I. 1,'acquisition n'eut lieu qu'en
maître des requêtes Potier de la Terrasse, trois conseillers et des notables. Les biens des protestants confisqués, d'une valeur de 80.000 livres, sont distribués aux couvents. Enfin, on emprunte pour lever des troupes dont un corps, équipé et commandé par Bellegarde, protégera Toulouse contre Montauban et tentera de reprendre les places calvinistes du pays de Foix; le sénéchal peut ainsi s'emparer du Caria et assiège le Mas-d'Azil. Mais les religionnaires, conduits par les vicomtes, emportent Gaillac, ravagent la banlieue toulousaine, forcent Bellegarde à lever le siège. Montgomer^^ un de leurs plus habiles généraux, réunit une armée à Castres, parvient à passer la Garonne malgré Damville et Montluc, qui ne s'entendent pas, et à conquérir le Béarn. La mort de Bellegarde (18 octobre 1569) laisse à Damville le soin de défendre notre région contre la grande invasion qui se préparait par l'arrivée des forces de Coligny, venues de Saintes (^) à la rencontre de Montgomery et des vicomtes. En décembre, cette armée s'empara d'Aiguillon et de Port-Sainte-Marie, ravagea la Gascogne, repassa le fleuve pour se concentrer à Valence-d'Agen, d'où elle repartait le 19 janvier 1570; elle traversa le Tarn à Lizac, en Quercy, et vint camper, le 22 janvier, à Labastide-Saint-Sernin, à quelques lieues de Toulouse. Les environs de la ville furent cruellement pillés : récoltes perdues, maisons et meubles détruits, plus de 2 millions de livres de dégâts, voilà ce qu'accusent les capitouls dans une lettre au roi du 9 mars, où ils sollicitent des dégrèvements, exemptions d'impôts ou indemnités en faveur des sinistrés. Le faubourg Saint-^VIichel lui-même fut en partie brûlé. Damville était à Toulouse avec cinq cents chevaux et six mille arquebusiers. Il ne tenta rien pour arrêter l'invasion; il eut une cordiale entrevue avec Coligny, son parent, et le quitta en l'embrassant. Cette attitude souleva les catholiques contre le gouverneur; en chaire, un religieux osa l'accuser de complicité avec les huguenots et fut arrêté; les capitouls réclamèrent sa libération en termes assez vifs pour que l'un d'eux fut souffleté; une émeute s'ensuivit, qui obligea Damville à quitter l'archevêché, où il logeait. Quant à Coligny, il prit la direction de Castres, s'emparant de Montastruc, de Ca-
I. Elles avaient été battues par l'armée ro j'aie à Moncontour (3 octobre 1569).
août 1570).
raman (^), Saint-Julien-de-Gras-Capou, Saint-Félix, Auriac et Le Faget, puis de Montgiscard, Villefranche-de-Iyauraguais, Montréal, Barbaira, Capestang et Cazouls-sur-Orb (24 février 1570). L'orage s'éloignait vers la vallée du Rhône; mais il avait durement éprouvé notre pays.
Les victoires protestantes, la disgrâce des Guise et les L'édit
déceptions politiques de Catherine de Médicis du côté de de^Saint-Gei main l'Espagne amenèrent la signature d'un armistice (14 juillet), bientôt suivi de la paix de Saint-Germain. Le revirement de la reine mère est complet. Les réformés obtiennent les libertés religieuses que leur assurait l'édit d'Amboise et, pour deux ans, quatre places de sûreté : La RocheUe, Montauban, Cognac et la Charité. L'édit de pacification fut enregistré par le Parlement de Toulouse et reçu dans la ville avec satisfaction. Mais la cour et les capitouls demandèrent l'interdiction du culte protestant à dix lieues de Toulouse, afin de protéger l'Université contre la propagande des calvinistes. Une fois de plus allait se dérouler l'éphémère expérience de la tolérance religieuse pour aboutir au plus sanglant des drames de notre histoire.
