‹ Histoire de ToulouseChapitre 127 sur 317 · Rue Ninau · texte numérisé non relu

Rue Ninau

La fontaine

de la place

Saint-Etienne.

Cour à la place du Salin. L'aspect général de ces bâtiments était encore plus misérable et plus incohérent que celui de l'Hôtel de ville. La Renaissance n'a pas plus doté Toulouse d'un Palais de justice analogue à celui de Rouen qu'elle ne lui a donné un Hôtel de ville digne de celui de Paris.

Au moins lui valut-elle la charmante fontaine de la place Saint-Etienne, autrefois le Griffoul de Saint-Etienne (toutes les fontaines étaient appelées Griffoul). C'est la fontaine la plus ancienne de Toulouse. Les eaux de Guilheméry et des établissements du Caousou, captées par l'ancien aqueduc romain, arrivaient dans l'enclos des chanoines en une vasque de marbre où les habitants du quartier pouvaient puiser. Malgré des réparations fréquentes, la source restait irrégulière; un arrêt du Parlement (28 août 1523) prescrivit de l'emmener devant la porte de la cathédrale aux frais de la ville. La fontaine fut construite par Jehan Rancy, dont Guiraud Mellot et Nicolas Bachelier expertisaient le travail le 7 décembre 1548. La vasque est celle de la Prévôté et porte sur quatre colonnes de marbre, dont deux furent données par le recteur de Saint-Pierre de Cuisines. En 1593, Antoine Bachelier éleva au milieu de la vasque un piédestal à quatre niches contenant quatre marmousets en enfants de bronze tenant un vase d'où l'eau s'échappe; ce piédestal supportait lui-même quatre boules de bronze sur lesquelles s'élève un obélisque de marbre blanc et rouge. Ce fut la première application d'un programme de fontaines monumentales, qui, s'il eût été suivi, eût pu donner à Toulouse ce charme des eaux fraîches et murmurantes parmi les bronzes et les marbres que Rome, la Rome de la Renaissance, dispense à ses visiteurs aux heures chaudes de l'été. Les humanistes de l'Hôtel de ville ne manquèrent pas l'occasion d'une inscription érudite accompagnant les blasons capitulaires :

« Perdiderat laticum longseva incuria cursus Ouos tibi nunc pleno cantharus ore vomit. »

De monuments religieux, la Renaissance toulousaine fut extrêmement avare. La restauration des Augustins aboutit

INIonuments religieux.

Portail de la Dalbade ^ ^^ merveille du gothique flamboyant dont nous avons parlé.

Porte La reconstruction de la Dalbade s'achève dans le style ogival

de Saint-Sernin. p^j. i^ construction du clocher à la flèche encore médiévale,

œuvre de Nicolas Bachelier et de Guynot Estienne (^). L'aspect général de cette vaste église aux murs sévères, avec ses créneaux et ses mâcMcoulis, l'apparente étroitement, malgré sa date, au Taur, aux Jacobins, aux Cordeliers. Mais, sur cette froide façade de briques, le portail en pierres de Michel Colin et de Tailhand, dit Manceau, met le sourire et la grâce de l'art italo-antique avec ses colonnes corinthiennes à cannelures, son entablement et sa frise, l'encadrement en plein cintre du tympan avec son inscription et les niches en coquilles où les statues drapées à la romaine font l'effet de personnages de Donatello. Moins parfaite, mais encore séduisante est la porte de l'abbaye de Saint-Sernin donnant sur la Grand' Rue ou rue du Taur, et qui remplaça, au début du xvi^ siècle, l'entrée qui s'ouvrait dans les murs crénelés; la finesse et les motifs de son ornementation l'ont fait attribuer à Bachelier, sans raison valable. Elle se date par les armoiries du capitoul Ganelon (1528) et du capitoul Jehan Saint-Pierre (1531). Au reste, nous n'avons presque rien conservé des autels ou jubés que les textes mentionnent. Perdu, le rétable fait par Bachelier pour la chapelle Notre- Dame de la Daurade et représentant l'Immaculée Conception. Détruit sous la Révolution, le rétable du grand artiste pour la grande nef de Saint-Etienne et représentant la mort de la Vierge. Si quelques fragments en ont été conservés au Musée, des morceaux d'un autre rétable du même artiste pour la Dalbade ont été récemment identifiés. Mais aucune œuvre d'ensemble ne subsiste, rien qui évoque l'architecture religieuse de la Renaissance italienne, dont Saint-Pierre est le modèle le plus saisissant.

Par contre, on continue de travailler à la cathédrale, Saint-Etienne, l'éternelle inachevée. L'archevêque Jean d'Orléans, en élevant les murs du chœur, fit reprendre et ouvrager de fines sculptures les contreforts qu'il n'eut pas le temps de coiffer de pinacles; il fit construire la galerie à balustrade qui court au-dessus des arcs-boutants et dont l'élégance est bien de la Renaissance. A l'extérieur, côté midi, il éleva une tour octogonale pour accéder aux voûtes du collatéral et des chapelles,

I. ly'église est consacrée, le 6 mai 1548, par I,aurent Alleman, évêque de Grenoble.

L'architecture

civile.

