‹ Histoire de ToulouseChapitre 108 sur 317 · D'Esteban Clébat · texte numérisé non relu

D'Esteban Clébat

3. Henri Alaman IVIayer vint établir à Toulouse ses presses et y mettre au jour plusieurs ouvrages, notamment ime traduction de l'Imitation de Jésus-Christ, qui porte la date de 1488 et qui figure aujoiu-d'hui à la Bibliothèque nationale parmi les premiers livres imprimés et les plus importants. Marchand, dans son Histoire de l'Imprimerie, attribue à Henri Alaman un ouvrage où le Tolosa qui y figure serait prétendu situé en Espagne. Mais, au bas d'un cantique de saint Jacques en langue romane, on lit : « Se vend à l'hostal de Jean Grant, libraire, hereder de Enric Alaman Mayer, demoran al canton de la Portaria mOa ^'CI ». I<a rue de la Porterie, faisant suite à la rue Saint-Rome et aboutissant à la rue du Taur, se trouvait sur la partie nord de la place actuelle du Capitole, qui l'a absorbée. On ne peut donc douter qu'il s'agisse de Toulouse sur la Garonne et non de Toulouse en Espagne (Cf. Dumège. Histoire des institutions de Toulouse, t. II, p. 171). E'incunal>le Le Barbatra fut aussi édité à Toulouse, en 1476.

M3'stères et moralités.

Gaie science, es J eux floraux.

)ame Clémence.

il descendra doucement jusqu'à la condition de patois ou de jargon, comme on dira au xvii® siècle, condition d'où les efforts de quelques poètes (Goudelin par exemple) ne réussiront pas alors à le tirer.

Nous sommes réduits aux conjectures à l'égard du théâtre religieux ou satirique, tel qu'il existait dans le Nord à pareille époque. Nous savons cependant, par un arrêt du Parlement du i^i" août 1446, que des jeux dramatiques étaient représentés, (c selon la coutume )>, dans les églises ou sur la place de la Daurade, le jour de l'Assomption. Avant la représentation, des personnages masqués, peut-être les acteurs et des bouffons, se promenaient par la ville et causaient du scandale, puisque le Parlement interdit ces exhibitions. Quelles étaient ces pièces? Probablement, un mystère sur le « montement » de la Vierge, tel qu'on en jouait, à la même époque, à Montauban. Sans doute, le drame de la Passion était-il représenté aussi aux alentours de Pâques. Quant aux clercs de la basoche, fort nombreux dans une ville où les tribunaux abondaient, il est bien probable qu'ils organisaient des farces, des soties ou comédies satiriques, comme à Paris. I^a fête des Fous était célébrée à Toulouse. Mais il ne nous reste aucun texte, et les renseignements sont très rares.

La poésie demeure un plaisir de gens riches ou de nobles, et il n'en saurait être autrement : Guillaume Molinié, chancelier de « Gay Saber » de 1340 à 1356, en composant ses deux traités. Las Flors del Gay Saber et LasLeys d'amor, en a fait un recueil de règles dont l'observation n'est guère permise qu'à une élite intellectuelle. ly'éloge de la Vierge est un exercice de stj^e raffiné. En devenant aristocratique, la poésie perd contact avec le populaire et s'éloigne de ses sources d'inspiration. Aussi les recueils de Raimon Cornet et de Gailhac (1301-1494) ne contiennent-ils rien qu'on puisse comparer aux œuvres des anciens troubadours. On y rencontre beaucoup de confusion et un manque fréquent d'élégance. I^es versificateurs ne retrouvent quelque inspiration qu'en chantant, au xv^ siècle, les événements du jour, traité d'Arras, bataille de Formigny, surtout lorsqu'ils décrivent en termes émouvants les grands cataclysmes du xv^ siècle, la famine de 1433, l'incendie de 1463. I^e Gay Sçavoir

devient, au reste, une institution officielle. Le 3 mai, ce sont les capitouls qui président, dans la salle du Grand-Consistoire, à la distribution des fleurs, la joyas, la violette d'argent, qui récompense le genre noble, à laquelle s'ajoute, en 1345, l'églantine, pour des sujets plus variés, et, en 135 1, la gauch ou le soulcie (souci), réservé à la poésie légère.

Cérémonies, discours, banquets, tout se fixe, dès le début du xvi® siècle, en des rites qui ne varieront guère. C'est même la légende de Clémence Isaure qui se prépare. Vers le dernier quart du xv® siècle, on transporte à la Maison commune une statue sépulcrale provenant du cimetière de la Daurade et d'une tombe marquée du blason des Ysalguier, « à la touffe d'iris à cinq tiges fleuries et

feuillées » (^); c'était probablement l'effigie de dame Bertrande, fille de Pierre Ysalguier, dont le testament existe (1348). Quoi qu'il en soit, cette statue se trouvait à côté de la porte du Grand-Consistoire en 1489, et le peintre Jacques Mortier est chargé, à cette date, de peindre le « pitafle » de la porte et de « dame Clémence », en vue de la fête du 3 mai; elle personnifiait alors la Vierge protectrice des Jeux floraux, et son nom même relève d'une habitude courante au moyen âge, où l'on personnifiait volontiers les vertus morales. Plus tard, on fit subir des modifications à la statue, et les humanistes de la Renaissance la transformèrent en Clémence Isaure, personnage

