‹ Histoire de ToulouseChapitre 146 sur 317 · VIVIT POST FVNERA VIRTUS - NOSCE TE · texte numérisé non relu

VIVIT POST FVNERA VIRTUS - NOSCE TE

3. Balanquier et Macoau, capitouls; Balbaria et Rudtlle, bourgeois; les avocats Roux et Caulet, sieur de la Balme, tous quatre anciens capitouls.

sains pour les exhorter à refuser obéissance au roi, un ancien capitoul partit pour Paris sceller l'alliance avec la capitale. En même temps, le Conseil députait vers les villes du Languedoc pour les engager dans l'Union : Narbonne, Cahors, Albi, Castelnaudary, GaiUac et d'autres adhérèrent. Cependant, par scrupule de conscience, on demanda au pape Sixte- Quint son avis sur le droit de désobéir à un roi excommunié. Le pape répondit avec ambiguïté Mais les ligueurs, excités par les deux « boutefeux )>, Saint-Gelais et Tournier, eussent probablement passé outre à une désapprobation formelle.

La démagogie Au reste, ils étaient eux-mêmes débordés par une populace

ligueuse. fanatique qu'avaient profondément impressionnée les céré-

monies funèbres célébrées en l'honneur des Guise à Saint- Etienne et dans la chapelle des Pénitents-Noirs; un tableau y représentait les deux frères avec un poignard dans le cœur ; on y lisait ces vers :

« Hevureuse et digne mort pour princes sy chrestiens Oui, estant de la foy en LYance les soustiens, Estes mortz pour la foy et le peuple de France. »

Les religieux commentaient ce crime par leurs prédications incendiaires. Les plus violents étaient le frère Richard, provincial des Minimes, et le jésuite Odart Mole, curé de Cugnaux. Les assemblées du Conseil de ville, sous ces pressions diverses, prenaient un caractère tumultueux et révolutionnaire; elles votèrent que la garde de la ville serait confiée aux Dix-Huit; on y proposa la soustraction d'obédience au roi, dont le ligueur Chapelier voulut faire enlever le portrait de la salle; tout ceci parmi de violentes altercations.

Le parti royal. x^e roi tentait cependant de conserver Toulouse et le Languedoc. Il rétablit Damville dans son gouvernement et se réconcilia avec lui ; il essaya de gagner le maréchal de Joyeuse ; il écrivit au Parlement pour annoncer une amnistie générale. Mais le Parlement, dominé par les conseillers ligueurs, refusa de recevoir les lettres du roi et d'enregistrer la nomination de Damville. Joyeuse, trop engagé avec les Guise, dont il était le parent, se déroba aux avances de Henri III. Les partisans du roi, effrayés par la tournure violente des évé-

CAPITULE. — Salle des Illustres - Vue d'ensemble

(Paul Pujol, architecte-décorateur)

CAPITOLE. — Salle des Illustres Benjamin Constant - Entrée du Pape Urbain II à Toubtue (1096)

nements, n'osaient lever la tête. Un terrible drame allait rompre les ponts entre Toulouse et son légitime souverain.

L,e chef des royaux était le premier président Duranti, secondé par son beau-frère, l'avocat général Jacques Dafïîs. Jean-Etienne Duranti, né en 1534 (^), avait débuté comme avocat au Parlement; capitoul en 1562-1563, procureur général en 1568, il était premier président depuis 1581. Veuf de Catherine Dafïïs, il avait épousé, en 1572, Rose de Caulet, de famille parlementaire. Ambitieux et non dépourvu de vanité, il avait décidé que le premier président irait de son domicile au Parlement en carrosse; il passait, à juste titre,

Duranti.

Sa mort

(11 février 1589).