On sait que Catherine de Médicis et surtout son fils La
Charles IX, réconciliés avec Coligny, furent quelque temps ^'^aint-Barthékmy séduits par le grand dessein de rapprocher les Français dans une grande entreprise nationale contre l'Espagne. Il s'agissait de soutenir les révoltés de Flandre et de Hollande, de conquérir les Pays-Bas, d'y cueillir une couronne pour le duc d'Anjou. Coligny, entré au Conseil, usa de tout son pouvoir afin de décider cette entreprise; le reine mère se laissait mollement persuader, surtout dans l'espoir de marier Henri d'Anjou à Elisabeth d'Angleterre et sa fille Marguerite à Henri de Navarre. Mais les catholiques redoutaient, en secondant cette politique, d'accroître l'autorité des protestants; au reste, le mariage anglais ne s'étant pas réalisé, la France risquait de se trouver seule en face de l'Espagne; le pape,
I. I,a ville fut entièrement incendiée et la population passée au fil de l'épée.
(24 août 1572)
l/cs massacres
à Toulouse (3 et 4 octobre
Venise, le grand duc de Toscane s'ingéniaient à empêcher le conflit que la tentative de Maurice de Nassau sur Mons et Valenciennes et l'intervention des secours protestants rendaient inévitable. La reine mère, bien moins ardente que le roi, s'était vite ralliée, par peur de l'aventure, au point de vue des catholiques. D'ailleurs, elle était jalouse de l'influence prise sur son fils par Coligny, menacée dans sa passion exclusive de tout diriger, convaincue que la politique de l'amiral menait droit le pays à une grande guerre pour laquelle il n'était pas prêt, déliante à l'égard des calvinistes, que la paix fortifiait et qu'elle désespérait de séduire. L'échec de Maurice de Nassau, le désastre des troupes de secours de Bricquemault et de Genlis (17 juillet), la résolution de l'amiral de marcher lui-même à son aide avec 15.000 hommes (11 août), mirent Catherine dans l'alternative de subir une guerre qu'elle détestait ou de se débarrasser d'un rival dangereux. Sans scrupules sur le choix des moyens, elle adopta ce dernier parti et commanda le meurtre de Coligny au « tueur du roi » Maurevel (22 août). Mais le coup manqua, l'amiral ayant été blessé seulement. Charles IX jura de faire justice, et les protestants, assemblés à Paris pour le mariage d'Henri de Navarre et de Marguerite, saisis de fureur, crièrent vengeance, menaçant de se faire raison eux-mêmes. La reine mère, effrayée, redoutant l'enquête qui l'eût inévitablement découverte avec son second fils le duc d'Anjou, la duchesse de Nemours et les Guise, avoua au roi la vérité, hardiment, en le pressant d'exterminer tous les chefs calvinistes. Le massacre, autorisé par le faible et versatile souverain, préparé dans la nuit du 23 au 24 août avec le concours des autorités municipales parisiennes, fanatiques catholiques, débuta par l'assassinat de l'amiral et devint un égorgement général des protestants; au Louvre et dans Paris, «le sang et la mort courent les rues en telle horreur, écrivait Olaegui, secrétaire de l'ambassade d'Espagne, que leurs Majestés mesmes qui en estoient les auteurs ne se pouvoient garder de peur dans le Louvre ».
