‹ Histoire de ToulouseChapitre 12 sur 317 · I. Grégoire de Tours · texte numérisé non relu

I. Grégoire de Tours

Didier trahit de même Gondovald, qui fut pris dans Comminges (^). Toulouse échut alors à Contran, roi de Bourgogne. Il exila son évêque, Magnulfe, qui ne se soumettait pas à son autorité. A peu de temps de là, Dagobert réunissait la France entière sous son sceptre. Pour satisfaire les Aquitains qui, tout pénétrés encore de civilisation romaine, supportaient difficilement les Francs, il leur donna comme roi Caribert, son frère, qui groupa sous son autorité Toulouse, Agen, Cahors, Périgueux et Saintes. Cet Etat, dont Toulouse était la capitale, constituait une marche contre les belliqueux Vascons. Caribert les battit, mais mourut en 632; son fils Chilpéric eut une vie courte et oisive. Dès lors, à l'époque des rois fainéants, l'Aquitaine devient à peu près indépendante sous les ducs nationaux Eudes, Hunald, Waïfre; mais nous ignorons si Toiilouse fut leur capitale et leur séjour.

La ville eut à souffrir, peu après, des incursions des Arabes venus d'Espagne. C'est lors de la deuxième invasion que les Sarrasins, commandés par El-Samah, s' étant emparés de Narbonne, vinrent assiéger Toulouse (721). Ee duc Eudes sauva la ville devant ses murs ; il livra aux Arabes une bataille victorieuse dans laquelle El-Samah fut tué. Cette victoire fit une impression considérable et les historiens arabes nous en ont conservé le témoignage; le champ de bataille fut appelé par eux « champ des martyrs »; on y entendait, disent-ils, un muezzin invisible annoncer les heures de la prière. Quoi qu'il en soit, Toulouse échappa au sort de beaucoup d'autres villes du Languedoc et de la Provence, que les Sarrasins occupèrent pendant un demi-siècle (^).

De l'époque mérovingienne et sarrasine, nous n'avons conservé d'autres vestiges authentiques que de très rares monnaies. Les Francs avaient créé un atelier à Toulouse ; la frappe était affermée à des officiers publics ou à de grands propriétaires qui marquaient de leurs poinçons les espèces sorties

Les Sarrasins :

Bataille

de Toulouse

Monnaies mérovingiennes.

1. I,a ville (ancienne cité des Convense) fut complètement détruite et ne se releva qu'au xn^ siècle (ce fut Saint-Bertrand-de-Comminges).

2. Cependant, l'Histoire de Languedoc, V, i, dit, sans raison probante, qu'en 729 Toulouse fut peut-être prise.

de leurs officines. Ainsi connaissons-nous le nom de dix-sept monétaires toulousains. La monnaie la plus usitée était le triens ou tiers de sou.

Epoque carolingienne.

Comtes ou marquis

de Toulouse.

Guillaume

de Gellone.

Après plus d'un siècle d'indépendance, l'Aquitaine fut' réunie au reste de la France par Pépin le Bref, qui entra sans coup férir à Toulouse, en 767. vSous Charlemagne, la ville redevint, comme sous Dagobert, la capitale d'un royaume autonome et vassal, satisfaction donnée" au particularisme méridional. L'empereur confia l'Aquitaine à son fils aîné, Louis, qui fit de fréquents séjours à Toulouse et y réunit des assemblées. Le diocèse de Toulouse cessa d'être rattaché au siège métropolitain de Bourges pour faire partie de la province ecclésiastique de Narbonne. La région toulousaine formait alors un comté, d'où l'on pouvait tenir en respect les Vascons, mal soumis, ou les Sarrasins, toujours redoutables.

Le premier comte (ou duc, ou marquis) de Toulouse fut Chorson, révoqué par Charlemagne, en 790, pour s'être laissé prendre par les Vascons. Le second, vrai vice-roi du Midi en son temps, fut Guillaume, un des plus intimes conseillers du grand empereur avec Adalhard; dès le plus jeune âge, Guillaume avait été élevé dans les palais et sous les yeux de Charlemagne; il fut admis dans son Conseil et commanda ses armées. Ce personnage a été immortalisé par l'Eglise et la légende pour sa piété et sa vaillance. Les Arabes ayant envahi la Septimanie, en 793, il les arrêta sur l'Orbieu, affluent de l'Hérault; ses exploits contre les Vascons et les Sarrasins ont fait de lui, comme de Roland, comme de Girart de Roussillon, le héros d'un cycle de chansons de gestes : c'est « Guillaume au Court-nez ». Il n'était pas moins dévot et cher à l'Eglise. A la fin de sa vie, il se retira dans le val de Gellone, près de Lodève,»au fond des gorges de l'Hérault, dans le monastère de Saint-Guilhem-du-Désert, par lui fondé (804), doté de marbres précieux et entretenu par le revenu de soixante-dix villages. L'Eglise, après sa mort (808), canonisa Guillaume de Gellone. Son fils Bernard, comte de Barcelone, nommé camérier de Louis le Pieux et fort avant dans les bonnes grâces de l'impératrice Judith, femme de Louis le Débon-

