‹ Histoire de ToulouseChapitre 138 sur 317 · I. Place de la Bourse · texte numérisé non relu

I. Place de la Bourse

Incendie

du quartier

Saint-Georges.

Négociations.

ment. Le 15 mai, les protestants marchèrent sur le Palais; tm violent combat eut lieu rue Boulbonne avec les troupes de Delpech et de Carmaing; celui-ci était couvert de blessures; trois capitaines catholiques furent tués; mais les calvinistes ne purent passer; ils établirent alors une batterie de deux pièces sur le grand portail de l'Hôtel de ville, bombardèrent Saint-Sernin, les Augustins, les Jacobins, dont ils descendirent la flèche et la grosse cloche; ils s'emparèrent des couvents des Cordeliers de la Grande-Observance, de Saint-Orens, des Béguins ou du Tiers Ordre, des Jacobins, massacrèrent les religieux, détruisirent les images, pillèrent les trésors. Les jacobins se sauvèrent demi-nus; les cordeliers furent amenés à l'Hôtel de ville puis renvoyés. Saint-Sernin résista avec sa batterie catholique établie dans le clocher et ses meurtrières aménagées dans la partie basse des fenêtres des galeries; mais le couvent des chanoinesses fut pris et saccagé. Toulouse était dans un état de trouble et de souffrances cruelles. Que de larmes, que de sang coûtèrent ces journées de sédition, de carnage, de mort! Ce fut la mêlée de tout un peuple s' abandonnant à tous les désordres, se battant sans chef, sans direction, le jour, la nuit, au détour de chaque rue, à toutes rencontres. Ces adversaires irréconciliables luttaient avec le courage opiniâtre qui faisait leur caractère. Chacim d'eux donna partout des marques de sa rage.

De leur côté, les catholiques mirent le feu au quartier Saint-Georges, espérant que le vent d'autan pousserait les flammes vers l'Hôtel de ville; plus de deux cents maisons furent ainsi brûlées (^), mais le résultat cherché ne fut pas obtenu; les protestants combattaient l'incendie et tiraient le canon contre les maisons en flammes. Le combat recommença le 16, rue de la Pomme et rue des Changes. Seulement, les protestants étaient las et découragés; les catholiques disposaient de forces considérables ; de Thermes et Montluc avaient dispersé, entre Montauban et Verfeil, les arquebusiers du vicomte d'Arpajon; aucun espoir de secours ne restait aux

I. De Thou dit 200 maisons brûlées et d'Aubigné 300. Les catholiques ne tirèrent d'autres fruits de cette entreprise que le regret inutile d'avoir réduit ces maisons en cendres. Quel étrange spectacle ! Les catholiques avaient bonne grâce « d'accuser les protestants d'avoir dessein de détruire la ville de fond en comble » ! (Pièces historiques relatives aux guerres de religion à Toulouse. 1862, lac. cit.).

conjurés. Le baron de Fourquevaux, le plus habile des chefs catholiques, entama des négociations avec eux; ils demandaient à se retirer de Toulouse avec armes et bagages, en toute sûreté. Par contre, le Parlement voulait la capitulation pure et simple. Une trêve de vingt-quatre heures fut conclue. Le soir même, deux mille protestants sortirent de la ville. Le lendemain 17, comme les catholiques se préparaient à donner l'assaut à l'Hôtel de ville, les occupants firent monter des crieurs sur le toit, célébrèrent la Cène, pendant que du haut du toit du Capitole le trompette de la ville chantait des psaumes; puis, le soir, ils sortirent par la porte Villeneuve et se dispersèrent; une partie se réfugia dans les villes environnantes : Lavaur, Puylaurens, Castres, Montauban; l'autre fut massacrée par les soldats de Thermes ou par les paysans (^).

