‹ Histoire de ToulouseChapitre 124 sur 317 · I. Aujourd'hui « la Renommée » de la colomie Dupuy · texte numérisé non relu

I. Aujourd'hui « la Renommée » de la colomie Dupuy

en 1533, parmi les ouvriers qui préparent l'entrée de François I®^. Il appartenait, comme les Lescalle, les Colin et tant d'autres, à une famille de tailleurs de pierre et massonniers. Ses fils continueront son métier et ses entreprises. Ce n'était pas un érudit qui raisomiait son art; mais il logea près de Boyssonné et eut comme ami le Parisien Dominique Bertin, fournisseur de marbres pour Pierre I^escot, qui fit un abrégé du Traité d'architecture de Vitruve. Il n'ignore pas l'art italien, non plus que l'art antique, dont il introduit à Toulouse les éléments architecturaux et décoratifs. Par-dessus tout, il possède le coup d'œil sûr de l'artiste, le sens de la distribution des masses, une entente délicate de l'union de la sculpture avec l'architecture, un ciseau précis, élégant et très souvent vigoureux, une expérience solide de son métier, qui le fait désigner pour les constructions les plus diverses (châteaux, logis, ponts, canaux, routes) et qui le désigne pour les expertises les plus nombreuses et les plus variées. Beaucoup d' œuvres de lui sont perdues : le rétable de l'autel paroissial de Saint-Etienne et celui de la Daurade, le jubé des Cordeliers, les six croix ou oratoires établis, en 1535, aux portes de la ville. Ce qui reste suffit à sa gloire; entre autres œuvres, l'hôtel de Bagis et surtout l'hôtel d'Assézat le classent à un rang très honorable parmi nos grands artistes de la Renaissance, non loin de Pierre Lescot, l'architecte du Louvre. Il mourut en 1557, laissant un telle réputation qu'elle a noyé dans l'ombre beaucoup de ses contemporains et collaborateurs {}).

Les œuvres. Dans la masse des œuvres, on peut distinguer plusieurs

époques; le règne de François I®^, dont l'œuvre la plus caractéristique demeure l'hôtel Bernuy, combinaison savoureuse des traditions gothiques et des éléments empruntés à l'art italo-antique ; le règne de Henri II, où triomphe l'art clas-

I. Baclielier nous apparaît comme le plus complet des maîtres maçons-tailleurs de pierre toulousains, en un siècle où Toulouse en posséda toute une élite. C'est lui qui se rapproche le plus de l'architecte idéal de la Renaissance tel que le définit Philibert Dclorme : il est « matliématique et géomètre ». En architecture et en sculpture, il fut, à Toulouse, un imitateur et le promoteur de la Renaissance classique. Aussi, à Toulouse, où l'hiunanisme avait préparé le triomphe du classicisme, il prit un ascendant incontestable sur les autres maîtres de sa génération; et les générations suivantes, dans les siècles classiques par excellence, ont honoré sa mémoire (Henri Graillot. Nicolas Bachelier).

sique et qui nous laisse, en l'hôtel d'Assézat, un spécimen d'une rare beauté.

D'autre part, il faut distinguer l'art officiel, les travaux d'édilité, l'art religieux et, enfin, les logis ou châteaux, qui constituent la partie de beaucoup la plus intéressante de la Renaissance toulousaine.

Il est surprenant que, à l'époque où Paris était doté de son Constructions magnifique Hôtel de ville, Toulouse n'ait pu avoir la maison municipales, commune digne de son rang et de sa richesse. Sans doute, faut-il accuser la faiblesse des ressources municipales, qui étaient absorbées par la réfection des murailles et la construction d'un nouveau pont. Mais il ne faut pas oublier aussi l'absence de vues d'ensemble et cette négligence — défaut toulousain — qui n'achève rien et laisse subsister, à côté de choses souvent exquises, les plus intolérables laideurs. Pourtant, le XVI® siècle a vu s'accomplir d'importants travaux dans l'enclos de la maison commune. Mais ces travaux se font au jour le jour : réparations, reconstructions ou constructions qui respectent le désordre de bâtiments antiques et vénérables. Une simple chronologie garde, pour l'histoire de l'hôtel de ville, une sobre éloquence. En 1521, on refait la toiture du Grand-Consistoire; le 20 août 1525, une délibération capitulaire décide de refaire la tour du Petit-Consistoire et des Archives, qui tombait de vétusté.

