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Il y eut deux tentatives, fin mai et septembre

détruit. Montluc, appelé, tente vainement de pacifier les esprits. En mars, les principaux catholiques s'assemblent à Toulouse : le cardinal d'Armagnac, archevêque, lieutenant du roi pour la sénéchaussée; le cardinal Strozzi, évêque d'Albi ; le premier président Daffis; Terride, Négrepelisse, Four quevaux, chefs des compagnies; l'avocat général du Faur; les capitouls. Cette sorte de conseil exécutif devient une ligue des trois Ordres, pour la défense de la religion catholique, qui offre à Montluc le commandement des forces orthodoxes. Ainsi, en dehors du roi et en dépit des édits, déjà se groupent les individus et se prépare la dissolution de l'Etat.

La paix L'édit du 19 mars 1563, œuvre de Catherine et de l'Hospital,

d'Amboise. enregistré par le Parlement de Toulouse le 14 avril, tentait de sauver l'autorité ro3'ale en mettant fin à la lutte par un compromis. Cet édit garantissait la liberté de conscience aux réformés, la liberté du culte dans les domaines des seigneurs haut justiciers ou a^-ant fiefs, et dans une ville par bailliage, sénéchaussée ou gouvernement, avec permission de bâtir des temples seulement dans les faubourgs (^). C'est un recul pour les réformés, par rapport à l'édit de janvier. En enregistrant, le Parlement stipula que le culte protestant ne pourrait se célébrer ni à Toulouse ni à moins de quatre lieues à la ronde. Cependant, tous les proscrits devaient être rétablis dans leurs biens, honneurs et charges. Un commissaire royal, Jean de Villeneuve, membre du Grand Conseil, arriva à Toulouse, le 15 septembre 1564, pour veiller à la restitution par les capitouls des propriétés protestantes saisies. Pour les parlementaires et officiers dépouillés, les prix des biens furent versés au greffier criminel, Accurse de Tournoër. En 1566, le roi affecta les fonds de la Commutation au remboursement des acquéreurs de biens confisqués et des pauvres propriétaires de maisons incendiées en 1562. I^es portraits des capitouls de 1562 furent replacés dans le Consistoire. Mais les haines ne désarmèrent pas. En dépit de la paix, les coups de main continuent; les soumissions, les remises d'armes et de places s'échelonnent jusqu'en septembre 1563. Et, comme de coutume, la peste, lugubre épilogue, signale la fin de cette triste période.

I. I,es localités désignées dans la sénéchaussée de Toulouse furent successivement Corbarrieu, Grenade et, de nouveau, Corbarrieu.

lyC 12 mai 1563, après la démission du vieux connétable Henri

de Montmorency, son second fils, Henri de Montmorency- ^^ Montmorency- Damville, lui succède dans sa charge de gouverneur du Languedoc. Ce personnage, qui devait jouer un rôle si considérable dans notre Midi, était alors âgé de vingt-neuf ans. Intelligent, adroit, ambitieux et dépourvu de scrupules, apparenté étroitement aux Châtillon, chefs du parti protestant, il devait rester plus de trente ans (1563-1594) le maître d'une

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province des plus vastes, mais profondément divisée, image réduite de la France d'alors. Il avait pour mission de travailler à l'application des édits royaux et au maintien de l'ordre; mais les événements et sa haine des Guise le portèrent à se rapprocher des réformés, à constituer un parti catholique modéré, celui qu'on appellera « politique », soucieux de rétablir la paix et de sauver l'autorité royale, gravement atteinte par des compromis entre les deux religions. Surtout, Henri de Montmorency tenta, dans l'universel désordre, de se consti-

Son entrée à Toulouse.

Ses premiers actes.

Le voyage de Charles IX.

tuer en Languedoc une sorte de fief personnel, et il y réussit quelque temps. Entouré d'une garde, peu d'années après son arrivée, il apparaît comme un vice-roi tout-puissant ou, mieux, comme un véritable roi du Midi. Sa politique ondoyante, son alliance avec les protestants le rendront odieux aux Toulousains.

