représentants.

Parlons maintenant d'un petit coin de Paris, bien connu des collectionneurs et qui, deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, prend un aspect particulier et une animation inaccoutumée capable d'intriguer le promeneur non initié. C'est aux Champs-Elysées, derrière le cirque d'Été, au débouché de l'avenue de Marigny. A partir de deux heures, bravant les ardeurs du soleil

I 5o HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

aussi bien que les rigueurs de l'hiver, arrivent, de toutes directions, amateurs et marchands; des groupes se forment, les albums s'ouvrent, les transactions commencent; une demi-heure plus tard, le marché bat son plein : c'est la Bourse aux timbres-poste. Là, comme à la Bourse des valeurs financières, il y a la hausse et la baisse, mais les événements politiques y produisent les variations opposées; la chute d'un empire, le renversement d'un gouvernement, la mort d'un souverain font tomber le cours des valeurs du pays; c'est la hausse pour les timbres-poste, qui vont passer dans la catégorie plus recherchée des anciennes émissions. La spéculation fait des siennes; ici comme là-bas, la finesse^ l'habileté, la ruse jouent

leur rôle; il y a des naïfs et les autres, les

pigeons et ceux qui les plument. Les affaires se font généralement au comptant; Taléa consiste principalement dans les trouvailles. Il n'est pas rare de rencontrer tel timbre fort recherché dans l'album commencé par des amateurs à qui la vertu

de persistance a fait défaut potaches pour la

plupart, qui, avec l'inconstance et l'imprudence excusables à leur âge, viennent solder, au détri-

HISTOIKE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l5l

ment d'un estomac encore peu familiarisé avec les âcretés de la nicotine, un commencement de collection pour se procurer quelques cigares

A la Bourse aux timbres-poste, on fait aussi du bric-à-brac : achat, vente, échange! Mais prenons bien garde, comme parfois sous le Temple de Plutus, les valeurs produites sur le marché ne sont pas toutes d'une irréprochable authenticité; on ne peut pourtant pas y placer des agents de change assermentés! Aussi, à côté du débutant qui va payer son inexpérience, voyez avec quelle méticuleuse attention cet amateur aussi méfiant que passionné examine à la loupe la figurine rarissime qui lui manque, qu'il convoite ardemment, mais qu'il n'achètera pas à la légère. Le sentiment qu'il éprouve, par rapport à ce timbreposte qui lui fait défaut, est une sorte d'obsession. La Bruyère, que nous avons déjà cité au commencement de ce chapitre, l'exprime ainsi, parlant du curieux de médailles : « 11 a une tablette dont toutes les places sont garnies, à l'exception d'une seule; ce vide lui blesse la vue et c'est précisément et à la lettre pour le remplir qu'il emploie son bien et sa vie ».

l52 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

La Bourse aux timbres a ses catastrophes, ses krachs et ses coups de fortune,... toutes proportions gardées. Ecoutez Sardou dans la Famille Benoiton :

Champrosé a pris à tâche l'étude du caractère de Benoiton, de cette famille fin de siècle (déjà.... en i865!) où les pères n'ont qu'une visée : faire de leurs enfants des gagneurs d'argent, des hommes.... en zinc; leur mettre un barème à la place du cœur. Il en est à Fanfan Benoiton (six ans), un futur membre du Potacli Club ! Madame Benoiton est sortie.... comme toujours.

Champrosé. — Et pourquoi ne sortez-vous pas avec elle?

Fanfan, avec importance. — Oh ! parce que je ne peux pas sortir à cette heure-ci.

Champrosé. — A cause de....

Fanfan. — A cause de mes affaires.

Champrosé. — Vos aff'aires?

Fanfan. — Oui, il faut que j'aille tout à l'heure à la Bourse!

Champrosé, ahuri. — Il va à la Bourse! {A Fanfan.) Quelle Bourse.''

Fanfan, montrant la fenêtre. — Eh bien! dans le parc!... Tu sais bien, là oii il y a le marchand de gaufres! C'est la petite Bourse?

Champrosé. — De quoi?

Fanfan. — Mais.... de timbres-poste (Il ne sait donc

rien?) Tu ne sais rien donc?... C'est le petit Musot, le grand Lasalle et moi, qui avons organisé ça.... comme aux Tuileries!...

