‹ Histoire de timbre-poste françaisChapitre 2 sur 15 · QUI LES ONT MOTIVÉS · texte numérisé non relu

QUI LES ONT MOTIVÉS

Nous venons de présenter l'historique de la création du timbre-poste. Suivons pas à pas notre figurine dans ses développements et ses transformations en indiquant leurs causes, leur relation avec les lois et les règlements, notamment sur la taxe des correspondances.

i"' type du timbre-poste.

Se détachant sur fond de couleur, tête allégorique de la Liberté, dans un cadre circulaire formé de deux lignes rapprochées et d'un rang de perles, coupant à droite et à gauche l'encadrement rectangulaire du timbre-poste. Ce dernier encadrement porte à la partie supérieure « ^épub.

franc. », au bas, les chiffres de la valeur nominale et l'abréviation C ou Fr. répétés de chaque côté du mot « Tostes » ; sur les deux autres côtés, une grecque, et, aux angles, une croix de Saint-André. Le fond, dans l'intervalle des deux encadrements, est formé de Hgnes ondulées vertifi=w«ffl| cales. Les dimensions sont o m. 022 "■ * de hauteur sur o m. 018 de lar-

geur, comme, d'ailleurs, pour tous les modèles subséquents , à l'exception du timbre-poste à 5 francs, émis en 1869.

1848 -1849. — Ainsi qu'on l'a vu au chapitre précédent, le décret du 24 août 1848 a fixé le port des lettres de bureau à bureau à

20 centimes, jusqu'à 7 grammes 1/2,

40 centimes, de 7 gr. 1/2 à i5 gr., I franc, de i5 à 100 gr. et pour chaque 100 gr. ou fraction de 100 gr. excédant.

Les lettres dont la circulation est limitée au ressort d'un bureau (en style postal, Lettres locales, c'est ainsi que nous les désignerons) restent : à 15 centimes de Paris pour Paris; à 10 centimes pour les autres bureaux. On continue à les affranchir en numéraire, au guichet.

Trois catégories de timbres-poste, correspondant à la gradation des taxes de bureau à bureau, sont d'abord créées : 20 centimes, 40 centimes et I franc.

Le timbre-poste à 20 centimes (port simple) est le plus usuel; on commence par lui; c'est le seul dont les bureaux soient pourvus lors de la mise en vigueur de la nouvelle loi : r'''' janvier 1849. Il est imprimé en noir. Au cours du même mois, suit celui d'un franc, rouge clair. Dès 1849, la couleur de ce dernier est modifiée. Après le premier tirage rouge clair, il est imprimé en rouge foncé; puis, une circulaire du i" décembre 1849, annonçant l'émission prochaine du timbre de 40 centimes, prescrit aux préposés de renvoyer à l'Administration ceux des timbres à i franc de couleur rouge clair (i'"" émission), qui seront remplacés par des figurines rouge foncé, afin d'éviter les confusions possibles entre le timbre-poste rouge clair d'un franc (il nous semble plutôt carmin pâle; d'autres disent vermillon : des goûts et des couleurs ) et le timbre de 40 centimes orange. Les

deux nuances différentes du timbre à un franc sont ainsi reconnues par un document officiel.

En vue de favoriser l'usage du timbre-poste, les lettres affranchies au moyen de ces figurines profitent d'un délai supplémentaire pour l'expédition. Dans ce but, il est fait dans les bureaux, selon les facilités, une demi-heure ou au moins un quart d'heure après la levée officielle, une levée supplémentaire exclusive pour les lettres affranchies en timbres-poste, les autres correspondances étant remises au courrier suivant (décision du 1 6 décembre 1848).

1850. — Le timbre de 40 centimes orange est émis dans les premiers jours de février.

Dans un but fiscal, sur l'initiative du Gouvernement, une loi du 15 mai 1850, exécutoire à partir du i'"' juillet suivant, surélève la taxe des lettres de bureau à bureau à 25 centimes pour les lettres n'excédant pas 7 gr. 1/2, et à 50 centimes pour les lettres de 7 gr. 1/2 à 15 grammes. Le tarif de 1848 est maintenu en faveur des sousofficiers et soldats sous les drapeaux.