Par une lettre du 25 août, Charles IX informa les capitouls des événements, sans prendre la responsabilité du massacre, qu'il présentait comme une collision entre les partisans des
Guise et les protestants; il marquait, d'ailleurs, que rien n'était changé aux édits; mais des ordres verbaux, apportés par courrier, et du reste assez contradictoires, prescrivaient d'exécuter les principaux des religionnaires. Damville n'obéit pas; le président Daffis garda secrètes les instructions royales et Joyeuse, le 31 août, commandait aux capitouls de ne rien faire contre l'édit de Saint-Germain, tout en prenant les précautions indispensables à la garde de la ville. Mais la Saint-Barthélémy, dont la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre, suscitait l'enthousiasme des catholiques tdtra, l'inquiétude et l'indignation des calvinistes. Le 31 août, ceux-ci s' étant rendus à Castanet assister au prêche, beaucoup préférèrent s'éloigner de Toulouse; ceux qui rentrèrent furent désarmés, mais non inquiétés; le 2 septembre encore, le Parlement publiait une défense de molester les religionnaires. Mais les passions des violents s'exerçaient déjà et réveillaient les rancunes mal éteintes, laissées par les troubles de 1562. Le 4 septembre, les gardes des portes furent doublées; Toulouse était sous le régime de l'état de siège. Les plus notables protestants furent arrêtés, particulièrement les conseillers François de Ferrières, Jean de Coras et Antoine Latger. Contre ces derniers s'ouvrit une instruction sur leurs responsabilités en 1562; ils refusèrent de répondre sur des faits depuis longtemps couverts par l'amnistie. Entre temps, capitouls et magistrats avaient dépêché à la cour, «pour savoir le bon plaisir » du roi, une mission ayant à sa tête Hector Boyer de Besse ; celui-ci rapporta au Parlement, consterné, l'ordre verbal du massacre; un des conseillers, Lathomy, prit la responsabilité de le préparer, malgré l'opposition de la grande majorité de ses collègues, du premier président Daffis et du gouverneur La Valette. Il eut pour compHces Delpech père et fils, ainsi qu'un certain Lacroix, arrivés le 3 octobre et déclarant avoir reçu du roi la mission d'exterminer les protestants. Le soir même, Delpech et Lacroix réunirent soixante ou quatre-vingts égorgeurs, menés par Latour, escholier et prieur du collège Sainte- Catherine. A 10 heures du soir, ces assassins allèrent de prison en prison, se faisant ouvrir les portes, à l'Hôtel de ville en donnant le mot de passe, à la Conciergerie sur l'ordre de
Lathomy, qui surveillait l'exécution en habit militaire, aux Jacobins, où Delpech dirigeait l'opération. Cent quarante protestants, dont Jean de Coras, furent ainsi massacrés, après avoir été dépouillés. Le 4 septembre, le pillage et la tuerie continuèrent. Les capitouls et le Parlement s'assemblèrent; leurs séances furent tumultueuses; le sieur de Lardât, capitoul, accusa le sénéchal de la Bastide d'être un des instigateurs de ces sanglantes exécutions; le sénéchal nia qu'elles eussent été faites « de son sceau et mandement ». Au Parlement, il y eut des explications violentes entre Lathomy, le président Bertrand et le conseiller de Miremont. On ne prit aucune résolution. Quelques jours plus tard, la Cour décida qu'on ne ferait pas d'enquête, qu'on enverrait à Sa Majesté l'avocat La Porte pour excuser les massacres et qu'on attendrait sa réponse. Le président de Saint-Félix et l'avocat général Duranti firent enterrer, au cimetière protestant de Castanet, les victimes que les meurtriers avaient laissées dans les rues.
Reprise L'exemple de Toulouse fut suivi à Gaillac et à Rabastens;
de à Béziers, Joyeuse parlant à empêcher les tueries. Mais
la guerre civile, partout les protestants prennent les armes et la guerre recommence, désormais inexpiable. Toulouse, de nouveau, fut isolée. Les calvinistes s'emparèrent de Montauban, Villemur, Mazamet, le Mas-d'Azil; un de leurs chefs, Sérignac, surprit le château de Terride, en Gascogne {^), l'abbaye de Belleperche, dont il fit jeter les religieux à la Garonne, la ville de Buzet, dont il passa les habitants au fil de l'épée. Les réformés tiennent, de plus, le Mas de Verdun, Montesquieu, Puylaurens, Mazères, Le Caria, Saverdun, Auterive, le château de la Garde, à une lieue de Toulouse. Tandis que Damville luttait contre eux dans les Cévennes et la vallée du Rhône, son lieutenant, le baron de Fourquevaux (^), commandait dans notre ville, non sans disputes avec le Parlement et les capitouls qui prétendaient s'en partager la défense; il employait aussi son activité à assurer la sécurité des routes, devenues impraticables par les ravages des soldats
2, Rover de Beccaria de Pavie, baron de Fourquevaux en I,anguedoc.
et des brigands (^). Il était obligé de faire escorter, par des barques armées, les navires marchands qui circulaient sur la Garonne. L'édit de pacification de Boulogne (juillet 1573), après l'échec du siège de La Rochelle par le duc d'Anjou, accordait la liberté de conscience aux protestants, avec le culte public à I^a Rochelle, Nîmes et Montauban. Aveu d'impuissance du roi, l'édit ne terminait rien. I^es calvinistes demeuraient en armes, avec leur force accrue par la persécution, renouvelée par l'ardente poussée de l'esprit démocratique, exaltée par la foi de leurs ministres. Leurs assemblées (Nîmes, Montauban) posent leurs conditions : désaveu de la Saint-Barthélémy, punition des massacreurs, libre exercice de la religion dans tout le royaume. L'assemblée de Millau (décenîbre 1573), où fut député le conseiller au Parlement l'Hôpital (2), aboutit à l'organisation d'une ligue et « fraternité » de tous les protestants du Midi. Si les grands chefs réformés avaient disparu, de leur sang naissait une sorte de république calviniste résolue à conquérir la liberté de sa religion.
