Place Roguet
l'arche touchant l'hôpital ainsi que la pile. Aussi, dès le début du xv^ siècle, la plupart étaient-elles remplacées par des tabliers ou charpentes établis sur des pieds-droits et des arcsboutants de bois (^). Ce pont était couvert d'un toit; aux deux entrées et sur quatre éperons de piles, les capitouls avaient autorisé la construction de huit boutiques ou badorques sur lesquelles ils percevaient des droits s'élevant à 35 livres 12 sous par an.
Pont-Vieux. Le Pont- Vieux, en amont, faisait communiquer la rue des
Pont de Tounis, Couteliers, par la rue de la Descente-du-Pont-Vieux, avec la faubourg, à l'extrémité aval de l'actuelle prairie des Filtres d'où, par une place et la rue de la Laque, on gagnait la grande rue et la porte de Muret. Comme le pont couvert, il subissait périodiquement l'assaut des inondations; en 1484, il s'écroula; en 1523, il est emporté; on le répare avec un tablier de charpente; au xvii^ siècle, on l'appellera le Pont de bois. Le pont de Tounis ou de la Dalbade subit le même sort que les précédents; en 1415, en 1461, on est obligé de le reconstruire; en 1515, on commence l'édification d'un nouvel ouvrage en briques, achevé en 1528, qu'on eut un moment l'intention de continuer jtisqu'à Saint-Cyprien. Enfin, le pont de bois de Comminges, qui franchissait le petit bras de la Garonne entre la rue de la Rouquette, à Tounis, et la rue actuelle des Moulins, à l'entrée duquel se trouvait un tronc pour son entretien, disparaît au xv^ siècle et ne fut pas rétabli. Dès le xiv^ siècle, il est question d'un pont nouveau qui pourrait défier les colères du fleuve. Il en est encore question au xv^ siècle; le projet ne sera réalisé qu'au xvi^ siècle, ainsi que nous le verrons.
Aspect de la ville. La ville conserve, en général, son aspect de l'époque raimondine. Les grandes voies que nous avons marquées restent toujours les axes delà circulation : de la porte Narbonnaise à Saint-Sernin par la Porterie, de la Daurade à Saint-Etienne. Cette croisée de chemins correspond toujours aux grandes voies commerciales : celle de la Méditerranée à la Guyenne ou au Quercy, celle de Gascogne et de l'Armagnac à l'Albigeois et au Castrais; une sorte d'aimeau enveloppe cette croix par
I. I^es principales inondations furent celles de 1258, 1397, 1413. 1436, 1507.
les rues qui bordent la Garonne (Pharaon, Dalbade, Peyrolières), atteignent Saint-Etienne par la place Monta3''gon ou Saint-Georges (Argentiers, Imaginaires) (^), et de Saint-Etienne rejoignent le Salin (Perchepinte, Nazareth). Toutes ces rues sont étroites et sinueuses avec des maisons en général mal bâties, sauf les hôtels des bourgeois riches construits en briques avec quelques éléments en pierre; habitations et boutiques se trouvent dans des immeubles en corondage, dont quelques-uns subsistent aujourd'hui, survivance du xv^ ou du xvi^ siècle {^). On comprend avec quelle facilité le feu pouvait détruire des bâtiments de bois et de boue desséchée. Les incendies, comme les inondations, dévastaient périodiquement la ville. Celui de 1463 a laissé un souvenir tragique par son ampleur.' Mais que d'autres sont mentionnés dans les textes ! Signalons celui de 1441, et celui de 1408 qui anéantit deux cents maisons, dont la halle de la Pierre. En vain, les capitouls interdisaient-ils de construire en corondage. I^es habitants se dérobaient à l'observation des ordonnances et on laissait faire, avec l'insouciance ordinaire des hommes qui ne songent plus au danger quand il est passé.
La ville est divisée en ses huit capitoulats, dont le plus petit, mais aussi le plus dense, est celui de la Pierre ou de Saint- Pierre-Saint-Géraud, groupé autour de la halle de la Pierre rebâtie après l'incendie de 1408 et de l'église de Saint-Pierre- Saint-Géraud reconstruite après son effondrement en 1471. Les capitoulats les plus étendus et les moins peuplés étaient ceux de Saint-Julien, de Saint-Pierre de Cuisines et de Saint- Sernin. Les capitoulats étaient divisés en melos ou îlots de maisons, désignés, sur les registres des estimas au xv^ siècle, par le nom d'un monument ou d'un notable propriétaire. Cette division, assez naturelle, permettait d'établir les cadastres en vue du paiement des impôts; ces cadastres, écrits en roman, constituent aujourd'hui de précieux documents pour
Divisions
de
la ville.
Capitoulats
et melos.
Les cadastres.
T.es dizeniers.
) . Gambctta et de la Pomme.
2. Exemple : rue Perchepinte, six maisons; rue Saint-Georges (ancienne rue aux Bœufs, dix; rue d'Astorg, une; rue des Trois-Banquets, deux; rue Montoulieu-Vélane, cinq; rue Tripière, quatre; rue des Arts (ex-rue des Augustines) et des Estagnères- Vieilles, deux; rue Peyras, quatre, etc., etc. (V. Chalande, Histoire des rues de Toulouse).
Quartiers.
Quartier
de
l'Université.
Quartier des fonctionnaires.
Le Château 't ses annexes.
l'étude de la cité aux xv® et xvi® siècles (^). De plus, chaque melos ou moulon avait son dizenier, qui convoquait les habitants pour le service des armes ou pour celui des incendies.
En réalité, dès le xiv^ siècle et surtout au xvi^, on peut distinguer à Toulouse plusieurs quartiers différents par leur population. Il y a un quartier de l'Université, un quartier des fonctionnaires, un quartier des affaires, tandis que dans les faubourgs ou sur la périphérie s'émiettent les petites maisons et les vergers se diluant, pour ainsi dire, dans le campagne environnante.
lyC quartier de l'Université, qui est aussi, pour une bonne part, celui des couvents, s'étend sur les capitoulats de Saint- Julien, du Taur et de Saint-Sernin. Ses trois artères principales sont la rue du Taur ou Grande- Rue, la rue des Cordeliers (^) et des Salenques, menant à la porte des Croses, et la rue des Ecoles (des Lois) qui mène par la rue du Peyrou à Saint-Sernin, par la rue de la Cadène et de la Serène (^) à la porte Arnaud-Bernard et à la Garonne. C'est là que se rassemblent les grands monastères, les Cordeliers, les Jacobins, Saint-Sernin, et la plupart des collèges, Foix, Périgord, Saint- Raimon, Saint-Bernard, Maguelone, Saint-Exupère, Narbonne, Verdale et Montlezun, ainsi que les Facultés de l'Université, les arts, le droit (*), la théologie (^), la médecine. Ce quartier est assez bien limité par la rue Mirabel, ou d'Agulhères, ou Matabiau, menant de la maison commune à la porte du même nom. Mais quelques collèges, et non parmi les moindres, se sont établis à proximité, dans le quartier voisin : ce sont Saint-Martial et Sainte-Catherine. Seuls, les collèges de Boulbonne et de Saint-Girons, au reste peu importants, se trouvent éloignés du centre des études.
Le quartier des fonctionnaires ro3'aux appartient aux capitoulats de Saint-Barthélémy, de Saint-Etienne et de la Dalbade. Son centre est la place du Salin, où se dressent des
1. C'est avec eux que M. Chalande a fait sa précise et minutieuse Histoire des rues de Toulouse, à laquelle nous nous sommes souvent référé.