En conséquence de cette modification, un timbre-poste bleu de 25 centimes est créé, à partir du i^"" juillet 1850, par substitution au timbre de 20 centimes noir. 'Au cours du même mois (23 juillet)

sont émis des timbres à 15 centimes, vert, représentant le port d'une lettre simple de Paris pour Paris, etc., et peu après (12 septembre 1850) à 10 centimes jaune bistre, pour les lettres locales des autres bureaux.

L'usage du timbre noir de 20 centimes est restreint aux lettres des sous-officiers et soldats; ce timbre peut maintenant être suppléé par deux figurines à 10 centimes. L'Administration, après avoir d'abord décidé que les approvisionnements à 20 centimes seraient épuisés mais non renouvelés, retire des bureaux le stock en magasin le 30 octobre 1850.

Une circulaire du 20 juin 1850 spécifie les cas généraux d'emploi de chaque timbre-poste.

10 centimes, correspondances locales; doublé, représente la taxe pour les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux; avec un timbre de 40 centimes, forme le double port d'une lettre de bureau à bureau.

i5 centimes, lettre de Paris pour Paris. 25 centimes, port simple de bureau à bureau. 40 centimes, étranger.

I franc, lettres pesantes.

2*" type,

1852. — A l'exception de l'effigie, qui est celle de Louis-Napoléon Bonaparte, alors Président de

Fig. 2.

la République, les dispositions sont les mêmes que celles du i" type.

Deux timbres, le bleu à 25 centimes, émis au mois d'août 1852, et le jaune bistre, du mois suivant, sont à l'effigie napoléonienne, surmontée, dans l'encadrement, des abréviations Répuh.

franc, qui les distinguent de ceux de l'empire. Une particularité à noter : ces deux timbres, et rien que ces deux-ci portent, en caractère minuscule blanc se détachant sur le fond de couleur, entre la tête et la partie inférieure du cadre, la lettre B, initiale du nom du graveur (Barre).

1853. — Le gouvernement impérial est établi. A partir de 1853 , au fur et à mesure de l'approvisionnement de chaque catégorie, les timbres-poste de l'Empire remplacent les précédents dans l'ordre ci-après : les timbres à 10 centimes (jaune bistre) et à I franc (carmin) sont émis à partir du mois d'août, les timbres à 40 centimes (orange) à dater du 8 septembre, et ceux à 25 centimes (bleu) le 3 novembre suivant. C'est le :

Fig. 3.

f type.

Conforme au 2^* type, avec cette unique différence, qu'à la partie supérieure du cadre, l'inscription Empire franc, est substituée à celle de Répub. franc.

La loi des 7-10 mai 1853 réduit de 15 centimes à 10 centimes la taxe de la lettre simple affranchie, de Paris pour Paris, maintenant le taux de 1 5 centimes en cas de non-affranchissement : c'est la première prime à l'affranchissement . Par suite , le timbre-poste à 15 centimes, spécial aux correspondances de cette nature, est supprimé à partir de la date d'exécution de cette loi : i^' juin 1853.

1854. — La prime à l'affranchissement appliquée, comme nous venons de le voir, aux lettres de Paris pour Paris, est étendue aux correspondances de bureau à bureau par la loi des 20-25 mai 1854 déterminant de la façon suivante la taxe des objets de cette dernière catégorie :

Taxe des Lettres. Airranchies. Non affranchies.

Jusqu'à 7 grammes 1/2 » 20 » 3o

De 7 gr. 1/2 à 1 5 gr » 40 » 60

De 1 5 gr. à 1 00 gr » 80 120

Au delà de 100 gr » 80 i 20

par chaque 100 grammes ou fraction de 100 gr. excédant.

Pour représenter les nouveaux échelons, on rétablit, à partir de la date d'exécution de la nouvelle loi (i^'' juillet 1854), 1^ timbre-poste à 20 centimes qui avait existé en noir du i'"" janvier 1849 au 30 octobre 1850; la couleur bleue lui est attribuée; on en tira de deux nuances très distinctes : bleu foncé et bleu clair. Il s'ajoute aux timbres-poste à 10 centimes et à 40 centimes existants, et l'on crée le timbre à 80 centimes rouge carmin (émission du i*"'" décembre 1854). Par contre, on supprime les figurines à 25 centimes et à 1 franc qui ne correspondent pas avec l'e nouveau tarif.