Clémence léaure (Hôtel d'Assézat)

I. ly'analogie avec les fleurs de la Gaie Science a préparé la confusion avec Vierge protectrice, puis avec le personnage inventé de Clémence Isaure.

mythique auquel on a cru si longtemps à Toulouse (^). Nous sommes, d'ailleurs, à l'aube d'une nouvelle période dans l'histoire de la Gaie Science. I^e Livre rouge, ou recueil des poésies couronnées de 1513 à 1641, ne contient plus, au début, que quelques pièces en roman (-). Le français triomphe désormais sans conteste et l'institution des Jeux floraux se trouve détournée de son objet, qui était de remettre en honneur la poésie occitane et de faire revivre les vieux troubadours.

I.'art aux vSi la littérature n'offre aucune œuvre de quelque valeur,

siTve et xve siècles p^^ contre, l'art du moyen âge à Toulouse nous apporte de larges consolations.

Iw'architectnre.

Les Cordeliers.

T.e Taur.

L'architecture religieuse demeure empreinte de la forte originalité et de la puissance sévère qui sont les traits dominants des Jacobins. De hautes et larges nefs de briques, sans arcs-boutants, s'élèvent à cette époque. L'église des Cordeliers, achevée par le cardinal Pierre de Foix (1457), dont le blason se voyait aux clefs de voûtcj a malheureusement été détruite, sauf la tour aux ogives cintrées (^).

L'église du Taur subsiste, probablement construite au xiv^ siècle pour remplacer la chapelle primitive, agrandie

1. On sait que la statue est aujourd'hui sous la galerie de l'hôtel d'Assézat.

2. Sur le Livre rouge, voir F. de Gélis (Bull. Soc. Arch., n° 46, 1917-1921).

3. Voir, chap. VII, la reproduction du clocher des Cordeliers, qui de tout l'édifice est seul demeuré debout et appartient actuellement à la Banque de France, avec ime partie de l'enclos sur lequel s'élevait le monastère. Le couvent, désaffecté sous la Révolution, devint un magasin à foturages, détruit par l'incendie de 1870. I,e fronton de l'église portait ce distique latin :

Diirahit donec fluctus formica marinos Ebibat, et totum testudo peramhulet orbem.

« Ce monument diurera jusqu'à ce que la fourmi épuise, en buvant, les flots de la mer et que la tortue parcoure le monde entier. » (Cléobule Paul et Cayla, Toulouse monumentale et pittoresque. — De Puymaurens, Acad. des Sciences de Toulouse, 1874).

dans la première moitié du xv® siècle, grâce aux libéralités des Montaut, famille capitulaire dont les armes décorent une clef de voûte de la nef (^).

Une chapelle centrale sépare deux absides pentagonales, disposition très rare. Le blason de l'abbaye périgourdine de Cadouin, sculpté sur cette chapelle, permet de supposer que tous ces aménagements, ont été faits après le transfert du Saint-Suaire (1391), qui demeura un siècle à l'église du Taur. Saint-Sernin du Taur, comme on l'appelle jusqu'au xvi^ siècle, dresse au-dessus de sa façade austère son curieux campanile plat, à faux mâchicoulis et à créneaux, avec six ouvertures en ogives mitrées, accosté de deux tourelles octogonales; la porte, seule, est en pierre, semblable à celle des Cordeliers, moins élégante; elle se date du style flamboyant avec ses six colonnes à chapiteaux de feuillage, son gable en angle aigu sommé d'un fleuron et ses deux niches latérales.

Egliôe du l aur

I. La nef et la portail de Notre-Dame du Taur sont du xrv^ siècle, le sanctuaire est du commencement du xvi« siècle. Les dispositions de la façade sont cellts d'ime église fortifiée, dont elle a seulement les apparences; aucun chemin de ronde n'a jamais existé. La nef comprend trois travées voûtées d'ogives éclairées par des fenêtres et par l'oculus de la façade. Les deux niches pratiquées de chafiue côté de la porte ont été dépouillées par la Révolution des deux statues qui les décoraient et qui provenaient de la chapelle de Rieux, dépendant de l'ancien couvent des Cordeliers; elles sont actuellement au ISlusée des Augustins et ce sont des reproductions de ces statuts, dues à M. Moulins, qui ornent ces niches. La chaire en pierre, sculptée vers le 'KWii'^ siècle, est supportée par les trois statues de Moïse, de saint Jean et de saint Augustin. Cette église a gardé, durant plusieurs siècles, les cendres de saint Saturnin, qui a arrosé de son sang le sol sur lequel elle est édifiée.

— Bis- La Dalbade. D'un style analogue est l'église de laDalbade, élevée en 1455, après la destruction du sanctuaire primitif par l'incendie du 27 février 1442. Au commencement du siècle suivant, de 1503

Foiiiill ik La DalhaJc

à 1535, elle fut partiellement reconstruite, le chœur refait et agrandi, la nef prolongée, l'église voûtée, le clocher édifié (^). Et ici, sur la sévérité sombre de l'édifice gothique.

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