‹ Histoire de ToulouseChapitre 14 sur 317 · I. Anne Comnine, historien grec · texte numérisé non relu

I. Anne Comnine, historien grec

Raimon V.

Siège de Toulouse

par Henri II

Plantagenet.

Belle défense.

Son tils Raimon V (1148-1194) épousa, en 1184, la sœur du roi de France, Constance. I^e divorce de I^ouis VII et d'Aliénor d'Aquitaine et le mariage de cette princesse avec Henri, comte d'Anjou, duc de Normandie et roi d'Angleterre, eurent pour effet d'attirer de nouveau sur Toulouse les malheurs de la guerre. En 1159, Henri II, pressé de faire valoir les droits de sa femme sur les riches régions du Midi, fit alliance avec im ennemi du comte de Toulouse, Ramon- Berenguer IV, comte de Barcelone, et avec ses vassaux révoltés contre lui, Raimon Trencavel et Guillaume, seigneur de Montpellier. Il marcha sur Toulouse, avec des forces considérables, et emporta Verdun et Castelnau-d'Estrétefonds. Le roi de France, qui l'avait suivi avec une faible armée, se jeta dans la ville qu'il défendit avec son beau-frère. Les Toulousains firent une belle résistance. Henri renonça, par scrupule féodal, à s'emparer d'une ville où commandait son suzerain le roi de France. Il préféra abandonner le siège, non sans dommages, ayant perdu sous nos murs quelques-uns de ses meilleurs chevaliers, notamment Guillaume, comte de Boulogne, fils du roi Etienne d'Angleterre, et Aymon, fils du duc de Glocester. Les Toulousains gardèrent pour le roi Louis VII une affection reconnaissante; le Chapitre lui écrit souvent, l'appelant « leur magnifique seigneur ». « Après Dieu, écrit-il en 1168, nous recourons à vous comme à notre bon maître, à notre défenseur, à notre libérateur. Votre puissance, après la puissance divine, est tout notre espoir. » A l'occasion de la naissance d'un fils, on lui envoie une députation qui le félicite avec enthousiasme. Ce zèle et cette gratitude s'adressent aussi à sa fille, la comtesse Constance,» notre dame », dit-on; on l'aime à Toulouse plus encore que son mari. Et, sans doute, les sympathies des habitants durent-elles l'accompagner lorsqu'elle se décida à abandonner son indigne époux, qui ne « lui donnait littéralement pas de quoi manger » ni de quoi payer sa maison, et qui la délaissait pour des maîtresses. C'est alors que Raimon V, obligé de faire face à ses vassaux révoltés et unis autour du roi d'Aragon, rechercha l'alliance des Plantagenets, qu'il avait jusque-là combattus. En 1173, il transféra son hommage de Louis VII à Henri II et soutint ce dernier contre ses fils rebelles. L'alliance du roi d'Angle-

terre, le plus puissant prince de son temps, lui permit de réunir à ses domaines Melgueil, Nîmes et Agde.

Raimon VI acheva l'œuvre paternelle dans la première partie de son règne. Epoux de Jeanne d'Angleterre, sœur de Richard Cœur de Lion, il profita de la rivalité de Philippe- Auguste et de ses deux beaux-frères pour se rendre entièrement indépendant du Capétien; il récupère ainsi le Quercy et la moitié de l'Agenais. A Carcassonne, à Narbonne, la minorité des deux vicomtes lui permit d'exercer une influence jusque-là fort réduite. Ainsi, au début du xiii^ siècle, l'Etat du comte de Toulouse était le plus considérable de France après celui du roi et les possessions anglo-angevines.

Il n'est pas sans intérêt d'en décrire sommairement l'organisation et de connaître le milieu politique où s'est développée la commune toulousaine et où s'est épanouie une brillante civilisation, avant le catacl^-sme de la croisade des Albigeois.