Au mois de septembre, est créée en principe la figurine à 5 centimes (vert clair) pour les imprimés, et comme appoints pour les affranchissements des lettres à destination de l'étranger, elle paraît au mois de novembre 1854.

Six ans seulement se sont écoulés depuis l'institution du timbre-poste, et, bien qu'il n'existe encore que peu de catégories, les créations, suppressions et substitutions ont été assez nombreuses pour qu'il soit utile de résumer la situation. A la suite des changements survenus, il existe, au i*""

décembre 1854, 5 sortes de timbres : vert clair à 5 centimes; jaune bistre à 10 centimes; bleu à 20 centimes; orange à 40 centimes; rouge carmin à 80 centimes.

1855. — Disons en passant qu'une instruction du mois de septembre 1855 spécifie que le poids des timbres-poste est compris dans la pesée déterminant la taxe, et, d'autre part, que la prime à TafFranchissement ayant eu pour conséquence de généraliser, autant qu'on pouvait Tespérer, l'emploi du timbre-poste, la décision du 16 octobre 1848, qui favorisait d'un délai supplémentaire d'expédition les correspondances affranchies en timbres cessera d'être appliquée à partir de 1856.

Enfin, indiquons la progression déjà acquise à l'affranchissement, la marche du timbre-poste : antérieurement à la réforme postale, en 1847 ^^ 1848, le port avait été acquitté au départ pour 10 0/0 seulement des lettres. En 1849, l'usage du timbre-poste porte à 15 0/0 cette proportion qui> de 20 0/0 en 185 1 et de 22 0/0 en 1853, P^^sse, à la faveur de la prime à l'affranchissement, à 49 0/0 en 1854 et à 85 0/0 en 1855, soit en augmentation de 63 0/0 en deux ans.

Le timbre-poste a victorieusement conquis la lettre, supprimant la taxe à la distance. Il va s'attaquer aux imprimés et triompher d'une bien autre anomalie : la taxe, d'après la dimension de la feuille d'impression. Comme c'était expéditif et commode dans l'application !

1856. — La loi du 25 juin 1856, qui détermine la taxe des journaux, imprimés..., etc., selon le poids de l'exemplaire, marque un nouveau et important progrès de l'Administration des Postes; le port de la circulaire et de Téchantillon de 5 grammes et au-dessous tombe à un centime.

1859. — A la faveur de ces tarifs libéraux, le service des imprimés a pris une extension considérable. L'affranchissement des journaux, imprimés et échantillons en numéraire (le timbre-poste ne s'applique encore qu'aux lettres, pour ainsi dire) offre de grandes difficultés et, en vue d'y remédier, une décision du 17 novembre 1859 dont, malgré l'utilité, l'exécution devait se faire attendre, porte création de timbres-poste à 1,2 et 4 centimes.

1860. — Au mois de mars 1860, la substitution du rouge rose au rouge foncé est décidée pour le

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS 3l

timbre à 80 centimes en vue de différencier davantage la figurine en usage de celles dont la création est projetée; la mesure reçoit son effet à partir du mois d'octobre suivant.

Le i^"" novembre delà même année, c'est-à-dire près d'une année après sa création en principe, est émis le timbre-poste à un centime (vert olive).

1861. — La loi du 28 juin 1861, substituant les limites de 10 et de 20 grammes à celles de 7 gr. 1/2 et de 15 grammes pour le port simple et le port double, ne modifie en rien le régime des timbresposte, la progression des taxes restant la même.

1862. — Pointillage. Le timbre-poste existe en France depuis 14 ans; l'emploi s'en est généralisé. Cependant comme, au début, les préposés sont astreints à séparer les figurines à l'aide de ciseaux, c'est une opération fastidieuse, en même temps qu'une grande perte de temps. M. Ridoux, à cette époque, commis de l'Administration, s'est appliqué à cette question avec une remarquable ingéniosité, qui devait lui assurer, par la suite, le succès dans l'industrie privée : il nous offre d'abord un cube de quelques centimètres renfermant un cylindre mû ou retenu, selon le besoin, par une

manivelle; autour du cylindre, on enroule une bande de timbres-poste de plusieurs mètres de longueur. Une fente, dans le bas^ donne passage à la bande et l'amène sur une petite lame dentelée; un léger effort de la main suffit pour couper la bande au point voulu.

