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I. Il fut terminé en

la Renaissance met déjà sa grâce païenne; en 1537, Michel Colin et Mérigon Tailhand construisent l'entrée qui s'harmonise moins avec l'église qu'avec les beaux hôtels s' élevant déjà dans le voisinage.

Mais le moyen âge finissant a laissé à Toulouse une merveille du style flamboyant, digne pendant de Saint-Sernin et des Jacobins, comparable assurément aux beaux ensembles religieux du Nord de la France. I^e couvent des Augustins avait été achevé au milieu du xiv^ siècle, lorsqu'il fut ravagé

Les Augustins.

Le tnlil Clollre ,\\t Auç/iiMiiu^

Hélincrr. r.nh.nicl.e

par l'incendie de 1463, qui força les religieux à se réfugier dans quelques maisons ou à s'abriter dans des bâtiments provoisires. Que resta-t-il des anciennes constructions? La chapelle Notre-Dame de la Pitié, la sacristie, la salle capitulaire, peut-être le grand cloître. Le pape Innocent VIII, par une bulle du 24 février 1487, promit des indulgences à ceux qui contribueraient au relèvement du monastère. Les dons afïïuèrent. Le 30 juin 1504, l'église était consacrée; son clocher devait être découronné par la foudre le 14 septembre 1534 (^).

I. Sa cloche, l'Augustine, populaire par ses sons graves, a été transportée à Saint-Etienne.

Le grand cloître fut reconstruit dès le début du xvi® siècle, ainsi que l'immense réfectoire aux sept travées gothiques et aux fenêtres flamboyantes. Cette dernière salle, où les Etats du Languedoc ont souvent tenu séance, a été démolie au xix^ siècle (1869). Mais le grand cloître aligne toujours ses quatre-vingts arcades tréflées, retombant sur des colonnettes de pierre géminées à chapiteaux de marbres sculptés. C'est un des plus parfaits de France. C'est moins à la délicatesse des sculptures ou des dentelures des arceaux qu'aux heureuses

Le grand Cloître de^t Atigiulln^

proportions de l'ensemble, qu'au mariage avec la lumière, le ciel bleu et la végétation que le cloître doit le charme poétique, peut-être unique en nos pays, qui s'impose au visiteur.

Si l'égUse, large et haute nef dans le style du pays, est actuellement défigurée à l'intérieur, la sacristie, la chapelle Notre-Dame de la Pitié et la salle capitulaire, aujourd'hui réunies, offrent l'exemple le plus élégant, avec la salle capitulaire des Jacobins, de voûtes en feuilles de palmier, soutenues par des arcs doubleaux fusant du fût des colonnettes avec une incroyable légèreté. Cette belle œuvre date des débuts

de la Renaissance; elle en a déjà la grâce lumineuse, malgré les formes du moyen âge : un souci de beauté détend ici l'austérité de la vie conventuelle, comme en ces monastères italiens dont toutes les parties semblent avoir été prévues pour abriter moins des contemplatifs que des artistes.

Les travaux de la cathédrale Saint-Etienne, interrompus depuis la mort de l'évêque Bertrand de l'Isle (1286), reprennent au xv^ siècle, toujours inachevés, pour aboutir à une œuvre incohérente, mais d'un intérêt non moins puissant. Bertrand de l'Isle avait monté les murailles du chœur jusqu'au

Saint-Rtieniie.

Pi:tit CtoUre J^d Augu,)tin,i (Musée)

Hetiogr. Labonche

triforium, avec ses colonnes aux chapiteaux de feuillage. Jean d'Orléans, au début du xvi^ siècle, devait pousser les murs jusqu'à la voûte. Cependant, la voûte elle-même ne fut pas jetée entre les murs, et le chœur continua de s'abriter sous un toit de charpente. La même impression d'inachèvement se dégage du grand portail élevé par l'archevêque Pierre du Moulin en 1449. Pour conserver la chapelle des Fonts- Baptismaux, emplacement, disait-on, du premier sanctuaire, l'ouverture fut déportée vers la droite, de sorte que la pointe de l'accolade flamboyante qui la surmonte ne se trouve plus à sa place normale sous la rose de Raimon VTI. A l'intérieur,

Architecture

civile.

