‹ Histoire de ToulouseChapitre 141 sur 317 · I. Roschach, Mém. de VAcad. des Sciences · texte numérisé non relu

I. Roschach, Mém. de VAcad. des Sciences

L'entrée du roi. 1,6 roi sortit à 7 heures du matin de Toulouse par la porte Saint-Etienne et se rendit aux Minimes, où il déjeuna. Ensuite, assis sur un siège éclatant de pierreries, dans un grand pavillon de charpente à trois galeries très orné, il assista au défilé des compagnies de la ville, communautés et artisans (dix mille hommes), de la basoche à cheval, de deux escadrons d'enfants à cheval, des bourgeois, de l'Université, du Parlement, de la noblesse, celle-ci venue fort nombreuse, avec le sénéchal à sa tête. Après les compliments d'usage, le roi monta sur un cheval blanc; il portait un costume de velours bleu brodé d'or, un chapeau à petits bords de même étoffe, relevé d'un bouquet de plumes blanches. Il était précédé du grand écuyer, suivi du connétable tenant l'épée nue, de son frère le duc d'Anjou, de son cousin Henri, prince de Navarre, des cardinaux de Bourbon et de Guise.

A la porte Arnaud-Bernard se dressait un arc de triomphe portant les figures d'Alexandre et d'Auguste; un groupe symbolique avec inscription y montrait la supériorité de la monarchie sur l'aristocratie et la démocratie. C'est là que les capitouls reçurent le roi et que Duranti le harangua. Sur un beau missel préparé, il jura de respecter les privilèges de la ville; puis il prit les clés qu'on lui offrait et les remit au capitaine des gardes suisses. A la porte Pouzonville, un théâtre représentait la vieille histoire de Toulouse, les Tectosages et le lac sacré où l'or fut enfoui. Devant Saint-Sernin, à l'entrée de la Grande- Rue (rue du Taur), un second arc de triomphe portait l'efîigie de Charlemagne, bienfaiteur de rabba3^e. Au carrefour de la Porterie, un troisième, orné de la statue de Théodoric, figurait la ville de Toulouse à genoux devant Charles IX, recommandée au roi par la Religion et l'Obéissance. En face de l'Hôtel de viUe, un portique réunissait les statues des rois et des comtes de Toulouse. Au carrefour de la Pierre s'élevait un théâtre des Muses, avec Dame Clémence; au-dessus, un amas de nuées enveloppait un globe d'où descendait un enfant costumé en nymphe pour offrir au roi les fleurs de la Gaie Science. Au carrefour des Carmes se dressait un arc de triomphe consacré à Henri II (^) ; place

I. Avec une inscription faisant allusion à son zèle catholique : Procul estote prophani.

du Salin, un autre consacré à Charles IX; devant l'église Saint-Barthéleni}', deux obélisques, avec hiéroglyphes fort exactement représentés, symbolisant la Paix et la Victoire. Place Perchepinte, un sixième arc de triomphe glorifiait Catherine de Médicis, et, devant Saint-Etienne, un septième rappelait la majorité du roi. C'est ainsi que le jeune souverain se rendit à l'archevêché par les rues sablées et tapissées, parmi les- inscriptions érudites, grecques, latines ou françaises, et au milieu des acclamations populaires.

Le roi demeura jusqu'au ig mars, date de son départ pour Montauban. Le 5 février, il tint, avec son chancelier, un lit de justice au Parlement et prononça une allocution sur la nécessité d'observer les édits. Quelques jours après, il accueillit assez froidement les doléances des réformés. Le 20 février, il assista à un somptueux banquet offert par les capitouls au Grand-Consistoire {^), banquet après lequel le conseiUer Antoine de Paulo fut fait chevalier. Le 18 mars, le duc d'Anjou reçut la confirmation à Saint-Etienne, à la suite de quoi une procession solennelle eut lieu à travers la ville. Entre temps, sur les lices nivelées de la porte Saint-Etienne, le roi s'exerçait au tir à l'arbalète et les seigneurs organisaient des courses de bagues. La viUe fit présent au roi de médaiUes d'une valeur de 1.200 écus, à la reine mère d'un pareil cadeau valant 500 écus, ainsi que de deux chevaux d'Espagne. Le vieux connétable reçut deux mulets et 526 li\T:es tournois. Madame Marguerite, le chancelier et Damville furent pareillement gratifiés.

de

Séjour Charles IX.

Si la reine mère attendait l'apaisement de ce voyage du roi, elle put bientôt constater son erreur. L'entrevue qu'eUe eut à Bayonne (14 juin-2 juillet 1565) avec sa fiUe Elisabeth, reine d'Espagne, et avec le duc d'Albe fit croire aux protestants qu'une entente avait été conclue entre les deux cours contre les hérétiques (-). Le massacre par les Espagnols de

Reprise

de

la çuerre civile.

1. On y servit 12 pâtés de jambon, 3 pâtés de grosses pièces de venaison, 15 pâtés d'assiette, 15 pâtés de chevreau, alouettes, bécasses, perdrix, veau en venaison; 15 pièces de dessert de différentes sortes. Une églogue fut jouée au dessert.