naire, passait, au dire des chroniqueurs, pour le « second dans l'Empire )>. C'est Bernard de Septimanie qui jouera, sous Charles le Chauve, un rôle politique important. Le souvenir de saint Guillaume est perpétué encore aujourd'hui par le magnifique sacramentaire ou missel de Saint-Guilhem, provenant de l'abbaye de Gellone, passé, après la suppression de l'abbaye, à la bibliothèque de vSaint-Germain-des-Prés, puis à la Bibliothèque nationale, et qui demeure un des plus magnifiques spécimens de l'enluminure carolingienne. Guillaume de Gellone n'a aucun lien de famille avec la dynastie raimondine.

Le règne de Charlemagne est remarquable par une sorte Le trésor

de renaissance de l'Eglise, des lettres et des arts; de cette de Saint-Semin.

renaissance, il reste à Toulouse bien peu de témoignages; carolin

nous ne possédons aucune construction de cette époque. Il et le camée.

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Frlde de l'FA'anqéliairc carolin

paraît certain que l'abbaye de Saint-Sernin, favorisée par la protection et la faveur impériales, atteignit alors un haut degré de richesse et de prospérité (^). Son trésor contenait des œuvres remarquables de cette époque. Les visiteurs du musée Saint- Raymond peuvent y admirer le cor d'ivoire, dit cor de Roland, avec sa faune d'animaux délicatement ouvragés et sa figure du bon Pasteur portant l'Agneau. L'évangé-

I. Inventaire des trésors et reliques de Saint-Sernin, par Mgr Douais (Paris, Picard). Cet inventaire, dressé par un méridionaliste érudit et très informé, renseigne sur les reliques, les livres, les ornements, les parements contenus dans le trésor.

liaire carolin, connu sous le nom d'Heures de Charlemagne, un des joyaux de la Bibliothèque nationale, vient du trésor de Saint-Sernin ; peint pour Charlemagne, en 781, par l'enlumineur Godescalc, il étonne par l'opulence et la variété de l'ornementation; mais sa reliure d'argent ciselé fut enlevée pendant la Révolution. Quant au fameux camée, ou camaïeu, aujourd'hui au musée de Vienne, et qui représente sans doute le triomphe de Tibère en présence. d'Auguste et de Rome divinisée, ce chef-d'œuvre tenta le pape Paul II à ce point que, pour le posséder, il offrit vainement de faire construire à ses frais un pont sur la Garonne. François I*^'', ayant pu l'admirer à son passage à Toulouse (1533), l'offrit à Clément VII, en dépit des résistances des capitouls; le camée ne parv^int pas, du reste, au pontife, prit le chemin de de Fontainebleau, où les Ligueurs le volèrent en 1590; passé en Italie, il fut apparemment vendu à l'empereur Rodolphe II. La légende veut qu'il ait été donné avec des reliques à l'abba^'e par Charlemagne; mais il est possible que ce cadeau magnifique provienne du comte de Toulouse Raimon de Saint- Gilles, qui l'aurait rapporté de Constantinople après la première croisade (^).

vSiège de Toulouse Sous lyOuis le Débonnaire, Toulouse et sa marche désormais

P^^ distincte de la Septimanie échurent en partage, avec l'Aqui-

Charles le Chauve . , ^ , ^, . .„.„ ,„ \ 1,-11 1,

(844) tame et la Gascogne, a Pepm I^'^ (017), second hls de 1 empe-

reur. Ce prince ivrogne et débauché étant mort en 838, les Aquitains refusèrent d'obéir à Charles le Chauve, désigné pour lui succéder par l'accord de Worms (839). Ils proclamèrent roi le fils de Pépin I^r, Pépin IL Dans le conflit qui suivit la mort de Louis (840) et qui mit aux prises ses trois fils, l'eni-

