Rouquet ou Minime (ou de Saint-Roch
lya procession de la Ligue.
Revanche de Joyeuse.
aux protestants, appelant aux armes, se fait ouvrir l'Hôtel de ville en frappant à la porte « avec le dict crusefix ». I^e 2 octobre, tandis que capitouls et Parlement s'assemblent « pour apaiser le peuple «, cinq ou six cents ligueurs marchent sur l'archevêché, où logeait Joyeuse. Celui-ci quitta Toulouse avec le président Bertrand, le prévôt Daffis, quelques conseillers et bourgeois.
Maître de Toulouse, l'évêque de Comminges célébra sa victoire par une procession prodigieuse. D'abord marchaient quatre moines portant chacun une croix, entourés d'une cinquantaine d'hommes du peuple armés d'épées. Puis venait l'évêque, « armé à creu avec une pertusane, le dict rocquet avec un surpelis et la cuirace, son manteau de rocquet dessus et une ymage à la main, criant : « Messieurs, qui sera celluy « qui ne nous suivra pas? S'il y en a quel qu'un qui refuze « ce faire et demeurant en leurs maisons, je vous licencye de « l'aller massacrer et vous le pardonne. » Suivaient : le président de Paulo, armé sous sa robe de damas noir, et le conseiller Boveret en costume rouge, un capitoul en uniforme et le greffier criminel. Puis se pressait la foule des moines, prêtres et jésuites, « aucuns des braquemars à la ceinture et pétrinals, aucuns des pistolles à feu dans leurs bandoUières, aucuns avec des hallebardes sur le col, les habitz retroussez jusqu'au dessoubs des aisselles ». Enfin, les troupes fermaient la marche, ayant à leur tête le capitaine Maillard et le frère du président de Paulo, marchant cinq par cinq, armés « jusqu'à bastons feratz et non feratz et parmy eux harquebuziers et halebardiers et en tout neuf picquiers qu'on avait mis en trois rangs, avec l'enseigne despliée et le tabourin battant, où commandoit pour enseigne majour le cappitaine Blacq ». Ce pittoresque défilé (i.ooo à 1.200 personnes) se termina par le pillage de l'archevêché et des maisons des royaux. Au logis de l'évêque de Comminges, ce n'étaient qu' « imprécations et bénédictions avec de l'eau benitte jusqu'à son escuierye ».
Le maréchal de Joyeuse, ayant rassemblé des soldats, bloqua Toulouse et assiégea Castanet. Tout en se justifiant par un mémoire envoyé à Paris, Saint-Gelais et Paulo demandèrent secours au marquis de Villars, qui se trouvait en
Agenais. Celui-ci accourut lin octobre avec deux cents chevaux et un régiment d'infanterie. Mais il se garda de combattre Jo3^euse et travailla à le réconcilier avec les Toulousains. Le maréchal réunit les Etats à Lavaur, le 15 novembre; les députés, au nombre desquels Philippe Bertier, seigneur de Montrabé, et François Vignials, conseillers, jurèrent de ne jamais reconnaître Henri IV. Joyeuse put ainsi obtenir l'évacuation de Toulouse par Saint-Gelais et les siens, ainsi que sa reconnaissance comme gouverneur général du lyanguedoc avec survivance en faveur de son fils le duc, et un subside de 50.000 livres. Tout n'était pourtant pas fini. Le ligueur Tournier s'insurgea contre cet accommodement et occupa Tounis après avoir saisi, comme otages, les conseillers Papus et Rességuier ; c'est le dernier sursaut de la démagogie ligueuse contre le Parlement qui entendait tout gouverner. Cette fois, de Paulo rétablit l'ordre en canonnant avec une couleuvrine la barricade du pont de Tounis. Tournier gagna Saint-Cyprien à la nage. Les habitants de l'Isle vinrent, la corde au cou, implorer la clémence du Parlement.
L'unité rétablie tant bien que mal parmi les ligueurs, la trêve avec Montmorency fut rompue. La guerre recommence, alimentée par les subsides que votent les Etats ligueurs réunis à Lavaur, puis à Toulouse (1590), à Castelnaudary (1591), soutenue aussi grâce aux renforts espagnols de Philippe II. Les opérations se dispersent en prises, pertes et reprises des places qui entourent Toulouse : Montastruc, Carcassonne, Montclar passent de mains en mains. Le maréchal de Joyeuse ravage le Bas-Languedoc, le Cabardès, le Lauraguais. Il contraint le Parlement royal à se transporter à Béziers (16 décembre 1591). Toutefois, la place de Villemur, occupée par les royaux, inquiétait les Toulousains; Joyeuse échoua une première fois devant ses murs; le 18 septembre 1592, il la bloqua et la bombarda de nouveau. Mais une armée royale, venue de Montauban, lui infligea en cet endroit une écrasante défaite. Le pont de bateaux jeté sur le Tarn s'étant rompu, la plus grande partie de l'armée ligueuse périt dans les eaux de la rivière : i.ioo no3^és, 500 tués, 26 drapeaux et 5 canons capturés, tel fut le bilan de cette journée, décisive pour la cause royale. Joyeuse s'était lui-
La guerre recommence.