Champrosé, ahuri. — Stupéfiant ce jeune être! — (A Fanfan.) Alors vous vous réunissez comme ça

Fanfan. — A deux heures, et c'est nous qui menons le

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l53

marché.... Vous comprenez.... parce que nous avons des timbres de partout, à cause de nos papas!... Alors, nous nous entendons tous les trois, et les petits boursiers du pays.... {Riant.) nous les roulons!

Champrosé. — Abrutissant!

Fanfan. — Je viens de faire un joli mois, monsieur.... à cause des affaires d'Amérique!

Champrosé. — Ah! ah! Comment ça?....

Fanfan. — Papa me dit un jour en arrivant : '( Fanfan, les Fédéraux sont vainqueurs.... Marche là-dessus !... » Moi, je vas à la Bourse, j'achète tous les Sud qui étaient sur la place, contre mes Anglais et mes Italiens.... Bibi Lasalle, qui ne savait pas ça, disait : « Est-il jobard, ce Fanfan, d'accaparer comme ça tous les Sud!... mais à quatre heures, qu'est-ce qui a fait une tête.... quand on a su qu'il n'y aurait plus de timbres séparatistes! J'ai revendu les miens avec un bénéhcel... Ils rageaient, les autres.... Ah! Ils ne sont pas de force! »

Mais la fortune est inconstante : après le succès le déboire! La scène change :

Benoiton père. — Voilà Fanfan! oh! cette hgure! Qu'est-ce que tu as.''

Fanfan. — J'ai que tu m'as fait jouer à la hausse et que j'ai tout perdu!... tous mes timbres, les bleus, les verts, les rouges! {Il fond en larmes!)

Benoiton. — Mais, petit imbécile, quel tripotage as-tu faitr

Fanfan. — Mais c'est toi, tu me dis : à la hausse!... J'achète, moi; mais, voilà que c'est congé. Ils sont tous venus, les collégiens, avec des timbres!... {Pleurant.) Il y avait une grande bête.... il en avait plus de lOo, même du Guatemala! Il a écrasé le marché!... J'ai vendu à perte, moi!... Et je ne peux pas payer la diffé...ren...ce. {Autres sanglots.)

Benoiton. — Bah! nous rattraperons ça!... Nous combinerons ensemble quelque joli coup....

Fanfan. — Avec toi?... plus souvent!.,. Tu n'es pas assez sérieux!....

l54 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

Il existe des sociétés d'échange qui font circuler entre ceux qui en font partie des cahiers de timbres, tarifés, dans lesquels chacun d'eux peut puiser, à charge soit de paiement, soit de remplacement à valeur égale.

Les transactions entre amateurs ont souvent été le point de départ de relations agréables; on met même sur le compte de notre figurine quelques mariages, et pas des moins heureux.

La pratique des collections de timbres-poste donne à l'enfant des idées d'ordre, de classement, de méthode et éveille chez lui le goût de l'histoire et de la géographie; elle excite l'adulte au développement de ces sciences, et tel amateur qui, autrement, connaîtrait à peine le nom des souverains régnants de l'Europe, vous énumérera sans broncher la chronologie d'Hawaï, sans omettre un Kamehameha, un Kekuanoa, un Leliohoku; pour les reines à la figure peu timide du même pays, pas de danger qu'il confonde Kamamalu avec Likelike ou Kapiolani. Le goût des timbres-poste a parfois révélé chez des enfants des aptitudes commerciales particulières; nous avons admiré, à la Bourse, l'aplomb et l'habileté d'un bambin.

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l55

démonstration de véritables qualités innées, de nature à guider les parents sur l'adoption d'une carrière pour leur enfant... sans tomber, surtout, dans l'exclusivisme de M. Benoiton.

Les timbres français

(poste, télégraphe et téléphone) au point

de vue des collections.

Revenons à notre timbre poste français et à ses dérivés, car nous entendons, pour notre pays, n'avoir pas de vides; nous voulons tout : Timbresposte, chiffres-taxes, cartes postales, enveloppes et bandes timbrées, cartes-lettres, timbres coloniaux, et, de par la fusion, nous tenons à joindre timbrestélégraphe, cartes et lettres pneumatiques, tickets téléphoniques. Consacrons un chapitre spécial à chacun de ces objets; pour ceux qui ont déjà été traités, ce ne sera que le résumé succinct de ce qui a été dit, avec quelques renseignements complémentaires de nature à intéresser particulièrement le collectionneur.

Timbres -poste.