Vient ensuite la roulette, dont l'usage se propage dans une assez grande proportion : roulette à dents tranchantes, fines et rapprochées qui, sous la poussée, tourne sur un pivot terminant le manche en poignée; il suffit, avec un peu d'expérience, de faire rouler l'appareil dans les interstices séparant dans les deux sens les rangées de timbres-poste pour pointiller en quelques instants une feuille de 1 50 figures. Ce système, que nous avons employé, était déjà fort utile *.

Enfin, en 1862, à partir du mois d'octobre, l'Administration commence à faire pointiller les timbres-poste, tels que nous les avons aujourd'hui^ Sur ce point encore, nous avons été précédés, et de 10 ans, par les Anglais. Tout pratiques que

i. Un industriel parisien, M. Susse, perforait les timbres en feuilles, que lui apportaient les particuliers; ces timbres sont aujourd'hui très recherchés par les collectionneurs.

Fi-, i.

soient nos voisins d'outre-Manche, ce n'est qu'après 5 années d'efforts persévérants qu'Archer, qui avait imaginé la machine à perforer les timbresposte, était parvenu à faire adopter son invention.

Faisons remarquer, à cette occasion , comment les innovations utiles sont encouragées de l'autre côté du détroit : M. Hill, le grand réformateur, avait reçu une récompense de 375 000 francs par voie de souscription nationale; le gouvernement anglais lui avait, en outre, accordé une pension viagère de 50 000 francs par an. Sait-on ce que la nation attribua à Archer pour sa seule machine à perforer? 4 000 livres : 100 000 francs.

Dans les derniers jours de décembre 1862, vient le timbre-poste à 2 centimes, brun Van Dyck, suivant, à deux ans d'intervalle, la figurine à i centime et, comme elle, destinée aux affranchissements réduits. L'émission du timbre à 2 centimes inaugure un nouveau type de timbres-poste; c'est le 4°.

1871. — Par suite de l'insuffisance de l'approvi-

sionnement on s'est vu forcé, à Versailles, de faire un tirage de timbres de ce type, à 5 centimes, vert; l'aplat était bleu d'azur.

4"" type.

L'effigie impériale est laurée; l'encadrement rectangulaire du timbre-poste n'est plus formé que d'une mince ligne double. En tête, Empire français en couleur, sur le fond légèrement teinté. Au bas, de chaque côté du mot Postes , le chiffre de la valeur nominale en caractères de 5 millimètres de haut, et la lettre C. (abréviation de centimes), d'une dimension intermédiaire entre celle de la valeur et celle du mot Postes. Par opposition aux timbres antérieurs, les lignes formant le fond ondulé sont, en sens horizontal, plus espacées.

1863. — Le type n° 4 est étendu aux timbresposte à I centime (vert olive) et à 4 centimes (lilas pâle). Ce dernier est émis au mois de février 1863. 1866. — En vue de rendre uniforme l'effio^ie, laurée sur certains timbres de création récente à l'exclusion des catégories de date plus ancienne, il

Fit

est décidé qu'au fur et à mesure de l'épuisement des réserves, la tête laurée sera généralisée. La transformation, qui s'opère au cours des années 1866 et 1867, nous donne le 5*^ type, s'appliquant aux timbres à 10, 20, 40 et 80 centimes.

5' type.

Différent, en 3 points, des types n"* 2 et 3 ; l'effigie est laurée; les caractères des inscriptions au haut et au bas sont un peu plus

rts, et la première de ces inscrip- ^[^^^^^^| tions est en toutes lettres Empire français.

1866-1867. — Le cinquième type s'applique également au timbre marron de 30 centimes émis le i*^*" avril 1867. La décision du 12 avril 1866, qui a autorisé l'institution de ce timbre, en crée, en principe, un autre, celui de 5 francs, couleur violet pâle.