Les protestants allaient bénéficier de l'appui d'un nouveau parti, celui des Politiques ou malcontents, formé pendant le siège de La Rochelle, recruté parmi les grands seigneurs catholiques ennemis des Guise, comprenant surtout les Cossé, le maréchal de Montmorency, son frère Thoré, son neveu Turenne, qui réprouvaient la politique de la Saint- Barthélémy et voulaient revenir à la tolérance et aux alliances protestantes contre Philippe II. Le chef du parti fut le duc d' Alençon, à qui le départ de son frère d'Anjou pour la Pologne promettait, en France, un rôle actif. Damville, frère de Montmorency, adhéra à la faction des politiques, malgré son passé de catholique intolérant ; mais il avait de grandes ambitions, que les circonstances lui donnaient espoir de réaliser. Charles IX le manda à la cour, à la suite du complot de la Molle et de Coconat (^), sans doute pour s'assurer de sa personne,
Les politiques.
Damville s'allie
avec les protestants.
1. Caylus, commissaire royal, venu de Bordeaux à Toulouse, évite quatre guets-apeus, manque d'être tué et perd tous ses bagages.
2. Jean de I,agriffoul-L,'Hôpital, conseiller en 1552, époux de Madeleine de Bemuy, avait embrassé la religion réformée.
3. Coupables d'avoir voulu faire évader de la cour, où on le surveillait, François d' Alençon.
Union
des catholiques
du
H aut - Languedoc.
Paix de Beaulieu
ou
de Monsieur.
comme il avait fait arrêter Thoré. Damville se garda d'obéir; le 4 mai 1574, il était destitué de son gouvernement; après la mort de Charles IX (30 mai 1574), le reine mère confirma la révocation. Tout en prodiguant ses justifications, Damville ne tint aucun compte de l'ordre royal, se fortifia dans Montpellier, continua à y convoquer les Etats de Languedoc. Le Parlement de Toulouse, en fidèle sujet du roi, défendit de lui obéir. Après une vaine tentative d'accord avec le nouveau roi Henri III à Turin, Damville leva le masque, fit alliance avec les religionnaires (août 1574), rassembla une armée et lança contre son souverain un violent manifeste (13 novembre 1574).
Mais Toulouse, où il était depuis longtemps suspect et peu aimé, échappa complètement à son influence; le Haut-Languedoc demeura au pouvoir de son lieutenant Joyeuse, resté fidèle au roi. En août 1576, les troupes de ce dernier, levées grâce à un subside de 60.000 livres que votèrent les Etats du diocèse assemblés à l'Hôtel de ville, dégagèrent notre cité, en deux mois de campagne, des protestants qui l'enserraient. Les Etats de Languedoc réunis par le vicomte à Carcassonne (29 décembre 1575), en accordant les secours d'argent nécessaires à la guerre, réclamèrent l'unité religieuse. Les capitouls y firent conclure une union des diocèses de la province contre les réformés; on les chargea d'en dresser les statuts, conformes à ceux de 1562, que l'assemblée approuva le 6 janvier 1576. Ainsi commença chez nous la Ligue qui devait élever, dans l'Etat français, un Etat catholique contre l'Etat protestant.
Le duc d'Alençon, qui s'était enfui de la cour, ayant pris le commandement de l'armée des religionnaires et des politiques, on s'entremit entre les deux frères. Les négociations aboutirent à la paix de Beaulieu (^), victoire des politiques et des protestants. A ces derniers le roi accordait le libre exercice du culte dans tout le royaume, sauf Paris et la Cour, huit places de sûreté, des gouvernements pour Henri de Navarre et le prince de Condé, des Chambres mi-parties dans chaque Parlement pour juger les procès entre réformés et