Bataille de Villemur (20 octobre 1592)
même jeté dans le Tarn où l'on retrouva son corps, quatre jours après, encore vêtu d'un pourpoint de satin blanc.
Trêve. Ce désastre répandit la consternation chez les ligueurs de
Toulouse. Scipion de Joyeuse avait un fils, François, archevêque de Toulouse, intronisé en 1590, et un frère, Ange, capucin. C'est ce dernier que les ligueurs, après une séance tumultueuse à l'archevêché, forcèrent de jeter le froc aux orties pour succéder au défunt et pour commander, au nom de la Ligue, l'armée et la province. Mais l'épuisement était
Quatre Captloulô de l'année ij9j
(D*apres une miniature arracliée aux //nnaift> oe ^a J ille)
Cliché de la Société Arclicologique
La conversion
d'Henri IV
(25 juillet 1593).
tel que les deux partis convinrent d'une trêve (14 décembre 1592) qui permit au Languedoc de respirer pendant plus de deux ans.
Quelques mois après se répandait dans Toulouse l'importante nouvelle de la conversion d'Henri IV, avec les propositions de paix et d'oubli du roi. L'événement venait à son heure, au moment où nos régions, accablées de misères, aspiraient à l'ordre et à la tranquillité. Cependant, au début. Joyeuse et les capitouls assurèrent le duc de Mayenne de leur fidélité à leurs serments; ils écrivirent au cardinal-arche-
vêque, en ce moment à Rome, ainsi qu'aux villes du Languedoc, pour resserrer l'Union. Mais l'acte d'Henri IV avait porté chez nos ligueurs un désarroi profond. Le 9 novembre, les Etats du Haut-Languedoc, réunis à Lavaur, décidèrent qu'on ne prendrait aucune décision sans le duc de Joyeuse ni sans le Parlement de Toulouse. Parmi les parlementaires ligueurs, la conversion d'Henri IV avait déjà déterminé des défections. La Cour et les capitouls, malgré les protestations des extrémistes, décidèrent de traiter avec le roi.
Henri IV envoya en députation son conseiller Aymeri de Vie, qui arriva à Toulouse le 18 décembre et tint une assemblée à l'Hôtel de ville, le 20. Dans cette réunion, il exhorta les Toulousains à se soumettre; ils rejetèrent leur attitude sur leur zèle pour la religion. Une Commission, composée des huit capitouls et de huit anciens, fut nommée afin de dresser le cahier des réclamations de la ville et de traiter avec l'envoyé du roi. Le 26 décembre, une autre réunion, convoquée chez le président du Faur de Saint- Jor3^ comprenait de Joyeuse, des parlementaires et quatre capitouls. Les conditions de la soumission de Toulouse furent ainsi posées à Aymeri de Vie : le gouvernement du pays demeurerait au duc de Joyeuse; le culte protestant resterait interdit à Toulouse et dans un rayon de quatre lieues autour de la ville ; la Chambre mi-partie serait établie à l'Isle-d'Albi; le roi pardonnerait les meurtres de Duranti et de Daffis; enfin, les droits établis sur les marchandises depuis 1561 seraient abolis.
Henri IV accepta les conditions formulées avec des réservées se rapportant au duc de Joyeuse. Au reste, un mouvement irrésistible de soumission emportait la France entière vers le Béarnais qui avait su la conquérir par sa vaillance, son adresse politique et sa bonne humeur spirituelle. Le Parlement de Toulouse se reconstitue, avec sa Chambre de l'Edit fixée à Castres. La vie normale reprend dans notre Languedoc si éprouvé.
La pacification n'était pourtant pas complète. Le roi n'avait pas encore obtenu son absolution du pape, excellent argument pour les ligueurs irréductibles. Lors de l'attentat
Toulouse
se soiunet au roi
sous conditions.
Acceptation du roi.