Venu d'Espagne par la Guyenne, reçu successivement par Montluc puis par le chevalier de Terride et le cardinal d'Armagnac, il demeura quatre ou cinq jours à Grenade, où le sieur de Négrepelisse et deux présidents du Parlement vinrent le saluer. Le 15 octobre, aux IMinimes, les capitouls l'accueillirent par le cérémonial d'usage; mais il refusa le dais et fit son entrée à cheval, s'arrêta à Saint-Sernin, traversa rapidement l'Hôtel de ville, tint au Palais une séance solennelle du Parlement, retourna loger aux Minimes, repartit pour Buzet, où il séjourna quelques jours, puis pour Albi et Castres, et arriva le 19 novembre à Beaucaire. Son voj^age inaugural fut écourté par la peste, qui l'empêcha de faire un long séjour à Toulouse.

Le 20 octobre, de Sorèze, il rendit une ordonnance pour l'application de l'édit d'Amboise; mais il mécontenta à la fois réformés et catholiques. Les premiers se plaignirent au roi, qui leur répondit favorablement. Les seconds protestèrent contre l'interdiction de la procession commémorative du 17 mai; ils s'élevaient aussi contre les prêches calvinistes établis à Saint-Félix par le comte de Carmaing. A la vérité, l'exécution des édits se heurtait à la mauvaise volonté générale. La reine mère soutenait les protestants et écrivait de sa main (septembre 1564) aux capitouls, leur ordonnant d'appliquer la même procédure qu'à Paris pour l'exécution de la paix d'Amboise. Mais les Etats de Languedoc, réunis à Beaucaire, suppliaient le roi, à la même époque, d'établii l'unité religieuse, d'expulser les réformés, de ne souffrir, à la tête des villes, que des magistrats municipaux catholiques.

La reine mère et l'Hospital n'en continuaient pas moins leur effort énergique pour rétablir et accroître l'autorité royale. Tandis que le chancelier travaillait à la réorganisation et à l'amélioration de la justice, supprimant à Toulouse la

viguerie et le juge ordinaire incorporés au sénéchal et au présidial, établissant les tribunaux de commerce, préparant la grande ordonnance de Moulins (1566), Catherine essayait de séduire les chefs de la noblesse protestante par l'attrait des fêtes et la galante diplomatie de ses filles d'honneur; en 1564, elle prit la résolution de mener son fils à travers la France (il venait d'être déclaré majeur en 1563) et de créer, par un contact direct, un courant de loyalisme favorable à son gouvernement.

Charles IX arriva à Toulouse avec sa mère et le chancelier, Les préparatifs le 31 janvier 1565, en retard sur l'horaire officiel, qui prévo3'ait ^^ l'entrée. le séjour pour octobre. Il coucha incognito à l'archevêché et fit son entrée le lendemain i^^ février. Comme pour François I®"", la ville avait fait magnifiquement les choses (^). Le conseil général avait autorisé les capitouls à contracter un emprunt, qui fut souscrit par Montluc, le baron de Ferralz * et de riches marchands; la direction générale des travaux et des fêtes fut donnée au capitoul Jean-Etienne Duranti, docteur es lois, et le procès- verbal confié à Marin de Gascons, chroniqueur municipal. Les devises classiques furent fournies par le docteur-régent Noël-Barthélem^^ du Chemin et Marc- Antoine Noguier, les comptes tenus par Pierre Belin. Le principal architecte fut Dominique Bertin, aidé de Dominique Bachelier, fils de Nicolas, architecte royal de la sénéchaussée. Vingt-six sculpteurs, soixante-neuf peintres, dont Serve Cornoailles et son fils François, sous la direction d'Edme Maupin, travaillèrent à la décoration des pavillons, arcs de triomphe ou théâtres. Le cardinal Strozzi, évêque d'Albi, prêta de belles armures, trente-cinq corselets, brassards et bourguignottes gravées « à la Damasque ». Un graveur sur bois, un imprimeur, deux orfèvres, deux brodeurs pour le dais et les fleurs de lys, un gainier, un tapissier complètent la liste des artisans de ces réjouissances, avec les quarante-six cuisiniers préposés au banquet, sans oublier le poète Jehan Garnier, auteur d'une églogue qu'on lui paya 13 écus et trois aunes de taffetas. Les dépenses montèrent à 31.264 livres 11 sous et 3 deniers.

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