1869. — Ce dernier timbre (5 francs) paraît seulement le i""" novembre 1869; employé d'abord pour les objets pesants, plus particulièrement à destination de l'étranger, en vue d'éviter l'apposi-

tien d'un nombre parfois considérable de figurines, il est beaucoup plus utilisé à partir du moment (février 1873) où le maximum fixé pour la déclaration des valeurs insérées dans les chargements et sur lesquelles le droit proportionnel est acquitté au moyen de l'emploi de timbres-poste, est élevé de 2 000 francs à 10 000 francs. C'est un sixième type.

6^ type, exclusif au timbre-poste de j francs.

Oblong, de o m. 04 de large^ sur o m. 022 de haut. Même effigie laurée que dans les types 4 et 5,

dans un encadrement ^ circulaire où le rang de perles est augmenté d'une série de dispositions décora- -"i tives. Cet encadrement coupe, en haut et au bas, le cadre rectangulaire, du fond duquel se détachent les mots Empire français dans la partie supérieure et Timbre-poste dans la partie du bas. La valeur est indiquée par le chiffre 5 à gauche, et la lettre F,

Fis

à droite, dans l'intervalle des deux encadrements. Nous avons, après cette émission, lo sortes de timbres-poste :

1 centime, vert olive. )

2 centimes, brun Van Dyck. | type n" 4.

4 centimes, lilas pâle. )

5 centimes, vert clair, du type n" 3 (n'a pas été fait lauré).

10 centimes, jaune bistre, j

20 centimes, bleu. /

3o centimes, marron. ^ type n" 5.

40 centimes, orange. \

80 centimes, rouge rose. )

Et 5 francs violet pâle, oblong, type n" 6.

1870. — La guerre! l'invasion ! Un cercle de feu sépare la capitale du reste de la France. Entre la proclamation de la République et l'investissement, on a tiré avec les anciennes planches des timbres à 10, 20 et 40 centimes, tête de la Liberté. Le matériel de la fabrication des timbres-poste est maintenant enfermé dans Paris et la province va avoir épuisé ses approvisionnements. Nous exposerons plus loin dans quelles conditions la délégation du Gouvernement y fit pourvoir par la Monnaie de Bordeaux, en vertu d'une décision ministérielle du 19 octobre 1870. Bornons-nous à dire ici qu'il fut livré dans ces conditions provisoires pour une valeur nominale de 120 000000 de francs de tim-

bres-poste , reconnaissables au dessin infiniment moins net, le procédé lithographique ayant dû être substitué à la typographie. La fabrication de Bordeaux s'applique à toutes les catégories existantes, à l'exception du timbre de 5 francs. C'est le type primitif (n" i , tête allégorique de la Liberté) pour les timbres à partir de 5 centimes. Les figurines à I, 2 et 4 centimes nous donnent un nouveau modèle, le

f type

combiné des types n"' i et 4 : du n° i pour la tête de la Liberté et l'inscription du haut « République franc. » ; du n° 4 pour toutes les autres dispositions.

Les timbres de Bordeaux sont émis à partir du 15 novembre 1870. Des différences sensibles se produisent, d'un tirage à l'autre, dans les nuances, notamment pour les figurines à 10, 20 et 40 centimes.

1 871-1872. — La guerre est terminée, laissant derrière elle, après tant de sang versé, tout un cor-

Fisr. 8.

HISTOIRE DU TIMBRE-POSTE FRANÇAIS 3g

tège de calamités. Grâce à la merveilleuse vitalité de la nation française, tous ces désastres, tous, seront un jour réparés. Mais il faut, quant à présent, surélever les impôts existants et en créer de nouveaux pour payer à l'ennemi une somme considérable, relever nos places fortes et créer un nouveau matériel de guerre. Une loi du 24 août 1871 augmente les tarifs postaux; en voici les principales dispositions :

Lettres de bureau à bureau.

Affranchies. Non affranchies.

Jusqu'à 10 grammes » 25 » 40

De I o à 20 gr » 40 » 60

De 20 à 5o gr » 70 i

De 5o à 100 gr i 20 r yS,

et ainsi de suite, en ajoutant, par chaque 5o gr. et pour la fraction de 5o gr. excédant, 5o centimes en cas d'affranchissement, et 75 centimes pour les lettres non affranchies.