I. Le camaïeu de Saint-Sernin. Cette précieuse agate, consacrée au culte augustal, rappelait les succès définitifs des armes romaines en Dalmatie et en Panonie, sous les ordres de Tibère et de Germanicus. L,e Parlement de Toulouse a statué, en i445i sur les difficiiltés soulevées par le cardinal de Saint-Marc, devenu le pape Paul II, pour s'assurer la possession du camée. François I*^"", en demandant le camée, après son passage à Toulouse, voulait simplement le montrer au pape et non le lui offrir; il lui fut confié, dans le couvent Saiut-Antoine-de-Vienne, le 24 novembre 1553; emportée ensuite à la cour, l'agate augustale aurait séjourné longtemps au château de Fontainebleau, où elle est mentionnée dans im inventaire de 1560. Donné par Catherine de Médicis aux dominicaines de Saint-I,ouis de Poissy, le camée y fut volé, à la faveur des guerres civiles, et passa, après d'obscures péripéties, aux mains de marchands qui l'auraient vendu 10.000 ducats à l'empereur Rodolphe II (V. Roschach I.. C).

pereur Lothaire, Louis de Germanie et Charles le Chauve, Pépin II soutint son oncle Lothaire et fut battu avec lui à Fontenay-en-Puisaye (842). Le traité de Verdun attribua à Charles la France actuelle jusqu'au Rhône et à la Meuse, sous le nom de Francia occidentalis. Le Midi n'accepta pas son rattachement, et Charles de Chauve dut le soumettre par les armes. C'est ainsi que Toulouse, qui tenait pour Pépin II, fut assiégé de mai à juillet 844. Charles le Chauve établit son camp au bourg de Saint-vSernin ; mais il ne put prendre la ville et leva le siège après la défaite en Angoumois des renforts qu'il attendait. Entre temps, il confirma à l'Eglise de Toulouse

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Olijan Je Sainl-Sernui (2^ zone]

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Saint-Etienne et Saint- Jacques, ainsi qu'aux monastères de Saint-Sernin et de la Daurade toutes les possessions dont ils jouissaient alors. Ce diplôme, daté du 5 avril 844, dont les archives possèdent une copie du xii^ siècle, est le document le plus ancien relatif à notre cité (^).

Les comtes de Toulouse, jusque-là, n'étaient que des gouverneurs révocables, et les souverains les ont assez fréquemment changés. Nous avons sur eux peu de renseignements.

Sous Charlemagne et Louis le Pieux, on cite Bégon, époux d'Alpaïde, fille bâtarde de Charlemagne et sœur de Pépin le

Comtes amovibles.

I. Il mentionne un diplôme de Louis le Pieux, antérieur, mais égaré. Charles le Gros interdisait, dans ce diplôme, à tout juge ou officier publie de pénétrer dans ces églises et leurs dépendances pour exiger des logements, enlever des hommes libres ou des serfs et instruire des causes. C'est plus spécialement au monastère de Saint-Sernin qu'il séjourna pendant la guerre contre les IVIaures d'Espagne.

Bossu (806-816), et Galindo (835-837), sur lequel on ne sait rien de plus (^).

Foucaud. ly' ancêtre des Saint-Gilles est Foucaud, missus en Rouergue

redelon. ^^ Quercy sous Louis le Pieux, époux de Sénegonde; on ne sait pas l'origine de ce personnage ou de sa femme. Leur fils Frédelon porte, en 845, le titre de comte de Toulouse. Il doit ce titre, assurément, à Pépin d'Aquitaine, dont il était un des fidèles. Frédelon soutenait, en 844, Pépin et Bernard de Septimanie, révoltés contre Charles le Chauve. Ce dernier échoua devant Toulouse, mais put se saisir de Bernard, qui fut exécuté; il se réconcilia, au traité de Saint-Benoît-sur-Loire (juillet 845), avec son neveu Pépin, à qui il confirma le gouvernement de l'Aquitaine. C'est alors que Frédelon est nommé comte; Hincmar, archevêque de Reims, lui écrit pour lui recommander les biens de l'Eglise toulousaine. En 849, nouvelle rupture entre Pépin et Charles. Le roi de la Francia occidentalis, cette fois, s'empare de Toulouse, mais, grâce à la trahison de Frédelon, qui lui livre la ville et conserve son titre de comte, par octroi de Charles le Chauve, sous condition d'hommage; par sa trahison, Frédelon a ruiné la cause de Pépin dans le Midi. Aussi est-il comblé d'honneurs par Charles, ainsi que son frère Raimon I^r, qui le remplace à Toulouse en 852. Il porte le titre de comte de Toulouse, de Pallars (^), de Rodez et de Limoges; il est aussi marquis, c'està-dire commandant d'armée : dans un diplôme, son chanulus emploie des formules régaliennes, qui révèlent non pas un fonctionnaire, mais un seigneur déjà souverain.

