I. C'est l'hôtel de Castellane
Répartition
des logis bourgeois
Evolution de
leur style.
Les
logis incoiuplets.
Les tours.
tique et une porte basse convertie en fenêtre. Au n^ 34 de la rue Peyrolières, un portail Renaissance est le seul vestige d'un riche logis disparu. La porte de la maison de Guillaume de Véza, conseiller au sénéclial puis au Parlement (n^ 25 ,rue de lyanguedoc), est reconstituée dans la cour de l'ancienne caserne de la Mission, où l'on peut admirer son fronton surmonté du croissant de Diane. En général, les tours ont subsisté quand le reste de la maison était profondément modifié.
Il reste assez de logis pour satisfaire la curiosité des promeneurs qu'attirent les vieilles pierres et les jolis coins; et certains, nul ne l'ignore, comptent parmi les plus beaux de France. Ils se répartissent soit dans le quartier du commerce, entre Saint-Etienne et la Daurade, soit aux environs du Parlement, entre le Salin, la place Rouaix, Saint-Etienne et la Garonne, quartiers d'où les officiers royaux chassent à peu près complètement les artisans. Ces logis conservent presque tous la forme traditionnelle du logis toulousain de briques, avec sa cour, avec sa tour d'angle voûtée d'ogive desservant les étages par son escalier à vis; mais, d'abord étriqués, ils s'étendent progressivement : une cour plus spacieuse laisse pénétrer la lumière; la pierre, propre aux fines dentelures, s'associe à la brique et se prête à toutes les fantaisies des ymagiers. Les motifs traditionnels d'ornementation, arabesques et feuillages, s'enrichissent par l'intervention de la figure humaine. L'influence de l'antiquité et de l'Italie achève de transformer le style; bientôt triomphent le plein cintre et la plate-bande, les frontons, les colonnes et les pilastres; la voûte gothique est abandonnée ou reléguée dans les sous-sols. L'hôtel Bernuy représente un type encore intermédiaire entre la maison gothique du xvi^ siècle et le palais à l'italienne. L'hôtel d'Assézat marque le terme de révolution.
Beaucoup de ces logis demeurent actuellement fort incomplets. De l'hôtel de Jean-Etienne d'Olmières, capitoul de la Daurade (1503-1504), 3, rue Peyrolières, il ne reste qu'ime haute tour octogonale, surélevée au xvii^ siècle, et dont la porte a été refaite au xviii^ siècle. Un peu plus loin, au n» 39, se dresse, à 19 mètres, la tour pentagonale de noble Vincent de Belbèze (i, rue Malcousinat) ; bien que modernisée par ses
balustres, elle se date du début du xvi® siècle et dominait une cour disparue, du siècle précédent. La haute tour carrée de Pierre de Sarta, qui s'élève aux quatre coins des Changes, superpose six étages de fenêtres et se surmonte d'un clocheton en briques à six pans. La tour hexagonale de Pons Imbert, capitoul en 1510 (rue de la Trinité, n^ 21), n'est visible que du no 9 de la rue des Tourneurs ; son rez-de-chaussée est entièrement voûté d'ogive. Même rue, n» 19, dans la cour de la maison du capitoul Vialar (xviii^ siècle), subsiste encore la tour hexagonale (12 mètres) à cinq fenêtres, élevée en 1550 par le marchand Etienne de Fossat. Rue Mage, n^ 20, une tour octogone avec ^
voûte à huit arêtes se dresse "^^
dans la cour d'un hôtel '\
Louis XV; c'est probable- ^* .
ment ce qui reste du logis »
d'Hélie Revnier, docteur en ^ \
droit, lieutenant du juge f \ '' i ' '*"'1
d'appeaux, capitoul (1502-
1503) et conseiller clerc au
Parlement (1519-1533). Rue
Croix-Baragnon, 19, le capi- f
toul Beringuier Bonnefoy | • |
construisit, vers 1=513, une '• %\ ■ . \
grosse tour octogonale, qui I -i , , . | ^
existe encore, avec son
ornementation surchargée
de style flamboyant, pour ; pi , f ,^:
ennoblir l'immeuble reçu
par lui de son beau-père, le ;?