Lettres locales {en dehors de Paris).

Affranchies. Non affranchies.

Jusqu'à 10 grammes » i5 » 25

De 10 à 20 gr » 25 » 40

De 20 à 5o gr » 40 » 60

De 5o à 100 gr » 65 i

et ainsi de suite, en ajoutant, par chaque 5o gr. ou fraction de 5o gr. excédant, 25 centimes pour les lettres affranchies, et 40 centimes pour les lettres non affranchies.

Lettres de Paris pour Paris.

Affranchies. Non affranchies.

Jusqu'à i5 grammes » i5 » 25

De i5 gr. à 3o gr »> 3o » 5o

De 3o à 60 gr » 45 » yS

et ainsi de suite, en ajoutant, par 3o gr. ou fraction de 3o gr. excédant, i5 centimes en cas d'affranchissement et "25 centimes en cas de non-affranchissement.

La même loi élève de i à 2 centimes la taxe minimum des imprimés, mesure qui gêne et diminue très sensiblement la propagande commerciale par prospectus.

Les remaniements eurent pour conséquence le rétablissement, à partir du i*"" septembre 1871, des timbres-poste à 15 et à 25 centimes, qui avaient été supprimés, le premier, le 1°'' juin 1853, le second, le i'"" juillet 1854. On attribue la couleur jaune bistre au timbre à 15 centimes, la couleur bleue à celui de 23 centimes. La suppression de la figurine à 20 centimes résulte du nouveau tarif.

La fabrication est reprise dans les ateliers de Paris; les types respectifs sont les mêmes qu'cà Bordeaux. Grâce aux planches de 1850, les timbres qui avaient existé à cette époque peuvent être mis en circulation sans délai; pour les timbres à i, 2, 4 et 5 centimes, il est nécessaire d'établir de

nouvelles planches et, à cette occasion, le type n"" 7 est étendu aux figurines à 5 centimes ; ces quatre catégories paraissent au mois de mai 1872. Les tim.bres à 30 centimes et à 80 centimes viennent au mois de septembre suivant , avec des chiffres indicatifs de la valeur un peu plus grands que dans les timbres à 10, 15, 25 et 40 centimes. Dans cette fabrication, comme dans celle de Bordeaux, chaque timbre conserve la couleur attribuée à sa même valeur dans le type précédent. Enfin, les timbres à 5 francs ne nécessitent aucune disposition immédiate, l'approvisionnement existant suffisant pour les besoins prévus de vingt années.

1873. ^5 janvier. — Substitution, pour le timbre à 10 centimes, de la couleur bistre foncé sur papier rose à la couleur jaune bistre, pour éviter la confusion entre ce timbre et celui de 15 centimes.

1874. — Comme déjà pour les figurines à 30 et à 80 centimes, le chiffre de la valeur nominale est agrandi pour les timbres de 10 et de 15 centimes. Des entreprises de publicité ayant mis en vente des cartes postales-annonces et des enveloppes-annonces affranchies au moyen de timbres-

poste frappés, à l'emporte-pièce, de lettres ou de chiffres, le ministre décide (20 décembre 1874) que les timbres-poste altérés ou lacérés par un procédé quelconque perdent leur valeur. Cette prohibition ne tardera pas à être levée.

1875. — Au cours de la discussion, en 1875, de la loi de finances de 1876, le vœu est émis que le chiffre indiquant la valeur sur les timbres-poste soit plus apparent. L'imperfection de la vignette, se prêtant à la fraude, fait également désirer l'adoption d'un nouveau modèle. Une décision du ministre des Finances, en date du 5 juillet 1875, a donné satisfaction à ce vœu. A la suite d'un concours est adopté le type, encore en usage, proposé par M. Sage. Le sujet de ce timbre est « Le Commerce et la Paix s'unissant et régnant sur le Monde ». C'est le

8' type.

Deux personnages allégoriques en pied, à gauche, la Paix, portant un rameau d'olivier, à droite, le dieu du Commerce avec son caducée, se tiennent par la main; ils sont séparés par un globe terrestre coupé d'un rectangle encadrant le prix,

en gros caractères, de la valeur nominale; le tout repose sur un encadrement entourant les mots République française. En tête, entre les deux figures, le mot Poste. Le timbre n'a d'autre cadre que 3 lignes très rapprochées; le fond est formé de lignes fines et serrées, dans le sens horizontal.