La nouvelle tour est achevée en 1530 (Pierre de Naves, ^a tour

architecte; Jean Barbier et Laurent Clarj^ maçons), cou- des Archives, ronnée d'une toiture de plomb barlongue, bien plus basse que la couverture actuelle et surmontée d'abord d'un petit génie en bois, puis, en 1550, d'une femme de bronze, en guise de girouette. C'est la dame Tholose, de Jehan Rancy. Sur la porte (façade ouest, transportée en 1684 façade nord) s'étalèrent les blasons des capitouls de 1529-1530. En 1536, Bachelier construit la cheminée monumentale du Petit-Consistoire, mise au xviii® siècle au goût Pompadour. En 1532, la tour de la vis s'élève pour ménager accès direct au premier étage des Archives (Sébastien Bouguereau, maçon) ; elle est achevée en 1559. En 1542, à l'opposé, Loys Privât élève le bâtiment du Greffe. De 1530 à 1531, la chapelle, entre les deux Consistoires, est reconstruite par Pierre de Naves; et le Grand-

La porte de Bachelier.

Aspect

de

l'Hôtel de ville.

Consistoire lui-même est reconstruit en 1545, par Loys Privât, avec une porte du même sur la chapelle, une porte au nord par Guiraud Mellot : bel ensemble décoratif disparu.

A la même date, Nicolas Bachelier élève sa porte monumentale entre la première cour et le vestibule de la seconde; cette porte subsiste encore au fond de la cour Henri IV, avec la surcharge de Geoffroy Jarry (1561). Au sud, sur la rue du Poids-de-l' Huile, s'édifient les bâtiments du Poids-commun (Jean Alary), avec une porte d'entrée due à Bachelier (1546); au coin de la rue Porteneuve (Alsace-Lorraine) se dresse, en 1554, le local du Poids de l'huile, tandis que dans l'ancien local, en face de Saint-Martial, s'établit la Commutation, bureau des droits d'octroi (1558). Entre temps, Jean Alary rebâtit, au sud du Donjon, le logis de l'Agasse, futur logis de l'Ecu et Comédie, à peu près sur l'emplacement du théâtre. Non loin de là, en 1540, Pierre de Naves élève le premier arsenal, transporté, en 1557, sur le côté nord, dans la troisième cour, par Guillaume Norman, et séparé de la rue Villeneuve (Lafayette) par des maisons particulières. Le même Pierre de Naves reconstruit les prisons ou Carces (1538). Enfin, en 1563, après la prise d'armes des huguenots, les capitouls percent une rue qui longeait à l'ouest l'enclos de l'hôtel de ville, suivant le trottoir actuel du Capitole; c'est la rue Neuve, étroite venelle séparant l'enceinte de briques à deux tourelles encorbellées des masures de la Porterie et allant de Saint-Martial au puits d'Aguillères (rue de Rémusat). Là, Jean Aleman aménage sa porte d'entrée monumentale (1575- 1576), qui fut transportée côté Villeneuve, à l'entrée intérieure de l'Arsenal (1676), puis au Jardin des Plantes (1886). Le Consistoire nord ou Ausidou fut reconstruit à cette occasion avec un couvert de bois servant de halle.

La maison commune conserve donc encore sa disposition incohérente du moyen âge, avec ses trois cours bordées de bâtiments disparates, ses prisons malodorantes, ses magasins et entrepôts; noyées dans ce fatras inorganique, des œuvres d'art délicates, la porte de Bachelier, celle de Guiraud Mellot, celle de Jean Aleman, et, dominant le tout, la masse robuste du Donjon actuel accolé de sa tour de la Vis et sommé de Dame Tholose. C'est dans l'ornementation des portes qu'il

faut chercher l'influence de la Renaissance, notamment dans les pilastres et les figures de femmes de la porte Bachelier. Partout ailleurs, dans la chapelle, dans les salles du grand et du petit Consistoire, dans la tour des Archives, survivent les principes et l'aspect de l'architecture gothique du siècle précédent.