Duranti aMUMiné à la porte da Jacobine

pour un très zélé catholique, ennemi des protestants et de Montmorency, fondateur des confréries des Pénitents-Bleus, du Saint-Esprit et de la Miséricorde (2), fort ami des Jésuites, dont le collège avait été organisé sur sa demande, initiateur de la construction de l'Esquile, protecteur des Capucins, qu'il avait fait venir d'Italie, et des Cordeliers de l'Isle- Jourdain, qu'il avait recueillis après leur expulsion. Mais ce pieux magistrat, ami de l'Eglise et généreux en aumônes,

1. l,e nom a été italianisé. On trouve Durant dans certains textes. Il habita, de 1563 à 1582, vme maison rue du Musée (ii his, ancien 19), avant d'acheter l'hôtel, 3, rue Duranti, démoli, au reste, pour faire place à la construction actuelle de style xvn« siècle.

2. I,a seconde était destinée à doter et marier ks filles pauvres, la troisième au soulagement des prisonniers.

était en même temps un ferme soutien de l'autorité monarchique, mise en péril par les ligueurs, et ceux-ci ne le lui pardonnaient pas. Pendant trois jours, il s'était rendu aux assemblées de la ville sans escorte, luttant courageusement contre les partisans de la révolte ouverte; il avait fini par obtenir que l'on s'en rapportât au Parlement. Comme il ne mettait aucune hâte à le convoquer, le 27 janvier une émeute l'y obligea; mais la Cour, profondément divisée sur la question de la soustraction d'obédience, ne put prendre aucune décision. Au sortir de la séance, les ligueurs armés qui entouraient le Palais assaillirent Duranti dans son carrosse. lya voiture, filant à toute allure, se renversa sur la margelle d'un puits. Le président se réfugia à l'Hôtel de ville, où il demeura cinq jours, n'osant sortir. Pour le sauver, le Parlement lui permit de se retirer à Balma; mais le conseiller Caumels fit casser la décision et transférer le prisonnier aux Jacobins. Le i^^ février, Duranti y fut conduit par deux capitouls et par les évêques de Comminges et de Castres, ceux-ci ayant juré qu'on ne lui ferait aucun mal; il y fut incarcéré sous la garde de vingt-cinq hommes avec sa femme. Rose de Caulet, et deux domestiques. On perquisitionna chez lui sans rien trouver qui put motiver un procès. Très ferme, le premier président ne cessait de demander des juges.

Mais, le 7 février, on saisit une lettre de Daffis à Matignon, gouverneur de Bordeaux, lui demandant du secours; cette lettre faisait allusion à la mission d'un conseiller Ratti auprès du roi. Aussitôt le Conseil des Dix-Huit ordonne l'arrestation de Daffis à la campagne où il s'était réfugié; on l'écroue à la Conciergerie ; on confisque les biens de Ratti ; le II février 1589, à la fin de l' après-dîner, quelques conjurés, ayant Chapelier à leur tête, mirent le feu à la porte des Jacobins, du côté des Béguins ou Tierçaires de Saint-François (^). Chapelier fit sortir le président, qui dit adieu à sa femme et recommanda son âme au Seigneur. « Voilà l'homme », dit l'autre, en le montrant à ses complices. On l'abattit d'un coup d'arquebuse; tous s'acharnèrent sur le malheureux; son cadavre fut promené dans les rues et exposé au pilori de

I. Rue Pargaminières ; c'est la porte du réfectoire dont on voit l'encadrement, la porte elle-même étant murée.

la place Saint-Georges, avec le portrait du roi attaché derrière lui. lya populace insulta sa dépouille, lui arrachant la barbe, le suspendant à des lanternes par le nez et criant : « I^e roi t'était si cher; te voilà maintenant avec lui ! » Sa maison fut pillée, sa belle bibliothèque détruite ou dispersée et son domestique pendu (^).