Derniers éclats
de la guerre civile.
de Jean Châtel (27 décembre 1594) (^) et de l'expulsion des Jésuites, les Toulousains s'abstinrent d'exécuter l'ordre royal et de baïuiir les religieux. Enfin, le duc de Joyeuse éprouvait un violent dépit de n'avoir pu obtenir d'Henri IV la conservation de son gouvernement du Languedoc. Au printemps de 1595, il rentra en campagne, s'empara d'Albi, de Gaillac, entra à Toulouse à la tête de cent chevaux, occupa l'Hôtel de ville avec la connivence des capitouls et se saisit des portes. Le Parlement, redevenu le ferme soutien de l'autorité royale, protesta contre cette rébellion et lui ordonna d'évacuer la ville; alors, le cordelier frère Maurel, parcourant la ville à cheval, brandissant une épée, ameuta le peuple et vint assiéger le Palais que Joyeuse menaçait de faire sauter. La plupart des parlementaires quittèrent la ville pour Castelsarrasin, où le Parlement tint sa première séance le 6 mai. Un édit royal réunit, peu de temps après, les quatorze magistrats du Parlement de Béziers à la Cour de Castelsarrasin.
Dernières A la nouvelle de la prise de Toulouse par un des derniers
hostilités. ligueurs, le roi rompit la trêve et dirigea Ventadour et Matignon dans le Languedoc avec quelques forces. Tandis que Ventadour convoquait les Etats du Languedoc à Pézenas (23 avril), les députés du Toulousain et de l'Albigeois se réunirent à Toulouse le 7 mai; à vrai dire, ces députés manquaient d'enthousiasme et dépêchèrent une délégation à Pézenas pour arriver à une entente. Mais Joyeuse s'était déjà mis en campagne avec son lieutenant, le baron d'Ambres, maître d'Albi. Ventadour, parti de Castres en juin, prit diverses places de l'Albigeois, notamment Ondes, Castelginest, Fenouillet, qu'il brûla, et vint camper à Saint-Roch, d'où il tira quelques volées de canon sur Toulouse. Puis, devant la bonne contenance de Joyeuse et des Toulousains, il décampa, fit sa jonction avec Matignon qui enleva Portet et Plaisance, prit Castanet, Venerque, Renneville, Lavalette. Joyeuse n'avait pas bougé. Il profita de l'éloignement de Ventadour pour surprendre Grisolles et Montech et lancer quelques boulets sur Castelsarrasin. Ces dernières hostilités
I. Jeune écolier du collège de Clermont, qui porta à Henri IV un coup de couteau et déclara avoir appris chez les Jésuites que le meurtre d'un roi hérétique était une œuvre pie.
n'avaient amené d'autre résultat que de persuader tout le monde de la nécessité de la paix.
Dès le 15 novembre, le Conseil général de Toulouse en avait posé les bases : confirmation des privilèges de la ville; transfert des membres du Parlement de Castelsarrasin dans d'autres Parlements; confirmation des magistrats ligueurs; droit pour Joyeuse de nommer le premier président. Une conférence s'ouvrit à Verfeil à la fin de ce mois. Le roi 3^ était représenté par le sieur de Rochemaure, les ligueurs par Joyeuse, l'évêque de Lodève, le grand vicaire de Narbonne, quatre magistrats des principales villes. Le sieur d'Hauterive fut chargé par Joyeuse de porter à la cour les demandes arrêtées. En janvier 1596, Henri IV répondait par l'édit de Folembray. Il proclamait une amnistie générale, promettait que la religion catholique serait seule pratiquée à Toulouse et dans un ra5^on de quatre lieues, le protestantisme restant cantonné dans les localités fixées par la paix de Beaulieu; il rétablissait le Parlement de Toulouse en le réunissant à celui de Castelsarrasin et en confirmant les magistrats ligueurs nommés par Mayenne ou Joyeuse. La Chambre mi-partie serait fixée dans une ville dont on conviendrait. Toulouse était exemptée de taiUes pendant cent ans; toutes les forteresses devaient être démolies sauf aux frontières. Le duc de Joyeuse obtenait le titre de lieutenant général en Languedoc, sous l'autorité de Montmorency, avec le gouvernement de toutes les places qui lui obéissaient. Pendant deux ans encore, il y aurait des Etats séparés dans les deux parties du Languedoc. Le 18 février, le duc réunissait les députés du haut pays dans le réfectoire des Augustins. Le 13 mars, l'assemblée acceptait l'édit, avec quelques réserves. Le 18 mars, trente-cinq bourgeois et capitouls, représentant Toulouse, prêtaient serment au roi dans le Grand-Consistoire de l'Hôtel de ville.