En 819, les fonctions de comte sont exercées par Béranger, fils d'un comte de Tours et parent du même empereur Louis; ces illustres alliances témoignent de l'importance du poste. Après Béranger, Ecfrid ou Atfred demeure, pour l'histoire, un simple nom. Ses successeurs sont à peine plus connus et l'on n'a pas de preuves qu'ils fussent ses fils.

Son frère Raimon I*^^ lui succéda en 852. Celui-ci est le véritable fondateur de la dynastie des comtes hérédi-

1. Calmette, Deux communications. Bull. Soc. Arch., 1921-25, 319.

2. Pallarès et Ribagorza se trouvent sur le versant espagnol des Pyrénées, au sud de la vallée de l'Ariège. V. Calmette, Un diplôme original du comte Frédelon (Annales du Mdi, t. XI^I-XI,!!, 1929-30, p. 225). I^e diplôme d'Urgel est publié après sa notice; c'est l'acte le plus ancien de la maison raimondine.

taires de Toulouse, qui s'éteindra quatre siècles plus tard (1249) avec Raimon VII (^).

Le comte Raimon I^r demeura fidèle à Charles le Chauve Comtes

dans les circonstances difficiles que ce prince eut à traverser. héréditaires.

En 863, Umfroy, marquis de Gothie, lui enleva Toulouse par sièeel^To 1 '

surprise, à la suite d'un complot « comme les Toulousains en par

savent ourdir », écrit Hincmar dans une lettre, « accoutumés ^^^ Normands

qu'ils sont à substituer les comtes les uns aux autres ».

Onfroy ou Umfroy, marquis de Gothie,. qui essaA^a d'enlever Toulouse à Raimon I^^", frère de Frédelon (864), était fils de Guérin, comte de Mâcon, que Charles le Chauve nomma comte de Toulouse entre 840 et 843, mais qui n'exerça pas ces fonctions. Pépin d'Aquitaine restant maître du pa^'s. Le marquis de Gothie fut une des chevilles ouvrières du complot ourdi par le comte Etienne et Girart de Roussillon pour couronner roi d'Aquitaine Charles l'Enfant, fils de Charles le Chauve et gendre du premier. La tentative d' Onfroy sur Toulouse n'est qu'un épisode des luttes de famille qui ont signalé la décadence carolingienne {^).

Il rêvait peut-être de reconstituer, à son profit, la vaste vice-royauté du Midi formée, au siècle précédent, en faveur de saint Guillaume de Gellone. C'est à ce moment que les Normands qui, déjà une fois, en 844, avaient remonté la Garonne jusqu'à Toulouse, parurent sous les murs de la ville (864). Ils étaient conduits par Pépin II qui, proscrit et errant, avait été réduit à devenir chef de pirates. Toulouse se défendit avec fermeté et ne fut pas prise. Les Normands abandonnèrent leur projet; d'ailleurs, ils avaient appris la

1. lycs institutions municipales de la période obscure qui va de l'époque romane aux invasions barbares et de celle-ci au xi<^ siècle ne nous sont pas connues. Ville comtale, Toulouse est administrée, pendant le haut moyen âge, par le Viguier, représentant le comte. De nombreuses servitudes, des impôts de circulation surtout, pèsent sur ses habitants au profit des seigneurs de la ville ou des environs. Comme toutes les villes de France, à cette époque primitive, Toulouse offre ime mosaïque et im entrelacement de domaines et de droits appartenant à une foule de personnages laïques ou ecclésiastiques. I^a majorité de sa population est formée de manants, quelques-ims serfs, astreints à de nombreuses taxes ou corvées, obligés au service militaire ou à des impôts de remplacement. En ces temps reculés, nuUe trace n'apparaît de libertés municipales, nul vestige d'un Sénat ou d'un Capitoulat, nulle mention d'une maison commune. C'est seulement à l'époque des croisades que Toulouse devient une cité autonome. Et, désormais, l'histoire du Capitole se lie à celle de son émancipation. (Henri Ramet, Le Capitole et le Parlement de Toulouse).

2. Calmette, Deux communications, Bull. Soc. Arch., 1921-1925, 319,

Toulouse soutient les Carolingiens

contre les Robertiniens.

Les successeurs

de Raimon I^r :

les Bernard,

Budes, Raimon II,

Raimon-Pons.

Les Hongrois.

formation, à Castres, d'une armée de secours commandée par Ermengaud, vicomte d'Albi. Quant à Umfroi, trouvant Toulouse peu sûre, menacé sans doute par les partisans de Charles le Chauve et du comte Raimon, condamné du reste par le roi au concile de Verberie, il prit le parti de quitter la ville et de se réfugier en Italie.