La loi du 3 août 1875, qui a approuvé le traité de Berne et l'entrée de la France dans l'Union postale, arrête, pour l'intérieur, les tarifs suivants :

Fig. 9.

Jusqu'à 15 grammes..

De 15 gr. à 30 gr

De 30gr. à 50 gr

puis pourchaque50gr.

ou fractioQ de 50 gr.

excédant

Lettres d à bu

affrancliies.

e bureau reau.

un II affrauchies.

Lettres et de Paris

affrancliies.

locales pour Paris.

uon affraachies.

La décision précitée, du 5 juillet 1875, supprime le timbre-poste à 80 centimes et crée trois nouvelles catégories : à 20 centimes, à 75 centimes et à I franc. (Ces figurines ne paraîtront

qu'un an plus tard.) Le nombre des catégories est ainsi porté à treize, savoir :

I, 2, 4, 5 et lo centimes, vert émeraude.

gris d'acier.

marron sur chamois.

bleu d'outre-mer.

bistre sur bistre clair.

garance sur paille.

carmin sur rose clair.

franc.

bronze sur paille.

lilas foncé sur lilas clair.

L'émission du nouveau type n'aura lieu qu'au fur et à mesure de l'épuisé aient des réserves; mais, avant d'avoir été appliquées, les dispositions qui précèdent, relativement aux couleurs, seront remaniées par une décision du 30 novembre 1876.

Depuis le 16 août 1885, les timbres-poste vendus par les bureaux français en Turquie, à 25 centimes, à 75 centimes et à i franc, présentent, au moyen d'une surcharge, l'indication de leur valeur correspondant à la monnaie du pays : soit respectivement 1,3,4 piastres.

1876. — Sur la demande de plusieurs Chambres de commerce, et dans le but de combattre les détournements de timbres-poste par les employés de maisons privées, le ministre des Finances, par une décision du 15 novembre 1876, autorise à

marquer les figurines de signes particuliers, à remporte-pièce , ne dépassant pas en dimension un tiers du timbre, portant sur la partie supérieure et n'altérant pas le chiffre de la valeur nominale. Une décision du 30 novembre 1876 modifie de la manière suivante, la couleur respective des timbres-poste :

1 centime, encre noire sur teinte bleue.

2 — encre Van Dyck sur teinte chamois clair.

4 — encre marron sur teinte gris bleu.

5 — encre émeraude sur teinte vert d'eau. 10 — encre noire sur teinte violette.

i5 — encre jaune sur teinte jonquille (cette disposition reste sans effet; le timbre à i5 centimes a été imprimé en bleu sur bleu pâle).

20 — encre bleue sur teinte turquoise (disposition non exécutée; ce timbre est imprimé marron sur chamois).

25 — encre noire sur laque rouge.

3o — encre bistre sur teinte bistre clair.

40 — encre garance sur teinte paille.

73 — encre carmin sur teinte rose clair. I franc, encre bronze sur teinte paille. 5 francs, encre lilas sur teinte lilas clair.

1877. — -^^s^ ^^ circulation, le i^'' juin, aux termes d'une décision ministérielle du 26 avril précédent, du timbre-poste à 5 francs, lilas, du type commun à toutes les figurines. Retrait, à la même date, du timbre à 5 francs du type spécial

n° 6, dernier vestige de l'effigie de Napoléon III sur le timbre-poste.

1878. — La réforme postale de 1878 (ministère de M. A. Cochery ; loi du 6 avril, exécutoire à partir du i'''' mai 1878) a établi les taxes actuelles, instituant l'uniformité de progression de poids et de prix pour toutes les lettres de l'intérieur, mettant ainsi fin aux différences de tarifs maintenues, jusque-là, entre les lettres de bureau à bureau et les lettres locales : 15 centimes, en cas d'affranchissement, et 30 centimes en cas de non-affranchissement, par 15 grammes ou fraction de 1 5 grammes excédant.