Le 31 mars, les membres du Parlement de Castelsarrasin quittaient leur résidence et couchaient à Saint- Jory. Le 2 avril, après dîner, ils se mettaient en marche, escortés de miUe à douze cents chevaux montés par les nobles et personnes de distinction à Toulouse. Joyeuse les attendait au pont de l'Hers. Il les accompagna en devisant avec le premier
Conférence
de Verfeil
(novembre 1595),
Edit
de Folembray
(janvier 1596).
Réunion du Parlement.
président du Faur de Saint- Jor\-. Le 3 avril, les magistrats allèrent au Palais, où les attendaient le président de l'Estang et huit conseillers ligueurs. On prit place et, après les salutations d'usage et un service religieux, la vie judiciaire reprit son cours habituel.
Dernières Joyeuse rentra dans le cloître en 1599, ce qui mit fin à
résistances. ^^ dualité administrative du Languedoc. Mais la municipalité resta ligueuse d'âme jusqu'en 1597, où le juge mage Clarj^ s'avisa d'un subterfuge pour l'épurer. La liste de 1597 comptait uniquement des ligueurs impénitents; il y choisit des candidats ignorants et ridicules, que le Parlement refusa d'admettre; et il substitua une liste de sujets lo^-aux arrêtée d'avance entre lui et le premier président Chalvet de Rochemonteix.
Le Parlement lui-même gardait ses préjugés d'antan. Lorsque le roi lui envoya l'édit de Nantes à enregistrer (13 avril 1598), édit qui confirmait pourtant pour Toulouse celui de Folembray, la Cour se refusa à l'accepter; elle répugnait à admettre l'égalité d'accès aux charges et l'octroi des places de sûreté, et elle présenta des remontrances. Henri IV répondit à l'envoyé du Parlement de Toulouse par une rude apostrophe. Il était assez fort pour parler net : « J'aperçois bien que vous avez encore de l'Espagnol dans le ventre. Et qui donc voudrait croire que ceux qui ont exposé leurs vies, biens et état et honneur pour la défense et la conservation de ce royaume seront indignes des charges honorables et publiques, comme ligueurs perfides et dignes qu'on leur courût sus, mais ceux qui ont employé le vert et le sec pour perdre cet Etat seront vus comme bons Français dignes et capables des charges? Je ne suis aveugle, j'y vois clair; je veulx que ceux de la religion vivent en paix en mon royaume et soient capables d'entrer aux charges, non pas pour ce qu'ils sont de la religion, mais d'autant qu'ils ont été fidèles à moi et à la couronne de France... » Et il termina par cette phrase simple et grande, qui peut servir d'épilogue à cette triste période : « Il est tems que nous tous, soûls de guerre, devenions sages à nos dépends. »
BIBI.IOGRAPHIE
Histoire de Languedoc, t. XI (1889, t. XII (1889); — notes des éditeurs : Origine et progrès des Eglises piotestantes du Languedoc (Roman), 71 ; — L'armée de Condé, Navarre et Coligny dans le Languedoc, p. 1270; — Voyage de Catherine de Médicis, preuve 90;
— Henri de Montmorency-Damville (Roman), preuve 106; — Relation de la mort tragique de Jean-Etienne Duranti, preuve 419. — RosCHACH, Voyages de Charles IX en Languedoc (Mém. de l'Acad, des Sciences, 1895). — Recueil de pièces historiques relatives aux guerres de religion à Toulouse, Paris 1862 (Relation des journées de mai 1562; — La procession de la Ligue). — Relation de l'émeute arrivée à Toulouse en 1562 (CiMBER et Danjou, Arch. curieuses de l'Histoire de France, IV, 343) ; — Récit inédit des massacres de la Saint-Barthélémy à Toulouse, édité par J. Roman, Paris, 1886. — Abbé Douais, Les guerres de religion en Languedoc, d'après les papiers du baron de Fourquevaux, Toulouse, 1 892 ; — Une importante correspondance'du XV I^ siècle: le baron de Fourquevaux, Paris, 1891.
— Mémoires de Jacques de Gâches sur les guerres de religion à Castres et dans le Languedoc (i 555-1610), publiées par M. Pradel, Paris, 1879.
— Léonce de Lavergne, Mort du président Duranti, Toulouse, 1833.
— Histoire véritable de ce qui s'est passé à Tholose en la mort du président Duranti, d'après deux relations contemporaines, précédé d'une histoire de la Ligue, Toulouse, 1861. ■ — Lapierre, Duranti (Bull, de la Soc. Arch., 1874).- — L. DE Santi, Michel de Paulo, seigneur de Grandval, Toulouse, s. d. 8°.