banquier Bertrand de la , - __^'^
Jugie. — Rue Joutx- Aiguës,
j iM A 1 1 Tour golbiquc de Sarta,
nO 2, de 1 hôtel du COn- ^„.,, ^^^^re coln^ de^ Changea
seiller Bertrand de Res-
séguier (1521-1559), il reste encore la tour. — Rue Pharaon, 35, dans l' arrière-cour d'une maison en corondage, on découvre la tour du capitoul Servientes (1504), simple, mais non sans grandeur. Des étages supérieurs du n^ 45 de
la rue Pharaon, on peut encore apercevoir la tour à cinq fenêtres, dont l'une blasonnée, élevée par le capitoul et conseiller au Parlement, Jean Roguier. Dans la même rue, au n^ 52, la première cour est dominée par la tour octogonale du logis d'Olivier Pastoureau, capitoul lors des troubles de 1562, avec ses mâchicoulis aveugles et sa terrasse en encorbellement où mène un escalier extérieur. Enfin, rue Sainte- Ursule, n» 13, dans l'ancien couvent des Ursulines, à l'angle sud-est de la cour de l'ancienne poste, se dresse encore une très belle tour d'escalier surmontée d'une terrasse et d'une tourelle à coupole, hexagonale, dont la partie inférieure est gothique et la partie supérieure de l'époque d'Henri IV, avec petites arcatures de briques reposant sur consoles trilobées. C'est tout ce qui reste du logis de Jean Boysson, seigneur de Beauteville, caj^itoul en 1515, 1519 et 1537.
D'autres logis offrent des éléments plus variés. I^a cour de l'hôtel de Pierre Bruni, capitoul en 15 10, rue de la Dalbade, no 37, a gardé une petite tourelle d'escalier avec ses trois fenêtres gothiques; à l'intérieur subsiste une niche à luminaire avec bas-relief (une chauve-souris se cramponne à un cul-de-lampe).
Le logis Rue des Changes, 20, derrière une façade moderne, se
^^ cache le logis de Pierre Delpech, capitoul, père du fameux
Pierre Delpech . . . 1 ' x > 1
ligueur, logis construit entre 1515 et 1535. Deux cours : la
première contient une tour de 23 mètres de haut à huit pans où s'ouvrent quatre fenêtres sans croisillons, et dont la porte a été refaite dans le goût de la Renaissance avec fronton triangulaire et monogramme du Christ ; le côté sud de la cour comprend deux étages de galeries aveugles, avec des arcs en anse de panier retombant sur de robustes colonnes rondes ; dans la seconde cour, un admirable cul-de-lampe Renaissance avec blason aux armes du propriétaire. Le rez-de-chaussée a deux fenêtres de pur gothique; celles des deux étages forment de hautes baies sans croisillons, avec filetages légers et larmier du style flamboyant. C'est un exemple intéressant où se combinent les deux époques. Rue Pierre-Brunière, no I, l'hôtel de Jacques de Rivière, sieur de Tournefeuille, conseiller au Parlement, offre aussi deux cours, l'une avec une vieille tour gothique à mâchicoulis aveugles, l'autre avec
une tour d'escalier à fenêtres assez élégantes, dont la porte basse se surmonte d'un blason martelé.
L'iiôtel de Boysson, n^ ii, rue Malcousinat, a été construit, Hôtel de Boysson. en 1468, par le capitoul Hue Boysson; la façade est moderne et sans intérêt; dans la cour, deux constructions : l'une gothique avec tour de 26 mètres de hauteur, large fenêtre à croisillon Renaissance et trois cariatides; l'autre Renaissance. Au fond d'une grande salle du rez-de-chaussée, une cheminée monumentale gothique ornée du blason d'un capitoul, Pierre de Vignaux (1570). Et une des merveilles de cet hôtel et même de Toulouse, c'est une fenêtre prenant jour sur la seconde cour, sans contredit, a écrit Jules Chalande, une des plus jolies décorations que le xv^ siècle nous ait laissées. lya cadre gothique traditionnel est surchargé de délicats rinceaux embroussaillés de chardons finement sculptés, où l'artiste a révélé tout son talent dans un art incomparable.
Rue de la Madeleine, n» 3, un portail du xvn^ siècle, assez Hôtel Barrassy. banal, permet d'accéder à une cour dont la façade postérieure donne sur la rue des Couteliers, cour comportant un grand bâtiment à fenêtres gothiques, avec croisillons au rezde-chaussée; dans une salle basse a été conservée une cheminée monumentale d'un style lourd. Ce logis, propriété de Guillaume de Tornié, président au Parlement (1508-1533), loué ensuite à l'hôtellerie de la Couronne, fut acheté, en 1536, par le banquier Pierre Barrassy, capitoul en 1539, dont les armes ornent la cheminée.
