‹ Histoire de ToulouseChapitre 123 sur 317 · Adrien Tiunèbe, né aux Andelys · texte numérisé non relu

Adrien Tiunèbe, né aux Andelys

4. Né à Toulouse en 1522. Son père se serait appelé Cugeux. M. Chalande a montré que la maison dite de Cujas (rue du même nom, n" 10) n'est pas sa maison natale. Il a également montré l'inanité de la légende des déportements de sa fille Suzanne avec ses étudiants à Toulouse. Suzanne avait trois ans à la mort de son père (1590). Sa carrière : professeur à Toulouse, 1547-54; Bourges, 1559-65; Ttirin, 1565-67; Valence, 1567-75; Bourges, 1575-90.

entière en latin, est immense : éditions d'Ulpien, des Codes Théodosien et Justinien; commentaires sur le Code, Digeste et Institutes, ou sur les œuvres de Papinien. Maître du droit romain, il lui donne décidément le pas sur le droit canon; et ceci est une première victoire de l'esprit de la Renaissance. Il a surtout réagi contre l'école bartoliste (^), celle de l'opinion moyenne, tirée de la comparaison de toutes les opinions, et contre l'école des Accursiens, celle des compilateurs de textes et de gloses. Cujas, cessant de s'hypnotiser sur le sens du texte, l'éclairé par l'histoire, conscient de cette vérité que le droit n'existe qu'en fonction des conditions historiques où il s'est formé. Il replace donc l'œuvre d'un jurisconsulte dans son temps, en marquant ainsi le vrai sens et faisant, de textes ou de gloses figés, quelque chose de vivant. Grâce à lui, le droit romain, tout court, s'intègre dans la culture générale et parvient à la dignité d'une philosophie; grâce à lui, le droit romain devient un des aspects et souvent le miroir le plus fidèle d'une haute civilisation.

La Renaissance des arts.

Les artistes.

La Renaissance des arts présente à Toulouse un intérêt des plus vifs. Excepté Paris, peu de villes en France offrent, de cette époque, un pareil ensemble de monuments. C'est que Toulouse était riche et que la richesse est une des conditions indispensables de l'activité des arts. Ses bourgeois aimaient le luxe ; ils étaient vaniteux et se piquaient d'émulation pour bâtir de beaux logis. De plus, Toulouse a subi l'emprise de l'Italie tout proche, l'emprise d'une antiquité que tant de souvenirs lui rappelaient. Elle s'est laissé emporter dans le mouvement général qui renouvelle les formes et les procédés de construction, tout en gardant, dans cette révolution esthétique, une part de sa traditionnelle originalité.

Si les architectes ou sculpteurs du moyen âge sont pour la plupart restés anonymes, les documents nous ont révélé un nombre considérable de noms d'artistes du xvi^ siècle. Beaucoup, au reste, sont étrangers à la ville ou, tout au moins,

T. I,e rival de Cujas, Forcadel, est un bartoliste. Bartole, jurisconsulte italien

sont d'origine non toulousaine et en majeure partie septentrionale. En 1533, cent quatre-vingt-trois artisans besognèrent pour préparer l'entrée du roi François I^^, parmi lesquels, à côté des fustiers ou charpentiers et des tapissiers, se trouvaient des peintres et des ymagiers; il y en avait d'Italiens, d'Espagnols, de Français et de Méridionaux. Ce sont encore moins des artistes que des artisans membres de corporations. Celle des massonniers date des premières années du XVI® siècle : ils s'intitulaient massons, tailleurs de pierre, peintres; le mot architecte n'apparaît, sur les baux à besogne, qu'assez tard. Aucun ne présente les talents universels de nombreux Italiens qui étaient à la fois architectes, sculpteurs, peintres. Le seul qui évoque, d'assez loin, ces illustres modèles est Nicolas Bachelier, ingénieur, architecte et scrdpteur, auquel la tradition a souvent attribué des travaux d'artistes inconnus. Sauf peut-être celui-ci, aucun n'occupe dans notre cité une place analogue à celle qu'occupaient Lescot et Philibert Delorme à la cour ou dans la société du Nord. Il en est beaucoup que même des œuvres charmantes n'ont pas sauvés de l'oubli. Pour l'immense majorité, ce sont les travaux des savants qui ont conservé leur mémoire.

Les plus intéressants sont Pierre de Naves, architecte de la municipalité, auquel nous sommes redevables du donjon; Jehan Rancy, dit Feuillette, le fondeur de Dame Tholose (^), et du Griffoul de la place Saint-Etienne; Loys Privât, qui acheva l'hôtel Bernm^ et reconstruisit le Grand-Consistoire; Anthoine Lescalle, un des bâtisseurs de l'hôtel de Bagis; Michel Colin, de qui l'on peut toujours admirer le portail de la Dalbade; Guiraud Mellot, qui fit une des portes du Grand- Consistoire, aujourd'hui disparue, et Jean Aleman, qui signa la porte de l'hôtel de ville actuellement reconstruite au Jardin des Plantes.

Mais le plus grand est assurément Nicolas Bachelier. Nous Nicolas Bacheliei ignorons tout de ses origines; sa famille vient du Nord, peutêtre de Bourgogne; la date et le lieu de sa naissance sont également inconnus; ce qu'on a dit de ses voyages en Italie, de sa filiation artistique avec Michel- Ange, relève de la pure imagination. Nous le rencontrons pour la première fois,

Page 1