I. Rue de la Bourse et ii, rue de Metz
Le logis Rue Saint-Rome, no 39, à l'angle de la rue des Gestes, der-
l'Augier Ferrier. j-j^j-g ^-^^q haute façade de briques du temps de Louis XIII, s'érige, sur le côté sud de la cour, une assez belle façade Renaissance élevée par le médecin Augier Ferrier, que Jean Bertrandi présenta et attacha à Catherine de Médicis, séduite moins par la science médicale d' Augier Ferrier que par ses horoscopes. Cette maison passa, en 1598, au médecin Francisco Sanchez, une des lumières de la philosophie et de la médecine de son temps.
La maison du maître orfèvre Hélie Gérauld (rue des Filatiers, n° 9) est datée de 1577. Elle attire les regards par sa façade en briques et en pans de bois entre-croisés et par ses trois fenêtres superposées encadrées de bois sculpté. C'est un spécimen, très rare dans nos régions, de cette architecture du corondage (^) et du bois ouvragé.
L'hôtel L'bôtel dit de la Belle Paule (rue Temponières, 7, et rue
le la Belle Paule. fripière, ancienne rue del Tombarel, 10), cache, sous une façade banale, une charmante cour du style des derniers Valois, avec des fenêtres à croisillons sculptés. En 1571, cet immeuble était la propriété de Pierre de Baynaguet, descendant d'une famille de marchands, époux de Paule de Viguier, dont la beauté a alimenté la légende toulousaine (^) ; la « belle Paule », veuve assez tôt de son premier mari, épousa
1. Corondage de niaiiecanat (bois et briques) à distinguer du corondage de torchis.
2. Elle était, dit la légende, obligée de se montrer une fois l'an au peuple. I,orsque François I^"' honora Toulouse de sa présence, Paule de Viguier aurait été choisie, à quinze ans, pour offrir au roi les clefs de la ville. I,e prince, aussi galant qu'il était brave, frappé d'admiratiou à l'aspect de cette jeune personne, l'aurait nommée la Belle Paule; désormais, le titre de « belle » ne lui fut pas disputé. Elle composait des vers harmonieux, et son style avait mie élégance, une pureté rares à cette époque. Toulouse avait alors, selon la légende, une Pleyade poétique, qui s'assemblait dans l'hôtel de la Belle Paule. On y remarquait Audiette Peschaïra, dont ks chansons et les ballades étaient devenues populaires en I^anguedoc et qui finit ses jours dans un cloître; Bernard Deupia apportait des ouvrages nombreux dans cette modeste Académie. Claudia Ligomie, son énuile, ornait des grâces du langage des compositions plus réservées. Esclarmonde d'Epinète aimait les arts, etc. Ea Belle Paule mourut en 1610. On ne lui a pas connu de descendants.
E'existence d'une Pleyade poétique à Toulouse, au xvi<^ siècle, est, en effet, vme légende sortie tout entière de la féconde imagination de Dmnège, qui, après en avoir parlé dans un mémoire à l'Académie des Sciences de Toulouse (années 1836-37), en parle encore dans ses Institutions de la ville de Toulouse (II, pp. 237 et 241). Mais le docteur Noulet a fait bonne justice de cette invention, que la critique a définitivement rejetée. (Cf. Mém. Acad. des Sciences, année 1853, pp. 297 à 322, et J. Anglade, dans la notice consacrée au professeur J.-B. Noulet, par E. Cartailhac, J. Anglade, etc. [Mém. de l'Acad. des Sciences, 12"= série, t. VI].)
Hôtel
de
vSevin-Mansescal.
Hôtel Saint-Germain.
son cousin Philippe de la Roche, baron de Fontenille, capitaine de cinquante hommes d'armes. Veuve une seconde fois, elle vendit son hôtel en 1608, ayant depuis fixé sa résidence à l'hôtel de Paucy, au Salin, 16, rue de lyanguedoc, qu'elle avait recueilli dans un héritage.
Un hôtel (^), au n^ 3 de la rue Fermât (autrefois rue des Nobles), ayant appartenu à la famille de Sevin-Mansencal en 1676, garde encore, dans la cour, des portes et des fenêtres ornées dans le goût de la Renaissance, mais postérieures à cette époque, et, au fond du jardin, un puits monumental Renaissance, sans margelle, classé par Daly : « porte style Henri III )>; en très bas relief, deux victoires s'envolant sur les tympans; «elles ornent convenablement le monument, dit Joseph de Malafosse, sans l'écraser et sans en contrarier les lignes, mais elles sont d'un mauvais travail ».
A la fin du xvi^ siècle appartient également un des logis les plus pittoresques de Totilouse (16, rue des Changes), celui du capitoul Jean Astorg (1566-1567), dont la fille l'apporta en dot à Guillaume de Saint-Germain, marchand et deux fois capitoul (1589-1598). Celui-ci fit élever la façade, malheureusement fort abîmée, dont les pilastres sont noyés sous un badigeon et les croisillons des fenêtres détruits, mais qui n'en conserve pas moins l'attrait et l'intérêt d'un beau spécimen du style Henri IV. I^a cour, surtout, retient l'attention par ses deux grands escaliers extérieurs tournants en charpente et ses trois étages de galeries de bois aux balustres à moulures.