Charles le Chauve, malgré ses efforts méritoires, fut un souverain sans pouvoir. Partout, sous son règne, s'établit le régime féodal; les hommes libres se recommandaient à un seigneur; les relations juridiques entre individus remplacent les liens qui rattachaient les individus à l'Etat, les attributions de la souveraineté passent aux particuliers, soit par aliénation, soit pas usurpation; les fonctions administratives deviennent héréditaires. Dans ces ix^ et x^ siècles anarchiques, où se fonde pourtant un ordre nouveau, Toulouse devient le centre d'un fief important, en fait indépendant du roi, qui règne dans le Nord. Après la mort de Charles le Chauve (877), elle appartient à Carloman (879), puis au sauveur de Paris, le roi Eudes (895) ; sujétion purement nominale. L'Aquitaine, dont elle reste la capitale, vit de sa vie particulière, favorable aux derniers Carolingiens, Charles le Simple, Louis d'Outremer, princes sans autorité, qui ne la gênent guère, hostiles aux Robertiniens, Eudes ou Raoul, hommes du Nord, qu'elle ne veut pas connaître. En 987, ses sympathies vont au dernier descendant de Charlemagne, Charles de Lorraine, contre Hugues Capet, qu'elle ne reconnaîtra pas sans difficultés.

C'est pendant cette période que se constitue la dynastie comtale avec ses principaux domaines. La chronologie en demeure au début très obscure et l'histoire n'en est pas aisée à établir. Raimon I^^ mourut peu après sa rentrée à Toulouse (864); il fonda l'abbaye de Vabres, à laquelle sa veuve, Berteiz, consentit d'importantes donations. Il eut pour héritiers deux Bernard, probablement deux frères; le premier meurt en 875 et le second est mentionné, en 877, dans la correspondance d'Hincmar. Un troisième frère, Eudes, leur succéda à une date incertaine. Celui-ci, qui semble avoir été un seigneur fort puissant, disparaît en 918 ou 928; il fut suivi de Raimon II, puis de Raimon-Pons, qui fonda, en 936,

l'abbaye de vSaint-Paul de Thomières, où il fut enseveli en 950 ou 951. Raimon-Pons reçut du roi Raoul le duché d'Aquitaine, qui passa, après sa mort, au comte de Poitiers, Guillaume Tête d'Etoupes; dans une charte de Louis d'Outremer, il est qualifié de prince des Aquitaines. Sous ces deux derniers comtes, les vSarrasins d'Espagne, ayant traversé les Pyrénées et envahi la Septimanie, parvinrent jusqu'à Toulouse (920). Quelques années après, les Hongrois, descendants des Huns, redoutés comme eux pour leur férocité, passèrent d'Italie dans la vallée du Rhône qu'ils ravagèrent, et poussèrent leurs petits chevaux rapides jusque sous nos murs; ils furent taillés en pièces par Raimon-Pons (924).

Avec son fils Guillaume III Taillefer (951-1037), l'histoire Guillaume des comtes s'éclaire partiellement. Sa mère, Garsinde, gou- Taillefer.

verne durant sa minorité, jusqu'en 975. Pendant son long règne, Taillefer semble avoir tenté — assez vainement — d'assujettir ses turbulents vassaux, tel le vicomte de Carcassonne. Avec l'Eglise, il agit comme beaucoup de seigneurs de son temps, s 'emparant de ses biens et en disposant sans scrupules; c'est ainsi qu'il prit possession de l'abbaye de Beaulieu en Limousin et qu'il vendit à son abbé l'évêché de Cahors. Il reconnut la dynastie capétienne, mais sans empressement. Ses mariages lui valurent des appuis profitables ou lui réservèrent de beaux héritages. Sa première femme, Arsinde d'Anjou, était, croit-on, la sœur de Foulques Nerra et la fille de Geoffroi Grisegonelle. La seconde, Emme de Provence, devait hériter, en 1023, de cette belle province. Enfin, sa fille Constance fut la femme du roi de France Robert le Pieux (998). Ce dernier vint à Toulouse en 103 1 et visita Saint-Sernin, célèbre par ses reliques. Taillefer mourut à quatre-vingt-dix ans. On peut voir encore, à l'angle du transept sud de l'insigne basilique, le sarcophage de l'époque romano-chrétienne où il fut enseveli et où demeure encore, fort détériorée, l'inscription funéraire {^).

Un texte appelle Guillaume Taillefer « comte des peuples

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