Grande ou petite expédition militaire
militaire, non seulement des nobles, mais encore de l'Eglise, des citadins et même des paysans censitaires. En fait, il n'a jamais pu l'obtenir régulièrement et il a été dans l'obligation d'accorder bon nombre d'exemptions. En sorte qu'il fut conduit à prendre à sa solde des routiers, Flamands, Allemands, Gascons ou Espagnols, formant un petit noyau d'armée permanente.
Les comtes de Toulouse ne manquaient pas de ressources Les revenus financières. Ils percevaient une redevance sur les fiefs, droit ^^ comte, particulier au Midi, et un cadeau en argent à l'occasion de l'hommage (captennium) , ce qui explique leur tendance à attirer les hommes de leurs voisins ou vassaux. Les alleux, ou propriétés libres, très nombreux dans le Midi (particulièrement les biens d'Eglise), étaient exempts de tout impôt. Comme propriétaire théorique du sol, le comte touchait des droits de mutation, payés par tous (^), des droits d'amortissement, acquittés pour la plus grande partie par l'Eglise, des impôts annuels, cens perçus sur les paysans, albergue ou gîte dû par les nobles, les gens d'Eglise et les villes; les toltes, questes ou tailles et prêts forcés, levés sur les communautés urbaines. L'aide aux quatre cas, impôt féodal du Nord de la France est, à cette époque, incormu dans le Midi. Par contre, les impôts indirects étaient nombreux et de perception facile ; ce sont des droits sur les marchandises, leudes, coutumes, péages, passages, usages, que le comte partageait avec d'innombrables propriétaires. Le privilège de créer un marché appartenait exclusivement aux seigneurs hauts-justiciers. Ajoutons les produits du domaine, les monopoles, le sel, les moulins, les fours, les droits de chasse, de pêche, de pâture, d'usage {^), que le comte aliénait souvent ou affermait moyennant finance. Quant aux droits spéciaux levés sur l'Eglise, il y renonça vite, Alfonse- Jourdain abandonne le droit de dépouilles dont il avait joui sur l'évêché de Toulouse, et Guillaume IV avait déjà abandonné celui de disposer, comme un fief, de ce même évêché. Mais tous les Saint-Gilles n'ont pas manifesté le même respect de la propriété ecclésiastique.
1. Acapte, sur les héritages; laudimia ou lods et ventes, sur les transactions immobilières.
2. Droit de ramasser le bois mort dans vme forêt, par exemple.
Monnaies
comtales
et
épiscopales.
La justice.
Le viguier
de Toulouse.
La loi romaine.
La langue d'oc,
L'ensemble de ces ressources suppose un trésor assez abondant et explique l'éclat de la cour toulousaine.
L,e comte de Toulouse battait monnaie à son effigie avec le nom du roi régnant; mais il n'a pas davantage réalisé l'unité monétaire de ses Etats qu'il n'a pu établir son autorité politique. A Toulouse même, au x® siècle, l'évêque avait sa monnaie que finit par évincer, en se modelant sur elle, la monnaie comtale. Les principaux vassaux, laïques ou clercs, frappaient aussi des espèces. Ces monnaies seigneiiriales avaient une fâcheuse réputation, justifiée par leur mauvais, aloi. Nous sommes, au reste, mal renseignés sur le fonctionnement du monnayage à Toulouse sous les comtes. Toutefois, nous savons qu'ils donnaient la frappe à des fermiers et touchaient une part dans les bénéfices de la fabrication. Il nous reste d'assez nombreux spécimens de ces monnaies, de Guillaume Taillefer jusqu'à Alfonse de France et Philippe III.
L'exercice du droit de justice était un des attributs essentiels des comtes carolingiens. Ils tenaient, d'abord, deux plaids par an, et ensuite trois, assistés de jurés appelés scabini, en général nobles. Au x^ et au xi^ siècles, on les qualifie de boni ou probi homines; ce sont, sans doute, les vassaux et les personnages marquants du pays. Mais le comte se fait remplacer par un vicaire, ou viguier. La juridiction comtale s'est restreinte, au cours du moyen âge, par l'usurpation des seigneurs laïques ou ecclésiastiques, par les revendications des villes. Mais le comte demeure le juge d'appel suprême. L,e point capital, c'est que la personnalité des lois, qui caractérisait l'époque carolingienne, disparaît aux x^ et xi^ siècles. L,SL loi romaine triomphe respectivement de la loi gothique et de la loi franque qui régnaient concurremment avec elle à l'époque barbare.
Ainsi se fixe un des caractères essentiels de notre Midi, pays de droit latin ou écrit, s'opposant au Nord, pays de droit germanique ou coutumier.
Une évolution d'un autre ordre s'est achevée pendant la même période. La langue méridionale s'est constituée, proche du latin, avec ses divers dialectes, catalan, languedocien, provençal. L,a séparation s'accuse ainsi avec le Nord où se
forment, à la même époque, des parlers bien différents {^). La littérature de la langue d'oc s'épanouit et brille d'un vif éclat, à l'heure où paraissent dans la Normandie les premières chansons de gestes. Ce sont, à cette époque, deux peuples, en vérité, dissemblables, politiquement, juridiquement, intellectuellement, et dont la grande crise de l'Albigéisme va encore souligner le contraste.
I . On oppose la langue d'oc du Midi à la langue d'oïl ou français. Ces deux expressions sont empruntées au mode d'affirmation usité dans les deux langues. En français, on répondait affirmativement à une question par la fonnule : o il. Ex. : Vient-il? 0 z'^sous entendu vient). Dans les langues du Midi, on répondait plus simplement par oc (qui représente le latin hoc). Oïl s'est changé, dans le cours des temps, en ouil et otù, qui est la forme actuelle. Oc s'est réduit, depuis longtemps, à o (Voir Anglade, La langue d'oc).
ly'expression langue d'oc est relativement récente. Au début de la période romane, les divers dialectes du Midi de la France ont porté le nom de lenga romana. C'était l'opposé du latin, langue savante et officielle, mais morte depuis longtemps. Cette expression langue romane, qui a été reprise au siècle dernier et mise à la mode surtout par Rawouard, doit être absolument proscrite, parce qu'elle prête à la confusion. Il y a des langues romanes, il n'y a pas une langue romane par excellence, qui serait la langue d'oc.
BIBIvIOGRAPHIE
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