Le plus rare de nos anciens timbres-poste est

l56 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE P^RANÇAIS

celui d'un franc, rouge vermillon de la première émission (1849); il est presque introuvable; son prix actuel est de 250 francs neuf, et de 150 francs annulé. Une réimpression des premiers timbres français a été faite vers 1862. On prétend qu'elle a eu lieu sur l'ordre de l'Empereur pour être agréable à un grand collectionneur qui avait offert un album au Prince impérial. Cette réimpression a servi, pour l'Administration, à faire des envois aux collections des offices étrangers.

Certains timbres de différentes catégories et émissions sont imprimés tète-bêche.

Un timbre de 20 centimes bleu de l'émission initiale a été catalogué 100 francs, neuf ou oblitéré; nous en possédons deux exemplaires, l'un neuf, l'autre annulé. La question de l'existence officielle de cette figurine a été souvent discutée, mais elle n'a pas, que nous sachions, été résolue d'une manière péremptoire. Nous sommes en mesure de le faire, deux documents administratifs en main : une circulaire du 20 juin 1850, relative à l'émission, pour le i" juillet suivant, du timbreposte bleu de 25 centimes, par suite de la surélévation de la taxe, spécifie textuellement que « les

timbres-poste à 20 centimes, de couleur noire, seront provisoirement conservés dans les bureaux jusqu'à nouvel ordre »; une seconde instruction, du lé octobre suivant, porte que « les figurines à 20 centimes de couleur noire, provisoirement conservées, seront retirées du service et renvoyées à l'Administration ». Plus de doute, n'est-ce pas? Ce timbre-poste n'a jamais existé officiellement, dans la métropole du moins. Mais alors, que sont ceux que l'on trouvait assez facilement, d'impression authentique, même avant 1871 ? ^ — Des essais, en ce qui concerne les neufs ; pour les autres, l'oblitération est de complaisance; celui que nous possédons dans ces dernières conditions porte l'empreinte d'un timbre oblitérant à pointes coniques; ce timbre oblitérant n'a été mis en service qu'à dater du i" janvier 1852, dix-huit mois après le retrait des timbres-poste à 20 centimes.

Une autre particularité : il existe un timbreposte de 10 centimes Empire lauré, surchargé « 10 » en chiffres bleus de 3 millimètres de haut sur I miUimètre de largeur dans les pleins. Comme le précédent, ce timbre n'a jamais été émis.

l58 HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

Voir, à la fin du volume, le tableau synoptique des timbres-poste français.

Chiffres -taxes.

Les plus recherchées de ces figurines sont les premiers exemplaires lithographies du chiffretaxe primordial de lo centimes 1859 (offerts 20 francs); ceux de 40 centimes bleu (10 francs); de 60 centimes jaune (12 francs) de l'émission 1871; ceux à I franc, 2 francs et 5 francs noir, voire même ceux de couleur brun Van Dyck actuellement en usage, peu communs en raison de la rareté du cas d'emploi, ont aujourd'hui une valeur marchande correspondant presque à la taxe qu'ils représentent.

Timbres mixtes.

Antérieurement au mois de juillet 1871, les journaux politiques étaient assujettis à un droit de timbre recouvrable par les Domaines. Par simplification, et à partir de 1868 (loi de finances du 31 juillet 1867), des timbres mobiles, vendus par cette administration, représentaient les droits

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS I Sg

de timbre et de poste réunis, et une opération de comptabilité faisait rentrer dans la caisse des Postes la part de perception lui revenant. Ces timbres, de format beaucoup plus grand que celui des timbres-poste, figurent un aigle dans un écu. Bien qu'indiquant uniformément la somme de 2 centimes représentant le droit de timbre proprement dit, ils étaient de valeur diverse distinguée exclusivement par leur couleur : violet, le timbre était limjté au droit de timbre de 2 centimes; bleu, il comprenait, outre le droit de timbre, 2 centimes de droit de poste, port d'un journal de 40 grammes et au-dessous, pour le département où il était édité et les départements limitrophes; rouge rose, le droit de poste ajouté au droit de timbre, était celui de 4 centimes, port d'un journal de même poids circulant en dehors des limites déterminées pour la figurine bleue. Ces trois timbres mixtes existent en deux séries : l'une, non pointillée, l'autre, pointillée.

Fig. 47. — Timbre-journaux.

l6o HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS

Cartes postales.