L,es capitouls furent surtout, de 1521 à 1547, occupés à Fortifications, fortifier la ville. lycs murs furent élevés et renforcés partout, des bastions et barbacanes construits en avant des murs, des boulevards aménagés en arrière. Les travaux, particulièrement actifs en 1542, furent dirigés par les ingénieurs royaux Fabrice et Castello, inspectés par les sires du Bosquet et Landrement. Deux bastions très importants protégèrent le moulin du Bazacle (1543) et celui du Château; deux platesformes furent aménagées devant la vSénécbaussée et la porte Montoulieu (1536). Les murailles prennent l'aspect définitif qu'elles ont dans le plan de Jouvin de Rochefort et qui fut fort peu modifié au xvii^ siècle.

Le marché aux poissons ou halle des Bancs-Majous, ou La Poissonnerie, halle Vieille (rue Saint-Rome, n^ 14) empoisonnait le voisinage; sur la plainte des habitants, les capitouls, par délibération du 4 juin 1473, décidèrent de la transférer près de la Garonne; mais on mit soixante ans à exécuter cette décision. En 1533, Pierre de Naves construisit, à l'entrée du Pont- Vieux, des « badorques à merlus » provisoires; en 1552, la nouvelle poissonnerie s'éleva sur le quai de la Daurade, à côté du logis de la Halle ; on la rebâtit complètement en 1609.

La grosse question fut celle des ponts. Le Pont- Vieux Le tombait en ruines de plus en plus. Le pont de la Daurade se trouvait en perpétuelles réparations. En 1507, la quatrième pile est emportée; on ne put jamais la relever, à cause du courant et de la profondeur. On se contenta de joindre la troisième et la cinquième piles par un tablier en charpente. En 150g, en 1523, on refit successivement quatre piles; la deuxième, en venant de la Daurade, s'appelait le Pilier incliné; sur la première s'érigèrent une tour et une porte élevées par Loys Privât, avec inscriptions et armoiries capitulaires. Au début du xvi^ siècle, le tablier fut flanqué de deux cloisons latérales surmontées d'un toit à double pente qui valut son

Pont-Couvert de la Daurade.

nom au Pont-Couvert. En 1564, un dispositif fut aménagé pour soutenir le tablier, ce qui fit donner à l'ouvrage le nom de Pont-Suspendu.

Mais, depuis longtemps, il était question de joindre les deux Le Pont-Neu: rives par un nouveau pont, plus solide, susceptible de résister aux inondations, plus large et d'accès plus facile. L^a première idée vint du pape Clément V (1308). Diverses délibérations capitulaires (1481-1505-1511) resteront sans effet. En 1541, des lettres patentes de François I^^ (11 juin) octroyèrent à la ville la faculté de construire un pont de briques et de pierres, autorisant la levée des impôts nécessaires (^). C'est pour couvrir cette dépense considérable que le roi Henri II accorda la levée de droits d'octroi (la commutation) (1558). Le commissaire départi pan le roi pour présider à cet important ouvrage fut Jean de Mansencal. Les premiers sondages eurent lieu en 1541-1542; le plan ou « pourtraict « est du 3 avril 1542 ; le départ devait avoir lieu aux maisons voisines du cimetière de la Daurade {^). Le premier caisson est construit en 1543, la première pierre de la première pile (rive droite) est posée, le 8 janvier 1544, par le premier président, au milieu des bénédictions du clergé et du concours de la population; on s'aperçoit alors qu'on a fait une erreur de 7 m. 20 vers l'amont; il fallait prévoir une arche de plus et un nouveau plan. En 1554, dix ans après, s'élève la deuxième pile (première du côté de Saint-C3^prien) ; en 1555, la deuxième pile à partir de la rive droite; en 1558-1559, la troisième, deux fois recommencée; en 1560, la quatrième. A cette date, les troubles religieux interrompent les travaux du pont, qui reprennent en 1576 par la construction de la cinquième pile, sur pilotis, à cause de la profondeur de la Garonne; en 1579, la sixième pile s'élève hors de l'eau; de 1597 à 1601, on vit surgir la septième, dont l'établissement fut extrêmement difficile. Mais l'achèvement du Pont-Neuf devait être l'œuvre du siècle suivant; en 1626, il reste encore une arche à construire; en 1661, seulement, après un siècle de besogne, le Pont-Neuf parvenait à sa fin. Nicolas Bachelier, Jehan

1. 20.000 livres par an, levées sur les diocèses de Toulouse, Comminges, Lombez Aucli, lyectoure, Condom, Couserans, Pamiers et Rieux.

Page 1