Le comté de Toulouse comprenait des groupes de possessions s'étendant de la Gimone jusqu'au Rhône, de Cahors et du Gévaudan jusqu'aux Pyrénées. La souveraineté directe des comtes s'étendait sur le Quercy, la moitié de l'Albigeois, les deux tiers du Rouergue {^), le Toulousain, Nîmes, Agde, Beaucaire, une partie d'Avignon. Leur suzeraineté s'imposait aux vicomtes de Comminges, aux seigneurs de L'Isle- Jourdain, aux comtes de Foix, aux vicomtes de Carcassonne et de Béziers, aux vicomtes de Narbonne, à beaucoup d'autres seigneurs laïques et ecclésiastiques. Par la grandeur de ses domaines et l'extension de sa mouvance, le comte de Toulouse apparaissait, au xii^ siècle, comme le roi du Midi. L'hommage qu'il prêtait au roi de France, quand il le prêtait, le laissait pratiquement indépendant. A dire vrai, sa royauté était plus apparente que réelle. Les barons du Midi, turbulents et querelleurs, échappaient le plus souvent à son autorité, même ceux que des liens de famille unissaient à la maison de Saint- Gilles. Les villes, très puissantes, se pliaient difficilement à l'obéissance. L'Eglise, richement rentée par les Carolingiens, possédait la moitié du sol. Malgré leur bonne volonté, les

Raimon VI.

Puissance de son Etat.

Le Comté

de Toulouse;

étendue ;

faiblesse réelle.

I. Sauf le comté de Rodez, aliéné, en 1147, par Alfonse- Jourdain, avant son départ pour la croisade.

comtes n'ont jamais pu constituer dans le Midi l'Etat fort qu'ont créé entre Seine et Loire les Capétiens ou les Plantagenets en Normandie et sur la Basse Loire.

Toulouse demeura leur capitale et leur habituelle résidence, mais non la seule. C'est dans la vieille forteresse romaine, au Château Narbonnais, qu'ils réunissent leur cour, ou chapitre (capitulum), chargée de les aider dans l'administration et de rendre la justice; elle est composée de nobles et de clercs. Ils ont de grands officiers; sous Raimon V, un connétable pour les pays outre- Rhône, un chancelier dès le règne de Raimon IV, faisant en même temps fonction de chapelain et de juge. Ces charges sont héréditaires. Sous Raimon VI apparaît le sénéchal, chargé de l'administration générale et de la guerre (^). Des notarii rédigeaient les actes officiels. Au début du moyen âge, le comte était assisté d'un vicomte (vice-comes), qui devint héréditaire. Nous trouvons dans les actes (x^-xi^ siècles) la mention de divers vicomtes de Toulouse ; ceux-ci, ayant cessé de résider dans la ville, deviennent vicomtes de Bruniquel et de Montclar. Au-dessous des vicomtes — dont quelques-uns, celui de Carcassonne notamment, sont devenus des seigneurs puissants — un autre bas fonctionnaire carolingien, administrant le ministerium i^), le vicarius ou viguier, est également rendu héréditaire. Il ne doit pas être confondu avec le viguier établi à Toulouse au xii^ siècle, qui est un officier comtal chargé de l'administration civile, de la conduite des armées et de la justice, à Toulouse et dans sa banlieue. Nous le retrouverons plus loin. Enfin, à l'échelon inférieur se trouvaient les bailes, collecteurs d'impôts et juges à la fois. Le comte leur adjoignit un juriste, origine des jugeries, dont celle de Toulouse nous intéresse directement.

Droits du comte. Les droits du comte, en théorie fort étendus, étaient limités Le service par l'esprit d'indépendance des grands et petits vassaux; à

mi 1 aire. aucun moment, il ne lui a été possible d'établir un statut

Ives routiers. ' ^

uniforme dans ses Etats. Comme suzerain, il a droit à l'hommage prêté ou rédigé en latin, au service de plaid ou conseil, au service d'ost ou cavalcata (^). Il peut exiger le service

1. Il y en eut six, chacun ayant ime partie des domaines à gouverner. Sous Raimon VII, toutes ces charges furent révmies et données à Sicard Alaman.

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