I. Château près de Loches
Conséquences.
La Ligue
ou Sainte-Union.
Etats de Blois,
catholiques. Henri III exprimait « son regret et déplaisir » de la Saint-Barthélémy et en réhabilitait les victimes. Damville conser\^ait sa charge de gouverneur du Languedoc avec sa compagnie, ses gardes et le commandement d'une partie des garnisons protestantes du Midi.
Les catholiques furent indignés de pareilles concessions, dont le roi lui-même avait honte. Malgré Damville, le Parlement de Toulouse se refusa à enregistrer l'édit de Beaulieu. La Chambre mi-partie ne put s'établir que trois ans plus (Décembre 1576 tard (1579), 3. risle-d'Albi. A l'appel de Péronne, où le sieur ^^^ ^577) d'Humières, pour ne pas reconnaître Condé comme gouverneur de la Picardie, avait formé une Ligue des catholiques, les Toulousains conclurent (fin 1576) une union dont les statuts et la formule sacramentelle se trouvent aux archives municipales. La Sainte-Union, confédération des Ligues de province ou de villes, se groupait autour du jeune Henri de Guise, « le héros « de la Saint-Barthélémy; son programme était l'unité religieuse et la guerre aux protestants, avec l'appui de l'Espagne si besoin était. C'est ce programme que défendirent, aux Etats généraux de Blois (6 décembre 1576), les députés de la sénéchaussée et viUe de Toulouse, Pierre Dafïis, prévôt de Saint-Etienne; le sénéchal Parisot Cornusson, l'ex-capitoul Supersanctis et le capitoul Lacroix, le massacreur d'octobre 1572. Le 26 décembre, dans son discours, Supersanctis réclama l'unité de religion et l'expulsion des ministres réformés. Sept provinces conclurent dans le même sens, cinq seulement opinèrent pour le maintien de l'édit de Beaulieu. C'était la guerre. Henri III, soucieux de ne pas se laisser dépasser par les événements, se déclara alors chef de la Ligue. Il espérait ainsi neutraliser la popularité d'Henri de Guise et obtenir des subsides des Etats; ceux-ci les lui refusèrent, par défiance, par un désir bien chimérique d'éviter de nouveaux malheurs et de réaliser l'unité religieuse sans combats.
Les hostilités se localisèrent dans la région de La Rochelle et surtout dans le Languedoc et les Cévennes, où Damville, sollicité par le roi, passa deux fois, dans cette année 1577, du parti protestant au parti royal. La paix de Bergerac (17 septembre 1577) interrompit les succès de l'armée royale.
Les hostilités.
Paix de Bergerac.
Catherine
de Médicis
à Toulouse
(octobre 1578).
Jean Daffis, premier président au Parlement de Toulouse, fut un de ceux qui la négocièrent. Elle réduisait de beaucoup les avantages accordés aux calvinistes par la paix de Beaulieu. Mais elle ne fut observée ni des réformés ni des catholiques. Peu après, un sergent protestant s'empare d'Avignonet; sur la plainte du Parlement, Henri de Navarre fait restituer le château. Les catholiques surprennent l'Isle-d'Albi, massacrent les religionnaires (1578), s'emparent de Saverdun, égorgent son gouverneur, le baron de Faugères, et promènent sa tête dans la ville. Des capitaines protestants renouvellent les exploits des grandes compagnies (^). Suivant les Etats du Languedoc, la terre était « couverte du sang du paouvre paysan, des paouvres femmes et petits enfants, les villes et maysons des champs étaient désertées, ruynées et pour la plupart bruslées, et tout cela depuis l'édict de pacification ». Damville ne pouvait se faire obéir de ses capitaines. La guerre tournait au brigandage (^).
La reine mère décida de se rendre dans le Midi, sous prétexte de conduire à Henri de Navarre sa femme, la belle Marguerite de Valois, en réalité pour y assurer, par sa présence, l'exécution des édits. Partie en juillet de Paris, elle était à Bordeaux le 15 août, conférait à Agen avec son gendre pour organiser la pacification du Midi. C'est là que vint à sa rencontre une députation du Parlement de Toulouse, composée du président Nicolas Lathomy, des conseillers Vital d'Ausone, Pierre de Saluste et Pierre de Sabatier (3 octobre). Le 20 octobre, Catherine fit son entrée à Toulouse, dans la forme accoutumée, et dut écouter un discours du capitoul de Favars sur le pitoyable état auquel la guerre avait réduit la ville. Damville accourut le 25; Marguerite arriva le 26 et logea à
1. Tel le capitaine Nogiiier, retranché à Saint-Nazaire, et Bacon, installé à Thézan.
2. Par trois fois, les Huguenots pUlèrent Saint-Bertrand-de-Comminges et la menacèrent d'une ruine complète; par trois fois, la ville fut heureusement délivrée (1577, 1586, 1593). En 1577, une femme, nommée Paterette, donna entrée aux huguenots dans sa maison située sur ks remparts; ils mirent le feu dans l'église, brûlèrent les rétables des chapelles, amsi que le tombeau orné de figures des douze apôtres; ils enlevèrent 15 lampes devant l'autel du Saint-Sacrement, 30 dans la chapelle Notre-Dame, 120 calices, des croix d'argent et d'autres objets précieux pesant 11 quintaux. Paterette fut prise, pendue et brûlée à Toulouse, d'après les attestations des consuls et de divers témoins (La vie de saint Bertrand par l'abbé Bouche, curé d'Huos, imprimerie catholique de Saint-CjTjrien, Toulouse, 1895).