Daffis, couvert de blessures, assommé impitoyablement, fut massacré à la Conciergerie. Tout le jour, dans la ville en effervescence, les boutiques fermées, les rues barrées de chaînes, les ligueurs traînèrent le portrait d'Henri III arraché de l'Hôtel de ville, clamant : « A cinq sols le roy t^^ran, pour lui acheter un licol. » Le lendemain, Jehan de Balanguier, seigneur de Montlaur, capitoul, fit enterrer secrètement Daffis dans l'église Saint- Antoine du Salin. Quant au corps de Duranti, des religieux le transportèrent et l'ensevelirent dignement aux Cordeliers; c'est là que se trouvait son mausolée. Personne n'osa se charger d'instruire son procès posthume. Une solenneUe réparation devait être accordée à sa mémoire le 5 décembre 1591.

Mort de Daffis.

Sépulture

de Duranti.

lya rupture avec le roi se trouvait ainsi consommée. Toulouse reconnut l'autorité du duc de Mayenne, qui délégua, pour le représenter, le marquis de Villars. De son côté, Henri III (15 mai) déclara Mayenne et la ville coupables de lèse-majesté, priva Toulouse de son Parlement. Mais la majorité des conseillers, le président de Paulo, les conseillers Bertier et Vézian en tête, refusèrent de quitter leurs sièges. Le Haut-Languedoc ligueur tint ses Etats à Castelnaudary (avril) et à l'Hôtel de ville de Toulouse (15 juillet). Un véritable gouvernement se constitua, sous le nom de Bureau ou Conseil de la province, formé de délégués des trois ordres et de quelques parlementaires. A Toulouse, un comité de six

Toulouse

au pouvoir

des ligueurs.

I. Le président Jean-Etienne Duranti, né en 1534, dans la maison Terreny, place du Pont, épouse en premières noces, en 1563, Catherine Daffis, dont est issue une fille, Marie, qui se maria avec Simon de Garaud, conseiller au Parlement; et en secondes noces, en 1572, Rose de Caulet. L,a statue de Duranti, par le sculpteur toulousain Salanion, a été placée dans la salle des Pas-Perdus de la Cour d'appel.

membres, deux conseillers, le vicaire général Daffis, tm capitoul et deux bourgeois; près de Joyeuse, un second comité dont faisait partie un bourgeois de Toulouse; à Narbonne, enfin, un troisième comité : tous assuraient la direction du mouvement et la liaison entre les éléments divers qui y collaboraient. Les Etats du 15 juillet, présidés par Joyeuse assisté de Bertier et de d'Assézat (^), décidèrent de lever des impôts et de frapper de la monnaie. Les ligueurs toulousains, comme les Parisiens, ne craignent pas de faire appel au roi d'Espagne.

Moines La ville était entièrement dominée par les catholiques

et Pénitents. extrêmes. L'armée des moines y était plus nombreuse et plus fanatique que partout ailleurs; aux Récollets et aux Minimes (fin du xv^ et début du xvi^ siècles) s'étaient ajoutés les Chartreux (1559), les Cordeliers de l'Isle- Jourdain ou frères conventuels du Salin (1580), les Feuillants (1590), surtout les Capucins, établis en 1582, par Duranti, sur les terrains du collège de Verdalle supprimé (^) et dont le zèle outrancier alarma le premier président lui-même. Ils cachaient des armes dans leur couvent, disait-on. La piété religieuse avait suscité les confréries de Pénitents, dont l'une au moins, celle des Pénitents blancs (^), est très ancienne, mais dont la majorité date de l'époque de la Ligue. Ce sont les Pénitents noirs, formés en 1576, sous le nom de confrérie de la Sainte- Croix, à l'imitation de ceux d'Avignon et de Rome, qui s'installèrent dans la chapelle et le couvent des Augustines, abandonnés depuis la conversion des religieuses en 1562 (*). Ce sont ensuite les Pénitents gris (11 avril 1577) qui s'installèrent d'abord dans la chapelle du prieuré de Saint- Pierre- Saint-Martin, petite rue Sainte-Ursule, puis rue des Lois, où ils firent élever un oratoire. Ce sont, enfin, les Pénitents bleus, établis en 1576, qui se réunirent d'abord à la chapelle du collège Saint-Martial, puis à la chapelle du Pré-Montardy,

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