L'hôtel Hébrard, 11, rue Saint-Remésy, acheté par le Hôtel Hébrard. conseiller (1519-1541) au début du xvi^ siècle, ne conserve plus, de sa cour, que la façade ouest avec des fenêtres Renaissance défigurées et sa corniche supérieure en partie soutenue par des consoles ; les trois autres côtés de la cour et la façade sur rue ont été reconstruits au xvii^ siècle.
Rue Boyer-Fonfrède, ancienne rue de la Vache, à l'angle JeandeGayssion. de laquelle se trouvait une auberge dont l'enseigne lui donna son nom, au n° 5, subsistent les vestiges du logis de Jean de Gayssion, marchand et capitoul (1522), avec ses trois galeries de bois assez pittoresques, ses trois fenêtres à croisillons très endommagées et sa tour de 19 mètres recouverte d'un toit à huit pans.
Pierre vSeguy. Enfin, vers le milieu du xvi^ siècle (1549), ^^ capitoul Jean
Bolé achète l'ancien logis de Pierre Seguy, 4, petite rue Saint- Rome, avec la vieille halle aux poissons désaffectée; il ne conserva que la tour gothique et construisit, dans le goût du jour, une autre maison dont on peut encore voir, sur le côté nord, les arcades cintrées de style Renaissance {^).
Les beaux Toutes ces maisons, qui présentent un grand intérêt pour
logis toulousains ^gg curieux du passé de notre ville, n'ont d'attrait esthétique
Renaissance ^^^ dans le détail; du reste, elles nous sont parvenues à l'état
très fragmentaire et bon nombre ne sauraient être datées
avec précision.
Mais il nous reste d'assez beaux ensembles — aujourd'hui bien étudiés, respectés par le temps, entretenus et restaurés par le goût éclairé des propriétaires ou la sollicitude des collectivités — pour juger de ce que put être Toulouse à cette époque unique de son histoire monumentale.
L'hôtel Bernuy. En 1502-1503, Jean de Bernuy, le riche marchand de pastel, acheta à Jean de Belbèze l'immeuble où était l'hôtellerie des Balances, avec des terrains circonscrits par les rues Peyrolières, Malbec, Bretonnières (Lakanal) et le couvent des Frères prêcheurs, les Jacobins {^). Il y éleva un logis en plusieurs temps; d'abord, la seconde cour avec sa haute tour et la façade sur la rue communiquant par un couloir étroit, œuvre de Guillaume, de Jean Picart et de Mérigo Cayla (1504), ensuite, la première cour datée de 1530, œuvre de Loys Privât. L'hôtel était à peu près terminé lorsque vinrent le visiter François I^^", en 1533, et Marguerite, sa sœur, en 1535. L/Q. deuxième cour, avec ses fenêtres à croisillons et son couronnement à faux mâchicoulis, surtout avec sa haute tour hexagonale aux sept étages de fenêtres en plein cintre et à la terrasse ceinte d'une balustrade ajourée, est encore du style du xv^ siècle et rappelle les autres logis toulousains. La porte de la rue est du style Louis XII, par son arc surbaissé, par l'encadrement flamboyant du tympan et les deux hauts pinacles ; les fenêtres à croisillons datent aussi la façade de la fin du gothique. Mais les deux médaillons avec bustes
1. I,a plaque du S5aidicat d'initiative donne l'indication fausse d'hôtel Seguy, capitoul, 1527.
2. Actuellement rue Gambetta, n° i, atïecté au I,ycée de Toulouse.
penchés en avant, à l'entrados de l'accolade gothique, sont la signature de la Renaissance. On en trouve de pareils à la tour de Brucelles, à l'hôtel de Pins, à l'hôtel Béringuier- Maynier {^). Pour la première cour, c'est un pur joyau de la
FuçaJe de L' Hôtel Bernuy
Phoio Lévj- et Neurae
Renaissance toulousaine et un chef-d'œuvre, aujourd'hui moulé pour le musée du Trocadéro; les fines colonnettes aux fûts ouvragés, les consoles des balustres, l'encadrement des