l'archevêché avec sa mère. I^'événement le plus important de ce séjour de la reine mère fut une procession solennelle à laquelle assistèrent le duc et la duchesse de Montpensier, la duchesse de lyorraine, la princesse douairière de Condé et ses deux fils, Biron, Lansac, d'Escars et d'autre notables chefs catholiques. I^e 5 novembre, Catherine de Médicis partit pour Pibrac, où le chancelier Guy du Faur la traita magnifiquement; pour L'Isle- Jourdain et Nérac, chez le roi de Navarre. Elle revint ensuite sur Agen, puis à Castelnaudary où s'assemblent, en avril, les Etats du Languedoc.
Elle y fit dresser des instructions pour l'application des La
édits; c'est alors (8 mai 1579) que fut établie, à l'Isle-d'Albi, Chambre de l'Edit la Chambre mi-partie ou de l'Edit, composée de seize con- ^ ^'^^ ^579)seillers, dont huit du Parlement de Toulouse et huit protestants, que devait présenter Henri de Navarre, deux présidents, un procureur général, deux substituts, deux commis-greffiers, quatre huissiers et quatre sergents. Cette création fut enregistrée au Parlement de Toulouse le 12 août suivant.
Catherine avait pu avoir l'illusion qu'elle avait pacifié le Reprise
Midi. Cette illusion ne dura guère. Les infractions à la paix de la guerre de Bergerac étaient si nombreuses que Damville et Henri de 1^5 o;-
Navarre se réunirent à Mazères avec le sénéchal de Toulouse et deux parlementaires pour y mettre ordre. Mais, en avril 1580, ce sont les protestants eux-mêmes qui reprirent la guerre; ils s'emparèrent de L'Isle- Jourdain, dont ils expulsèrent les Cordeliers, qui vinrent se fixer à Toulouse; le 5 mai, Henri prenait d'assaut Cahors, tandis que Turenne occupait le Castrais et Sorèze. Toulouse, une fois de plus, connut de sévères angoisses : le roi de Navarre s'était rendu maître de Vic-Fezensac et de Beaumont-de-Lomagne ; en juin, c'est Turenne qui s'avance vers la ville, capturant le château du Faget, Castillon, Boussens, Maurens, Cambiac; un de ses lieutenants, le baron de Rives, dévaste le pays jusqu'au faubourg et à la porte Saint-Michel; il est vrai qu'en septembre il s'éloignait vers l'Albigeois et le Sidobre. En novembre, Damville annonce son arrivée; mais ni les capitouls ni le Parlement ne voulaient de ce douteux défenseur; ils arguèrent, pour lui refuser l'accès de la ville, les dépenses accablantes de la guerre, les maladies, la peste menaçante;
et ce n'étaient pas de purs prétextes. Par bonlieur, la paix de Fleix (26 novembre 1580), conclue par le duc d'Anjou et Henri de Navarre, mit fin à cette lutte sans objet, en confirmant les accords antérieurs et en laissant pour six ans aux réformés leurs places de sûreté. La trêve, cette fois, allait durer cinq ans.
La question Pendant que l'on s'efforce, en vain, de mettre fin aux
de la succession ravages des soldats licenciés ou brigands — Toulouse fournit cinq cents fantassins et cinquante chevaux pour leur reprendre Montréal, près Carcassonne (^) — , c'est sur un autre théâtre que se joue le destin de la France. I^e dyc d'Anjou, dernier fils de Catherine, reprend à son compte les projets de Coligny : le mariage anglais, la conquête des Pays-Bas (1578-1584). Il échoue partout, malgré l'appui secret de sa mère et de son frère, et meurt le 10 août 1584. Henri III étant sans enfant et son seul héritier direct venant de disparaître, la couronne devait revenir, par droit naturel, à son cousin Henri de Bourbon, roi de Navarre. Mais ce dernier était protestant. Le roi, qui l'avait en quelque affection, lui dépêcha le duc d'Epernon pour le presser de se convertir. D'Epernon, grand favori de Henri III, qui venait de le créer duc et pair, passa par Toulouse, où il fit une entrée solennelle le 13 juillet 1584. Il échoua dans sa mission.
La Ligue de 1585. La mort du duc d'Anjou eut pour conséquence de grouper les catholiques décidés à tout plutôt qu'à reconnaître un hérétique comme héritier présomptif. Ils choisirent pour chef Henri de Guise, qu'ils considéraient comme le seul successeur possible du roi de France. Tandis que les Lorrains et la noblesse guisarde se lient à Philippe II par le traité de Joinville (31 décembre 1584), spontanément, Paris s'organise sous la conduite d'im Conseil pour la défense de la religion catholique. L'union de la démocratie parisienne et des princes produit le manifeste de Péronne (30 mars 1585), programme de la nouvelle Sainte-Ligue formée en dehors du roi et contre lui. Elle réclame l'unité religieuse, l'éloignement