Le 18 mai, Montluc fit son entrée à Toulouse avec sa com- La répression, pagnie, avec celles du comte de Gondran et du capitaine Tilladet, ainsi qu'avec deux cents gentilshommes, tambour battant, enseignes déployées. Sa conduite, habile et sage, fut empreinte de modération; pour empêcher le pillage de la ville et des massacres inutiles, il ordonna de fermer les portes aux secours qui ne cessaient d' affiner, fit sortir tous les étrangers, mit une forte garnison, deux cents arquebusiers, deux cent cinquante cavaliers, douze cents fantassins sous le commandement de Bellegarde. Mais il détruisit le temple de la porte Villeneuve et laissa le champ libre aux vengeances catholiques. Le Parlement agit avec rigueur. Le conseiller Jean x\madou, chargé de l'instruction, reçut des pouvoirs discrétionnaires et en usa sans ménagements; il y eut mille six cent quatre-vingt-dix décrets de prise de corps; ceux des

I. Les protestants abandonnèrent leur poste à l'entrée de la nuit. I,a confusion régna dans leur retraite; les uns restèrent dans Toulouse, d'autres sortirent par la porte Villeneuve. Savignac, à la tête d'une troupe de catholiques, courut les charger et les tailla en pièces. L,es protestants furent massacrés contre la foi d'une capitulation qui leur avait été accordée. De Thon dit que les conditions en furent proposées par Fourquevaux, capitaine catholique. Les protestants devaient sortir en sûreté, laissant leurs armes et tout l'attiraU de guerre dans l'Hôtel de ville. Tels turent la confusion des assaillants et le désespoir des attaqués, dit d'Aubigné, « qu'on fit trêve pour capituler à l'aise, et le lendemain, à midi, les articles de composition, par lesquels toute sûreté était donnée, soit pour quitter la ville, soit pour demeurer, furent acceptés par les Réformés, lassés de combattre avec si peu de vivres ». L'opinion commune fixe à 4.000 le nombre de morts dans tous ces combats {Pièces historiques relatives aux guerres de religion, à Toulouse -,100. cit.).

principaux acteurs qui n'avaient pu fuir furent exécutés. Portai fut décapité place du Salin et sa tête exposée à la haute tour du Palais. Le capitoul Adhémar Mandinelli, qui avait livré l'Hôtel de ville, eut la tête tranchée (21 mai) et clouée à la porte de la Maison commune. Le capitaine Saux subit l'horrible supplice de l'écartèlement (^). Jean de Téronde, capitoul et avocat réputé, fut exécuté place Saint-Georges, ainsi que trois anciens capitouls et un conseiller au présidial. Barelles fut brûlé en effigie ; le baron de Lanta pendu de même. Tout le parti catholique modéré, les sympathisants furent enveloppés dans la même tempête de réaction. Le sénéchal Bernard de Vabres, dont le Parlement avait fait occuper l'hôtel par des soldats, fut remplacé par Bellegarde. Une partie des parlementaires subit la confiscation des charges. Antoine Ferrier, Pierre de Nos, Gabriel du Bourg, gendre de Mansencal, Bernu}^ président aux enquêtes, Pierre de Salluste, Hérard de Pins, Jean de Coras, l'illustre légiste, en tout trente magistrats furent compris dans les proscriptions et les interdits. Mansencal lui-même échappa de justesse; le président du Faur et Jean de Coras évitèrent, grâce à Fourquevaux, un sort plus rigoureux. Bernard de Vabres perdit sa charge de sénéchal au profit de Bellegarde; François de Saussens succéda à Portai dans celle de viguier. Le banquier Pierre de Lagorrée, Jean de Bernuy, dont l'hôtel avait été pillé par les catholiques au cours des journées précédentes, furent également impliqués dans les poursuites; nombre de bourgeois, libraires, artisans, des ministres, des étudiants, même des prêtres et des chanoines furent arrêtés et emprisonnés. Les biens des fugitifs furent confisqués pour payer les dommages matériels, qui se montaient à 2 millions de livres (^) ; c'est ainsi que Pierre Assézat perdit alors à peu près toute sa fortune. Cette terrible répression laissa à Toulouse des traces profondes, des haines et des terreurs; les catholiques la commémorèrent par une procession solennelle où l'on portait les reliques des saints, tous les ans, le 17 mai p). Elle

1. lyC capitaine Saux, un des chefs de la conjuration, considéré comme traître à son parti, avait été jeté, les fers aux pieds, dans un cachot de l'Hôtel de ville, par les huguenots eux-mêmes.

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