2. On a même prétendu que la Saint-Barthélémy y avait été décidée.

Isolement de Toulouse.

colons huguenots français en Floride, dont Catherine ne put se résoudre à réclamer réparation par la guerre, surtout la révolte des Pays-Bas espagnols que les réformés français voulaient soutenir, toutes ces raisons s'ajoutèrent aux griefs provenant de l'inobservation des édits pour provoquer une nouvelle prise d'armes calviniste. I^e 5 juin 1566, les réformés de Pamiers molestés par les catholiques se soulevèrent, s'emparèrent des couvents, massacrèrent les moines. I^es jésuites se réfugièrent à Toulouse, où ils fondèrent leur établissement et leur collège. I^e président Daffis, chargé de l'enquête, fit arrêter quelques séditieux, qu'on enferma à Toulouse. Sans la présence du vicomte de Joyeuse et de ses troupes, pareil massacre se serait produit dans notre ville, à la suite d'une querelle entre étudiants espagnols et français, ces derniers comptant parmi eux de nombreux réformés. L^es événements des Pays-Bas, quelques mois plus tard, furent l'occasion d'un soulèvement général : IVIontauban, Castres, Mazamet, Réalmont, lyombers, I^avaur, Revel, Puylaurens, Saint-Paul, Damiatte, Fiac tombèrent, aux mains des protestants. A Toulouse, un complot s'ourdit chez Pierre d'Assézat, le condamné de 1562, réhabilité depuis et rétabli dans ses biens; il s'agissait, comme en 1562, de livrer la ville à Ccndé, qui venait de quitter la cour (11 juillet 1567). Cette fois, les capitouls prirent leurs précautions; ils mirent sur pied dix compagnies de trois cents hommes, convoquèrent la noblesse des environs; l'Université fut fermée, aussi bien que les tribunaux, lycs 23 novembre, une revue des forces toulousaines montrait trente mille hommes, tant à pied qu'à cheval, en état de servir. On confisqua les armes des religionnaires, on les soumit à une stricte surveillance; on saisit les biens des fugitifs; le Parlement les déclara incapables d'exercer une fonction publique et condamna à mort par contumace les rebelles de Montpellier.

Mais Toulouse demeurait isolée dans un I^anguedoc dominé par les réformés. I^e 5 octobre 1567, les protestants de Castres détruisent la chartreuse de Saïx, dont les occupants se réfugièrent à Carcassonne, puis à Toulouse; les capitouls accordèrent aux chartreux 2.000 livres sur les biens confisqués au rebelle protestant Biaise de Rochefort, pour leur permettre

eu

CAPITULE. — Le Donjon avant sa restauration

CAPITOLE. — Le Donjon actuel

d'acquérir le vieux collège de Moissac, près Saint-Pierre de Cuisines (^). Les réformés continuaient à entourer la ville, étant maîtres de Grenade, de Villeneuve, de Buzet, de Saint- Sulpice, de Mazères, du Mas-d'Azil; leurs chefs : Bernard- Roger de Comminges, vicomte de Bruniquel; Bertrand de Rabastens, vicomte de Paulin; Antoine, vicomte de Monclar; le vicomte de Caumond, réunissant sept mille hommes, Rouergats et Quercinois, prennent Fronton (i8 octobre), puis passèrent dans la vallée du Rhône et, enfin, allèrent rejoindre, devant Chartres, la grande armée protestante de Condé et de Coligny. Cette ville s'épuise à entretenir des forces de défense et demande au roi, le 13 janvier 1568, de se couvrir de ses débours en vendant les propriétés des religionnaires.

Catherine, que menaçait dans Paris l'investissement de Chartres, arrêta les protestants par l'édit de Longjumeau, qui rétablissait l'édit d'Amboise purement et simplement. Le Parlement de Toulouse n'enregistra l'édit de Longjumeau que le 5 juin, après quatre lettres de jussion, et députa au roi pour obtenir l'interdiction du culte protestant dans toute l'étendue de la sénéchaussée de Toulouse. Lorsque Rapin, maître d'hôtel du prince de Condé, un des fauteurs de la rébellion de 1562, nommé commissaire pour l'exécution de la paix, vint à sa maison de Grenade, le Parlement le fit arrêter et décapiter, arguant qu'il avait été condamné à mort par contumace et affectant de tenir pour faux le saufconduit royal dont il était muni. Telle était la violence des passions. Au reste, de leur côté, les protestants refusaient d'exécuter l'édit, d'évacuer les places occupées; ils répondirent au meurtre de Rapin par d'effroyables représailles; les Montalbanais mirent à sac les environs de Toulouse, détruisant particulièrement les maisons des magistrats et écrivant sur leurs ruines : « Vengeance de Rapin. »

Les catholiques de Toulouse s'organisent alors, forment une ligue par un serment solennel à Saint-Etienne, adoptent la croix blanche et la devise : Eamus nos, moriamur cum Christo. On arrêta les suspects, dont le président du Faur, le

Paix de Longjumeau (23 mars 1568).

La guerre

recommence.

La

grande invasion

de Colign}'.

Page 1