La collection de nos cartes postales se compose :

D'une douzaine de modèles différents, les uns

blancs, les autres chamois, employés alors que ces objets de correspondance étaient livrés au service, au titre de simples imprimés, sans signe d'affranchissement, et à partir du moment (août 1878) où la carte postale, portant imprimée la vignette, du timbre-poste, est devenue valeur fiduciaire ;

De la carte postale à 10 centimes, d'abord grisâtre, puis rose bleu du côté de la suscription et blanche au verso, enfin chamois clair; vignette « Groupe allégorique » imprimée en noir;

De la carte à 15 centimes pour la deuxième zone de l'Union postale; vignette imprimée en bleu sur fond bleu pâle; blanche au verso; supprimée le i"' octobre 1881 ;

Des cartes postales avec réponse payée, créées par arrêté du 21 juin 1879 :

1° A 20 centimes d'abord restreinte à la Frante, l'Algérie et la première zone de l'Union; aujour-

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l6l

d'hui unique pour tous les pays à destination desquels ce mode de correspondance est admis. Vignette imprimée en noir, sur fond gris vert pâle, aussi bien au verso qu'au recto;

2° A 30 centimes, vignette noire sur fond vert, laquelle a été employée pour la deuxième zone étrangère du i""" juillet 1879 au i""" octobre 188 1, date de l'unification du tarif pour l'Union, sans distinction de zones.

Enveloppes timbrées.

Émission du i" octobre 1882. Trois formats à 15 centimes; vignette imprimée en bleu sur papier légèrement bleuté : 145 millimètres sur 115 millimètres, — 120 millimètres sur 95 millimètres, — et 115 millimètres sur 75 millimètres. Un format à 5 centimes; vignette verte sur papier vert : 115 millimètres sur 75 millimètres.

Juin 1887. Enveloppe à 5 centimes blanche, légèrement teintée; même format que la précédente; vignette verte.

Août 1889. Enveloppe à 5 centimes grand format, 150 millimètres sur 115 millimètres; vignette vert d'eau sur papier jaunâtre.

Bandes timbrées.

Papier chamois bulle; 320 millimètres sur 55 millimètres.

Émission du i""' octobre 1882 : à i centime, estampille du timbre -poste imprimée en noir; et à 2 centimes estampille brune.

Émission du 19 mars 1883 : à 3 centimes estampille rouge.

Cartes-lettres.

A partir du 15 juin 1886, mise en vente de cartes-lettres fabriquées par l'État, au prix de I 5 centimes pour la France, et de 25 centimes pour l'étranger. Pour la France, carte chamois d'abord, puis grise, estampille bleue; pour l'étranger, carte rose, estampille noire.

Colonies françaises.

i" Timbres -poste. De 1860 à 1872, timbre-poste spécial carré petit format, aigle aux ailes déployées, I, 5, 10, 20, 40 et 80 centimes; couleurs correspondantes à celles des timbres métropolitains de même valeur.

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS l63

En 1872, on écoule des timbres à i, 5, 30 et 80 centimes à l'effigie de Napoléon III laurée; puis viennent, de 1872 à 1877, les timbres Tête de la Liberté, 1,2, 4, 5, 10 centimes (bistre et bistre sur rose), 15 centimes (petits chiffres et chiffres plus grands), 20, 25, 30, 40 et 80 centimes. 1877 nous donne le groupe allégorique « Le Commerce et la Paix » avec les couleurs primitives, moins le 5 francs; de 1878 à 1880, mêmes timbres avec les modifications apportées aux couleurs de ceux de la métropole pour les figurines à i, 2, 4, 10, 15, 20 et 25, plus celui de 35 centimes. Tous ces timbres-poste, de 1872 à 1881, les mêmes que ceux de la France, ne se distinguent de ces derniers qu'en ce qu'ils ne sont pas pointillés.

A partir de 1881, type spécial : femme assise, série et couleurs analogues à celles de la métropole, à l'exclusion du timbre de 5 francs. Pointillés.

Nos colonies ont dû fréquemment avoir recours aux surcharges.

2° Chiffres -taxes. Emploi de la série actuelle de la métropole, encore avec cette différence que les figurines ne sont pas pointillées.

3° Cartes postales simples à 10 centimes et doubles (réponse payée) à 20 centimes.

4° Cartes-lettres, à 15 centimes et à 25 centimes. 5° Bandes timbrées, à 1,2, 3, 4 et 5 centimes.

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