Le tarif des journaux est modifié et le minimum des imprimés (5 grammes et au-dessous) est ramené à un centime.

Il ne nous reste plus à enregistrer que quelques dispositions d'ordre survenues depuis :

A partir du i^^ septembre 1878, émission du timbre-poste à 3 centimes (jaune foncé sur jaune clair), nécessité par le nouveau tarif des journaux, et du timbre à 3 5 centimes.

1879. — Décision du 28 février, modifiant la couleur des timbres à 3, à 20 et à 25 centimes.

qui seront désormais imprimés : celui de 3 centimes en gris foncé sur gris perle ; celui de 20 centimes en garance sur fond vert clair, et celui de 25 centimes en jaune foncé sur jaune clair.

1886. Avril. — Nouvelle modification, la quatrième du type, de la couleur du timbre de 25 centimes : sera dorénavant tiré en gris noir sur teinte rose.

1887. — Le timbre de 35 centimes est supprimé en principe au mois de février, puis rétabli au mois d'avril suivant, à titre provisoire, le réapprovisionnement étant restreint aux seuls bureaux de Paris.

1889. Décembre. — Aux trois timbres surchargés des bureaux français du Levant vient s'ajouter le timbre de 5 francs surchargé « 20 piastres >K

1890. — Une décision du 7 mars supprime le timbre-poste de 75 centimes carmin et crée le timbre-poste à 50 centimes même couleur, d'un emploi beaucoup plus fréquent, en raison de ce qu'il correspond au double port pour l'étranger et à la taxe d'une lettre de poids simple avec valeur déclarée de 100 francs.

Les bijoutiers réclament contre cette mesure et le timbre à 75 centimes, qui représente l'affranchissement de la plupart des boîtes chargées est rétabli, mais il prendra la couleur violet foncé du timbre à 35 centimes, lequel est supprimé (décision du 17 juillet 1890); le nouveau timbre à 75 centimes est mis en circulation le 15 octobre 1890.

Les tarifs, après avoir été l'objet de nombreux remaniements, n'ont pas varié depuis douze ans. Est-ce à dire que le progrès a achevé son oeuvre en matière de taxes? Non pas!

Après avoir constaté que la taxe d'une lettre simple affranchie était de 10 centimes en Angleterre, en Suisse, au Luxembourg, en Serbie et aux États-Unis ; qu'elle variait entre des unités monétaires correspondant à notre monnaie pour 10 centimes 2/5 et 14 centimes en Hollande, en Danemark, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Norwège et en Portugal; que le chiffre de 15 centimes nous était commun avec la Bulgarie et la Roumanie ; enfin , que nous étions en avance sur la Suède (17 centimes), l'ItaHe (20 centimes), l'Espagne (25 centimes), et la Russie (28 centimes), M. Cochery, ministre des Postes et

des Télégraphes, déclarait avec une légitime fierté que, par son personnel formé, son matériel et son organisation, l'Administration se trouvait en mesure de faire face au développement incessant du service, et il terminait par ces mots son remarquable rapport du 4 mai 1884 au Président de la République : « Nous pouvons donc attendre avec confiance le moment où l'état budgétaire général permettra de franchir une nouvelle étape par la réduction de la taxe des lettres, à « 10 centimes. »

Oui, nous aurons, nous aussi, après le règlement de certaines difficultés financières, le pennypostage, la lettre à 10 centimes, comme les Anglais, les Belges..., etc. Nous aurons la carte postale à 5 centimes, comme d'autres pays, et alors, avec nos taxes des imprimés, depuis longtemps inférieures à celles des autres nations, nous aurons, le tarif le plus favorable du monde entier.

Nous verrons avec orgueil dans ce résultat une nouvelle manifestation de notre supériorité nationale. Dans notre France, les idées libérales font leur chemin, un peu lentement parfois, mais, enfin, elles le font, et la question de la poste à

bon marché est de celles qui intéressent la généralité des citoyens, depuis le gros financier dont la maison expédie journellement des centaines de correspondances, jusqu'à l'humble travailleur des campagnes qui prélève de loin en loin sur son maigre salaire l'affranchissement de la lettre portant les nouvelles du pays au fils aimé qui paye sous les drapeaux sa dette à la patrie.

Page 1