La ville

et les incendies.

dont la dernière, à l'entrée du chœur, est son œuvre. Surtout, nous lui devons l'énorme pilier qui porte son nom et qui saisit le regard dès qu'on pénètre dans la nef; ce pilier, d'une hauteur disproportionnée et sans symétrique, était destiné à contre-buter la voûte du chœur, qui devait avoir, dans le plan primitif, 40 mètres environ, et qu'on attendra jusqu'au x\t:i^ siècle {^). Enfin, l'archevêché a fait construire l'énorme clocher barlong, achevé en 1551, masse puissante de briques englobant le «clocher vieux» d'Yzarn et la tour de Raimon VII. Tout proche des murailles, il s'intégrait dans le système des fortifications de Toulouse, pour lesqueUes il constituait une tour de guet et un formidable donjon. Le xvi^ siècle ne nous a laissé qu'un vitrail, celui de la dernière chapelle, au nord du chœur (scènes de la mort du Christ), où s'annonce déjà une nouvelle technique de l'art des verriers, celle des verres peints avant cuisson, comme de véritables tableaux. Quant au mobilier, l'incendie de 1609 en a fait disparaître toute trace {^).

V architecture publique et l'architecture religieuse restent donc, à tout prendre, assez pauvres, faute de plan d'ensemble et de ressources. De l'urbanisme, il ne faut point parler; l'heure n'a pas encore sonné des grandes transformations de la ville, lycs capitouls sont même impuissants à obtenir des habitants le respect des ordonnances qui tendent à limiter le danger des incendies; or, le feu fait des ravages réguliers et terribles. Après celui de 1463, c'est celui de 1478, puis celui de 1528, qui détruit la rue Serminières ou vSaint-Rome (quatre-vingts maisons), celui de 1539, qui abat trente maisons de la rue des Filatiers, celui de 1550, désastre pour tout le quartier des Grazaliers ou des Tourneurs (deux cents maisons brûlées), sans compter celui de 1562, allumé par les catholiques pour

1. De l'autre côté, c'est le mur renforcé de la nef qui sert de contre-boutant.

2. I^es capitouls, par une déclaration du ii octobre 1455, ont reconnu que le chapitre de Saint-Utienne était un des nobles tenant fief des habitants de Toulouse et dispensé de se rendre à l'appel du ban et de l'arrière-ban {Arch. de la Haute- Garonne, fonds de Saint-Etienne, titres 12 et 12 his). — • En 1509, d'après une convention intervenue entre les capitouls et les chanoines de Saint-Etienne, il est reconnu que ces derniers ne seront tenus, pour toutes tailles procédant de leurs acquisitions, que du paiement de 14 livres par an (Arch. de la Haute- Garonne, t° i, titre 10). — lya place située devant la cathédrale avait un couvert avec des mesures de cuivre pour la vente des denrées provenant du chapitre {Arch. de la Haute- Garonne, titres 5, 10).

chasser les protestants de l'Hôtel de ville. I^es capitouls interdirent toutes les toitures en auvent, les étages en saillie, les logis en pans de bois; ils prescrivirent que les murs mitoyens devraient être de briques jusqu'au-dessous du toit; les ordonnances municipales demeurent lettre morte. Au début du xvi^ siècle, on crée « les jurats del foc », maçons et charpentiers exemptés de taxe et chargés du service d'incendie. En 1548, les pompiers disposent de douze seaux en cuir bouilli, douze seaux en bois, six échelles de 5 m. 40, vingt-quatre crampons de fer sur de longues barres de bois, deux longues cordes avec crampons, douze « seringues » de laiton pour lancer l'eau. On abat les maisons pour faire la part du feu, mais on reconstruit en corondage, suivant le même plan, dans des rues tortueuses, sans alignement, pour le grand plaisir de l'artiste, mais au grand dam de l'hygiène et de la sécurité. Beaucoup de ces maisons du xvi® siècle subsistent encore, qui font honneur à l'art des maçons par leur durée sinon par leur confort.

Ces coupes sombres taiUées par le feu dans ce grouillement Les logis

de masures expliquent pour partie les reconstructions qui se . ^^^ multiplièrent dès la fin du xv^ siècle; les bourgeois enrichis par le négoce, les capitouls et les parlementaires achètent et rebâtissent. L'importance de la reconstruction est attestée par le nombre — assez considérable — de logis du xvi^ siècle qui subsistent encore, malgré les démolitions et réédifications du xvii^ et du xviii® siècles, malgré les bouleversements du xix^, et qui sont de valeur artistique très inégale. Qu'un grand nombre ait disparu, cela ne fait aucun doute. Au 10 de la rue Croix-Baragnon se trouvait l'hôtel du juge mage Michel du Faur de Saint- Jory, construit sur les plans de Nicolas Bachelier, honoré du séjour d'Anne de Montmorency, ^^ 1533- Il 8- été démoli (^) avec sa tour, rivale de la tour Bernuy pour la hauteur. On a sauvé deux cariatides des fenêtres, qui se trouvent au Musée. La belle cour intérieure de l'hôtel I^agorrée (rue Pe3'rolières, 34), avec ses élégantes galeries de style italien, a été emportée dans le percement de la rue de Metz. De l'hôtel du capitoul Raimon d'Aymeric (10, rue de lyanguedoc), il ne subsiste qu'un arceau de bou-

Page 1