Logis divers :

Seguy, Del Fau,

Boysson,

Tournoër,

Ruffy,

Prohenques,

Lancefoc.

Bernard de Rousergue ferma le chœur d'une clôture en pierre, le dota de stalles et d'un orgue, bâtit deux chapelles à l'entrée du chœur et, sur le côté sud delà nef, celle de l'Agonie, où l'on peut encore voir ses armes.

Par contre, aucun monument civil ne subsiste que l'on puisse comparer à l'hôtel de Jacques-Cœur, à Bourges, ou à l'hôtel de Cluny, à Paris, ou au Palais de justice de Rouen. Mais la rareté et la cherté de la pierre, qui est sans doute pour beaucoup dans cette indigence, a donné à l'architecture civile un caractère original, que le haut moyen âge a transmis comme une' tradition à la Renaissance. Le logis toulousain, celui de

L'un ded côléd du CloUrc Dea Auçjuôllna

Plio(oljT)- I.»l>oucI,(

nos riches marchands du xv^ siècle, se présente sur la rue par des murs de briques parfois crénelés (^), avec d'inolïensifs mâchicoulis qui donnent à la maison un faux air de bâtiment siennois ou florentin du moyen âge. Peu d'ouvertures sur la rue, si l'on exclut les boutiques basses ou les couloirs voûtés d'ogives. Pénétrons cependant par la porte et nous accéderons à des cours, sur lesquelles la maison s'érige comme tournée

I. Voir, rue d'Aussargues, le logis de Jean I,apleau et celui des Roquettes (ou de Pierre Dahus).

en dedans, pareilles au patio espagnol, au cortile ilalien. C'est là que nos bourgeois ont mis leur luxe. Les ailes prennent air et lumière par des baies à croisillons, quelquefois encadrées de montants finement sculptés de feuillages (^) ; dans un coin s'enlève la tour d'angle, carrée ou polygonale, avec sa porte blasonnée ou marquée au monogramme du Christ. A l'intérieur, un escalier dessert les étages et monte par une toureUe jusqu'à la mirande, terrasse dressée à une vingtaine de mètres, où les maîtres de maison prenaient le frais l'été, où l'on faisait sécher le linge et d'où l'on embrassait le panorama de la cité avec ses cent tours semblables et ses nombreux clochers. Tels sont : le logis du marchand Pierre Seguy (1477), petite rue Saint-Rome, dont il ne reste que la tour découronnée ; le logis d'un autre marchand, Pierre del Fau, rue de la Bourse (1495) ; celui-ci renferme les éléments architecturaux que la Renaissance utilisera et embellira sans les changer, notamment les galeries à arcades reposant sur des piliers à pilastres. Tels sont encore le logis et la cour de Hue Boysson, II, rue Malcousinat, invisible de la rue; le logis de Pierre Dahus ou des Roquettes, auquel le président de Tournoër ajoutera l'admirable tour, traditionnelle dans sa forme, mais sur laquelle les sculptures de pur style italien mettent la marque de l'époque nouvelle. Ces logis du xv® siècle sont rares ; encore appartiennent-ils à la fin de ce siècle et au début du siècle suivant. De cet art encore gothique, il nous reste des fragments épars. Le linteau de porte de la rue de Languedoc, avec ses licornes affrontées de ses dragons, celui de l'hôtel de Ruffy, rue Pharaon, n» 21, de dessin analogue, surmonté d'une fenêtre en anse de panier, la niche du logis des Prohenques, aux quatre coins des Changes, qui a conservé son Saint-Pierre; non loin de la tour des Lancefoc, 9, rue Joutx- Aiguës, quelques portes avec accolades gothiques çà et là (2), voilà ce qui a survécu aux attaques du temps ou aux démolitions, pour l'édification des amateurs du passé.

La sculpture du xiv® et du xv® siècles à Toulouse réserve La sculpture. aux artistes des surprises et des joies plus pures. C'est un phénomène assez curieux que l'évanouissement de cet art

1. Voir la fenêtre de l'arrière-cour de l'hôtel de Hue Boysson, ii, rue Malcousinat.

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