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CHAPITRE XI

TOULOUSE AU XVIF SIÈCLE (1d98-1715)

lyCS guerres religieuses ont laissé derrière elles des ruines Henri IV matérielles et un trouble moral que le roi Henri IV, en douze (1598-1610) années d'une administration pacifique et bienfaisante, ne réussit pas entièrement à réparer et à guérir. Longtemps encore, le brigandage des soldats licenciés, des gentilshommes même, contraints au repos, prolongea l'écho des misères de la période précédente.

En 1597, un capitaine Canaveilles, maître de Buzet-sur- Tarn, condamné à mort par le Parlement, sème la terreur dans tous les environs. Un peu plus tard, la Cour fait décapiter et écarteler, à Toulouse, le frère du vicomte de Polignac qui avait tué, en pleine messe, à Mende, son ennemi d'Apchier, ainsi que deux gentilshommes coupables d'avoir conspiré avec les Espagnols. Les mœurs restent rudes longtemps. En 1608, l'affaire de « la belle Violante » (^) met en cause

I. Veuve à vingt ans, la belle Violante Monseroso, d'une beauté rare, retirée dans un couvtnt de Toulouse, enchantait et attirait à elle tout mi essaim bourdonnant d'écoliers et de gentilshommes : Arrias Burdéus, prieur et provincial du monastère de Toulouse; l'écolier Antoine Candolas; un clerc au greffe du Parlement, Pierre Esbaldit; le vieux Gayraud, conseilkr du sénéchal; Pierre Romain, avocat à Gimont, simple d'esprit, amoureux et ébloui comme les autres, qui n'hésita pas à épouser Violante. Romain, devenu jaloux, isola sa femme à Gimont et, dès lors, les adorateurs de Violante résolurent de la délivrer de son mari, « ce tyran gascon », par la mort. Un soir d'été de 1608, Gayraud s'acheminait, avec Romain, dans le quartier désert de l'Esquile et des Pénitents-Gris, où l'attendaient, dans un coin obscur, Candolas, Esbaldit et trois bourgeois. Ils fondirent sur lui et le percèrent de dix-sept coups d'épée et de poignard. I,a belle Violante était la cause de cette sanglante tragédie. I,a Grand'Chambre et la Toumelle s'assemblèrent; la preuve de l'assassinat se fit éclatante contre Burdéus, Candolas, Esbaldit, Gayraud, Violante et quelques complices. Tous périrent de la main du bourreau. (V. Dubédat, Histoire du Parlement de Toulouse; Armand Praviel, La

un conseiller du sénéchal, un ancien prieur des Grands Augustins, un avocat, coupables de guet-apens et d'assassinat avec l'aide de bravi à gages. Dans tout le pays, la noblesse d'épée a été ruinée par les guerres, ainsi que le haut clergé. En 1583, le chapitre Saint-Etienne doit vendre à des bourgeois de magnifiques domaines du Lauraguais. Ce sont les paysans aisés et les bourgeois qui ont profité surtout de la dépossession des privilégiés, à l'égard desquels ils adoptent, à l'occasion, une attitude fort indépendante (^). Mais l'agriculture et l'industrie ont cruellement souffert de cette atroce guerre de Trente ans français. I^a pauvreté du lyanguedoc est telle que les Etats, en 1606, ne peuvent envo3^er au roi qu'un syndic pour porter leurs doléances. Pestes et famines sévissent cruellement, surtout à Toulouse, en 1608. En décembre 1609, un terrible incendie détruit Saint-Etienne ; le chœur, le grand autel, les reliquaires, tous les livres disparaissent dans la catastrophe. I^e roi donna ordre au cardinal de Joyeuse de procéder d'urgence à la reconstruction; les Etats du Languedoc votèrent, à cet effet, 9.000 livres; tous les corps de la ville offrirent une contribution. La cathédrale, l'éternelle inachevée, devait recevoir, un an plus tard (161 1), la voûte de Levesville et, en 1612, le beau jubé si malencontreusement détruit (2).

Cependant, l'autorité royale se rétablissait. Sans rigueur, mais avec fermeté, Henri IV réprimait les derniers soubresauts de l'esprit d'indépendance, de révolte ou d'anarchie. Il s'appuya sur le Parlement de Toulouse, dont il nomma, en 1600, le premier président, son homme de confiance, Nicolas de Verdun p). C'est celui-ci qu'il charge de surveiller la province, lors da complot de Biron et d'Henri de la Tourd'Auvergne, vicomte de Turenne et duc de Bouillon; c'est

Belle Violante; Baron Desazars de Montgaillard, Un Assassinat passionnel à Toulouse, sotis Henri IV [Affaire de la belle Violante de Batz du Château, Revue des Pyrénées, 1912, p. 465J).

1. Voir I,. de Santi, Un document municipal sur V état social du Lauraguais après les guerres de religion (Revue des Pyrénées, 191 2, p. 503).

2. Par ses largesses personnelles, le cardinal de Joyeuse contribua lui-même, pour une grande part, à la reconstruction des parties détruites par l'incendie, notamment c'est à ses frais que fut dressé le jubé détruit, sans raison, en 1866, ainsi qu'il sera dit ci-après. Cette générosité est d'autant plus méritoire que de Joyeuse, nommé à Rouen depuis 1605, n'avait plus alors avec Toulouse que des rapports assez indirects.

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