I/'hôtel Dumay (rue du May, n'' 7) fut construit en 1590 et a conservé quelques restes de l'ancien logis gothique. Sa de Massas, Astorg cour, avec ses galeries, ses arcades et sa tour, forme un bel ensemble du style Henri IV. Ce logis porte le nom d'Antoine Duma}^ docteur en médecine, titulaire de la chaire de thérapeutique et d'h^^giène, successeur d'Augier Ferrier,son voisin (rue Saint- Rome, 39), médecin de Marguerite de Navarre, mort en 1611 (^).
Hôtels Dumay,
1. Au XVIII'= siècle, il appartient à Simon de Cazulès tt à Pierre de Marmiesse (Cf. Cadastre du XVIJI'' siècle 28'' moulon, n" i), et, au XIX'^ siècle, à la famille de Montredon. V. Fr. Galabert. Bull. Société archéologique, n" 46, 1917-1921. Actucll.ment, cet hôtel est occupé par le docteur Dalous, l'éminent professeur de la Faculté de médecine de Toulouse. Il appartient à 'M. de Saint-André.
2. Sur la porte de la tour est inscrite la devise : Tempora et diligentia. 1,'hôtel Dumay apparUent actuellement au docteur Durand.
Iv'hôtel du conseiller de Massas, 29, rue de la Dalbade, marque déj à le déclin du style séduisant de la Renaissance.
I,a maison du marchand Antoine Martin (rue Cujas, 7), construite en réalité par Jean Astorg et qui doit son nom à son acquéreur, offre une cour ornée de fenêtres à croisiUons et de galeries de bois; mais son intérêt réside dans les boi-
Hôlcl Sainl-Gcrinain (rue des Changes)
Les châteaux
des environs
de Toulouse.
séries des devantures du magasin, vestige unique à Toulouse, qui portent, avec le monogramme du Christ, la date de 1612.
Ce n'est pas seulement dans la ville que nos marchands, officiers ou parlementaires ont élevé de belles demeures, mais aussi à la campagne. Certes, on chercherait vainement aux environs de Toulouse un ensemble comparable à celui
des châteaux de la Loire; et pourtant quelques-unes de ces résidences, œuvres de nos meilleurs architectes, ne sont pas indignes de figurer à côté des hôtels Bernuy et d'Assézat dans le bel ensemble architectural de la Renaissance toulousaine. Tel le charmant château de Saint-Elix, élevé de 1540 à 1548 par Laurent Clary pour Pierre Potier, notaire, greffier du Parlement, maître des Eaux et Forêts du Comminges, Tel le château de Pibrac, vieille maison féodale, à laquelle les du Faur ajoutèrent, au milieu du xvi® siècle, deux ailes dans le goût nouveau, et dont les croisillons et les doubles étages de colonnettes accostant les fenêtres rappellent l'hôtel de Bagis. Tel le château de Castelnau-d'Estrétefonds, construit par Anthoine Lescalle pour le conseiller Michel de Vabres (1539). Tels, enfin, le château de Lasserre(^), construit par Bachelier et Lescalle pour Eléonore de Bernuy, femme de Michel du Faur; et, surtout, le château de Saint-Jory.
Le château de vSaint-Jory, intégralement conservé aujourd'hui, est l'œuvre authentique de Nicolas Bachelier, qui fut ^'hargé, en 1545, par Jacques et Michel du Faur, héritiers de la seigneurie de Saint- Jor>^ de réparer la vieille maison forte et de la moderniser. L'architecte a conservé les tours du moyen âge et les gros murs, mais il a aménagé le beau portail d'ordonnance corinthienne et composite, sommé d'un fronton demi-circulaire, percé des fenêtres qui s'accostent de délicates colonnettes portées sur consoles, et construit à l'intérieur deux magnifiques cheminées. C'est le plus beau château de la campagne toulousaine.
Le beau château d'Asnières, situé à Casselardit, quartier Saint-C3'prien, flanqué à chaque angle de tours carrées évasées à la base, s'élève dans un parc magnifique de 10 hectares, longeant la rive gauche de la Garonne. Construit vers le XV® siècle, il a été notablement remanié depuis. Antérieurement, les fenêtres du premier étage étaient à meneaux et le rez-de-chaussée était dépourvu d'ouvertures. Ce château, remarquable par son ordonnance correcte et régulière, a l'aspect aristocratique et grave. Au niveau du sol, de hautes et larges baies plein cintre s'ouvrent actuellement sur la Garonne et sur le parc ; celles du Midi sont ornées de blasons :
Le château de Saint-Jory.
Le château de Casselardit.